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MADE IN J-POP sur NRJ12 : un reportage télé réussi sur la TNT

Pour les jeunes (mais pas trop) et ceux qui veulent le rester, NRJ12 est l’une des chaînes de télévision gratuite les plus attractives de la TNT : une grosse programmation musicale mainstream, des émissions de real TV débiles mais divertissantes [NDLR : on compense avec beaucoup de travail intellectuel, tout est question d’équilibre……], des rendez-vous cinéma/jeux vidéo/people, et de sympathiques petits reportages (parfois trop promotionnels malheureusement…). A défaut d’en apercevoir une quelconque bande annonce (qui tournait, selon notre newsmakeuse aware), c’est en zappant que nous sommes tombés par hasard sur MADE IN J-POP ce mercredi 12 décembre 2007 à minuit, un documentaire de 51 minutes dédié à la pop culture du Japon. Un double coup de chance cette l’émission tournée au printemps valait le détour.

La télé hertzienne française, optimisée pour les ménagères et les mamies, délaisse totalement la jeunesse. Les directeurs de chaînes pourront accuser PlayStation, MSN ou Youtube, ils ne font aucun effort pour construire le moindre programme ciblé en phase avec son temps. Alors quand il s’agit d’aborder la "vague" asiatique qui nous concerne -évidemment pas encore aussi populaire que l’univers occidental et américanisé hérité de nos parents-, c’est soit pour proposer du racolage et du sensationnalisme, histoire de conforter maman et de dénoncer la décadence des jeunes, soit pour surfer en express sur une mode ("Nous ne sommes pas largués, on en parle ! On est d’jeuns !"), soit pour offrir des reportages très pointus limite bobo en ce qui concerne les petites chaînes (qui ont souvent besoin de renforts allemands). Si la chibi chaîne Nolife monte tranquillement dans son coin, grappillant des parts de marché au fil des signatures avec les providers internet (Free, Alice…), la surprise est cette semaine venue de la très accessible TNT, et plus précisément de NRJ12 et de son reportage signé Laurent Bouit pour 2F Productions.

Dans un style très contemporain et vivant, sur un rythme vif mais sans excès, MADE IN J-POP a brossé le portrait des plus ou moins jeunes Nippons de ce début de XXIème siècle, soulignant l’extrême rapidité de l’évolution perpétuelle des tendances locales, mais aussi leurs influences grandissantes sur l’Occident. La mode de Shibuya (quartier ultra-fashion de Tôkyô reconnu dans le monde entier) voire de Harajuku (et ses cosplays, etc.), portée par Gwen Stefani, s’exhibe de plus en plus sensiblement aux USA ou en Europe : (dé)colorations capillaires, coupes de cheveux manga-style, Hello Kitty et Pucca à tout va, uniformes d’écolière, punk et gothisme visualesque (il n’y a qu’à voir Alizée et ses costumes goth lolita dans son dernier clip)... Musicalement, nous ne vous apprendrons sûrement rien en pointant du doigt les groupes de rock allemands aux influences bridées, ni en vous rappelant la multiplication des concerts et sorties CD authentiquement japonaises sur notre continent. On pourrait continuer sur le boom des conventions (JAPAN EXPO vise les 100.000 visiteurs en 2008), mais revenons à MADE IN J-POP.

Avec un regard observateur frais, beaucoup plus agréable que le dénonciateur ou moqueur adopté ailleurs, le documentaire surfe sur les différentes facettes de la pop culture japonaise, ainsi que ses matérialisations : mode, manga, sexualité, réflexion sur l’avenir, dérives de l’otakisme, relations familiales… et bien évidemment musique, nous allons y revenir. Ce serait un vulgaire fourre-tout ou un classique panorama touristique de la faune la plus clichée si le montage n’était pas aussi simple qu’efficace et structuré, alternant les micro-trottoirs, les interviews de témoins (locaux et étrangers) ou d’acteurs du milieu (artistes japonais puis Européens), les séquences de vie quotidienne et les illustrations vidéo (clips, concerts…). Les consommateurs avertis que nous sommes n’y apprendront rien -ou presque- et apprécieront simplement la variété des images et des récits, mais MADE IN J-POP se positionne comme l’une des meilleures alternatives pour présenter dans sa relative globalité l’univers graphique et sonore qui touche notre sensibilité, nous attire et/ou nous influence. Une réalisation attrayante, ludique et sexy, qui a la bonne idée de ne pas dissimuler certaines problématiques (perte d’identité, début de débauche, etc.) sans les développer ; certains pourront le regretter.

