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[EVENEMENT] TOKYO DECADANCE / FASHION MANGA - CONFERENCE ET INTERVIEW D'ADRIEN !

Au programme de Fashion Manga, le 17 mai à Enghien-les-bains, s’est tenue une conférence publique avec les membres de Tokyo Decadance. Nous vous en livrons la retranscription, suivie d’une interview privée avec Adrien, le fondateur du collectif, qui nous annonce plusieurs bonnes nouvelles !



Adrien : Nous avons  commencé à Tokyo il y a deux ans et demi. Au départ, c’était un peu compliqué parce qu’au Japon, c’est très difficile de mélanger les genres. Je sais qu’en France, on a par exemple du mal à mélanger les gothiques avec les visual kei et ainsi de suite, mais au Japon, c’est vraiment très compliqué. Donc au départ c’était un challenge, personne ne croyait en nous et en fait, maintenant tout le monde nous suit ! Et également en France. Merci aussi à tous ceux qui sont venus hier !

Public : Seylia, quand est-ce que tu sors un CD ?
Seylia : Cet été !

Adrien : Pour ceux qui ne connaissent pas, voici Shivas notre robot, Anna, Shisen, Coco,  Seylia, il y a aussi  Michi et Araki qui devraient venir, je ne sais pas où ils sont passés. Michi ! Michi ! (Adrien appelle Michi, qui descend alors par les escaliers, pendant que Coco lui fait justement signe de descendre). Et donc moi, Adrien. (Michi apparaît enfin) Pour la première fois en France, il est là ! Si vous voulez poser des questions, des questions même en dehors de Tokyo Decadance, relatives au Japon….

Public : Vous faîtes des tournées dans plusieurs pays différents, le public est-il justement différent selon chaque pays ?
Adrien : Oui, selon les pays, le public est très différent. La France est le pays où les gens se mélangent le plus facilement. En Allemagne, le public est assez visual kei ; en fait, la première fois que l’on s’est produit en Allemagne, le public était plus visual kei, mais la deuxième fois plus techno. (Adrien demande en japonais à Sisen ce qu’il en pense) Pour Sisen, ça ne change pas tant que ça apparemment… Bizarrement, bien que la France et le Japon soient deux pays qui n’ont rien à voir, dans les soirées Tokyo Decadance, le public se ressemble assez en fait. Pour ceux qui sont déjà venus aux Decadance au Japon…. je trouve que c’est assez similaire, au final.
Anna : En France, le public est assez tranquille mais malgré tout je sens très bien que les gens s’amusent. Après les spectacles, il y a beaucoup de monde qui vient me parler alors qu’au Japon quand je sors de scène les spectateurs restent très réservés.
Adrien : En fait, au Japon, les gens se sentent obligés de nous applaudir, ils ont ce sentiment d’obligation qu’il n’y a pas du tout en France. En France, quand vous n’appréciez pas, vous nous le faîtes comprendre. Au Japon, ils font toujours semblant d’être content et ça ne nous plaît pas…

Public : Combien de temps mettez-vous à vous préparer ?
Anna : Je mets une heure pour me maquiller, et pour le costume….je suis presque nue en fait, donc c’est rapide !
Adrien : Moi je m’occupe toujours de tout le monde et en même temps je me maquille, donc ça met deux à trois heures. Mais quand je me concentre sur moi, je peux mettre vingt minutes.
Shisen : Je mets 15 minutes.
Adrien : C’est le record, tout à l’heure il a mis sept minutes…
Coco : Je promets toujours de faire ça en une heure mais je mets toujours une heure et demie…
Seylia : Je me maquille en une heure et je mets dix minutes à m’habiller. Mais je me maquille tous les matins de sept à huit heure.
(Adrien appelle ensuite Araki, qui arrive sur scène)
Adrien : C’est le tout dernier membre de Tokyo Decadance ! Elle anime une émission pour les enfants de temps en temps au Japon. C’est un peu la Dorothée japonaise.
Araki : Bonjour je suis Araki. Je suis magicienne donc je me prépare en un instant !

Public : Par rapport à la prestation d’Anna tout à l’heure, qui a fait de la danse classique, est-elle professionnelle ?
Anna : J’ai fait de la danse classique à partir de trois, quatre ans pendant sept ans. Lorsque j’ai grandi, j’ai fait du strip-tease pendant deux ans. Parallèlement j’ai recommencé la danse et j’ai appris la danse jazz. Mais je n’ai jamais été professionnelle.

Public : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Anna :
Je suis inspirée par les costumes et la musique, mais toujours par des femmes fortes que je vois dans l’univers imaginaire du manga. Par exemple, Motoko Kusanagi dans Ghost in the shell. J’essaye donc de me transformer en femme forte.
Sisen : Depuis que je suis petit, j’aime les choses bizarres. Je me sens comme un garçon mais à l’intérieur je suis aussi un peu une femme. Depuis tout petit, mes parents se posent des questions, à savoir si je vais devenir un okama (1) ou pas. J’étais inspiré par des anciens visual kei, mais pas ceux qu’il y a à l’heure actuelle. Après, le mouvement gothique japonais et les cyber de Londres m’inspirent aussi.
Adrien : En fait Sisen, bizarrement, n’est pas du tout influencé par les mangas.
Coco : Je suis attirée par les 60’s. J’ai commencé à me mettre un faux cil, deux faux cils, trois faux cils, une perruque et c’est venu ainsi de suite comme ça. Je n’ai pas d’influence vraiment précise à part les 60’s et les drag-queens.
Seylia : J’ai commencé tout enfant à me maquiller, à l’école aussi. J’étais inspiré par les visual kei d’il y a très longtemps. J’étais attiré par tout ce qui était androgyne, par ce qui n’était ni homme ni femme. Avoir le choix de changer comme on en a envie…
Araki : Marie-Antoinette !
Adrien : Moi, je suis influencée par les mangas, mais aussi par un peu tout… J’ai toutes les influences, que ce soit du métal, même du hip-hop parfois… mais surtout la techno, le milieu de la nuit, ou des travestis des fois. Il y a un peu de tout. Mais surtout les mangas, comme tous, je pense.




Public : Est-ce que vos parents ont bien réagi en apprenant vos activités ?
Adrien :
En ce qui me concerne, je crois que ma mère est dans le public en ce moment… (Adrien appelle sa mère) Ma mère a toujours bien réagi, je crois que mon père aussi. Il faut demander à mes petits frères, ils sont là. Et toi, Shivas, alors ?
Shivas (s’adressant à Adrien) : c’est toi qui m’a trouvé dans les poubelles, je te considère comme ma mère !
Anna : Je vis au-dessus de chez Adrien avec ma mère. A chaque fois que ma mère me voit me maquiller, elle pousse quelques "aaaah", mais au final ça ne la dérange pas plus que ça. Il y a trois semaines, elle est venue pour la première fois à une soirée, donc pas de problème.
Sisen : J’aime les choses bizarres depuis que je suis petit, donc ils n’ont pas vraiment eu le choix… Mais comme j’avais de bonnes notes à l’école, ma mère m’a toujours excusé.
Coco : Mes parents me demandent souvent pourquoi je suis en costume de Sailor-moon, mais ne me posent pas plus de questions que ça.
Adrien : Au Japon, nous, on n’a pas vraiment de problème à s’habiller comme on veut mais on a tendance à être rejetés parfois malgré tout. Quand on marche dans la rue, on ne va pas se faire insulter ou quoi que ce soit, mais on va être rejetés d’une manière qui est un peu complexe à expliquer… ce serait plutôt un rejet du regard, ou bien dans la société.
Seylia : Ma mère est coiffeuse et maquilleuse, donc je me fais engueuler quand je suis mal maquillé !
Araki : Je ne veux pas trop parler de ma mère…
Adrien : Au Japon, il n’y a vraiment pas de problème pour se looker, beaucoup moins qu’en France en tout cas. Il y a moins de questions stupides déjà. Même les gens gentils en France ont tendance à poser beaucoup de questions, alors qu’au Japon, on ne va pas faire attention. En fait, plus tu es looké, moins on te calcule ; on va te laisser dans ton coin. Mais ça peut aussi poser des problèmes parfois, lorsque l’on aurait envie de communiquer avec les gens.

Public : Quelles sont vos activités à chacun en dehors de Tokyo Decadance ?
Shivas : Je suis nettoyeur de poubelles.
Anna : Je danse toujours dans différents endroits, mais souvent je fais aussi des performances dans des kyabakura (2). Je suis également manager pour Tokyo Decadance.
Sisen : Je ne suis que DJ à l’heure actuelle, mais je fais un autre travail qui est un secret…
Coco : Je suis manager d’une boutique de vêtements à Harajuku. Si vous venez à Harajuku, venez me voir !
Seylia : Je suis chanteur d’opéra et je fais de la musique classique ; je fais aussi des performances.
Araki : Lorsque vous avez parlé des kyabakura, il y a un enfant qui est sorti de la salle en courant…. vous l’avez traumatisé ! Sinon je suis tout le temps magicienne et j’anime de temps en temps une émission pour enfants à la télévision où je suis en pyjama.

