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Laforet HARAJUKU Collection in Paris : défilé de mode à JAPAN EXPO 2007

Paris-Nord Villepinte, le 7 juillet 2007… une date ô combien symbolique pour ces centaines de milliers de personnes qui se sont mariés dans le monde en espérant que le triplé leur porte bonheur. Au même moment à JAPAN EXPO 8, le plus grand festival européen des pop cultures asiatiques, les spectateurs du défilé Laforet HARAJUKU Collection in Paris ont assisté au mariage déjanté du gothique, du romantique, du punk et du funky dans un dégradé de couleurs (noir, blanc, rouge et rose essentiellement) et de styles qui ont ravi et/ou étonné les fans d’une frange de la mode japonaise. Et si Dior a recruté Jessica Alba et Monica Bellucci pour son show, le fameux centre commercial Laforet, pendant nippon de nos Galeries Lafayette, a sollicité deux artistes : HAKUEI et Nana Kitade. Revenons sur ces tableaux vivants de style et d’audace.








Il est 13h00 dans la salle de spectacle, qui n’est autre qu’un demi-hall du Parc des Expositions tout spécialement affrété pour accueillir l’événement avec un proscenium et 3.000 places assises. Cette véritable fourmilière pleine à craquer cause bien des soucis aux organisateurs débordés par l’affluence : 5.000 spectateurs ? 6.000 voire davantage ? Certains sont venus voir les créations tout droit venues du Japon, d’autres guettent avidement l’apparition du moindre mannequin bridé, d’autres encore sont là par simple curiosité, beaucoup enfin scandent déjà les noms des deux invités de prestige très attendus : HAKUEI (chanteur du très expérimenté groupe de visual kei PENICILLIN et ambassadeur de la marque BLACK PEACE NOW) et Nana Kitade (jeune chanteuse pop-rock en pleine période gothic lolita, mais à la peine sur le marché nippon). Les lumières s’éteignent, la musique donne le tempo, les trois écrans géants commencent à annoncer les créateurs rassemblés pour le défilé… et les premières créatures de mode, filiformes, s’élancent sur scène.



BLACK PEACE NOW ouvre donc le bal avec des veuves, hautaines, indifférentes, marchant au pas militaire. Sur leur peau glissent des matières satinées, très près du corps, avec un côté limite SM -leurs tenues étant agrémentées de cuir- et également un côté "grande dame", avec de grands chapeaux du début du XXème siècle et des jupes bouffantes. Les premiers mannequins masculins, très classes, réconfortent les jeunes spectatrices affamées, désabusées par le Tokyo Style Collection de l’an passé et ses modèles 100% féminins. Qu’elles profitent du peu qui leur est offert, le reste risque de les décevoir… Mais tout à coup, c’est l’hystérie : le chanteur HAKUEI entre en scène et les cris font trembler les murs de la salle. Vêtu d’une longue jupe noire et d’un haut-de-forme, il fait son flambeur, jette des coups d’œil et de reptiliens coups de langue aux fans alors que rugit une chanson de PENICILLIN.

Emily Temple cute vient assagir le jeu avec un défilé en couleurs discrètes (dieu merci, avec tout ce noir, on aurait eu peur d’être devenu aveugle) : robes de petites filles ou de petites princesses, couleurs douces, du rose, du blanc, du beige, des rubans un peu partout, des volants, des bottes claires… Un petit côté campagnard imprègne chaque création avec des paniers, des petites capes, et des petites fourrures pour renforcer la douceur de ces lolitas en bonbon acidulé. Ce joli moment champêtre sera revécu d’une manière différente avec l’ATELIER-PIERROT un peu plus tard dans le set.



SEXY DYNAMITE LONDON et SUPER LOVERS TOKYO LONDON viennent alors électriser le show par un assortiment punk rock rappelant Vivienne Westwood, porté par des modèles tout en bottes ou cuissardes. Les combinés chemise-cravate, les imprimés léopard ou tartan, agrémentés d’accessoires type bérets, et les chaînes en tout genre nous transportent dans un Londres underground. Ce passage rock et dynamique multiplie les clins d’œil au XIXème siècle et à la fin des années 70 / début 80, sans oublier les vestes militaires (il y en aura beaucoup) qu’il faut oser mettre ; mais l’audace, c’est bon !

