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[DVD Z2 - Japon] DEATH NOTE / DEATH NOTE : The Last name

Disponibles en DVD zone 2 aux éditions Kaze

Le cahier qui tue débarque enfin en France ! Pleins de bonne volonté, surfant sur la popularité du manga et de la série animée, les deux films Death Note et Death Note : the last name sortent… le premier en DVD, et le second au cinéma. Dans la clandestinité la plus obscure. Y a-t-il des adultes responsables dans la salle ? A croire que non, mais on ne s’en plaindra pas : Death Note version cinéma est une insulte aux fans et un échec artistique total, que l’on espère voir passer inaperçu auprès d’un grand public qui prend déjà le cinéma nippon pour un réservoir de débilités juvéniles hystériques. Tu l’as compris lecteur : Il y a l’adaptation cinématographique qui sert son matériau d’origine ; il y a celle qui le dessert ; Death Note, lui, ne sert plus prosaïquement à rien.


Yagami Raito (se prononce Light) est un étudiant en droit sans histoire, jusqu’au jour où lui tombe du ciel un carnet, le Death Note. Egaré par son possesseur, un Shinigami, dieu de la mort grunge qui l’a plus ou moins sciemment laissé tomber dans le monde des humains, il permet de tuer n’importe qui en y inscrivant simplement son nom, et en ayant son visage en tête. Passé le scepticisme, Raito est bien forcé de constater qu’il a à sa portée un instrument de mort quasi-divin, et décide de s’en servir pour rétablir la justice… ou plutôt SA justice, en devenant Kira ("killer") aux yeux du monde entier, le redresseur de torts à qui aucune injustice n'échappe... Mais c’est bien entendu sans compter L, le mystérieux détective internationalement ultra-médiatisé, qui se met sur l’affaire, et dont personne ne connait ni le nom ni le visage…

Tan-taaan. Mais revenons un peu sur terre. A qui s’adressent les films Death Note, en ce début 2008 ? A un public large de non-initiés ou aux fans de la première heure du manga édité par Kana ? A en juger le néant publicitaire qui entoure la sortie des films – les sites spécialisés n’étant toujours pas capables, le jour de la sortie en salles, de préciser lequel des deux volets sort au cinéma – il semblerait que les éditions Kaze comptent sur le deuxième groupe de zigotos. Le problème est que Death Note, version cinéma, n’a pour ainsi dire rien à apporter à celui qui a déjà lu le manga, et encore moins à celui qui a déjà eu la chance de voir la formidable série animée éponyme (pas encore de sortie DVD programmée en France), qui n’a aucun lien avec les films présentement critiqués, si ce n’est le doubleur du Shinigami, le génial Nakamura Shidô (Lettres d’Iwo Jima, Neighbour 13).

Juger les films Death Note, que l’on aurait aimé aimer, en ne prenant que l’efficacité comme critère inclinerait à la magnanimité, les deux films maintenant en vie, malgré l’insipidité de leur emballage, un certain rythme sur la base d’une idée très excitante. On y verrait deux amusantes séries z. Mais les juger, en prenant tous les facteurs en compte, ne mène qu’à un seul constat : celui de leur néfaste nullité. Et à égalité en plus, le deuxième film faisant à peine oublier le premier, pourtant réalisé pour la télévision (ce qui en fait un téléfilm (sic)). D'aucun rappelleront que cela explique la sortie DVD only de ce dernier. Mais alors, pourquoi sur l'affiche cinéma n'y a t-il pas marqué Death Note : The Last name ? La rédaction, confuse, s'excuse d'avance si jamais la vérité est ailleurs, bien que ça ne soit pas de sa faute à elle.



Paradoxe spatio-temporel

En effet, Death Note version live est certainement, dans la catégorie "film fantastique", le pire de ce que le Japon a produit, sur les plans artistiques et techniques, depuis la bataille de Marignan : figurez-vous un paradoxe gigantesque, reposant sur les solides épaules d’une mécanique marketing parfaitement huilée, consistant à passer à la télévision le meilleur de l’animation (l’adaptation animée de Death Note, au budget très confortable), et au cinéma/en DVD le pire… de la télévision.

