Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

KOKIA : le mariage réussi de la pop et du lyrique

Que ceux parmi vous qui, attirés par les titres d'anime et les accroches raccoleuses de l'affiche du concert de Janvier ("la J-pop débarque en France"), s'attendent à découvrir en KOKIA une star de la pop dans une déferlante de synthétiseurs et de tenues affriolantes se ravisent immédiatement : ils font fausse route. Et pourtant, c'est une bien belle erreur que commettraient ceux qui, pour cette raison, remettraient en question leur participation à ce concert. Car s'il est une artiste féminine nippone dont le talent est véritablement sublimé en live, c'est bien KOKIA.

Il y a beaucoup à dire sur l'univers musical de KOKIA, mais si l'on devait se contenter d'un unique qualificatif pour décrire les productions de l'artiste, le choix serait tout trouvé : une grande, une très grande voix. Diplômée de la Toho Gakuen, le prestigieux conservatoire de musique de Tôkyô, dans la section Opéra, KOKIA est en effet une chanteuse dont les performances vocales exceptionnelles la placent d'emblée parmi les artistes féminines les plus talentueuses de l'archipel. Si à 29 ans et malgré un succès commercial bien en deçà de celui des stars de la pop, KOKIA est aujourd'hui considérée comme l'une des valeurs sûres de la scène musicale nippone, c'est bien pour la qualité irréprochable de son travail (elle est également auteur-compositeur), qui lui vaut un succès critique permanent et une réputation solide lui permettant d'être en permanence dans les petits papiers des annonceurs à la recherche d'un thème musical pour illustrer qui un film, qui un anime, qui une publicité.


Premiers tours de chant d'un oiseau de très bon augure

Née en 1976, KOKIA est comme beaucoup de japonais initiée à la musique dès son plus jeune âge. Elle apprend notamment le piano et le violon, et fréquente à deux reprises des cours estivaux dans une école de musique américaine dont elle reviendra avec une maîtrise bienvenue de la langue anglaise. Tandis qu'elle finit ses études à la Toho Gakuen, un de ses amis fait parvenir une demo tape à plusieurs maisons de disques. La cassette retiendra l'attention de Toshifumi Hinata chez Pony Canyon qui très vite lui fera faire ses débuts sur le label, sur la BO du jeu Tail Concerto (Avril 1998). Quelques jours plus tard sort le premier single personnel de l'artiste : Aishiterukara, qui entrera directement dans le top 20 nippon. Le morceau est, à l'image de ce que seront les premiers travaux de l'artiste, assez surprenant pour qui connaît son parcours : chant relativement mignon et cristallin sur une mélodie simpliste et sucrée, tels sont les ingrédients qui composent Aishiterukara, ainsi que la plupart des titres tirés de Songbird, le premier album de KOKIA paru en Juillet 1999. Entre temps, la chanteuse se sera également attirée les faveurs de Yôko Kanno qui la choisit pour interpréter le générique de l'anime Brain Powered.

Plus qu'au Japon, c'est pourtant dans le reste de l'Asie que la carrière de KOKIA connaîtra ses premiers grands succès, avec notamment la chanson Arigatou, reprise en version chinoise par l'illustre Sammy Cheng à qui le titre vaudra la première place aux International Popular Music Award à Hong Kong en 1999. La même année, KOKIA triomphe dans son premier grand concert sur le territoire hongkongais, où elle reviendra en 2001 à l'occasion d'une œuvre de charité en faveur de la lutte contre la drogue. A Taïwan également la chanteuse fait parler d'elle : elle deviendra la première artiste japonaise à se produire devant le gouvernement local à l'occasion du réveillon 2001-2002. Sans parler des multiples collaborations à diverses publicités pour des produits chinois. Pourtant, les Japonais sont à cette époque peu nombreux à connaître KOKIA, faute sans doute d'avoir eu l'occasion d'entendre d'elle autre chose que les petits morceaux mignonnets sortis sur ses singles.


Petit à petit l'oiseau fait son nid

En 2000, KOKIA accumule les collaborations sur des OST de jeux vidéo, anime, drama et autres films, attirant l'attention de plus en plus de medias curieux de savoir qui est cette chanteuse à la voix prometteuse qui connaît un succès populaire soutenu dans le reste de l'Asie. Elle travaille également avec le grand Ryuichi Kawamura sur le projet RKS en compagnie de la chanteuse Risa. Pour relancer sa carrière dans l'archipel, KOKIA revoit son plan d'attaque et signe chez Victor Entertainment où elle sortira en mai 2001 son 4ème single : Tomoni. Say Hi! et Tenshi suivront la même année avant la sortie du deuxième album de la chanteuse en Janvier 2002. Intitulé trip trip, le disque est varié et clairement construit pour s'établir une réputation : c'est réussi puisqu'il s'adjuge un petit succès d'estime dans un registre déjà plus mature, plus riche sur le plan instrumental, avec des influences plus marquées pop/rock et une plus grande mise en valeur du potentiel vocal de la jeune femme. trip trip marque aussi les débuts de la collaboration de KOKIA avec une figure importante pour la suite de sa carrière : Taisuke Sawachika, qui arrangera bon nombre des plus belles chansons de l'artiste en plus de lui servir de pianiste sur la majorité de ses concerts. Preuve de sa crédibilité nouvelle, KOKIA verra la marque automobile Subaru choisir une de ses chansons (a gift) pour illustrer une de ses publicités diffusée à l'échelle internationale.

