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FULLMETAL ALCHEMIST

Manga en cours de parution en France chez Kurokawa
Série en cours d'édition en France chez Dybex
Film licencié chez Dybex

Tous les prix de l'Anime Grand Prix japonais 2003. Rien que ça. Auréolé d'un immense succès au Japon et mis en avant chez nous par une diffusion TV sur Canal + (en clair, s'il vous plaît), Fullmetal Alchemist débarque maintenant chez nous en DVD, accompagné du manga dont il a été adapté. Un sacré tapage donc, mais celui-ci est-il vraiment mérité ?


Un univers rétro teinté de fantastique, c'est alléchant. Des combattants utilisant une "magie" rationalisée, avec des principes simples mais riches en possibilités, ça aussi c'est alléchant. Une série TV réalisée au studio Bones, à qui on doit les excellents Cowboy Bebop (1) et Wolf's Rain, c'est également très alléchant. Fullmetal Alchemist réunissant ces trois qualités, on était en droit de s'attendre à quelque chose de grandiose, les premiers épisodes furent simplement décevants : FMA est l'adaptation d'un shonen, et ça se sent. Tout d'abord les protagonistes principaux : un duo de frangins, l'un petit hargneux complexé par sa taille, l'autre grand timide, un contraste qui permet de bons gags, mais Laurel et Hardy étaient là bien avant. Ensuite l'animation : un bon lot de plans fixes dans les combats que tentent de masquer des lignes de vitesse omniprésentes, des décors globalement très vides, de la part d'un studio qui nous a montré qu'il pouvait faire bien mieux. Les génériques, chantés par des groupes à la mode (Porno Graffiti, L'Arc~en~Ciel...) n'entretiennent qu'un rapport lointain avec l'anime, ce qui est représentatif de la tendance très "commerciale" de celui-ci. Enfin les épisodes sont assez répétitifs dans leur structure : Ed et Al (les deux frérots) débarquent dans un patelin, il y a un gars malhonnête qui fait le couillon avec l'alchimie, ils lui bottent le cul et on croirait presque entendre "I'm a poor lonesome cowboy" en fin d'aventure. Le tout évidemment alterné avec des flash-back pour faire bonne impression. Mais avant de crier à l'arnaque, jetons donc un coup d'oeil au matériel d'origine...

Genèse d'un succès

Le manga de Fullmetal Alchemist a débuté en 2001 dans le Shonen Gangan (2), écrit et dessiné par ARAKAWA Hiromu (l'une des rares femmes à percer dans le milieu du shonen en dehors de la célèbre TAKASHI Rumiko). Dans un monde où la science s'est développée de façon étrange (on se croirait au XIX° siècle sur tous les points, excepté les prothèses qui répondent aux influx nerveux...) il s'est également développé une science étrange : l'alchimie. Celle-ci utilise le principe d'équivalence de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et les pratiquants arrivent à recomposer la forme de la matière simplement en traçant un cercle spécifique. Les seules limites sont celles de l'échange équivalent (avec 3 kg d'une matière, on ne peut pas obtenir 5 kg d'une autre) et bien sûr le talent pour recomposer la matière. Nous suivons donc deux jeunes alchimistes, Edward et Alphonse Elric, qui ont brisé un tabou en tentant de ressusciter leur mère... Mais il faut plus que des composants chimiques pour insuffler la vie, Ed y a laissé sa jambe, Al l'ensemble de son corps, et le résultat ne fut pas un être humain... Pour que son petit frère ne devienne pas une âme errante, Edward Elric a sacrifié son bras pour lier l'esprit d'Alphonse à une armure. Un an après, ils s'apprêtent à briser un autre tabou : pour retrouver leurs corps, les deux frères se mettent à la recherche de la légendaire pierre philosophale, qui permettrait de s'affranchir du principe d'équivalence !
On retrouve ici la mise en avant de la "persévérance", valeur phare du shonen : quête du père, quête du titre de champion du monde, quête de l'arme absolue pour botter les fesses du méchant absolu, quête de la petite amie... Mais une quête n'est rien sans obstacles : ici ce sont tout d'abord les homonculus, des créatures qui n'ont d'humaine que la forme, ainsi qu'un dénommé "Scar", tueur d'alchimistes depuis que ceux-ci ont détruit son pays. Et tout ça se vend à plus de 12 millions d'exemplaires pour le moment. Pourquoi ? Pas pour la narration, globalement très classique. Pas pour le dessin non plus, certes mignon mais assez grossier. Cela pourrait être pour les personnages, mais quel bon shonen n'a pas de personnages drôles et/ou charismatiques ? L'une des principales raisons de ce succès phénoménal est probablement que la mangaka n'hésite pas à tuer de façon cruelle les protagonistes de son histoire, et qu'on s'attache donc d'autant plus à eux qu'on sait qu'ils peuvent y passer à tout moment. L'autre principale raison est le dessin animé qui a fait une jolie pub à son aïeul, notamment en transcendant cet aspect.