Télévision, le mot est dit. Voire même : télévision japonaise. Normal, allez-vous dire, le premier y était destiné. Déjà moins normal que le second, reservé aux salles obscures, ne rehausse pas le niveau. Explication : l'équipe est restée la même ! Comme quoi, le cinéma, ce n'est pas qu'une question de moyens. Au programme alors : plans larges et statiques fonctionnant à l’économie, éclairage de spots publicitaires, interprétation figée d’acteurs peinant à animer leurs personnages cadavériques (remarque, ça colle au sujet), bande originale prolongeant un peu plus la chute de Kawai Kenji, jadis inspiré ; insipide chanson de j-rock servie pendant la scène de ballade entre Fujiwara Tetsuya et Kashii Yû, reprenant exactement les codes du mauvais feuilleton adolescent ; voire semblant de générique au début du 2e film (!). Kaneko Shunsuke, le metteur en scène, se permet même de tuer dans l’œuf tout ressort dramatique, en évitant soigneusement de filmer ce qu’il faut, comme les réactions des personnages principaux, lors des scènes clefs. Aux acteurs qui animent ces personnages, il leur manque juste la présence, de Fujiwara Tetsuya peinant, avec sa bouille ronde, à camper un méphitique calculateur crédible, à Matsuyama Ken’ichi, caricaturant avec ses honnêtes moyens un L très difficilement interprétable. Pardonnable.

On ne pardonne en revanche pas aux auteurs. Comme souvent, le traitement réservé au quota féminin d’un film agit en baromètre du niveau général. Ici, c’est Sabra & Chatila : à l’image de l’immense partie des personnages secondaires, la somme des personnages féminins se résume à un défilé de cruches au mieux inutiles, au pire geignardes ; même l’habituellement charismatique Kashii Yû (Linda Linda Linda) ne laisse rien souhaiter d’autre au spectateur que sa mort, qui tarde d’ailleurs à venir, dans le rôle de la fiancée pot de fleur de Raito. Qui a dit qu’une bonne histoire est une histoire qui sait s’arrêter sur chaque personnage qu’elle met en scène, fût-il insignifiant ? Dans Death Note, lorsque les seconds rôles, eux aussi clairement issus de la télévision, ne livrent pas une composition à faire pâlir de jalousie les acteurs de films érotiques italiens des années 70, c’est le dialoguiste qui s’occupe de les envoyer six pieds sous terre. Les comportements hystériques et incohérent(s) font partie intégrante de l’action, et de cette faune de pantins à peine articulés rappelant le mauvais théâtre de boulevard - ce ne sont pas les mini-badges police Lucida Calligraphy de castor junior que portent les flics du MPD qui sauve ce petit monde du naufrage.



Abrégeons leurs souffrances

Parvenu à une page et demi d’un article refreinant ses pulsions assassines, on se répandrait pour autant volontiers en sadisme sur encore un bon nombre de choses, à la tête desquelles se trouve le scénario, infidèle et indigent. Sur ses "innovations" comme la modification du découpage au début de l’histoire, totalement artificielle, et sa façon grotesque de régler le compte du personnage de Naomi, ou encore son happy end pathétique et traître. Sur sa crétinerie bubonique, plombant des scènes entières comme celle, démonstrative jusqu’à la nausée, du bar où un hystérique et impuni (et blond) assassin révolte un baby Raito à l’esprit maléfique pas encore éveillé. Sur ses raccourcis d’une nullité assommante, le plus important concernant directement Raito, dont la propension à passer du gendre idéal à l’ordure parfaite selon la simple présence du Death Note était déjà l'un des rares défauts de l’adaptation animée, ici accentuée. Sur un Shinigami rappelant les meilleures heures de la première PlayStation, tout juste bon à donner aux responsables des effets spéciaux de quoi s’amuser –cf. la pomme en 3d flottant dans les airs. Mais ce serait perdre trop de temps. Or, pour reprendre ce qu'écrivait Anatole France au sujet de Marcel Proust, la vie est trop courte, et les films Death Note trop longs.

Perte de temps (donc) pour les fans, supplice pour les cinéphiles (on n'avait pas vu aussi mauvais depuis Casshern ?), divertissement pour ceux qui se satisfont d’un (gros et flasque) rien, et qui en ont de la chance. Jugement sans appel, peine capitale. Mais une pensée constructive, pour sortir indemne de cette perte de temps ! Peut-être l’énième constat, pour conclure, que dans les genres fantastique et science-fictif, le cinéma japonais recèle bien moins de talents que le milieu de l’animation, comme si les manga-otakus en détenaient le monopole. Intox ? Quoiqu’il en soit, on serait tenté de remettre en question, avec un si parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire, et dans un accès de naïveté romantique, le droit d’adapter.


Alexandre Martinazzo

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