A mon avis, à l’image d’Emily Temple cute, re-détend l’atmosphère avec des petites robes et nuisettes légères dans un esprit maid/soubrette et boudoir. Cet instant de pureté souligné par des matières douces et lumineuses est mis en scène par de jeunes filles coquines et insouciantes, avec robes à corset, leggings… et une étonnante pom pom girls tranchant avec le reste de la collection. Les petites fashionistas qui s’offrent en spectacle de façon plus ou moins sexy lors des concerts de visual kei à Paris, avec pseudo-combinaison, nuisette-maid, et autres porte-jarretelles, devraient peut-être s’inspirer du raffinement présenté ici. D’un autre côté, A mon avis ne fait pas dans la tenue de combat apte à résister au choc d’un concert musclé…



ALGONQUINS
revisite Pirates des Caraïbes à sa convenance, en un peu plus dark, tout en restant classe, et presque sobre... presque ! Dommage que Johnny Depp n’ait pas répondu présent ! Il aurait eu le plaisir de porter des vestes marines en velours, avec beaucoup de manches bouffantes… des pendentifs accessoires et donc indispensables, des résilles… et du corset, très important le corset… [NDLR : Johnny Depp en corset !? Docteur, diminuez la dose de yaoï-ries de Fatiha, svp] le tout dans des tons principalement rouges et noirs… Bref le pirate rencontre Jack l’Eventreur. ALICE and the PIRATES nous offrira un peu plus tard un style similaire, avec toujours autant de beauté et de qualité.

Avec PUTUMAYO arrive un vent de fraîcheur et de jeunesse : la marque street punk apparaît beaucoup plus accessible, apte à conquérir la rue. Le panda gothique, torturé mais toujours mignon, marque son territoire sur des t-shirts déchirés, avec une récurrence de motifs rayés (du noir alternant avec du blanc ou une couleur chaude). Au milieu des jupes à volants, du tartan et des pièces de métal (clous, rivets…), des animaux faussement "choupis" se baladent d’un top à un autre.



Après toutes ces émotions, et pour reposer nos yeux épuisés par la chasse aux modèles en mouvement constant, il nous fallait bien une pause… Laforet HARAJUKU offre alors un long interlude musical pop-rock (certainement plus attendu que le défilé lui-même) avec Nana Kitade qui joue sa princesse au micro pendant une demi-heure. Sans orchestre et même sans sa guitare, mais superbement costumée, la jeune chanteuse japonaise se livre à une sorte de karaoké géant, simple mais suffisamment prenant pour les non-allergiques aux voix aigues voire nasillardes. La setlist pertinente, bien que trop courte, comprend notamment le très populaire générique de FullMetal Alchemist et son dernier tube nippon Kibou no Kakera. C’est bien… mais pendant que beaucoup profitent de ce mini-concert et que certain(e)s -sous le charme- se battent gentiment pour lui toucher la main ou plus férocement pour récupérer sa serviette, d’autres –déçus par son nouveau style ou insensibles à sa musique- vont se repoudrer le nez ou piquent un petit roupillon…



Nana Kitade supporte régulièrement la marque BABY, THE STARS SHINE BRIGHT au centre Laforet HARAJUKU, et c’est justement celle-ci qui relance le défilé. Comme son nom l’indique, BABY présente des modèles en couche-culotte, et des bavoirs anti-cuite-mémorable… Hum, non, nous nous égarons. BABY s’est affirmé comme l’une des spécialistes du style sweet lolita, représenté ici par des maids en petits souliers et autres poupées chargées en dentelle, très roses, trop… girly, mais top kawaii. Des tailleurs de tartan rose, des fessiers relevés (les couches ?), des sacs à main en forme de cœur… Très sympa mais peut-être trop de sophistication dans la surenchère de détails.

Le public se retrouve ensuite à nouveau embarqué sur le galion des flibustiers chics, cette fois-ci avec ALICE and the PIRATES et HAKUEI à la barre. Le chanteur playboy continue de jouer de son sex appeal et les filles d’avoir des bouffées de chaleur malgré son passage en coup de vent. Avec STIGMATA, on rentre dans le très vif du sujet : tu es S ou M ? Tu préfères te faire mordre par un crocodile, ou bien torturer avec délectation un innocent hamster en le plongeant dans un bain d'huile bouillante ? Si tu es allé aux Caves Saint Sabin, tu connais STIGMATA [NDLR : Tiens donc Fatiha, comment connais-tu cet endroit ?...]. Du fétichiste, avec plein de cuir, des lanières, des chaînes ! Voilà, STIGMATA, c’est ça !... Mais pas seulement. D’autres ensembles, plus standardisés dirons-nous, laisse perplexes par leur absence d’audace ou de singularité. Dommage.



ATELIER-PIERROT marque le retour surprise de Nana Kitade venue présenter un des ensembles de la collection : une robe "fraise" complétée de l’accessoire top tendance adéquat, un sac à main original puisqu’il s’agit d’un petit panier en osier garni de fruits. Dans une atmosphère musicale et lumineuse, très aérienne, le côté campagne apparemment très apprécié des créateurs (du bio kawaii ? Mais c’est un concept marketing fantastique !) séduit le public. Les autres fruits du créateur s’avèrent assez variés, mais certainement pas avariés, avec des tenues plus sombres, d’autres mignonnes et très féminines, avec des fleurs agrémentant les accessoires. Tout n’est pas facilement portable, mais vraiment joli. ATELIER–PIERROT propose dans son set un flash-back à Pigalle en 1920 avec des modèles de tailleurs et robes très cintrés, décorés de telle manière que l'on décèle dans le design une once de mélancolie.