Transmutation

En effet, à l'instar de Planetes, le fait que l'adaptation de Fullmetal Alchemist traîne en longueur n'est pas qu'un point négatif : on prend ici le temps de s'attacher à ceux qui sont autour des héros, et les évènements qui les touchent en ont d'autant plus d'ampleur. Ainsi le fameux épisode 7, qui voit un père de famille provoquer la fin de sa fille pour ses expériences, est d'autant plus marquant qu'on a passé 50 minutes avec eux, et non pas un simple chapitre... Cet épisode sera d'ailleurs sacré comme le meilleur de l'année toutes séries confondues à l'Anime Grand Prix 2003. Ce qui est assez mérité(3), puisque c'est dans les moments dramatiques que la série tire toute sa force, et c'est d'ailleurs dans ce sens que seront faites la plupart des modifications scénaristiques : ayant été décidé dès le départ que l'anime se conclurait après une cinquantaine d'épisodes, celui-ci prend très tôt une direction différente de celle du manga. La principale digression concerne les homonculus : "simples" humains artificiels chez ARAKAWA, ils sont chez Bones le résultat d'une transmutation humaine ratée... Ce statut d'erreur de la nature donne à ces "méchants" une profondeur inattendue dans l'anime, au point que par contraste, leur "chef" est malheureusement d'une fadeur rebutante. Un changement qui en amène beaucoup d'autres, et à partir de la moitié de la série le scénario n'a plus grand chose de commun avec la version papier : les adversaires des frères Elric ont un but bien précis qui s'affirme assez rapidement dans le 5° laboratoire, passage quasi-anecdotique dans le manga, tournant de l'histoire dans la version télévisée... il y a une sacrée différence entre un entrepôt déserté et le sacrifice par le héros d'une vingtaine de personnes. En s'éloignant de l'oeuvre d'origine, la réalisation de Bones ne fait que se bonifier, avec moins d'épisodes bouche-trous et plus de rebondissements, ceux-ci étant bien amenés par les explications sur l'univers de la série, et la remise en question du principe de l'équivalence : celui-ci est-il valable en tant que précepte dans la vie, mais surtout, est-il réellement appliqué en alchimie ? En effet, si les masses sont conservées, d'où provient l'énergie utilisée pour les transformer ? Cette question et bien d'autres trouvent leur réponse à la fin de la série, conclusion efficace à l'histoire, et même si elle appelle une suite, celle-ci concerne une autre quête... Le manga est lui toujours en cours (11 volumes parus), et se perd un peu dans plusieurs couches d'intrigues et des informations distillées au compte-goutte... Plutôt que de faire avancer le scénario, la mangaka préfère présenter une succession de personnages qui soit auraient pu savoir quelque chose mais ne savent pas, soit savent et ne peuvent pas parler. À ce rythme, on est parti pour 20 tomes... de plus.

À la conquête de Shambala

Pour la première diffusion de la série en France, le magazine Télérama avait fait une critique assassine de Fullmetal Alchemist, notant que l'anime était plus proche de Dragon Ball que de Ghost In The Shell, et que l'animation ne cassait pas trois pattes à un canard boiteux. C'était tout à fait vrai, mais déplacé du contexte : ces défauts sont "standards" dans les séries TV, au Japon comme en France (à la différence que chez nous, on gobe peut-être moins de mouches).

Le film sorti en Juillet dernier au Japon corrige naturellement ces défauts grâce à un budget bien plus conséquent, et même s'il n'est pas particulièrement impressionnant, on a droit à une animation fluide lors des combats, à des jolies scènes de foule et surtout des mouvements qui apparaissent comme "naturels" chez les personnages, qui y gagnent en vitalité et crédibilité. L'histoire, quant à elle, se déroule 2 ans après la fin de la série TV : dans notre monde, en 1923, l'ordre de Thule cherche à envahir le monde légendaire de Shambala pour acquérir son pouvoir et ainsi aider Hitler à renverser la République de Weimar ... Mais Shambala n'est rien d'autre que l'univers d'origine des frères Elric, et chacun de leur côté, ils auront tous deux fort à faire pour empêcher une guerre entre les 2 mondes...

Une histoire forte en rebondissements, en clins d'oeil intelligents et qui offre une conclusion digne de ce nom, pour ceux qui n'auraient pas apprécié celle de la série. On ne criera pas forcément au chef-d'oeuvre, mais Fullmetal Alchemist : Conqueror Of Shambala est un divertissement efficace sans être crétin, et on ne peut que le conseiller à ceux qui ont aimé suivre les aventures de l'alchimiste d'acier.

D'un shonen somme toute très ordinaire, le studio Bones a finalement tiré une saga où alternent avec brio rires et larmes, sans (trop) traîner en longueur, développant un univers cohérent pour un divertissement de qualité. Et c'est déjà pas mal.

José Emmanuel Moura

Notes :

(1) Le studio Bones fut fondé par des transfuges de Sunrise, dont un certain nombre avaient participé à la série TV Cowboy Bebop. Le studio fut par la suite chargé de réaliser le film tiré de la série.

(2) Magazine de prépublication de Square-Enix à destination des jeunes garçons.

(3) Mais pas forcément représentatif : le public du magazine Animage a beaucoup rajeuni et diminué, et ces 3 dernières années tous les vainqueurs (Gundam Seed, Fullmetal Alchemist, Gundam Seed Destiny, toutes au même horaire sur la même chaîne ) ont eu le premier prix dans TOUTES les catégories (meilleur anime, meilleur épisode, meilleure chanson, meilleur personnage masculin, meilleure personnage féminin, meilleur comédien de doublage)

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