MADE IN J-POP aborde le monde musical en soulignant la puissance de la Jpop et son autosuffisance vis-à-vis de la musique occidentale qu’elle a réussi à recycler dans son intégralité, comme l’explique un animateur de Radio J-Wave. Outre les musiques de fond (Namie Amuro, Kaela Kimura…), la production illustre le sujet Jpop par son omniprésence visuelle, notamment à Shibuya, et par des performances et une interview du groupe AAA. Compte tenu de son influence chez nous, le visual kei est confortablement représenté avec un concert et une interview du groupe de rock extrême gossip (le public 100% féminin se lâche sauvagement devant la caméra), ainsi que les tranches de vie d’une gentille punkette lycéenne fan d’alice nine. (ce qui permet de découvrir le point de vue -surprenant- de la famille). La soirée, ou plutôt la nuit, se termine évidemment sur le dancefloor. Quatre scènes majeures s’y expriment au Japon : la techno, la transe, la house et le hip-hop. La résidente du Pacha (boite parisienne) Sarah Main y va de son petit témoignage avantageux sur la faculté des Japonais, "très réceptifs et énergiques", à se lâcher après une journée oppressive. Ils seraient aussi bons que les Australiens…

MADE IN J-POP n’est pas exempt de défauts (l’une des plus belles boulettes : en vendant quelques milliers ou dizaines de milliers de CD à chaque sortie, les AAA seraient des "mégastars"…) ou de sujets à débat, mais nous aura convaincu par son positionnement observateur, sa construction, son rythme, la qualité de ses images et sa synthèse efficace en 50 minutes. Étonnant donc de le voir relégué aux oubliettes, en pleine nuit, alors qu’il aurait parfaitement trouvé sa place aux côtés de La totale, émission phare du mercredi après-midi. Aucune rediffusion n’était envisagée à l’origine, mais suite au sentiment de privation exprimé par une partie du public français concerné (que nous avons relayée), la direction de NRJ12 étudie diverses possibilités pour remettre le film à disposition.

Quelques citations pour conclure…
Himuro, chanteur de gossip : "Je pense que 90% de nos fans sont des filles. Ceux qui viennent à nos concerts sont exclusivement des fans de visual à la base, il n’y a personne d’autre."
Kaname, guitariste de gossip : "Les fans décident entre elles des chorégraphies à faire pendant le concert, c’est pour ça qu’elles font toutes la même chose au même moment. Elles veulent "faire partie du concert"."
Voix off : "Sur les écrans de la ville, les maisons de disques se battent à coups de clips et de pubs."
Mitsuhiro HIDAKA, membre de AAA : "En ce moment, c’est très à la mode de faire un blog. Tous les artistes ont le leur, et nous aussi, on a le nôtre. Sur le web, les fans peuvent nous parler directement ; et nous, on peut leur répondre très précisément en sachant où ils habitent, leur âge… Ça permet d’être très proche d’eux.
"
Misako UNO, membre de AAA : "Notre public est en général plus jeune que nous. Ce sont souvent des collégiens, des lycéens et même des enfants ! Mais en ce moment, il y a beaucoup de familles à nos concerts ; des femmes avec leur(s) enfant(s) par exemple. Presque 80% de nos fans sont des filles."
Takahiro NISHIJIMA, membre de AAA : "J’espère que les fans se sentent super proches de nous. Pour eux, je voudrais que la fin de nos concerts soit comme la fin d’un rêve."
Chris PEPPLER’S, animateur sur Radio J-Wave : "Les jeunes ont trouvé leur propre identité.", "Je crois que la musique pop japonaise n’a pas besoin de dépendre de l’Occident", "le niveau de la musique a progressé…, les exigences et les standards de la Jpop ont beaucoup évolué ces dernières années."
Un gérant de boutique, au sujet du SIDA chez les jeunes branchés au Japon : "Les gens ne savent pas et ne se sentent pas concernés… Ils ne prennent aucune précaution et font ce qu’ils veulent."
Sarah MAIN, DJ résidente au Pacha : "L’accueil que je reçois est incroyable", "le public japonais est incroyable", si "énergique"


Le site officiel de NRJ12 (chaîne que nous remercions pour sa collaboration) : www.nrj12.fr

A noter que dans la même plage horaire, Europe 2 TV aurait contre-attaqué avec une sélection de clips J-rock / visual kei (kagerou, Merry, 12012...).
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