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MANGA CAFE à Paris : ouverture du premier Manga kissa européen

Manga Café. L’appellation est limpide : l’établissement s’adresse à deux catégories de gens : les otakus flâneurs et les buveurs inapaisés. Quel autre pays que la France, lectrice numéro deux mondiale de mangas, et quelle autre ville que Paris, lieu saint des cafés/brasseries cultureux et conviviaux, pouvaient accueillir le premier véritable équivalent européen des "manga kissa" japonais ? Avec ses milliers de BD nipponnes, ses boissons à volonté, son internet en WiFi et ses bornes PlayStation 2, Manga Café propose depuis le 22 juillet 2006 un univers rêvé pour passionnés et curieux, où tout est gratuit après s'être acquitté d'un forfait de trois ou quatre euros par heure.



Tu veux t’instruire en buvant un cappuccino, hop in. Oui oui, t’instruire : ça fait un bon siècle de Montherlant a sucré les fraises, Sartre n’a jamais dit que des conneries, et les ventes de livres chutent d’années en années, c’est une véritable pandémie ! Pour sauver la barque du naufrage à gazouillis, un dernier recours : le manga ! Parce que faut pas croire : chez Manga Café, les 8 000 tomes chauds et avenants, à la page et au courant, donnent une belle idée de la variété de genres et de publics que touche cette industrie foisonnante. D’accord, lecteur, "pas besoin de prêcher un converti", on a compris.

Alors on investit les lieux, fébrile à la seule idée de pénétrer dans un décor si riche en symbolique. Résultat ? On se retrouve quelque part entre le Japon déridé et notre plat pays, entre l’ascétisme nippon et l’art & déco parigot, entre un Starbucks en plus chaleureux et la chambre de l’otaking le plus proche de chez vous ; avec en prime des couleurs faites pour nous plaire (rouge, blanc, noir), soit une palette réduite et un style pour l'heure épuré qui peuvent surprendre ceux qui auraient anticipé une prolifération de posters, un déluge de "kawaii" ou une invasion de Kitty-chan... Une grande fresque murale réalisée par une mangaka professionnelle rayonne au fond de l'établissement, et bien entendu, pour parachever le tout, l'accueil est méta-cool. En un mot : on aime.



D’autant plus que le Pepsi à volonté est un excellent crû ! Fruité, frais et tout. Message à l’attention des otakus dépravés que la lecture de Akamatsu Ken n’aura pas sauvé du mauvais chemin : Manga Café ne distribue pas de Kro pour en nourrir ses clients (jeunes, de 15 à 25 ans a priori) ad patres. Et il est bien entendu interdit d’emporter sa pinte de blanche dans l’enceinte de l’établissement ; pour la même raison qu’il ne nous a pas semblé apercevoir de hentaï pur jus, sorry folks. Ou non, pas sorry, c’est pas vrai quoi, il vous en faut toujours plus, à vous !

Outre la lecture et l'ivresse des boissons non alcoolisées, Manga Café met à disposition de ses clients des PC portables avec connection internet WiFi, ainsi que des bornes Playstation 2 histoire de se dégourdir les mimines. Pour le futur, sûrement très proche, on parle déjà d'événements et de soirées à thème : projection, cosplay, karaoké, go, conférence, atelier manga...



Le tarif, pour finir : trois ou quatre euros l’heure (grille tarifaire sur
www.mangacafe.fr). En étant super rapide, ça peut donc faire trois euros pour six volumes, à raison d’un toutes les dix minutes ; sans boire ni cligner des yeux, hein. Mais nous autres d’Orient-Extrême ne faisons qu’extrapoler ici, puisque nous n’avons pas dépassé le stade théorique, si ce n’est avec les fauteuils rouges, parfaits pour conditionner les esprits les plus indépendants…

Manga Café a ouvert ses portes, les manga-addicts de France et de Navarre ne tarderont pas à faire la queue pour squatter les commodités de ce qui se révèlera certainement être une des plus importantes étapes de la démocratisation des reliures en noir et blanc… Si tu ne veux pas être pris de court, toi aussi, lecteur, range toi dans les starting-blocks.