Bien qu’annoncé sans réelle spécialisation autre que la mode japonaise, Laforet HARAJUKU Collection in Paris s’est donc petit à petit affirmé comme un défilé dédié à un style ludique très tendance chez la communauté J-rock européenne, sorte de mix nippon de nombreuses influences occidentales, avec un graphisme et un esprit sautillant entre gothique, punk, romantisme et kawaii, de manière classieuse ou rebelle tout-terrain selon les créateurs. Finalement, on se retrouve peut-être un peu déçus par le manque de variété… jusqu’au choc CASPER JOHN ! Leurs créations, dans des palettes colorées et des matières jusqu’alors inédites, s’inspirent des super héros intergalactiques, et puisent leur inspiration dans le manga grand public : un (gentil ?) méchant canard croisé avec Dark Vador par-ci, la classe d’Albator par-là, un hybride féminin et sexy d’une mousquetaire et d’une dame de Vénise parée d’un loup, un guitarou-man chauve-souris (avec des ailes en parapluie cassé) muni d’une écharpe avec un pot de fleur en guise de sac à main… CASPER a invité un petit peuple aux pouvoirs étranges ; c’est un peu comme si Cowboy Bebop rencontrait Star Wars. Différent mais pas tant que ça. Le créateur a vraiment dû s’amuser à jongler entre les matières en sky ou cuir et les couleurs flashy, sans parler des accessoires déjantés ô combien nécessaires à tout space cowboy qui se respecte. Bravo !

Après un tel feu d’artifice, le show se clôt sans éclat par Angelic Pretty et sa maid-attitude, du vu et revu cette après-midi. Les petites filles riches aiment les fraises, ok (et nous aussi), mais bon… On n’y prête à peine attention, c’est le post-effet CASPER JOHN, largement plébiscité par les applaudissements, tout comme Nana Kitade, lors de l’ultime revue. Les mannequins et tous les créateurs font ainsi leur dernier tour de podium sous les sages acclamations d’un public conquis et charmé.



Tous ces artistes créateurs nippons auront fait voyager quelques milliers de jeunes français fervents adeptes de pop culture asiatique à travers des époques et des styles déjà connus, puisque issus de nos racines européennes, mais digérés et remixés avec une audace unique, sans craindre les mélanges et les hypothétiques chocs. Contrairement au Tokyo Style Collection de JAPAN EXPO 2006, on regrettera évidemment cette après-midi que Laforet ait fait appel à des mannequins occidentaux, en décalage voire en opposition totale avec les critères de beauté et de dépaysement espérés. Une grosse erreur d’appréciation des attentes françaises ? L’envie d’exploiter les images dans de la publicité au Japon, friand de tout ce qui ressemble à du "made in France" ? Les créateurs japonais, qui n’en sont sûrement encore qu’à leurs premières incursions sur le marché français et international, devraient continuer de s’engouffrer dans la brèche ouverte par les mangas, le cinéma, la musique… un ensemble graphique, animé, musical, culturel, toujours plus apprécié -et accepté- dans nos contrées. Nos jeunes créateurs et créatrices suivent d’ailleurs ce mouvement en s’accaparant à leur tour les composantes de cette mode, qu’ils ont présenté la veille lors d’un spectacle d’un semi-professionnalisme étonnant. A n’en pas douter, la mode française de demain (et même d’aujourd’hui) ne restera pas insensible à ce petit tsunami.

Fatiha Zeghir et Eric Oudelet





Le site officiel de Laforet : www.laforet.ne.jp
Quelques adresses pour trouver ces marques en France :
- Boutique en ligne Capsule Tokyo
- Boutique parisienne HARAJUKU
- Boutique parisienne BABY, THE STARS SHINE BRIGHT

A lire également :
- L’interview et la conférence publique de HAKUEI à JAPAN EXPO, présentée par Orient-Extrême
- La conférence publique de Nana Kitade à JAPAN EXPO, présentée par Orient-Extrême
- Le reportage sur le mini-concert de Nana Kitade à JAPAN EXPO, avec 11 minutes de vidéo, dont des extraits du défilé de mode

Photos : Eric Oudelet, Alice Barthélemy, Aurélie Mazzeo, Gwenaelle Durand et Fatiha Zeghir (sauf mention contraire : CINE QUA NON)
Toute reproduction des photos et/ou du reportage est strictement interdite.
Remerciements : JAPAN EXPO







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