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FAKE

Fake nous fait partager le quotidien de deux flics de choc et de charme au gré de leurs enquêtes menées tambours battants dans les bas-fonds de New York. En alternant scènes de crime et scènes de la vie courante, ton sérieux et humour très potache, le tout rythmé par des flash back révélateurs, Sanami Matoh dresse peu à peu le portrait tout en finesse de ces héros. Et de cette promiscuité liée au travail naît entre eux une complicité presque immédiate qui se mue lentement en des sentiments plus ambigus, plus profonds. Malgré le cadre violent voire sanglant, cette série nous offre une histoire d’amour touchante, un rayon de soleil ou plutôt un arc-en-ciel qui parvient à déchirer cette noirceur ambiante.
Fake, quand Tonkam renoue avec le Yaoi….

Duo de flics à New York : Flingue, drogue et ...

Randy MacLain débarque au 27ième commissariat de New York pour y prendre ses fonctions. Alors qu’il entre dans le bureau du patron pour se présenter, premier jour oblige, il interrompt une séance de passage de savon alors à son apogée. Le flic si vertement rappelé à l’ordre, un certain Dee Latener, essuie le courroux du chef avec une désinvolture pour le moins déconcertante.

Soulagé par cette visite qui tombe à pic, ce dernier profite de l’occasion pour s’échapper discrètement de la pièce. Il est coupé dans son élan par un commissaire toujours à cran qui lui annonce que cet intrus, son sauveur: Randy en l’occurrence, est le « nouveau » avec qui il va devoir faire équipe. Dee ne fait pas de cérémonie et adopte très facilement son collègue. Ayant rapidement dénoté en lui des origines orientales, il lui demande du tac au tac quel est son nom japonais. Il ne l’appellera plus désormais que par "Ryo", un habile moyen pour briser la glace.

L’immersion pour le moins brutale dans ces locaux et son intégration assez familière dans l’équipe ne sont pas pour déplaire à Randy (Ryo pour Dee). Son co-équipier aussi fougueux dans l’attitude que dans le verbe a cette assurance presque arrogante qui le laisse songeur et paradoxalement le met en confiance.

Leur première affaire leur a permis de faire plus ample connaissance, chacun sachant désormais à quoi s’en tenir. Dee est vite séduit par son partenaire, ce qu’il prenait pour une simple attirance se révèle être un coup de foudre.
Ryo, quant à lui, est déstabilisé par les réflexions douteuses et le comportement ambigu de son voisin de bureau. Ce qu’il prenait pour de la provoc’ ressemble à s’y méprendre à des avances plus ou moins déguisées. Il n’a rien contre les homosexuels, seulement il n’a jamais cherché à nouer une relation intime avec un autre homme. Il décide de faire abstraction de la chose, enfin il essaie car son soupirant est du genre persévérant. Par ailleurs il accepte de prendre en charge un jeune garçon, Vikky, son père ayant été tué par des trafiquants dont ils viennent de démanteler le réseau de drogue.

Cette entrée an matière tout comme la trame de l’histoire ne sont ni trop classiques ni trop convenues pour une série yaoi. Deux beaux gosses ne se tombent pas immédiatement dans les bras, fous d’amour après un battement de cils, les chaudes scènes de lits venant rapidement à l’appui comme pour prouver l’ardeur plus que la véracité de leurs sentiments. La niaiserie et la guimauve ne sont pas non plus au menu, la chasse amoureuse est ici, aussi subtile que sinueuse. La construction du couple se fait par touches successives en majeure partie liée aux évènements qui se déroulent dans le cadre restreint du monde du travail.

La police, ce choix de carrière n’est pas anodin et répond à un besoin des héros d’exorciser un passé douloureux. Force est de constater que leur histoire n’avance significativement que lorsque les facteurs danger, risque et adrénaline entrent en collision. Dee et Ryo forment un duo de flic redoutable d’efficacité. Les enquêtes qu’ils traitent, les touchent toujours de prés ou de loin. Dans la tourmente, ils se soutiennent, se comprennent, apprennent à se connaître et à tomber peu à peu le masque qu’ils se sont forgés.

La peur de perdre l’autre les fait réagir instinctivement. Les sentiments se manifestent vrais et puissants. Il devient clair qu’il y a plus que de l’amitié et de la confiance entre eux. Ryo se montre alors plus démonstratif et fait preuve de son réel attachement pour Dee. S’il subit toujours ses avances, il accepte de mieux en mieux certaines marques d’affection et en vient même à en solliciter quelques-unes. Sa crainte d’aimer et d’être aimé qui le poussait à rester seul pour s’épargner la souffrance de survivre à un être cher s’estompe progressivement.
Cela dit son incapacité à faire le point et à prendre une quelconque décision devient exaspérante. La mangaka rallonge le récit en recourant trop souvent aux mêmes ficelles scénaristiques. Sans effet de surprise, les scènes ainsi calquées les unes sur les autres en deviennent rébarbatives.

Un pas en avant deux pas en arrière : une chasse chaotique et plate.

Si les autres flics du bureau ajoutent un peu de réalisme au travail d’investigation, ils pimentent également l’ambiance: le commissariat ressemblant par moment plus à une congrégation de commère qu’à un corps de fonctionnaires. Ils aident à la formation du couple vedette qui patine au démarrage.