Alexandre Martinazzo




INTERVIEW DE BEN KORDOVA, MANAGER DE MANGA CAFE

Orient-Extrême : Elle t’es venue comment, l'idée de Manga Café ?

Ben Kordova : Je farfouillais sur le net, à la recherche d’informations sur le Japon, et j’ai découvert ça...

Orient-Extrême : Quoi ? Ce n’est même pas venu d’une expérience dans un authentique Manga kissa japonais ?
Ben Kordova : Mais je ne suis jamais allé au Japon ! Du moins pas encore. J’ai toujours rêvé d’y aller, mais je n’ai jamais eu l’occasion. Ca va se faire bientôt.

Orient-Extrême : C’est très surprenant, parce que Manga Café ressemble pas mal à ce que sont les Manga kissa au Japon.
Ben Kordova :
Je me suis énormément documenté. En plus de ça, j’ai la chance d’avoir un petit cousin de ma mère consul de France à Ôsaka. Je lui ai donc téléphoné un certain nombre de fois pour lui demander des conseils sur les petits détails techniques ; mais au final, c’est surtout ma documentation sur Internet qui m’a aidé à obtenir ce résultat.

Orient-Extrême : Bravo. Mais c’est quoi, ces stations PlayStation 2 là, dans le coin ? Un sponsor ? [devant moi se tient une zolie station dont l’écran affiche un personnage de .Hack//Sign]
Ben Kordova :
On est parti de l’idée de recréer tout l’univers du manga. Il y en a deux de plus dans la salle d’à côté, avec Dragon Ball et Saint Seiya en jeux. On fera tourner tout ça ; mais uniquement avec des jeux adaptés de mangas ou d’anime, bien sûr.

Orient-Extrême : Et… il y a déjà des gens qui sont venus y jouer ?
Ben Kordova : Oui (sourire), depuis ce matin ça n’arrête pas.

Orient-Extrême : Tu n’as pas peur de donner plus envie de tripoter la manette que de s’instruire en lisant One Piece ?
Ben Kordova : Oh, ils font ce qu’ils veulent, c’est un espace libre… Regarde, on a même mis à disposition des clients des ordinateurs portables, avec WiFi et tout.

Orient-Extrême : Vous en avez combien en stock ? Et ça coûte quelque chose en plus du tarif global ?
Ben Kordova : On a trois PC pour l’instant ; et non, il n’y a aucun coût supplémentaire. Si on en a un disponible et qu’on nous le demande, on le confie au client le temps de sa visite.

Orient-Extrême : Généreux ! Comment se présente cette première journée ?
Ben Kordova :
Pas mal du tout. On a eu une trentaine de personnes depuis ce matin. Pour une première journée, c’est quand même pas mal puisque l’on a presque pas fait de pub, si ce n’est dans certains magazines spécialisés, un petit peu sur Internet, mais c’est tout ; on compte sur le bouche à oreille plus qu’autre chose.

Orient-Extrême : Le bouche-à-oreille a été révolutionné par Internet, ne vous inquiétez pas trop pour ça.
Ben Kordova : On sait, on sait ! Mais le moment critique, ça va être à la rentrée, quand toutes les facs, universités, lycées et grandes écoles vont rouvrir dans le coin.

Orient-Extrême : Vous avez distribué des flyers ?
Ben Kordova : Oui, on a commencé. On compte vraiment sur les effets secondaires de notre localisation, entre Jussieu, Censier, La Sorbonne…

Orient-Extrême : Et quand la rentrée viendra… Rayon stock, vous pourrez assurer ?
Ben Kordova :
Ça va ; on en a à peu près 8000, plus 1500 doubles dans des cartons pas encore déballés, on essaye de voir où on va les caser. A côté de ça, on a environ 200 mangas de plus qui correspondent aux nouveautés, et que l’on va monter rapidement dans la bibliothèque, puisqu’on ne les a reçus qu’hier !

