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[EVENEMENT] TOKYO DECADANCE & FASHION MANGA, 16 & 17 MAI 2008 - LIVE REPORT

La réputation du collectif Tokyo Decandance n’est plus à faire : connu et reconnu bien évidemment au Japon, c’est aussi en Europe, et spécialement en France, que chaque évènement attire maintenant un très grand nombre de visiteurs, où les marginaux  trouvent aussi bien leur place que les introvertis. C’est à l’occasion de leur "Rage Tour" en Europe qu’ils sont passés par la France les 16 et 17 mai, pour surprendre à nouveau les foules avec des prestations toujours plus originales les unes que les autres. Compte-rendu en détail de ces deux évènements, de qualités inégales, mais qui ne sont assurément que les prémices d’une future mode à part entière…


Vous avez dit "décadence" ?

C’est donc à la Locomotive que se déroule le 16 mai une nouvelle Tokyo Decadance, ayant cette fois-ci comme thème principal les robots – éléments sans difficultés liables au sexe au Japon. L’ambiance complètement décalée se fait sentir dès l’entrée : les seules personnes habillées sobrement sont les vigiles, le reste de la faune étant majoritairement composé de personnes à fausses et énormes dreadlocks flashy, imitation Sisen (voir photos). Il n’y a désormais plus à polémiquer sur l’influence de la mode japonaise en France : la vague nipponne est maintenant fermement ancrée sur le sol gaulois et le succès de Tokyo Decadance chez les plus jeunes le prouve bien. Cette vague touche dorénavant les teenagers aventureux, qui constituent une majeure partie de la population venue se trémousser sur le dancefloor de la Loco. A notre grande surprise, la moyenne d’âge est donc très basse, que ce soit lors de la soirée Tokyo Decadance, ou pendant Fashion Manga, autre évènement prévu pour le lendemain.




La scène est envahie assez rapidement par le collectif pour nous offrir quelques petites prestations sympathiques convenant parfaitement à la moyenne d’âge du public. Araki Tomoe, nouvelle recrue, nous fait découvrir quelques unes de ses drôles de prestations et de ses tours de magie : animatrice d’émission de télévision au Japon, la show woman parvient à gonfler un ballon avec son nez, provoquant avec bien d’autres tours des rires proches de ceux que tirent les clowns de cirque aux enfants – que demander de plus pour une entrée en matière ? Le tout sur un mix du DJ Kitty Kawaii, connue pour ses mix electro mais aussi pour avoir créé sa propre gamme de vêtements, très… japonisante. Le groupe de punk-rock-electro Dead Sexy Inc. monte alors à son tour sur scène en envoyant un flamboyant "Est-ce que vous êtes sous drogues ?" pour commencer le concert… Garantie rutilante d’une brusque montée de température en début de vol, le groupe à l’allure grunge et efféminée joue quelques morceaux bien agressifs qui font bouger en rythme le public, certaines fans (que l’on suppose sous drogue effectivement) allant jusqu’à se frotter ensemble à la barre de strip-tease, nous offrant presque un petit Marc Dorcel (rectification : on les espère sous drogue).

Mais l’heure est tokyoïte… c’était notre coup de cœur de l’année dernière : dans sa plus belle tenue de cuir rouge, la célèbre Anna déboule sur scène, ondulant son corps luisant, tandis que Coco, la nouvelle coqueluche et non moins excitante, lui fait presque de l’ombre avec un déguisement jaune étincelant laissant entrevoir un bout de son string à carreaux noirs et roses. Kengo n’arbore pas cette fois-ci son célèbre costume de Pierrot, lui préfèrant un costume blanc de robot, façon trooper de Star Wars, et joue avec les deux demoiselles sur scène, formant un bref instant un trio platonique mais fort charmant. Adrien les rejoint alors sur scène ainsi que l’androgyne Sisen, qui n’hésite pas à jouer de ses charmes devant les donzelles qui devant lui frôlent l’évanouissement. Adrien invite fortement  le public à venir également en leur prenant la main, pendant que l’excellent DJ Mutron, qui est passé aux platines, nous fait vibrer avec un son electro-minimaliste.




Ce Japonais à l’allure extrêmement sobre est maintenant un DJ récurrent dans les soirées Tokyo Decadance et s’associe parfaitement aux mix de Sisen. Michi quant à lui, le bouffon-joker kawaii à l’allure sombre et inquiétante, entame une danse électrisante sur scène. Puis c’est au tour de Seylia de montrer ce qu’il sait faire : chanteur d’opéra et excellent harpiste, il se transforme en une diva de la musique, son androgynie ne faisant qu’accentuer la beauté scénographique. Sa magnifique voix fait trembler la salle, sous le regard absorbé de Michi qui observe la scène de son balcon.


