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KAMIKAZE GIRLS (SHIMOTSUMA MONOGATARI)

En salle le 14 juin 2006

Un roman culte, des interprètes encensées dans leur pays, un réalisateur qui n'a pas froid aux yeux… Kamikaze girls, en cette période d'écrans maigres, est une aubaine pour les cinéphiles nippophiles. Hilarant, supervitaminé et tout simplement efficace. Dommage, quand même, que les traducteurs aient transformé le titre original (Les contes de Shimotsuma, en référence à la ville des héroïnes) en sorte de "Bricol' girls" neuneu…

Adapter pour le grand écran le roman culte de Novala Takemoto, Shimotsuma monogatari ? Pari pas forcément gagné pour Nakashima Tetsuya qui, vu le succès du livre, prenait le risque de décevoir des centaines de milliers d'adolescentes japonaises fans des aventures déjantées d'Ichiko la rebelle (dont le véritable nom, Ichigo, signifie fraise) et de Momoko la Lolita. Heureusement, le réalisateur pouvait compter sur deux arguments de poids : un casting irréprochable et un sens certain de la dérision. D'où l'incroyable succès de Kamikaze girls au Japon, où un manga a même été tiré du film.

En France, Tetsuya Nakashima est également attendu de pied ferme, ne serait-ce justement qu'en raison de ses deux interprètes principales, Fukada Kyoko (chanteuse et actrice vue notamment dans Dolls de Takeshi Kitano) et Tsuchiya Anna (elle aussi chanteuse, mannequin et actrice à ses heures depuis The taste of tea de Ishii Katsuhito ). Que les amateurs se rassurent, les demoiselles sont absolument parfaites dans leurs rôles respectifs.

Adorable dans ses robes à froufrous, volants et autres broderies, Fukada Kyoko est la plus jolie représentante du style rococo que l'on ait jamais vue. Elle prête à Momoko son visage angélique et son regard candide doublés d'un air à la fois mutin et lunaire qui la rend aussi crédible qu'attachante. En poupée grandeur réelle, elle n'est jamais ridicule, mais parvient au contraire à imposer son style et sa différence avec beaucoup d'humour.

Anna Tsuchiya, elle, s'avère métamorphosée. En chef de gang "Yanki" (détournement de l'allure et des attitudes des bikers américains des 50's) brute de décoffrage, elle offre une prestation savoureuse et très second degré. Il faut la voir, avec ses lunettes de soleil, ses cheveux mal peignés et son inoxydable chewing-gum, asséner à tout bout de champ des coups de boule à une Momoko stoïque ! Cette alchimie entre les deux actrices repose sur une évidente complicité, un même plaisir de jouer ensemble, qui transparaît notamment dans les scènes de chamailleries et de disputes.

Même une séquence animée !

Le reste du casting, à l'avenant, offre une galerie de personnages loufoques qui va du voyou dandy frimeur (Ruyji la licorne) au créateur misanthrope stressé (Yoshinori Okada qui interprète Akinori Isobe, le fondateur de la marque "Baby, the stars shine bright" mise à l'honneur dans le film) en passant par la grand-mère accro aux bonbons ou le père faussaire. Loin d'en faire des faire-valoirs, Tetsuya Nakashima donne à chacun d'entre eux un ou plusieurs moments de bravoure qui leur confèrent une certaine épaisseur psychologique. Les mésaventures du père ("Papa-loser"), diffusées à la télé, ou les séquences mettant en scène la mère de Momoko peuvent ainsi être vues comme des saynètes indépendantes qui valent par elles-mêmes.

Le film est en effet bourré d'intrigues secondaires, comme la légende d'Himiko ou la manière dont Ichiko est devenue une Yanki, qui représentent de petits intermèdes ludiques et viennent nourrir l'histoire principale. Le réalisateur s'est même offert une somptueuse séquence animée pour raconter l'histoire de la mythique Himiko, chef de bande disparue. Un aparté assez révélateur du ton décalé que Nakashima Tetsuya a souhaité donner à son adaptation.

Car Kamikaze girls doit beaucoup à son inventivité scénaristique et dramaturgique. On sent dans le film une liberté de ton et de mouvement qui autorise toutes les audaces : personnages qui parlent face caméra, ralentis appuyés, acteurs qui surjouent, situations stéréotypées… Le rythme effréné empêche tout temps mort et enchaîne les rebondissements les plus farfelus. Plus c'est gros et mieux ça passe.

Cette extravagance joyeuse et décomplexée donne un résultat au-delà des espérances les plus optimistes. Non seulement Kamikaze girls est frais et revigorant, mais les aventures de ses deux héroïnes mal assorties s'avèrent explosives et irrésistibles. Ce qui ressemblait de loin à une grosse dose de n'importe quoi kitsch et gnangnan (et Dieu sait que le risque était gros) se révèle être tout simplement le film le plus drôle du moment.

Marie-pauline Mollaret

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