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BENJAMIN, auteur de Remember - INTERVIEW

Interview réalisée dans le cadre de l’exposition de Benjamin à la Galerie Arludik

C’est quelques mois seulement après la Japan Expo que Benjamin, jeune peintre et dessinateur numérique prodige made in China (photo patibulaire ci-dessus et bienveillante à la fin de l'article), est de retour en France à l’occasion de son exposition. Ses toiles ainsi que certaines planches de ses œuvres précédentes arpentent actuellement les murs de la galerie Arludik jusqu’au 08 décembre. Orient-Extrême en a profité pour faire connaissance avec l’artiste phare des éditions Xiao Pan.


Orient-Extrême : Comment es-tu arrivé dans la bande dessinée ?
Benjamin : Quand j’étais petit, je lisais déjà pas mal de mangas japonais ainsi que Tintin qui était une BD très répandue en Chine dans mon enfance, et dont je me suis inspiré pour faire mes premières BD. Puis quand j’ai été diplômé de mon école de mode et de design, je me suis dit que je voulais en faire mon métier.

Orient-Extrême : Quelles sont tes références cinématographiques qui composent ton univers ?
Benjamin :
Parmi les réalisateurs japonais, Takeshi Kitano m’a beaucoup influencé ainsi que Luc Besson, notamment avec Léon en 1995 dont je m’étais procuré une copie pirate, comme ça se fait encore beaucoup dans mon pays.

Orient-Extrême : On trouve énormément de références musicales dans tes œuvres. Dans ton roman The Basement, tu suis un groupe de rock, quel rapport as-tu avec ce style de musique ?
Benjamin : J’adore la musique, le rock en particulier, c’est pourquoi j’ai passé un an avec Shenlin (traduisez "la forêt") pour écrire mon roman. J’ai appris plein de choses sur le monde de la musique que je n’aurais jamais pu imaginer. J’aime beaucoup Shenlin ainsi que Cui Jian. C’est un musicien qui a eu énormément d’influence dans les années 80, c‘est un symbole pour les jeunes Chinois d’aujourd’hui et il est considéré comme le père du rock chinois, même si musicalement il n’a plus la même influence qu’auparavant. Malheureusement, le rock est actuellement en phase descendante en Chine, et je pense qu’il n’a pas vraiment d’avenir dans mon pays car il soulève un problème culturel. Le rock est une musique très violente et donne une image assez négative de ses protagonistes, par opposition aux chanteurs de variété. Il y a beaucoup de groupes géniaux qui se sont séparés et dont les chanteurs essaient justement de faire une carrière solo dans la variété, parce que c’est la seule manière de gagner leur vie tout en restant dans la musique. J’ai l’impression que le rock est un style musical qui a peu de chance de s’acclimater et de se répandre. Finalement, Cui Jian était peut-être une exception.

Orient-Extrême : L’origine de ton nom d’artiste est-elle une référence occidentale ?
Benjamin : Il y a quelques temps, j’ai travaillé dans une agence de pub française installée à Pékin en tant que graphiste et à l’époque, tous les créatifs portaient un nom anglais. C’est plus facile pour les étrangers de retenir ce nom, et ça me permet également de communiquer plus facilement dans mon travail. Benjamin est un prénom qui est commun aux trois religions monothéistes donc effectivement, on ne peut pas faire plus européen !

Orient-Extrême : Il y a encore quelques années, la BD n’était pas une forme d’art reconnue en Chine, ton succès a-t-il ouvert des portes à d’autres auteurs ?
Benjamin :
Quand mon premier album, One Day, est sorti en 2002, il y avait vraiment très peu d’opportunités pour les auteurs de BD. La plupart des artistes n’arrivaient pas à en vivre, et travaillaient parallèlement dans les jeux vidéo ou la publicité. Le fait d’avoir été le premier à publier en France avec la maison d’édition Xiao Pan a attiré l’attention sur la BD chinoise. Cette opportunité a ouvert des portes, c’est vrai, car depuis, de plus en plus d’auteurs sont publiés.

Orient-Extrême : Quelle est la place de ce style de BD par rapport au marché du manga japonais ?
Benjamin :
En Chine, la BD est encore considérée comme destinée aux enfants, voire aux adolescents, elle n’a donc pas encore de véritable place au sein du marché. Mon style, réservé à un public adulte, est toujours refusé par les grosses majors. Ce sont les petites maisons d’éditions qui se permettent de publier des auteurs bien particuliers. Encore aujourd’hui, on ne trouve mes BD que dans certaines librairies qui possèdent un rayon jeunesse, ce n’est pas aussi accessible qu’en France. Mais ce style marche de mieux en mieux, et je pense qu’il se développe petit à petit.

Orient-Extrême : Le fait d’être le pionnier du genre ainsi que d’apporter un style nouveau t’a-t-il permis de t’affranchir du conformisme et des normes qu’impose le marché de l’édition chinoise ?
Benjamin :
Bien sûr ! J’ai effectivement plus d’opportunités et de choix qu’auparavant. Je n’ai aucune pression ni de limite de la part de mes éditeurs français. En revanche, si il y a une pression quelconque dans mon pays, elle vient plutôt de l’environnement social général et ça, je ne peux pas y faire grand chose…

Orient-Extrême : Dans Remember, tu exposes tes propres difficultés par rapport au métier d’auteur de BD. Ces tribulations autobiographiques font-elles office de thérapie ?
Benjamin
(secouant vivement la tête) : OUI !!!