Explicit shows ?

Seulement voilà : la nuit bien entamée, force est de remarquer que jusqu’ici, bien que les prestations aient été de bonne qualité et bien performées, on est loin de retrouver l’ambiance qui régnait auparavant lors des soirées Tokyo Decadance (entendre : un open-bar gynécologique), le jeune âge du public n’étant certainement pas sans lien avec ce qui semble être une regrettable édulcoration… Au milieu de la nuit, les choses se corsent tout de même un peu. Coco la sublime monte de nouveau sur scène, mais cette fois-ci en une tenue bien plus "ouverte au public" que son costume de robot. Les courbes parfaites de son corps font sensation tandis qu’Adrien invite à nouveau le public à se joindre à eux sur scène, un geste très chaleureux illustrant à nouveau l’esprit général du collectif, où le mélange est la priorité.




Le public est justement de nouveau mis à contribution lorsque nos comparses de Tokyo Decadance envahissent la scène tranquillement, tenant chacun un couteau à la main – en plastique, soit, mais tout de même. Un disciple lambda est alors choisi dans le public pour monter sur scène afin d’y subir les pires outrages de la part de nos amis. Meaning : une sorte de boîte lui est passée sur la tête et bientôt le visage de l’heureux élu disparaît complètement. Commence alors la longue mais néanmoins très comique séance de fausse torture, où chaque membre extatique vient enfoncer comme bon lui semble son couteau, ne laissant aucune chance à la victime de survivre, dans une atmosphère bon-enfant rappelant les kermesses de notre enfance – certains d’entre nous n’hésitant pour autant pas à espérer l’accident, qui ne surviendra bien entendu jamais.

Dans la lancée des couteaux, Tokyo Decadance nous réserve une performance brûlante de la Compagnie Vatra. Ce couple recrée une ambiance médiévale et joue littéralement avec le feu en nous faisant toutes sortes de démonstrations chevaleresques assez impressionnantes. L’ambiance monte de degré en degré et ce n’est qu’en fin de soirée (de nuit !) qu’Anna nous offre une prestation qualifiable d’osée – du moins le diront certains : le fameux et attendu strip-tease intégral. Sans aucune pudeur à l’égard de ses charmantes parties intimes, elle n’hésite pas à se balader sur scène en tenue d’Eve, l’ancienne strip-teaseuse offrant la totale à son public, et ce dernier, malgré l’heure tardive et les comas éthyliques semble fort comblé… Deux autres femmes se risqueront à passer après elle, manœuvre évidemment suicidaire, surtout lorsque l’on ose faire tomber le haut… mais pas le string. C’est sur cette petite touche finale que termine la soirée Tokyo Decadance, le DJ M.C. Euroshima continuant malgré tout à caresser ses platines pendant plusieurs minutes encore.




La soirée s’achève donc sur un air électro, les shows de fin ayant heureusement relevés le niveau de manière conséquente. On ne regrettera tout de même pas les performances comiques de nos amis, chacun comportant cette petite touche décalée qui fait l’originalité du collectif. Espérons seulement que l’ambiance décadente s’impose plus vite la prochaine fois !


Fashion… ou parfois pas.

Contre toute attente, c’est lors de Fashion Manga que l’essence même de Tokyo Decadance est paradoxalement réapparue. C’est en effet au Centre des arts à Enghien-les-bains que s’est déroulé pour la deuxième année consécutive cet évènement débutant l’après-midi. Le lendemain de la Tokyo Decadance, le collectif est donc déjà  présent à 14h, aussi énergique et souriant que la veille – à se demander à quoi ils carburent.

Force avait été de constater l’année dernière la présence plus que bruyante des centres aérés du coin, qui avaient ramené pour l’occasion l’intégralité de leur marmaille, d’où la surprise générale (et positive !) au début  de cette seconde édition, qui comprenait majoritairement des personnes dépassant le mètre cinquante… L’impression négative de certains animateurs ou parents y est probablement pour beaucoup, ils n’avaient pas forcément dû apprécier qu’Anna (voir 2 dernières photos du bas, pile et face, dans la colonne ci-dessous) joue l’infirmière cochonne avec leurs chers et tendres enfants l’année dernière. Au final, le public reste donc à peu près le même que la veille, adulescents gothiques aux couleurs excentriques, et passionnés de jeux vidéo.

