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SLASHER

Série disponible aux éditions Kami, parution en cours

Le cadavre d’une femme aussi affreusement que méticuleusement mutilé, a été découvert aux abords d’une voie de chemin de fer. Deux inspecteurs de la criminelle, Lee Sia et Heo Seung-byeom, sont aussitôt dépêchés sur les lieux. Les premiers indices relevés sont troublants : le corps présente une marque, similaire à celle déjà retrouvée sur plusieurs victimes d’une série de meurtres perpétrés quelques années auparavant. Copieur ou retour d’un assassin particulièrement redoutable tant par son intelligence que par l’atrocité de ses crimes ? …quelle que soit l’hypothèse, l’enquête s’annonce difficile. Ce début choquant donne le ton de la série : des morts violentes et la traque du tueur par de fins limiers remontant la piste du sang. Lee Chul Hee au dessin et Lee Jin Woo au scénario jouent tour à tour sur les cordes du sensationnel, du spectaculaire et du psychologique, érigeant le meurtre en une double science, celle de faire saigner mais aussi de comprendre le saigneur pour l’arrêter dans sa course macabre. Slasher : place aux experts !


Slasher ou comment trancher dans le vif du sujet…


Avant de s’appesantir plus en détail sur l’œuvre, il serait bon de s’attarder un instant sur son titre, on ne peut plus évocateur. Slasher, thriller gore : les amateurs du genre auront compris l’allusion, pour les autres en revanche, une explication est nécessaire. Slasher est un mot dérivé du verbe anglais "to slash" qui signifie taillader. Au cinéma, il désigne une sous-catégorie du genre "film d’horreur". Le "slasher movie" met en scène les meurtres d’un tueur psychopathe qui élimine un à un les personnages de l’histoire, privilégiant les armes blanches et autres objets tranchants. Si les thèmes du cloutage, du sciage, du perçage, du cisaillage et de la gravure - zut !!! ça ne rime plus - sont récurrents, vous savez maintenant qu’il n’est pas question de bricolage. Les pro de la découpe de Slasher s’exercent sur leurs semblables et ce, sans anesthésie, bien évidemment.

Pour en revenir à l’affaire dont s’occupent Heo Seungbyeom et sa jeune co-équipière, sur la poitrine de la victime était gravée le chiffre XII. Cette marque ressemble à la signature de Kang Jehyeong, un Sérial Killer responsable officiellement de 6 meurtres. Arrêté il y a quatre ans, il est actuellement en fuite depuis son incroyable évasion, un mois à peine après son incarcération. Cet homme, "avant de franchir la ligne", était connu et reconnu comme l’un des meilleurs psychologues en criminologie de Corée. A ce titre il a fréquemment collaboré avec la Police en plus de dispenser son savoir à l’Université. Lee Sia est ainsi confrontée à un assassin rompu aux techniques d’investigation, son ancien professeur en prime. Elle devra aussi s’occuper d’autres affaires riches en meurtre, à défaut de rebondissements réellement percutants.

Ce manwha reflète, comme beaucoup d’autres œuvres, qu’il s’agisse de films (Le silence des agneaux, Seven, Copycat), de séries télé (Profiler, Esprit Criminel), et, encore plus proche, de manga (MPD Psycho), l’engouement de ces dernières années pour les Sérial Killer et la police scientifique. Slasher n’est donc en rien novateur. Il reprend les codes du genre, de la fascination morbide que suscitent ces prédateurs à l’image du policier pêcheur d’indices - voilà Grissom qui se pointe avec sa boite de cotons-tiges, sa lampe fluo et son appareil photo - qui croit pouvoir s’en sortir avec son arme de prédilection, le "profiling". Cruelle illusion, le gentil n’avance généralement que parce que le méchant le veut, celui-ci ayant besoin de l’autre pour exister à sa juste valeur. L’Histoire d’ailleurs ne retiendra bien souvent qu’un nom, celui de la bête.

Sans surprise puisque, empruntant des chemins déjà tracés, les manwhaga ont privilégié le visuel et le sensationnel. Le lecteur, pris dans l’ambiance, devient avide de détails. Le moins que l’on puisse dire est qu’il en a pour son argent. Les enquêtes se suivent, les intrigues bien ficelées restant malgré tout communes. Les scènes gore et associées n’en sont que plus percutantes... Des cadavres jonchent les pages, les victimes réduites, dans tous les sens du terme, à l’état de morceaux de viande sont anonymes et complètement déshumanisées. Aucune considération pour leur calvaire, aucune empathie à leur souffrance, le lecteur assiste à la torture. Son regard se focalise sur les chairs lacérées, les viscères éparpillés, les membres amputés baignant dans leur jus rouge et poisseux. Il se délecte presque de la description des sévices infligés et subis. Un voyeurisme malsain mais ô combien humain.