Fake n’étant pas un yaoi pour rien, la concentration de gay au mètre carré est assez impressionnante. Il n’est donc pas étonnant que des personnages secondaires aient des vues sur nos premiers rôles. Tandis que Ryo a tapé dans l’œil du commissaire remplaçant, un certain Barclay, charismatique et charmeur. Dee est la proie des attentions d’un policier qu’il a croisé lorsqu’il était encore à l’académie. JJ manifeste ainsi son attachement de façon ostensible voire ostentatoire. Immanquablement rembarré, ces situations embarrassantes pour un certain brun et comiques pour les autres sont agréables à lire. Un regain de punch salutaire.

Une compétition silencieuse commence entre les deux soupirants aux caractères finalement très semblables. Ryo prend ainsi conscience de plusieurs choses, notamment qu’il tolère les agissements de son équipier mais pas ceux de son chef. Une constatation importante, hélas, dénuée d’effet. Les tentatives maladroites des seconds rôles ne sont pas suffisamment sérieuses pour générer des triangles amoureux et pousser Dee et Ryo dans leur dernier retranchement. S’ils s’amusent de mettre les héros dans l’embarras, leur histoire, elle, s’enlise et l’ennui gagne.

Les continuels atermoiements de Ryo, son attentisme et sa passivité dans les moments clé de sa relation avec Dee finissent par rendre son personnage froid limite antipathique. Ses élans de tendresse, aussi rare que fugaces, modèrent un peu cet a priori peu flatteur qu’il inspire. Bien qu’il se libère de son passé, il n’assimile que difficilement ces changements. Trop dilué dans le reste de l’œuvre, ses progrès passent presque inaperçus, laissant la décevante impression qu’il n’évolue pas. Son sursaut final n’est qu’une piètre et insuffisante consolation car il est loin d’être convainquant.

En outre, chaque fois que l’ambiance s’échauffe, les mêmes évènements se répètent. Vikky, qui veut garder son tuteur pour lui tout seul, intervient et met à plat tous les préliminaires du couple. Dee, frustré, gueule et invariablement s’ensuit une dispute qui se résume à un babillage insipide. A se demander si Ryo n’est pas le seul adulte de la maisonnée. Ce dernier se réajuste et se fait "couler" un café, totalement en dehors de ces chamailleries dont il est pourtant l’origine et quelques fois l’instigateur. Et quand enfin, ils se retrouvent seuls, loin du travail, loin des gêneurs, il ne se passe – malheureusement – rien de plus. Dee s’arrête de lui-même, refroidi par le manque d’empressement et le regard insondable de celui qui fait battre son cœur. Sa volonté de lui prouver qu’il veut une communion de corps et de cœurs et pas seulement l’assouvissement d’un besoin physique, l’empêche de poursuivre.

Les scènes de sexes, graphiques ou suggérées, caractérisent pourtant le yaoi. La mangaka joue de cette certitude qu’ils passeront à l’acte tôt ou tard. La frustration s’accumule au fil des tomes pour finalement être assouvie dans l’opus final telle une cerise (un lemon, pour les "yaoistes") sur le gâteau récompensant les patients. Mais quelle déception ! "La scène" ne vaut pas le prix de l’attente. Aucun relief n’est donné à cette, au combien importante, première fois. Aucune émotion, aucune passion ne transparaissent, une telle platitude gâche tout.

Cette superficialité se retrouve aussi dans le manque de consistance de certains protagonistes importants, Vikky notamment. Ce gamin a la fâcheuse tendance à se mettre dans la mouise. Lui et sa copine Cal, sont toujours là au mauvais endroit au mauvais moment. Quand ils ne font pas capoter les plans coquins de Dee, ils sont fréquemment témoins de violence et sont souvent pris pour cible. Ces horreurs vécues semblent pourtant ne pas les affecter moralement. Entre deux kidnappings et un meurtre, ils s’amusent et rient en toute insouciance, innocence même.

A noter la présence en fin de tome de courts one-shot retraçant des morceaux choisis des aventures de ces jeunes gens, nos deus enquêteurs y apparaissant en guest star. Bien ficelé et distrayant, ils soulignent cependant une autre faiblesse de la mangaka, son graphisme très approximatif et sombre. Ainsi les pages introduisant les chapitres de la série et quelques planches sont vraiment très noires, les traits des visages s’en trouvent déformés: on a du mal à savoir de qui il s’agit.

De même niveau physique, il y a un problème de proportion – rien de grivois dans cette remarque – la carrure des personnages ne correspondant pas du tout à leur âge supposé. C’est particulièrement flagrant pour Vikky sensé n’avoir qu’une dizaine d’année et qui, par moment, se retrouve aussi baraqué qu’un mec dans le vingtaine. Ajouter à cela des couvertures de tomes pour le moins florales et kitch qui donne à l’ensemble comme un petit goût de vieux mais pas désagréable.

Fake n’a pas ce côté réaliste, plausible que l’on retrouve dans la série New York New York de Marimo Ragawa. Noyée dans les répétitions et redondances du scénario, cette histoire d’amour perd en intérêt au fil des pages. C’est un yaoi parmi d’autre, rien de bien transcendant ni d’extraordinaire, l’ensemble restant très moyen.

Sabine Soma

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