Car un étage entier était consacré exclusivement à tous ces passe-temps rigolos qui font frémir les geeks, piailler les filles, et vomir les autres, ce qui constituait la principale nouveauté de ce crû 2008. Entendons par là Sing Star, Dance Dance Revolution, Guitar Hero et même un jeu de Para Para, cette sorte de tecktonik japonaise (personne n’y échappe…). Quelques poufs sont même installés par terre où l’on peut tâter du stylet avec la Nintendo DS ; un petit coin détente fort sympathique, qui permet pour une fois de toucher réellement aux jeux sans avoir à attendre des heures pour passer.

Au rez-de-chaussée se trouvent donc plusieurs stands exposants, tels que Jmusic Store, Mikawai créant essentiellement des corsets de très bonne qualité, l’inévitable Manga Café, Harajuku – la boutique référence en matière d’habits japonais très visual kei sur Paris – et un stand où se font des dédicaces de mangaka, tels que Philippe Ogaki, Guillaume Prevost, Patricia Lyfoung, ou bien encore Kalon. Tous ces auteurs réputés n’ont malheureusement pas eu un grand succès, du fait probablement du jeune âge de la population, dont les ¾ répétaient sans cesse "ah, il est trop beau !" en regardant Shisen mixer (sic !). Il se tenait également un concours de dessins, organisé par Manga-design, école de manga à Paris, qui monopolisera toute l’attention durant l’évènement.


"Ca déchire trop quoi…"

Entre deux stands, le public peut ainsi apprécier les activités prévues au programme, les plus récurrentes étant bien sûr de petits spectacles performés par les membres de Tokyo Decadance dans la pièce principale. Toujours sur le thème du robot, les membres déguisés se laissent aller à des pitreries cybernétiques pour le moins sympathiques : Seylia la diva nous fait bien sûr son grand retour à la harpe et nous envoûte de sa voix profonde ; Michi est aussi de la partie pour nous offrir quelques danses d’une élégance égalant celle d’Anna, qui débarque en tutu sur scène, nous faisant profiter des ses talents d’ancienne danseuse.

Le défilé de mode organisé par la boutique Harajuku est également le grand évènement de cet après-midi. De forts jolis mannequins, pour la plupart européens, défilent dans des tenues magnifiques mélangeant gothique, punk et corsets sexy ; un défilé techniquement réussi, excitant au plus haut point les ados sapés de noir qui ne cessaient de ponctuer leur béatitude par de petites phrases chargées de sens comme "elle est trop, trop stylée !" ou "t’as vu sa démarche, c’est trop cool !".

En revanche, le peu de succès de la conférence sur les jeux vidéo qui a suivi, est regrettable : tout comme l’année dernière, la salle est à moitié remplie de mineurs mignons qui gloussent à chaque mot un peu trop alambiqué pour eux… Le potentiel de la conférence s’en trouve considérablement réduit, le présentateur négativement influencé par l’ennui palpable du public adolescent dans la salle. Cette conférence sur "l’art et les jeux vidéo" permettait malgré tout d’apprendre beaucoup sur l’histoire du jeu vidéo, de sa création à aujourd’hui…

Pas très loin, une fois de plus, une énième performance est organisée dans la salle principale, et pas des moindres : c’est cette fois-ci Coco qui s’y colle, en petite tenue rose faite de froufrous et d’une perruque rouge faisant d’elle un ersatz de nounours – bien menue, l’oursonne, hein. Une Coco aussi sexy que mignonne et qui provoque quelque peu la haine des femmes venues au bras de leur compagnon à l’œil lubrique, c'est-à-dire… deux à tout casser. Le début de soirée commence alors, et c’est à 18h que se tient la remise des cadeaux pour les personnes ayant participé aux concours. En effet, le Centre des arts avait organisé auparavant un concours de dessins chez des enfants de primaire et c’est à l’occasion de Fashion Manga que sont remis en main propre les prix décernés à la "nouvelle génération"… Est aussi organisée dans la foulée la remise des prix aux participants du jour même au concours de l’école de dessin Manga Design : les trois gagnants sont récompensés par un prix, mais surtout félicités par les membres de Tokyo Decadance, acte symbolique certainement plus gratifiant pour eux que le sac plein de cadeaux colorés qui leur aura été remis !

