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 | DEMON DIARY | Faire le mal et le faire bien est la principale mission voire la raison d’exister des êtres démoniaques. Détruire, torturer, tuer, entretenir la peur chez les humains et rivaliser en cruauté : tels sont les piliers de ce monde infernal. Demon Diary nous narre leur apprentissage par un jeune roi démon nouvellement couronné : Rainef . Kara et LEE Ji Hyong puis LEE Yun Hee ne vont pourtant pas user de la carte de la violence, ou de celle du gore. Bien au contraire, elles vont tout miser sur l’humour sans toutefois verser dans la parodie et nous livrent un sunjung qui ne se prend pas au sérieux. Dur ! dur ! d’être un démon. Rainef, jeune garçon, voleur par nécessité, se trouve être le successeur d’un roi démon particulièrement craint. La transmission du pouvoir se fait par le nom, Rainef étant le 4ième de la dynastie, il possède dors et déjà une grande puissance. Quant à son avenir, tous les oracles s’accordent à dire qu’il sera tout en gloire et en magnificence. Il apprend son royal destin par Yclipt alors à sa recherche. Ce démon de troisième rang dans la hiérarchie maléfique, est au service des rois Rainef depuis des siècles et a donc été choisi par les anciens pour trouver son maître afin de lui énoncer les devoirs que sa nouvelle charge implique.
Un gros hic vient quelque peu nuancer cette succession pourtant décidée par les dieux. Yclipt va vite s’en rendre compte et n’aura de cesse d’en trembler : Rainef n’est pas foncièrement mauvais. Pire, il est naïf, insouciant, d’une gentillesse qui sied mal à son statut. Il aura maille à partir avec cet élève peu enclin aux études et à faire le mal. Ce dernier, plein de bonne volonté, ne lésine pas sur ses efforts. Hélas, toute cette ardeur n’apporte que peu de résultats : ses progrès en cruauté sont risibles, aucun charisme. Il ne parvient qu’à susciter attendrissement et/ou moqueries : un gag à lui tout seul. Yclipt se laisse peu à peu émouvoir par ce personnage tout en gardant le secret espoir de faire de lui le meilleur roi démon possible.
Les leçons s’enchaînent nous plongeant dans un quotidien complètement surréaliste et paradoxalement plausible : un curieux mélange de Star Wars pour le côté initiation et maîtrise de la force - obscure, cela va de soi -, à la sauce Draculito. Vous vous souvenez de cet animé où évoluait un petit vampire vert de peau, son ami : lapin-garou le cyclope, et son père : le Comte Dracula, Grand Saigneur de Transylvanie. On est du côté du mal donc : le mal c’est bien et inversement. Il est ahurissant mais tellement drôle de voir Yclipt enseigner avec conviction comment détruire un village en le tourmentant un fois pas mois minimum (un remède anti-stress efficace selon lui) et la sanction de cinq baffes pour inattention en cours. Les démons vont ainsi aux saccages comme nous, humbles humains, irions au bureau. A chacun sa routine, « translation*, exécution, roupillon » pour les uns, « métro, boulot, dodo » pour les autres. Un point de vue abordé avec beaucoup d’humour servi par des images SD très marrantes qui fait de Demon Diary une bonne distraction.
*( le terme qui s’en rapproche le plus serait téléportation)
Cependant à trop vouloir faire dans la légèreté, il ne reste au final rien de bien consistant. La volonté de donner dans le premier degré rend les personnages superficiels, Rainef en premier lieu. D’ailleurs les mêmes schémas sont repris pour les seconds rôles. Kiris, un apprenti ordonnateur des adorateurs du Dieu Laseth, en fait voir de toutes les couleurs aux prêtres de son ordre. Pour retrouver leur sérénité, ils vont l’envoyer dans le palais du jeune roi pour qu’il le suive et soit confronter à du concret loin des murs protecteurs de leur temple. De même pour Ertis, une mercenaire venue défaire un démon, que Rainef épargnera en la prenant à son service. Tous deux n’auront de cesse de se chamailler au fil des volumes masquant par leur babillage les faiblesses d’un scénario convenu sans réelle surprise.