Orient-Extrême : Dans Remember, tu faisais référence au studio de publicité que tu avais créé pour ton label, qu’en est-il actuellement ?
Benjamin :
Au début de Remember, j’avais bel et bien un studio de pub où je faisais essentiellement des roughs, mais j’ai tout laissé tomber pour me consacrer entièrement à mon album.

Orient-Extrême : Tu es déjà venu plusieurs fois en France, dont l’été dernier à l’occasion de Japan Expo. Cette fois ta tournée s’étend sur tout le territoire, voire jusque dans les pays frontaliers. Qui rencontre-tu à travers ton public ?
Benjamin :
Des passionnés de manga avant tout. J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de filles dans mon lectorat… (rires)

Orient-Extrême : On voit de plus en plus d’artistes chinois en France, comme lors de l’exposition Animanga en mars 2006, exposition qui réunissait plusieurs artistes travaillant sur différents supports (3D, art toy, peintures, sculptures…). Serais-tu intéressé de sortir de l’illustration et de la BD pour toucher à d’autres supports ?
Benjamin :
Non, en réalité j’ai suffisamment à faire avec la BD.

Orient-Extrême : Tes dessins restent influencés par les mangas japonais, cependant ta mise en page est très particulière et sort des codes de ce type de BD, notamment à travers tes dernières planches, où les cases ne sont plus délimitées et se chevauchent les unes les autres. Comment es-tu parvenu à ce style ?
Benjamin :
Je suis très influencé par le cinéma, d’ailleurs j’aimerais que mes BD soient mises en scènes comme un film. Mais si je voulais conserver un découpage très régulier comme dans les mangas et que j’avais par conséquences tous les cadres à tracer, mes albums seraient trop épais (rires). Je préfère donc me concentrer sur des scènes-clés et les décrire en grand, comme le font certains auteurs franco-belges ou certains auteurs de comics américains, tout en gardant un format d’édition plus petit. Ce style de construction s’est développé naturellement, je n’ai pas eu d’influence particulière. J’ai découvert par la suite sur Internet que d’autres auteurs étaient également parvenus à ce style.

Orient-Extrême : Les toiles que tu exposes actuellement, tout comme tes planches, ne laissent quasiment pas de place pour le blanc, il y a presque une saturation démesurée de la couleur, en opposition avec des histoires plutôt sombres ainsi que les pensées angoissantes de tes personnages. Qu’est ce qui te pousse à utiliser des couleurs aussi éclatantes ?
Benjamin :
C’est un choix personnel, j’adore les couleurs vives comme le cyan, le rouge, le rose… Même si je n’en porte jamais sur moi. C’est également une manière de représenter la jeunesse de mon pays et ce qu’elle traverse.

Orient-Extrême : Tu as cessé de dessiner au crayon en 2000 pour te consacrer uniquement à un travail numérique sur ordinateur. Penses-tu revenir un jour à des techniques plus traditionnelles ?
Benjamin :
J’ai ce projet en tête, oui. Je viens de louer une petite chambre à Pékin sans rien, sans ordinateur. J’ai envie de revenir là-bas pour m’y mettre, malgré toutes ces années sans toucher à un crayon.

Orient-Extrême : Xiao Pan a actuellement un projet de magazine, peux-tu nous en parler ?
Benjamin :
Officiellement, çà n’est pas un magazine mais un collectif appelé Pékin!, qui proposera une série de livres, cette forme de publication étant plus facile à obtenir en termes d’autorisation. Ils sortiront cependant à échéances régulières comme un magazine. Xiao Pan a pour objectif de présenter des auteurs de BD de nationalités, de cultures et de styles différents, pour reprendre le principe des Jeux Olympiques, qui se dérouleront prochainement à… Pékin. Il y a aussi bien des auteurs français, malais, que chinois, avec de la BD, des illustrations et du texte.

Orient-Extrême : Quels sont tes projet pour les mois à venir ?
Benjamin :
Mon premier artbook, intitulé Youth sera prochainement publié aux éditions Xiao Pan, ainsi que le projet collectif Pékin! dont nous venons de parler et auquel je participe, à l’occasion des prochains Jeux Olympiques. Puis au mois d’avril sortira le premier épisode d’une nouvelle série, The Saviour.

Orient-Extrême : Merci beaucoup !
Benjamin :
Merci !

Propos recueillis par Alice Descoux et Arnaud Lambert
Crédits photos : Xiao Pan


Remerciements :
- à Xiao Pan (www.xiaopan.com)
- à la galerie Arludik (www.arludik.com)

Accès : 12-14 rue Saint Louis en L’Ile, 75004 Paris
(M) Sully Morland

Ouverture : Du mardi au dimanche de 14 à 19h (vérifier horaires)
Benjamin, du 23 octobre au 08 décembre 2007
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