En 2002 KOKIA se fait pour le moins discrète sur le marché nippon, où elle donnera tout de même son premier concert solo en mai au ONE AIR WEST de Shibuya. Le reste de l'année est principalement consacré à des activités sur le reste du marché asiatique, que KOKIA ne tardera toutefois pas à délaisser maintenant que sa popularité ne semble plus pouvoir y progresser. En 2003 en effet la carrière japonaise de l'artiste prend un élan supplémentaire, grâce à des titres tel que kawaranai koto ~since 1976~ et The Power of Smile. Ces deux chansons marquent l'avènement d'une véritable empreinte KOKIA reconnaissable dans l'ensemble de ses titres suivants : une musique à l'accompagnement mêlant violons et claviers, entièrement mise au service de la voix de l'artiste qui enfin donne un peu de puissance, le tout placé dans un univers qui évoque le plus souvent l'amour et la joie de vivre. Ainsi enfin rangée dans un tiroir, KOKIA est un peu plus facile à aborder pour le public nippon qui commence à acheter ses disques, certes pas en masse, mais suffisamment pour que l'on commence à parler d'elle. L'album Remember me sorti le 12 Novembre 2003 constitue ainsi à ce jour sa meilleure vente, à juste titre puisque le disque est un pur bijou truffé de prouesses vocales et d'envolées symphoniques. Ce succès vaut d'ailleurs à l'artiste le droit de se lancer dans une mini-tournée nationale de 4 dates pour faire la promotion du CD.


Sortie indemne d'un parcours semé d'embûches

Cette reconnaissance nouvelle de la part du public accroît encore la crédibilité de KOKIA auprès des annonceurs, et l'on apprend début 2004 que KOKIA a été choisie pour interpréter le thème de la sélection japonaise pour les JO d'Athènes. Yume ga chikara, tel est le titre de la chanson en question pour laquelle Victor sortira les grands moyens sur le plan instrumental. L'univers musical de plus en plus tout beau tout rose dans lequel baigne KOKIA depuis quelques mois semble toutefois lasser pas mal de monde, et l'album Uta ga chikara sorti à peine 8 mois après le précédent décevra bon nombre de fans de l'artiste. L'année suivante, KOKIA semble donc décidée à repartir sur des bases plus saines, avec des morceaux musicalement plus travaillés et plus… dignes ! Les singles dandelion et time to say goodbye permettent à l'artiste de convaincre à nouveau ses supporters mais ne feront pas beaucoup mieux que leurs prédécesseurs au top Oricon.

Où en est donc KOKIA à l'aube de cette nouvelle année 2006 ? Les résultats des dernières ventes de la chanteuse pourraient laisser croire que l'élan entrevu en 2003 est finalement retombé comme un soufflé, et que l'artiste doit désormais se contenter, comme beaucoup, de vivoter dans son coin en espérant ne pas être débarquée par sa maison de disques. Mais il n'en est rien, bien loin de là ! Car si sur un plan personnel KOKIA n'a nullement pour objectif de conquérir les foules en masse, Victor non plus ne lui demande en aucun cas de réaliser des prouesses commerciales de toute façon hors de portée pour une artiste dont le style musical est aussi hybride, à la frontière entre la pop et le lyrique. L'artiste constitue plutôt, pour son label, une caution de qualité à rajouter à son catalogue, une artiste qui fait partie intégrante du patrimoine nippon dont la majorité de public reconnaît le grand talent sans pour autant juger prioritaire d'acheter ses disques plutôt que ceux des cartons commerciaux du moment.


Ceci pourrait toutefois être amené à changer, car 2006 devrait voir KOKIA donner une seconde impulsion à sa carrière. Le 1er Janvier pour commencer sortira Ai no Melody / Chouwa ~oto with reflection~, un single de qualité dont la promotion a été lancée plusieurs mois à l'avance et qui servira de thème au film d'animation très attendu Giniro no Kami no Agito. Le 1er Février ensuite, l'artiste sortira son 1er best-of, en fait une compilation de ses meilleures chansons de la période 2003-2005 agrémentée de nombreuses nouvelles versions, et accompagnée de son tout premier DVD de clips : une occasion unique pour le public nippon de se procurer enfin sur un même disque l'ensemble des chansons les plus connues de l'artiste, assurée d'un succès certain dans une période qui s'annonce peu chargée chez la concurrence. D'autant que le concert parisien prévu pour le 21 Janvier 2006, s'il est aussi bien exploité que la venue dans l'Hexagone de Tomoe Shinohara il y a quelques semaines, devrait valoir à KOKIA une exposition médiatique intéressante on ne peut plus à propos à quelques jours de la sortie du disque. Rendez-vous dans un gros mois pour le verdict !

Kévin Petrement

Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême