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NANA - LE FILM

Disponible en DVD zone 2 (import Japon sous-titré anglais) aux éditions Toho

Attendu comme le Saint Graal par des hordes de fans ne demandant qu'à prolonger encore et toujours ce qui fut l'un des phénomènes commerciaux de l'année 2005 au Japon, le DVD zone 2 de Nana, le film adapté du manga homonyme, est désormais disponible. Avec en prime une version overseas sous-titrée en anglais pour les non japanophones, autant dire qu'après les 4 milliards de yens de recettes engendrées par l'exploitation en salles le carton est à nouveau assuré. Il paraît que ça ne fait que commencer…

Nana c'est avant tout un manga à très gros succès de Yazawa Ai, auteur de shojo très prisée dans l'archipel, avec à son actif moult classiques parmi lesquels les excellents Gokinjo Monogatari et Paradise Kiss. Avec plus de 25 millions d'exemplaires écoulés au total, il s'agit sans nul doute d'un des manga les plus populaires du moment, et le tome 15 sorti il y a quelques jours s'est d'ailleurs immédiatement hissé à la première place des ventes… Pas étonnant dans ces conditions qu'une adaptation ciné de ce véritable chef d'œuvre fasse (beaucoup) parler d'elle… Nana, c'est avant tout l'histoire d'une rencontre, celle de deux jeunes femmes que tout oppose. Tout d'abord Osaki Nana, chanteuse de rock montée à Tôkyô pour devenir professionnelle et, qui sait, y retrouver Honjô Ren, le charismatique guitariste qui fait battre son cœur. Ensuite, Komatsu Nana dite Hachi, jeune fille de province au cœur d'artichaut qui part rejoindre son petit ami à la capitale. Les deux demoiselles sympathiseront rapidement avant d'emménager ensemble, entremêlant du même coup leurs existences riches en rebondissement et nouant par l'occasion une amitié quasi-paroxysmique. Que ceux qui, toutefois, s'attendent à voir là un énième ramassis de mièvreries débitées par et pour des jeunes anorexiques aux grands yeux humides se ravisent immédiatement. Car Nana est bien plus qu'un simple shojo, c'est un petit bijou disposant d'une incroyable habileté à transmettre des sentiments au travers d'atmosphères tantôt pesantes, tantôt très légères, qui confèrent progressivement à leurs personnages une épaisseur rare, et donnent ainsi naissance à des relations complexes et véritablement passionnantes. Inutile de dire alors que le pari de transposer cette magie sur grand écran sur un format 120mn n'était pas gagné d'avance.

Moshi moshi Nana deee~su !

C'est à Ôtani Kentarô qu'a été confiée la lourde tâche d'adapter Nana au cinéma, un réalisateur relativement peu connu à qui l'on doit tout de même A Woman's Work, qui a un peu fait parler de lui en 2001 grâce à sa sélection officielle à Deauville. Très peu médiatisé à la sortie du film, Ôtani est sans nul doute le grand oublié de l'histoire. Et pour cause : tous les regards étaient tournés vers le casting. Il est en effet délicat de donner vie à des personnages aussi populaires et marquants que ceux de Nana, et sur ce point force est de constater que la mission est plutôt réussie. Honneur aux dames, avec dans le rôle-titre de Osaki Nana une chanteuse (il faut ce qu'il faut) et non des moindres : Nakashima Mika, l'une des pointures aux millions de disques vendus –quoique sur le déclin- de chez Sony Music. Un choix qui a défrayé la chronique de longs mois avant la sortie du bébé, les discussions allant bon train sur la sale gueule de l'artiste, son univers musical et notamment sa voix totalement inadéquate, ainsi que sa capacité à sortir de son mutisme quasi-cadavérique pour incarner la charismatique figure de proue du groupe Blast. Mais la publication d'une photo de Mika dans la peau de son personnage a très vite fait taire les mauvaises langues : la ressemblance, frappante, convainc rapidement les fans les plus exigeants. Et l'artiste campe finalement une Nana surprenante de crédibilité, dans ses expressions, son look, sa froideur… Sa performance, véritablement excellente, lui aura d'ailleurs valu une nomination pour le prix d'actrice de l'année, ainsi que de révélation de l'année aux Japan Academy Prize, les Oscars nippons. D'autres mauvaises langues prennent alors le relais, priant Mika de mettre fin au calvaire qu'elle inflige à nos oreilles pour se tourner définitivement vers le cinéma…

