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FASHION MANGA - 16 MAI 2007 - LIVE REPORT

Accéder à notre report des soirées Tokyo Decadance


La vague nippone se propage inlassablement en France. Point de reflux, les conventions et autres évènements se multiplient et les fans de ce petit pays continuent d’augmenter de manière exponentielle. Pour la première fois se déroulait un évènement hors du commun près de Paris : Fashion Manga, centré non pas sur le manga mais sur la mode japonaise et toutes les excentricités s’y rattachent.

A Enghien-Les-Bains, petite bourgade du 95, se déroulait le 16 mai 2007 une convention sur la mode japonaise, réunissant artistes, créateurs et amateurs. Le flyer, déposé dans tous les magasins susceptibles d’avoir un lien avec le Japon, n’était pourtant pas très explicite sur le contenu, et le site Internet n’en disait pas plus long sur le planning. C’est donc dans un flou certain qu’Orient-extrême s’est rendu en banlieue, accompagné de sa curiosité. Qui dit mode japonaise en France, dit public gothic kawaii et ce qui va avec. On pouvait donc s’attendre à voir déjà dans le train (et oui, il fallait même prendre le train…) une foultitude de personnes habillées en noir et pleines de piercings. Ou bien encore de véritables hordes aux couleurs si flashy qu’elles vous en grillent la rétine. Que nenni. Ayant pour mauvaise habitude de ne jamais prendre de plan pour se rendre aux conventions (les cosplayeurs lui servant de balise), votre envoyée spéciale se retrouve à tourner en rond près de la gare. Alléluia, une femme aux cheveux violets et à l’allure sombre arrive tel le Messie et me guide vers la terre promise. A ma grande surprise, c’est bien l’une des seules à avoir ce style vestimentaire dans la file d’attente. En effet, celle-ci se compose majoritairement de badauds, sûrement attirés par les excentricités de nos amis bridés.


Bienvenue chez Schtroumpf-san

L’espace minuscule consacré à l’événement constitue la deuxième surprise. Les stands ne sont malheureusement pas très nombreux, mais les plus intéressants sont présents. La boutique Harajuku (voir notre article) tient son stand de vêtements et d’accessoires pour gothic lolita, près du stand de Capsule Tokyo qui lui, propose des petites peluches adorables avec du sang au bout des griffes (le célèbre Gloomy Bear, NDLR), ainsi que quelques uniformes de maid, histoire de satisfaire la folie acheteuse des jeunes rebelles. On retrouve aussi le stand de Manga Café, qui a même installé des petits poufs sur lesquels on peut lire les quelques mangas disponibles.
Manga-Design, école fraîchement formée, propose quant à elle des cours de manga et organise un concours de dessin, afin de gagner des lots d’une valeur inouïe (un manga ou encore un DVD d’animé pour le gagnant numéro un).


Interdit aux plus de douze ans

La visite est à peine commencée qu’une conférence sur la Nintendo Wii prend place dans l’amphithéâtre. Troisième grande surprise, celui-ci est quasiment vide. L’animateur essaye tant bien que mal de motiver ce public amorphe et commence par proposer des petits jeux avec notre ami Rayman. C'est au moment où l’ennui menaçait d'atteindre son paroxysme que débarquèrent plusieurs meutes de bambins, permettant de faire salle comble en quelques minutes. Venant tous du centre aéré, une petite pause Nintendo s’est sûrement trouvée la bienvenue. Grâce à l’enthousiasme débordant de ces petits êtres, les grands se mettent aussi à participer, que ce soit aux courses de vaches de Wii Play ou au lancer de bovins de Rayman (la vache était à l’honneur pour une raison inconnue ce jour-là).

La conférence finie, une visite au stand de Takuya Angel, créateur dont le défilé de mode était l’évènement phare, s’impose d’elle-même. Lui et sa femme tiennent le stand, vendant leurs créations colorées mélangeant moderne et traditionnel. Madame Angel porte d’ailleurs un kimono, avec l'une de leurs fameuses écharpes aux bouts griffus autour du cou. Les artistes aperçus au cours des soirées Tokyo Decadance (voir notre article) sont aussi présents, mixant la musique et offrant des shows de façon impromptue dans la pièce principale. Anna en costume d’infirmière n’hésite d’ailleurs pas à jouer avec les enfants, de manière très sensuelle (mais toujours en restant convenable), et Kengo déguisé en Pierrot devient la mascotte des moins de douze ans avec son spectacle décalé et hilarant, passionnant tout autant les fans que les parents. Derrière les platines se produit Raveman, membre d’Aural Vampire, ainsi que DJ SiSen, hybride aux cheveux verts.

A 17h se tient la conférence de Sylvie Chevallier sur l’influence des mangas dans la mode japonaise. Conférence destinée essentiellement aux néophytes mais tout de même instructive sur certains points. Celle-ci terminée, l’ambiance de la salle change complètement : finis les cris stridents et les pleurs déchirants des petits, place au costumes sombres, aux mélanges arc-en-ciel et surtout à la danse. La musique de DJ SiSen fait fureur et les membres de Tokyo Decadance n’hésitent pas à entraîner le public dans leur danse. Un autre spectacle d’Anna commence alors, avec une chorégraphie magnifique sur des musiques calmes et envoûtantes. Armée de son sabre, elle danse et se déshabille légèrement pour notre plus grand plaisir.



Paradis des lumières !

Arrive enfin l’événement tant attendu, le défilé de mode de Takuya Angel à 19h30. Une demi-heure de pur bonheur. Takuya ne nous a pas offert qu’un banal aperçu de ses sublimes créations. Il a pensé à mettre en scène les personnages, ayant chacun des chorégraphies différentes et une signification particulière. Les mannequins sont entre autres les membres de Tokyo Decadance, et chacun défile à sa manière. SiSen n’hésite pas à se trémousser devant le public, quand d’autres se battent en duel avec des katanas. Ils reviennent bien sûr saluer chaleureusement le public à la fin et nous offrent une dernière danse improvisée. Comme dit le proverbe bien connu "jamais un sans deux". Après l’émerveillement du défilé voici que vient l’extase avec le concert d’Aural Vampire. Ce groupe aux sons électro et pop a ravi le public avec la prestation sensuelle de la chanteuse et les petites animations comiques du DJ Raveman. L’écran qui se trouve derrière eux leur permet de faire défiler des images complètement décalées et de nous faire une petite surprise en nous confrontant à un Guizmo parlant japonais et français. Il sert plus ou moins de traducteur pendant ce court entracte. Le défilé et le concert finis, la salle se vide peu à peu. Orient-Extrême en profite alors pour interviewer le talentueux Takuya.

Malgré un début difficile, Fashion Manga s’en est très bien sorti pour cette première édition en France. Les spectacles constants de Tokyo Decadance ( ?), le défilé de Takuya Angel et le concert d’Aural Vampire étaient incontestablement les lumières de cet évènement. Bien que son emplacement lointain n’ait mobilisé que peu de monde, cela a aussi permis de connaître plus intimement le Japon et de se rapprocher un peu plus de la mode japonaise.


Xia Lo



Orient–Extreme : C’est votre premier défilé à Paris, que pensez-vous du public français ?
Takuya : J’ai trouvé cela très amusant. J’aime rencontrer beaucoup de nouvelles personnes, et la présence d’enfants dans la salle m’a vraiment rendu heureux.

Orient–Extreme : Pour ce défilé à Paris, vous avez utilisé des mannequins japonais mais aussi français. Pourquoi ce choix ?
Takuya :
En tant que Japonais, mon but est de transmettre la culture japonaise à travers les vêtements que je crée. Mon objectif avec ce défilé en France, était de transmettre cette culture japonaise aux Français. C’est pourquoi j’ai choisi d’utiliser aussi des mannequins français, afin que le public s’y retrouve. Lors de mes défilés au Japon, j’utilise exclusivement des Japonais.

Orient–Extreme : Quelles sont vos influences artistiques ?
Takuya : (il réfléchit longtemps) Les films… Animatrix est d’ailleurs ma plus grosse influence récente. L’univers du manga m’inspire aussi, bien évidemment. Mais je vais souvent dans les temples, à la montagne, au calme. Ce côté spirituel ce ressent aussi dans mes créations.

Orient–Extreme : Votre défilé était suivi du concert d’Aural Vampire. La chanteuse faisait d’ailleurs partie de votre défilé. Quel lien avez-vous avec le groupe ?
Takuya : En effet, Aural et moi nous connaissons de longue date. En fait, nous nous connaissions bien avant notre réussite respective. Je rêvais de faire un mélange de concert et de défilé, et c’est en quelque sorte un rêve qui s’est réalisé grâce à Aural Vampire. Comme le groupe est venu avec nous en France pour l’évènement Tokyo Decadance, j’ai eu alors l’idée de mettre en œuvre ce projet.

Orient–Extreme : Depuis combien de temps existe votre marque ?
Takuya : J’ai créé ma marque en 1995. Avant cela, je travaillais dans un "select shop" et vendais des vêtements, des photos et des tableaux d’artistes différents. Et puis un jour j’ai voulu créer, et donc je me suis lancé.

Orient–Extreme : Comptez-vous ouvrir une boutique sur Paris ?
Takuya :
Il y a déjà un magasin à Paris (Bodywood) où l’on peut acheter quelques unes de mes créations. Mais à partir de septembre, je vais avoir un stand à Paris au Bon Marché pendant deux ou trois mois. Si cela marche vraiment bien, j’aimerais en effet ouvrir une boutique sur Paris.

Orient–Extreme : Comptez vous revenir en France ?
Takuya : Oui ! Je me suis fait beaucoup de connaissances ici et j’ai trouvé cela vraiment amusant. De plus, lors de mon précédent passage à Paris pour le "salon de la mode", j’avais pu visiter la ville une journée et cela m’avait vraiment plu. D’ailleurs la chose qui m’a frappée lorsque j’ai visité les Champs-Elysées ou la Concorde, c'est la différence entre l’intérieur et l’extérieur chez les Parisiens. En effet, les gens sont habillés assez sobres, de manière chic, alors que dans leur maison c’est plein de couleurs !! J’ai trouvé cela vraiment étrange… Peut-être qu’ils n’osent pas s’afficher comme cela en public et que la pression sociale est telle qu’ils ne peuvent pas porter les couleurs qu’ils aiment.


Propos recueillis par Xia Lo
Crédits photos : Orphan.
Toute reproduction ou réutilisation de l’interview et/ou des photos est strictement interdite.
Remerciements : Takuya Angel.

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