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LES CONTES DE TERREMER

En salle le 04 avril 2007

Parfois, avoir un préjugé positif n’est pas un avantage. Par exemple, Miyazaki Goro (bien lire le nom jusqu’au bout) est le fils de son père, Miyazaki Hayao… et c’est dans ces circonstances que l’ordre japonais Nom – Prénom devient trompeur car on pourrait, en France, en venir à se contenter du patronyme. Dans le cas présent, si la parenté (esthétique) existe, l’hérédité semble avoir frappé de son sceau cette production en ne conservant de l’illustre aïeul que les tares les plus regrettables...

Résumons à grands traits les personnages. Pour changer un peu des films à héros unique, on en a là pour notre grade. Tous un peu à moitié étudiés, faites votre choix : une "gamine" (15 ans ? prénommée Therru), un jeune homme (17 ans, une nouveauté ! : Arren-Lebannen), un vieux mage (Gedo), une veuve-prétresse (Tenar), une méchante pas belle mais pas si méchante (Aracnéide). Soit dit en passant, aucun n’a véritablement d’étoffe, peut-être par défaut de densité, peut-être par défaut de simplicité. L’histoire… Arren tue papa (Freud quand tu nous tiens…) et s’empare de son épée (Freud quand tu nous tiens bis…). Il tombe sur des méchants loups et se trouve sauvé par Gedo. Ce dernier comprend que le jeune-homme est perturbé et parvient à lui faire accepter de le suivre. Ils vont rencontrer par la suite Therru, que sauvera Arren (avec l’épée, non sortie de son fourreau). Mais plane l’ombre néfaste d’un(une) vilain(e) sorcièr(e).

Freud mal digéré

On pourrait s’amuser à une lecture freudienne de ce film. Autant l’exercice a toujours semblé absurde et délibéré dans le cas de son cher père (on se souvient des quasi accusations de pédophilie qu’il a pu subir à cause de ses choix de personnages), autant dans cet opus, le sous-texte sur la sexualité (prétendument) refoulée de l’homme et la femme qui passent à l’âge adulte est plus qu’une évidence.

Reprenons : on tue papa et on lui pique son épée (rangée soigneusement dans son fourreau), symbole phallique s’il en est. Accessoirement, on tue papa d’un coup de poignard (évidemment… pénétration première, violente, sanglante). On rencontre un initiateur, marqué (il a une cicatrice sur la joue), preuve qu’il n’est plus vierge. Puis on rencontre la jeune fille, convoitée assez ouvertement par la soldatesque en manque de satisfactions primaires. On sauve la jeune fille (déjà marquée, elle, et beaucoup moins naïve semble-t-il), qui rejette cependant le sauveur à la virilité encore contenue : l’épée est au fourreau. Et puis on perd l’épée. Puis on est enchanté par une femme (un homme en fait… le vice ?) mauvaise et mal intentionnée, le problème ne se résolvant que lorsqu’enfin la jeune fille revient en portant elle-même cette épée, reçue de Gedo (sans sourciller), avec ordre de la lui remettre. Mais auparavant, elle est guidée par l’ombre de Arren, cette ombre qui est son futur soi, et qui confie son vrai nom à Therru. En disant ce nom et remettant l’épée, l'ombre rend à Arren sa vraie personnalité : il va pouvoir devenir homme. Alors qu’il est menacé par la mort (la petite mort ? C’est-à-dire la proximité de l’orgasme), il parvient à dégainer enfin l’épée, lumineuse, éblouissante et qui inonde l’écran de clarté. Therru peu après se révèle à son tour dans une même clarté éblouissante… l’acte est consommé.



Tiré par les cheveux ? Sans doute... mais pas tant que ça. Il suffit de regarder le film, les contacts entre les personnages, le rapport à ces objets, les mutations des caractères, les chaînes qui tombent… la mue de la voix du jeune homme qui devient soudainement celle d’un homme.

Et puis en tirant par les cheveux et en tombant dans cette lecture finalement tout à fait banale qui en dit simplement long sur les frustrations de Miyazaki fils (qui lui aussi devrait songer à tuer son père), on évite de devoir s’intéresser au propos du film au premier degré. Mais certains clameront qu'il faut en parler, toujours. Alors s’il le faut, comme aurait dit un certain Pilate : "je m’en lave les mains."

Plat pays, ciel gris et bijoux en toc

D’abord, ce qui est le plus évidemment mauvais : l’animation. L’animation de ce Miyazaki junior est pour le moins inspirée. Par inspirée, on ne veut pas dire divinement inspirée, mais inspirée largement… à tel point que s’il n’y avait pas légitimité biologique, on pourrait parler de plagiat.

Gedo… ressemble fort à un certain Yupa. Et d’une manière plus générale, on pourrait penser que les personnages des différentes production de papa ont copulé ensemble pour engendrer ceux des Contes de Terremer. Peut-être seulement Aracnéide présente des traits originaux… jusqu’à la débandade finale de sa destruction.

Toujours côté animation, plusieurs séquences, dont celle de fin, montrent une espèce de liquide noir, visqueux qui absorbe tout… Réminiscence assez insistante de Princesse Mononoke, ainsi que de Chihiro. On pourrait aller plus loin : seuls quelques plans (assez immondes) de villes ou de paysages témoignent d’un début d’identité. Pour le reste, on est dans le recyclages des inventions visuel de Miyazaki père, sans le talent qui permettait de sublimer, presque toujours, les plus grosses niaiseries.



Que dire de la morale alors, du moteur du film ? Être généreux et miséricordieux dans ce cas pousserait à consentir au silence. Mais la conscience professionnelle contraint à moins de complaisance. Ores donc, le moteur de ce film c’est (silence solennel) : la peur de mourir. Il est vrai que ce dilemme fort (fort on ne sait pas quoi, mais fort, en tout cas), peut naturellement pousser un jeune homme à cisailler les boyaux paternels. C’est aussi cette fort honnête crainte qui peut pousser un sorcier vilain-pas-beau aux pires horreurs, jusqu’à ce qu’il voit cette peur en face et devienne plus couard qu’une poule (mouillée, la poule, il va de soi, souvenez-vous qu’on est en plein refoulement). Et là, Zorro, pardon, Goro est arrivé et nous dit "oui mais la mort ça fait partie de la vie et la mort si tu la refuses, tu refuses la vie aussi" (d’autres plus intelligents l’ont au moins bien dit, et dans de plus belles circonstances : Alcmène refuse l’immortalité proposée par Zeus, Giraudoux, Amphitryon 38 : "Je ne crains pas la mort, c’est l’enjeu de la vie").

Mais l'on ne va pas attendre autant de finesse de la part de Zorro, encore pardon, Goro ! Après tout c’est tellement évident que la peur de mourir est si… si… ah bah tiens, c'est à en perd ses mots, tellement la chose est atroce…

Peut-être qu’il devrait lire, par exemple, les épicuriens, comme Horace : "Tiens pour dernier chaque jour qui vient de luire pour toi / Chaque instant sur lequel tu n’auras pas compté te sera comme une heureuse grâce." Ou encore Platon expliquant que "philosopher c’est apprendre à mourir"… Enfin, on va lui accorder qu’il ne lit ni le latin, ni le grec. Alors au bout du compte, pas grand chose de plus. On va vite oublier ce film (éreinté par la critique japonaise, ET Miyazaki père à très juste titre) et espérer que le minet trouve l’illumination… rapidement.

Matthieu Guinard

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