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SAMURAI 7

En 1954, Akira Kurosawa (à qui l'on doit aussi Ran) réalise un chef d'oeuvre qui reste - par définition – indémodable : Les sept samouraïs. Ce film des plus incroyables et véritable monument du cinéma, a marqué toute une génération au point qu’aujourd'hui encore, bon nombre d'oeuvres s’en inspirent pour donner vie à des remakes plus ou moins regardables et ce, sous divers formats comme le livre ou la B.D.. Il n’est donc pas étonnant de voir le Japon, pays d'origine du film et terre d’animation, nous en servir une nouvelle refonte animée qui est bien loin d’être fade…

La recherche d'originalité ?

C’est à la fin de l’année 2003 que Gonzo, gros studio nippon qui n'a plus à faire ses preuves (Hellsing, Bakuratsu tenshi, Last exile, Vandread[i]), décide de mettre en projet l'adaptation de Les sept samouraïs. Afin de ne pas sortir une bête copie sans identité, le projet est confié à Tomioka Atsuhiro ([i]Vandread, Berserk, Chrno Crusade) qui rallonge ce scénario pourtant déjà très long dans le film original, afin de coller à un format 26 épisodes sans risquer de tomber dans un rythme frôlant le néant façon .Hack//. Les grandes lignes sont conservées, histoire de ne pas affoler les puristes mais, Gonzo en tant qu’acteur majeur sur la scène japanime a une réputation à tenir et doit frapper un grand coup. Ainsi est-ce sur l'univers au travers de son design comme de son ambiance générale que les principaux changements vont être apportés.

Aux commandes, Makoto Kobayashi et Takuhito Kusanagi qui nous régalent d’un character design du feu de dieu : Agréable, original et coloré, chaque personnage présente un véritable intérêt. Une des originalités étant là, les méchas (oui vous avez bien lu) sont quant à eux une réussite, on y reviendra. L'univers, s'il reste à peu près le même, s'enrichit d'un contexte géopolitique et technologique (on s’en serait douté) qui donne à la série une autre envergure : Loin d'être kitsch ou hors propos comme dans certaines autre séries comme Trigun, Gun X Sword, cet afflux de technologie n'est pas expliqué, laissant libre cours à l'imagination du spectateur : En fait, l’univers est tel qu'on nous le montre, et on l'accepte. Là est le coup de maître des réalisateurs.

Par ailleurs, tout ce qui touche à ces robots et vaisseaux est en images de synthèse, ce qui les décolle énormément du décor plutôt classique de la série. Cette dichotomie graphique présente au final un véritable concept visuel qui confère une identité à cette adaptation sans pour autant empiéter sur l’aspect scénaristique. Et le scénario, parlons-en justement…

Un scénario long… trop long ?

Le problème rencontré dans le film original sur le plan du scénario est que ce dernier se trouve long mais reste superficiel, le véritable intérêt étant plus dans le tableau somptueusement dressé de l’époque que les thématiques de remise en question de soi ou du drame. C'est dans cette même optique que se tourne Samouraï 7. Fidèle à sa genèse, la série se divise en trois parties distinctes d'environ 8 épisodes chacune.

La première d’entre elles englobe une première quête de l’héroïne consistant à réunir les samouraïs. En effet, des bandits menacent son village, et celle-ci se doit de recruter des samouraïs pour la défense. Les seuls biens dont disposent les paysans sont le riz dont ils se servent comme monnaie. Le problème du financement de ces samouraïs se pose alors : Accepteront-ils de protéger de simples paysans en échange d'un bol quotidien ? Si dans le film, la thématique de la pauvreté se fait plus ressentir, ici elle est mise de coté. D’une manière plus générale, la recherche et l'embauche de ces samouraïs est cependant plus détaillée, de petites pointes d'humour venant même enrichir cette première partie de la série. La personnalité de ces mercenaires est beaucoup plus approfondie, rendant ces héros d'un autre genre plus attachant. Le manga aidant, on les cataloguera plus facilement dans des stéréotypes avec lesquels le scénariste aura un malin plaisir à jouer sur nos préjugés… Vous voilà prévenus.

La seconde phase de la série est la défense du village qui prend ici une autre tournure. Si le comportement craintif des villageois envers les samouraïs est conservée, un nouveau contexte politique prends une place importante : La préparation à la bataille ne se fait pas que d'un seul côté puisque les bandits reçoivent l’aide d'une armée impériales dont le chef, personnage hélas complètement raté, est un guignol surjoué plus bête que méchant. À notre grand regret ce "bad guy" ridicule est présent tout au long de la série, et si ses premières apparitions tendent à provoquer quelques sourires, on en vient vite à s’en lasser et espérer qu'il ne soit pas l’ultime boss de fin…

Après les préparatifs, la bataille s'annonce tout logiquement. De nombreux morts sont au programme et tout semble donner perdant ce gang de samouraïs. Cette dernière phase relève du grand art, ponctué par cette scène finale (tenant sur 3 épisodes) grandiose et rythmée. Le scénario, s'il reste fidèle ici encore, s'étoffe de nombreux évènements tragiques ou héroïques. Cette fin digne du titre ne trahie pas son aîné et pourrait ravir le plus stoïque des spectateurs. Le seul bémol que l’on pourrait lui attribuer est justement d’être trop fidèle à l'originale pour être vraiment intéressante. Mais, détail non négligeable, elle à au moins le mérite de rester ouverte à, on l'espère, une suite inattendue.

Pleins les mirettes et les oreilles.

Visuellement Samurai 7 est une bombe : Les décors sont fins, travaillés et étudiés avec soin. Et outre les personnages qui s'offrent un design plus qu'appréciable, les robots, vaisseaux et autres technologies sont d’une modélisation exemplaire et aussi sinon mieux animés. Globalement cette animation ne souffre d'aucuns défauts et ne nuit à aucunes scènes, leurs conférant au contraire une envergure majestueuse. Chapeau bas à Gonzo qui nous montre encore une fois, toutes les qualités qui en font sa renommée : Mission réussie pour Gonzo qui avait pourtant encouru le risque de confier cette réalisation impeccable, ingénieuse et beaucoup moins contemplative que son aînée, à un illustre inconnu que l'on retrouvera prochainement sur Solty Ray.

Certaines scènes sont d'ailleurs des reprises de l'original et se démarquent de part leurs couleurs fades virant au noir et blanc, les références sont utilisées de manière intelligente et en adéquation avec l’anime.

Côté son, le bilan est tout aussi positif : Les musiques sont variées et collent parfaitement à l’esprit de la série. Loin d'être inoubliables ou même marquantes, elles sont de bonne facture, et de ce lot d’OST ressort nettement l’opening rythmé, entraînant et très psyché’ : Il procure en somme un véritable plaisir à chaque ouverture d'épisode.

Ce constat semble trop parfait ? Vous avez raison. Oui, il y a des défauts, les mêmes que ceux du film : une deuxième phase de la série plutôt longuette voire parfois soporifique et une fin trop courte dont le côté moralisateur est littéralement à vomir. Mais ces erreurs ne gâchent en rien le plaisir apporté par Samourai 7. On leur pardonnera donc en espérant que leurs prochaines séries seront encore meilleures. Samourai 7 est d’ores et déjà, à l’image de son aîné à une moindre mesure certes, un incontournable à voir absolument.

Guillaume Duguey
Orient-Extrême TV