Et Lee Sia qui vomit à la vue de chaque corps découvert, réaction toute aussi normale face à un tel spectacle.
Slasher aborde ainsi le tueur de part ses œuvres mais aussi dans le message qu’il veut transmettre, un volet psychologique tout aussi terrifiant.



Slasher : la science criminelle... de l’étude à la pratique

Comment un homme peut-il aimer en torturer un autre?

Cette question aux nombreuses implications tant morales, légales, que médicales est traitée par l’intermédiaire du personnage de Kang Jae-hyeong, professeur en criminologie devenu professeur et professionnel du crime. Telle une ombre de la mort insaisissable, fascinante et inquiétante, il recherche la beauté du corps humain dans sa destruction aussi bien physique que psychologique.

Quand il se retrouve confronté à son ancienne étudiante, il reprend son habit de professeur en lui donnant les clefs pour résoudre son affaire. Il garde le contact avec elle via des rendez-vous clandestins et par des mails signés : "slasher". Lee Sia ne semble pas effrayée par cet homme. Elle place en lui une certaine dose de confiance, acceptant son aide, la lui demandant aussi en prenant pour vrais tous les indices qu’il lui fournit au mépris des règles imposées par son métier. Elle lui énonce même ses théories sur les dossiers en cours comme s’il s’agissait d’un examen de fin de semestre. Ce dernier s’amuse d’ailleurs à la noter. Cette relation ambiguë de maître à élève, de chasseur et de proie est passionnante et constitue l’intérêt majeur de la série. L’issue de cette complicité équivoque reste incertaine, d’autant que, ne passant pas inaperçue, elle est jugée déplacée et dérangeante par les supérieurs de la policière. En parallèle, il poursuit son œuvre macabre. Son repère a pignon sur rue : un bar dont le propriétaire, un clone balafré de "Polnareff", longs cheveux ondulés, cicatrice sur la face et grosses lunettes opaques et épaisses, lui sert d’intermédiaire. Habile manipulateur, il achète les âmes en contre partie de ses conseils sur l’art du meurtre et de la vengeance. La violence va alors crescendo. Les scènes gore se multiplient, certaines purement gratuites auraient pu nous être épargnées. Le spectaculaire prend ainsi le dessus, entraînant la série sur la voie de la facilité et du déjà-vu : vendeur mais fade.

Bien mis en scène, ce personnage du tueur génial reste malgré tout très stéréotypé. La remarque vaut aussi pour le duo de flics vedettes. Succinctement présentés dans une page à part en début de chaque tome, "Slasher character file", ils n’évoluent pas à mesure que la série avance. L’on est donc confronté au schéma classique de l’équipe de justiciers imbattables, avec le cerveau et son faire valoir, le vieil inspecteur guidant sa jeune équipière. Il la suit, l’assiste dans ses déductions toujours justes et la recadre si nécessaire. La référence à d’autres célèbres binômes tels que Hercule Poirot/Capitaine Hasting, Sherlock Holmes/Docteur Watson est manifeste. La fraîche vivacité de l’une va de pair avec le calme blasé et teinté de cynisme de l’autre. Ils sont très agréables à suivre dans leur travail et certains dialogues légers parviennent même à dissiper l’ambiance malsaine de l’œuvre, constituant un bol d’air salutaire.

Cela dit, la plastique parfaite de Lee Sia est - trop - souvent mise en avant. Ses lèvres pulpeuses attirent l’œil comme un phare en pleine nuit. Cette présence physique très appuyée en comparaison de sa personnalité faiblement exploitée ne permet pas de donner de la consistance au personnage. Cela crée un déséquilibre face au charisme du Kang Jeyeong. Celui-ci, omniprésent, finit par tout écraser.

Cette surenchère dans l’horreur et le fan service montre les limites du scénario qui ne fait que décliner et reprendre les ficelles du genre. Déjà convenue, de visuelle, la série tend vers le superficiel.

Au final, violent et gore, Slasher est une histoire de tueur en série, au graphisme soigné mais à la trame banale, une dose de fan service en renfort pour relancer un intérêt qui va déclinant. Slasher : rien que du déjà vu.

Sabine Soma

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