L’heure tourne… Vient enfin le moment que tous attendent : la conférence avec les membres de Tokyo Decadance. Le public va enfin pouvoir poser ses propres questions et découvrir un peu plus les individus qui se cachent derrière tous ces personnages atypiques. Peut-être, une fois de plus, la moyenne d’âge des personnes présentes dans la salle a joué en la défaveur du collectif, le public n’ayant pas démarré tout de suite sur des questions… La plupart sûrement trop intimidée par le micro. Cependant, quelques questions pertinentes ont tout de même permis aux membres de se dévoiler un peu durant près de  45 minutes. Une traductrice est présente, mais Adrien traduit la plupart du temps, parlant couramment japonais et comprenant plus facilement le sens des paroles de ses compagnons troubadours qu’il connait par coeur.


Welcome to Shibuya

Petit entracte d’une heure et demie avant de reprendre le défilé et le spectacle prévu par Tokyo Decadance, en quelque sorte le clou de la soirée. L’attente vaut vraiment le coup (d’œil), le collectif organisant pour la première fois en France ce genre de spectacle. Une mise en scène à couper le souffle et des performances décadentes, l’essence même de Tokyo Decadance est de retour !

Le défilé commence ainsi par une simulation de jeux vidéo, où un enfant prétend jouer alors que Seylia se bat en duel de sabre avec Dorian de la compagnie Vatra. Après la victoire écrasante de Seylia, Michi et Coco nous livrent une leçon de cuisine assez particulière… La femme défile un panneau à la main, de manière de plus en plus saccadée, alors que Michi prépare quelques suspects mélanges en arrière-plan ; le majordome présent n’arrange en rien leur affaire – pétage de plombs garantis. Les "robots" envahissent ensuite la scène avec de folles danses complètement délirantes ; Araki nous émerveille également par moult tours de magie, allant même jusqu’à nous montrer qu’elle peut se couper en deux avec une scie… Kengo, quant à lui, fait enfin son grand retour en costume de Pierrot ! Il n’hésite pas à venir chercher des proies dans le public pour mimer des actes plus ou moins sexuels avec elles. C’est en sortant de son entrecuisse un long tuyau qu’il s’assoit sur un homme et criant en français : "C’est bon, oh oui !"… Oui, le spectacle promettait.




Commence alors un défilé exceptionnel, tant l’atmosphère de Shibuya, quartier tendance de Tôkyô, est brillamment recréée en quelques secondes. Des visuels du quartier apparaissent en toile de fond, et, sur une voix off narrant succinctement la vie d’Adrien, défile chaque seconde en se croisant une trentaine de personne… une organisation à applaudir, le timing parfait sans aucune collision étant à souligner. Entre deux figurants, débarquent de temps en temps des membres du collectif, qui n’hésitent pas à agrémenter ce défilé de danses ou de chorégraphies pittoresques. Henna yatsu ("chose étrange", en japonais) en profite justement pour se défouler et courir sur scène. Anna fait à nouveau son retour au tutu, comme quelques heures auparavant sur la petite scène, mais soudainement, de manière extrêmement inattendue, elle franchit une barrière que peu de personnes franchissent devant des enfants : en une fraction de seconde, son tutu se volatilise, et voilà à nouveau notre bien aimée dans son plus simple appareil ! Un peu de pudeur tout de même, le majordome est là pour sauver cette petite des flammes de l’enfer, et cacher ses charmantes fesses avec un miroir en mosaïque… système qui aurait pu être fiable si la belle ne courait pas dans tous les sens. C’est donc sur cette touche "décadente" (qui s’en plaindrait ?) que se termine tranquillement ce défilé si bien orchestré, Sisen ne ratant quand même pas l’occasion de quitter ses platines quelques secondes pour aller faire sa garce sur scène !

C’est après ce moment fort en émotion que se retrouvent à nouveau le public et les membres dans la pièce principale. La musique continue de tourner, mais sans le collectif, qui cette fois-ci, s’accorde un moment de répit. Orient-Extreme en a profité pour avoir une interview de l’organisateur Adrien (article disponible très prochainement) !

Quelques surprises donc, lors de ces deux évènements parisiens. Du bon comme du mauvais, mais dans tous les cas, il est sûr que Tokyo Decadance nous aura une fois de plus surpris. Rendez-vous pris le 7 juin : ne manquez surtout pas cette Sayonara Party qui risque de surprendre bien plus encore !

Xia Lo


Accéder ici à nos reports de Tokyo Decadance et de Fashion Manga 2007.

Crédit photos Tokyo Decadance : © Alice & Peter Punk.
Photos Fashion Manga : Xia Lo.
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