Public : Est-ce que la France a une grande influence au Japon ?
Sisen : Il y avait une grande influence de la France au Japon il y a un certains temps, mais plus le temps passe, plus elle diminue…
Anna : La France était beaucoup plus extravagante avant et de ce fait, influençait beaucoup plus le Japon. A l’heure actuelle, elle est bien plus classique, ce qui a réduit son influence. Il y a beaucoup de Japonais qui viennent en France et qui en ont une certaine vision, comme Amélie Poulain, et qui sont un peu déçus… Les Japonais ont tendance à regarder beaucoup la surface. Ils sont un peu influencés par les choses stupides du Japon comme ce côté kawaii, mais je trouve ça plus mignon quand il s’agit des Français !

Public : Où est-ce que vous avez trouvé henna yatsu (3) ?
Adrien : Dans les poubelles !

Public : Vous avez quel âge ?
Adrien :
C’est très, très malpoli de poser cette question au Japon ! Moi, j’ai 27 ans.

Public : Y a-t-il des artistes français que vous aimez bien ?
Sisen :
J’adore Mylène Farmer.
Coco : Brigitte Bardot ! Et France Gall.
Seylia : J’aime tous les artistes qui ont moins de 400 ans en France !

Adrien : Et bien, merci beaucoup ! 




Orient-Extreme : Est-ce que tu pourrais nous présenter Tokyo Decadance ?
Adrien :
Cela s’est formé tout simplement sur une envie de mélanger les Japonais. En effet, je suis arrivé au Japon il y a quatre ans en voulant rencontrer des gens de l’underground et en sachant qu’il y avait déjà des problèmes de communication. Ce n’est pas un gros problème puisqu’ils vivent bien comme ça, mais moi, ça me dérangeait. Surtout qu’au Japon, c’est assez différent de la France puisque, par exemple, en France on parle des minorités à la télévision ;  il se passe quand même quelque chose, même si ce n’est pas forcément bien accepté. Alors qu’au Japon, il ne se passe rien.

OEx : Qu’avez-vous pensé de la soirée d’hier soir ?
Adrien : Nous étions tellement fatigués hier soir qu’on n’a pas vraiment eu le temps de comprendre tout ce qui se passait. Nous étions tellement stressés par le spectacle d’aujourd’hui… Mais je suis content de voir que les Français s’amusent, car moi, dans ma génération, je me sentais un peu tout seul : il y avait des spectacles mais les gens ne bougeaient pas tant que ça. Même s’il y en a qui te diront que c’était mieux avant, ce n’est pas vrai. Il y a une énergie qui est hallucinante !

OEx : Justement, comment as-tu trouvé le public ?
Adrien :
Et bien j’ai trouvé qu’il y avait plus de visual kei addicts qu’avant, je sentais qu’ils étaient plus en attente de nous… et ça m’a dérangé un petit peu.

OEx : Le public qui vient aux soirées Tokyo Decadance est de plus en plus jeune, cela ne te pose pas de problème ?
Adrien : J’aimerais bien en effet que le public soit un peu plus âgé. Mais il y a ce même problème partout où les gens n’aiment pas trop se mélanger, et cela vaut aussi pour les âges. Le vendredi soir, c’est aussi beaucoup plus dur pour les gens adultes de venir. Je ne dirais pas que c’est le hasard, mais bon…. Je pense que sur la prochaine tournée nous allons faire une promotion beaucoup plus axée sur les adultes.

OEx : Est-ce que le public jeune en France a influencé le programme de vos performances ? Il est vrai qu’au Japon, les soirées sont un peu plus trash…
Adrien : En France il n’y a pas besoin de trash, je pense que c’est assez trash comme ça. En fait, si l’on veut faire du trash, ce sera vraiment du très trash. On ne fera pas les choses à moitié. D’ailleurs nous devions en faire un vraiment très trash hier mais nous ne l’avons pas fait à cause de problèmes techniques. Nous allons le faire à la Sayonara Party du coup !

OEx : Quels sont les pays où vous allez et où le public est le plus réceptif ?
Adrien :
Au Japon, quand même…. Disons qu’au Japon, c’est un phénomène, ça n’a rien à voir. En France, c’est un phénomène de mode, mais ce n’est pas un phénomène social. Au Japon, il y a peu de phénomènes sociaux, ce qui fait que tout le monde nous connaît. Là-bas il y a environ 900 à 1000 personnes qui viennent. La soirée d’hier ressemblait donc pas mal aux soirées au Japon au niveau du nombre de visiteurs. C’est un challenge énorme car la plupart des soirées underground, c’est 50 ou 100 personnes, donc 200 à 1000 c’est énorme… Pourtant il y a plein de personnes lookées au Japon ! Mais ils ont d’autres endroits que les clubs, ce n’est pas leur truc. Il se trouve que la plupart des gens qui vont à Tokyo Decadance ne sont jamais sortis en boîte avant. Au Japon, il y en a qui ont la quarantaine et qui n’ont jamais été en boite.

OEx : Au Japon justement, comment ça se passe ?
Adrien : Ils ont tous peur de venir à Tokyo Decadance ! Tu les vois à l’entrée, ils hésitent à venir. Mais au final, ce sont ceux qui ont le plus peur qui viennent tout le temps !

OEx : Combien y a-t-il de membres dans Tokyo Decadance ?
Adrien : C’est assez difficile à dire puisqu’il n’y a pas forcément de moment officiel…. Disons que les membres principaux sont Anna, Coco, Sisen, Kengo et moi. Mais autour de nous, il y a par exemple Michi qui n’a jamais loupé une seule soirée. Il y a beaucoup de clients qui sont devenus plus ou moins membres en fait. On a par exemple les Dengeki (4) qui sont venus il y a trois mois. C’est vraiment, vraiment des grosses stars, c’est limite Les Bronzés  en France. Cela fait 20-25 ans qu’ils existent au Japon, même les enfants les connaissent ! Au final,  il n’y pas d’autres phénomènes comme ça au Japon. Il y a des peluches, des jeux vidéo… même un jeu vidéo qui est sorti en France ! En Amérique il y a même des bouteilles de Coca-cola Dengeki !

OEx : Qui crée tous ces costumes que vous portez ?
Adrien : On avait des costumiers mais on commence à faire nos costumes nous-mêmes. On se rend compte qu’on les fait mieux que les costumiers, et que l’on paye moins cher ! J’ai fait le costume que je porte actuellement ! Kengo est comme moi, il les fait tout seul, Seylia aussi… Cela dépend de chaque personne en fait ! Il y a une époque où j’en faisais tout le temps mais je n’ai plus le temps maintenant. Anna aussi les fait elle-même.

OEx : Est-ce que ce côté infantile que vous avez est une manière pour vous de pouvoir tout faire et aller très loin sans culpabiliser ?
Adrien : Oui, peut-être…Oui, en effet, c’est ça. On demande à Kengo ?
Kengo : Oui, c’est peut-être bien ça…
Adrien : En fait je suis toujours en train de leur parler de choses dans ce genre, mais au Japon, on ne fait pas de philosophie ! Moi j’en fais tout le temps, alors bon ! Mais c’est sûr qu’en faisant ça, il est plus facile de tout cacher…

OEx : Vous avez pour objectif d’élargir Tokyo Decadance ?
Adrien : Oui, en effet, nous avons comme projet de créer des vêtements !

Orient-Extreme : Merci beaucoup et à très prochainement !


Propos recueillis par Xia Lo

Accéder ici à notre live report des événements Tokyo Decadance et Fashion Manga des 16 et 17 mai 2008.


Notes :


(1) Okama : il n’y a pas vraiment de traduction littérale, le terme signifie plus ou moins "mi-homme, mi-femme" mais désigne le plus souvent, dans le langage courant, les homosexuels.
(2) Kyabakura : bars où les hommes payent pour parler avec des femmes
(3) Henna yatsu : la "chose étrange" qui est la mascotte de Tokyo Decadance
(4) Dengeki : voir leur site officiel, http://ameblo.jp/dengeki-live/ 


Photos Fashion Manga : Xia Lo.
Photos dédicace au Musée de l'érotisme : Eric Oudelet.
Crédit photo Adrien : © Alice & Peter Punk.
Reproduction / réutilisation des photos, de la conférence, et de l'interview strictement interdite.

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