Orient-Extrême : Votre lectorat… très français, vu la manière dont ça se présente.
Ben Kordova : Oui. On a très très très très très peu de V.O. en stock, tout juste une cinquantaine de mangas ; je ne les ai même pas encore exposé puisque je cherche une vitrine à part, pour ne pas les mélanger avec le reste, sinon ce sera le bordel. Pareil pour la centaine de volumes en anglais. Pour les touristes… on ne sait jamais !

Orient-Extrême : Des titres édités en anglais, n’ayant pas encore de version française, par exemple ?
Ben Kordova :
Non, nos titres à nous ont leur version française. Par exemple, Maison Ikkoku, un des meilleurs mangas que je connais ; etc.

Orient-Extrême : D’accord.

Je me tourne vers Kaori, la dessinatrice de la très jolie fresque en noir sur blanc qui orne un des murs de la grande salle du fond, et lui demande ce qu’elle en pense. Prise au dépourvu, elle pousse un gloussement kawaii et me répond qu’elle ne connaît pas trop ce genre d’endroit – on aura tout vu. Je reviens à mon interlocuteur.

Orient-Extrême : Oui, euh.. Ahem. On se disait juste qu’ici par exemple, on ne pouvait certainement pas piquer un roupillon tranquille, comme dans les Manga kissa japonais.
Ben Kordova :
Non, en effet. C’est la grande différence entre Manga Café et nos modèles : ici, pas de salon de massages, ni de cabines d’UV, ni de chambres pour dormir.

Orient-Extrême : Oh, tu sais, il n’y a pas forcément de chambre au Japon non plus hein ; il leur suffit d’une table ou d’un bout de canapé…
Ben Kordova :
Oui, je sais, mais de toute façon, on est parti du principe que ce qui marche au Japon ne marche pas forcément en France. Nos deux cultures sont différentes, et je ne suis pas sûr que ça plairait aux Français. Il faut dire que là-bas, une des raisons de ce genre de dérive, c’est le manque d’espace. Pour fuir le bruit, les Japonais se retrouvent dans les Manga kissa, parfois pour une longue durée, dans le calme… Ici, le calme est important, mais l’esprit diffère. Par exemple, on a été obligé d’installer des bornes anti-vol, alors qu’au Japon ce n’est absolument pas nécessaire.

Orient-Extrême : Welcome to the jungle.
Ben Kordova : La France, c’est clair, ce n’est pas le Japon ; on n’hébergera jamais aussi facilement qu’eux des clients que l’on ne connaît pas bien ; on sait que les couvertures des mangas ne garderont pas cette propreté bien longtemps ; c’est un risque, on a décidé de le prendre, quand ça arrivera, eh bien on achètera d’autres mangas !

Orient-Extrême : Peut-être avez-vous déjà envisagé des animations, des events et autres soirées à thème ?
Ben Kordaba : Oui, on pense organiser différentes choses une fois la période de rodage terminée : des projections d’anime, des conférences, des défilés de cosplay, des petits cours de manga, pourquoi pas… Nous allons penser à tout cela très prochainement. L’idée est d’offrir aux clients ce qu’ils aiment, pour qu’ils se sentent bien, dans leur univers.

Orient-Extrême : Il faut conserver cet esprit. Et si ça marche, tout ce que l’on vous souhaite… vous ouvrirez un autre Manga Café ?
Ben Kordova :
Si ça prend, et comment ! Mais d’abord, attendre que celui-ci fonctionne. Aller pas à pas.

Orient-Extrême : Eh bien, bonne continuation. Et merci pour le Pepsi.
Ben Kordova : [rires] De rien, tu peux même t'en resservir !

Propos recueillis par Alexandre Martinazzo
Photos : Eric Oudelet


MANGA CAFE
11 bis rue des Carmes
75005 PARIS
(angle 36 rue des Ecoles)
Tel : 01 43 26 50 04
Fax : 01 43 26 55 59
Site internet : www.mangacafe.fr
METRO :
Ligne 10 : Maubert-Mutualité ou Cluny la Sorbonne
Ligne 4 : Saint Michel
RER B : Saint Michel ND ou Luxembourg
BUS : 63, 87, 86, 27, 85, 38, 96, 21, 24, 84, 89

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