Demon Diary a cette inimitable ambiance de dernière journée de classe avant les grandes vacances d’été : du relâchement tout en gardant un peu de sérieux avec l’envie sous-jacente d’en finir au plus vite pour passer à autre chose. Cette série n’est en aucun cas bâclée. Simplement non aboutie, elle illustre bien ce qu’elle est : une œuvre de jeunesse d’artistes à l’aube de leur carrière. Les idées sont là, mais partiellement exploitées car à l’image de leur héros, ces manwhagas sont en quête d’identité.
Une succession difficile à tous les niveaux.
Une succession n’est jamais une chose facile surtout lorsqu’elle implique une passation de pouvoir. Le poncif « deux culs pour un seul trône, c’est un de trop » semble d’entrée écartée. Rainef est mort, vive Rainef ! Les scénaristes ont évité cet écueil, celui des guerres intestines pour la prise de la couronne, pour mieux tomber dans un autre. En effet, une malédiction plane sur cet héritage. La mort aussi prématurée que mystérieuse de Rainef le troisième alors âgé de seulement 5 siècles (le plus ancien des rois démons atteint tout de même l’âge honorable de 70 000 ans ) nous ramène sur des sentiers connus où le successeur devra se montrer digne de ce qui lui a été transmis. La perpétuation d’un nom, d’un savoir, du pouvoir en somme est à ce prix. A cette fin, Rainef et ses acolytes devront faire face à moult ennuis, des situations qui auront du mal à se renouveler, l’originalité faisant par moment cruellement défaut. Et de distrayante, l’œuvre devient basique ne provoquant plus que quelques sourires sporadiques.
En parallèle, la frustration gagne lorsque des pistes de réflexion ne sont qu’ébauchées ou restent à l’état d’annonce. C’est particulièrement flagrant pour le cas d’Yclipt. Bien qu’ il soit, de loin, le personnage le mieux travailler de l’œuvre, cela n’en demeure pas moins insuffisant. Il aurait été très intéressant que soit développé plus largement le dilemme qui le tiraille entre son admiration pour son ancien souverain et sa foi dans le nouveau, entre les deux son cœur comme sa loyauté balancent. Un regret de plus et non des moindres.
En outre, la narration décousue n’apporte aucune impulsion si ce n’est une dynamique brouillonne. On entre directement dans le vif du sujet, la compréhension se faisant de manière rétroactive, au grés des flash back disséminés ça et là, un peu comme si LEE Yun Hee cherchait à légitimer ses choix en modifiant la base sur laquelle ils reposent. Commode comme procédé, enfin surtout pour elle. Une explication peut être trouver dans le fait que Demon Diary est une œuvre collective, les crayonneuses étant le duo Kara mais surtout niveau scénario, une LEE se substitue à une autre dés le deuxième tome, un passage de relais aux conséquences visibles.
L’hypothèse de l’œuvre de jeunesse se précise. L’absence de genre ou plutôt le mélange des genres constitue une preuve supplémentaire, si besoin était. Demon Diary oscille entre l’Héroic Fantasy et le gothique. De plus, l’histoire d’amour complexe, pourtant l’un des ingrédients clé du sunjung, n’est pas ici la priorité. Tout est suggéré, l’apparence androgyne des personnages pouvant conduire à ranger la série parmi des titres shonen-ai. Les one-shots de fins de tomes poussent encore plus dans cette voie. Ces derniers totalement indépendants sont de très bonnes qualités. Intense et émouvant, ils constituent, à n’en pas douter, un support de publicité pour Kara en collaboration avec d’autres plumes. Niveau graphisme justement, Kara donne dans le simplisme plus que dans la simplicité. Les corps longilignes sont très élégants mais les visages manquent d’expressivité. Les décors sont bien (trop ?) souvent vides et ne parviennent pas à donner de la dimension à l’oeuvre.
L’ensemble est inégal et se hisse difficilement au dessus de la moyenne, la forme étant globalement au dessus du fond. Un bricolage de 7 tomes distrayant certes mais qui ne résistera pas à l’épreuve du temps. Demon Diary se lit comme il s’oublie : vite.
Sabine Soma |
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