Mais la vraie révélation féminine de ce film n'est autre que Miyazaki Aoi, qui incarne Komatsu Nana. Révélation, car même si cette jeune actrice de 20 ans n'en est pas à son premier film (et a également multiplié les drama ces cinq dernières années ainsi que les doublages de dessins animés, Gin-iro no Kami no Agito en tête), il est clair que sa carrière connaîtra un avant et un après Nana. Aoi et sa frimousse juvénile incarnent en effet à merveille le personnage de Hachi, usant abondamment de ses moues boudeuses craquantes, et nous gratifiant à doses tout sauf homéopathiques de son franc sourire qu'on devrait faire greffer de force sur la tronche de toutes les guichetières et autres caissières de l'Hexagone – le moral des Français s'en porterait bien mieux ! Passons sur Sachiko (et sa bouche en cul de poule) et Reira (on espère pour Yuna Ito qu'elle n'a pas été payée à la ligne de dialogues) pour aller voir du côté des mâles, où le bilan est plus mitigé. Les groupies crieront au scandale en constatant la piètre performance de Matsuda Ryuhei, le fils du regretté Matsuda Yusaku, dans le rôle de Honjou Ren : outre son charisme d'asperge sur une assiette en porcelaine, le jeune comédien devenu l'une des coqueluches des amateurs de drama déçoit par sa prestation insipide et son manque total de classe. Oui les filles, dans ce film Ren a de la brioche et des pectoraux flasques comme ceux d'un analyste-programmeur geek au dernier degré. Dur hein ? Autre déception : Shin, trop vieux, pas assez mystérieux, pas assez kakkoi, pas assez rabu rabu, pas assez atsui, complètement transparent quoi. Faut dire, dur de trouver un bassiste digne de ce nom avec une belle gueule qui ne dépasse pas les 45 kg… Heureusement il y a aussi de bonnes choses à se mettre sous la dent pour vous mesdemoiselles, avec notamment Hiraoka Yuuta plutôt mignon dans le rôle de Shoji (quoiqu'un peu benêt); le playboy de ces dames Tamayama Tetsuji, vu dans Casshern, sous-exploité mais classieux en Takumi; et puis surtout Narimiya Hiroki dont la prestation en Nobu est des plus rafraîchissantes, sans parler de son joli minois qui ne gâchera sans doute rien. A noter que Narimiya n'en est pas à son coup d'essai dans une adaptation de Yazawa Ai puisqu'il tenait le rôle de Tomoki aux côtés de Hyde et Kuriyama Chiaki dans Last Quarter / Kagen no tsuki.

Adaptation à risque zéro

Risque zéro en effet pour Ôtani tant sa transcription du manga est respectueuse, reprenant parfois des pans entiers de dialogues à la virgule près. Le réalisateur se contente de faire se succéder les scènes que les lecteurs assidus connaissent toutes par coeur, reprises des volumes 2 à 5 de l'œuvre de Yazawa avec quelques flashbacks empruntés au premier tome, pour constituer un scénario qui n'a finalement pas grand-chose d'une histoire cohérente. Rassurons les fans du manga : ce film constituera pour eux à n'en pas douter une grosse réussite, qui ne saurait en aucun cas les décevoir. Les personnages, hauts en couleur, font opérer la magie de Nana dès les premières minutes du long-métrage, grâce aux milliers de pages de background qu'on leur connaît et un sens de la photographie particulièrement affuté pour toucher les aficionados. Mention spéciale notamment à la superbe scène du départ de Ren pour Tôkyô, ô combien larmoyante, qui donne dans la facilité mais fait preuve d'une intensité dramatique assez foudroyante, avec son ralenti et son plan large sur Nana sautant du train pour s'effondrer dans la neige sous le regard impuissant de Nobu et Yasu (snif). Autres temps forts : ceux des concerts de Blast et Trapnest, même si Nakashima Mika manque assez cruellement de présence sur scène : ne s'improvise pas rockeuse qui veut. On regrettera tout juste les absences de Misato, la fan de Nana dont les apparitions étaient toujours riches en humour ou en émotion, ainsi que celle du roi des démons, dont il n'est pas une seule fois fait mention ici (snif là aussi tiens…)

Pour le néophyte par contre le menu s'annonce sans doute bien moins alléchant, les différentes composantes de l'histoire s'enchaînant sans réelle consistance et les relations entre les personnages, trop nombreux, n'étant pas suffisamment creusées dans le strict cadre du film. L'histoire d'amour entre Hachi et Shoji, par exemple, connaît un destin qui semble complètement parachuté, là où le manga avait donné beaucoup plus de personnalité à Shoji et par là même de bien meilleures motivations à quitter l'héroïne. De même l'union passionnelle de Nana et Ren, quoi qu'un peu plus développée, l'est à la fois trop pour passer inaperçue et pas assez pour être réellement crédible. Mais le plus lassant pour le spectateur lambda sera sans doute d'assister aux apparitions coups de vent de multiples personnages et lieux qu'il ne connaît pas, parfois sans même que le scénario lui permette de les identifier : Yasu est littéralement relégué au second plan (dans presque toutes les scènes où il apparaît) et fait office d'intrus, de même que tout le groupe Trapnest carrément fantomatique (Reira en tête et exception faite de Ren évidemment); quant à l'appartement 707 et sa table de fortune, le Jackson's et le magasin Sabrina, il est évident qu'ils ne réveilleront pas ce regard émerveillé qui est celui des fans du manga... Tout juste reste-t-il un univers musical assez réussi mettant en scène deux groupes et deux chansons-phares, avec à la clé deux des plus grands succès musicaux de l'année au Japon, chroniqués à leur sortie dans notre section Musique.

Les consignes pour qui voudrait se lancer dans les aventures de Nana et Hachi sont simples : prendre ce film pour ce qu'il est, à savoir l'adaptation d'un manga phénomène dont les personnages sont parmi les plus riches du paysage shojo, et pas seulement destiné à un public féminin. Une adaptation aux objectifs lucratifs évidents mais qui, en tant que telle, est plutôt réussie, donnant vie avec brio aux composantes qui ont fait le succès de la bande dessinée sans les dénaturer le moins du monde, mais en leur conservant au contraire, pour la plupart, tout leur charme. Toutefois ce Nana n'est qu'un produit dérivé, et comme tout produit dérivé il n'a d'intérêt que pour les passionnés de la licence qu'il enrichit… A ce titre, en attendant la suite de ce film dont le tournage devrait commencer dans les prochaines semaines, on suivra avec attention les débuts de l'adaptation en série TV animée cette fois, à partir du 5 Avril. Avec pour caution musicale l'étoile montante Tsuchiya Anna à la tête de Blast et la grande Olivia Lufkin dans le rôle de Reira pour Trapnest. Quand on vous disait que ça ne faisait que commencer…

Charlie Vasilyeva

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