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Plastic Tree Europe Tour 2007 : reportage à la Maroquinerie de Paris le 4 novembre 2007

Quelques jours après the GazettE et Moi dix Mois, juste un peu avant Dir en grey, le concert de Plastic Tree organisé par J-Music LIVE a bien failli passer inaperçu. Le 4 novembre 2007, après un passage-éclair à Chibi JAPAN EXPO, les quatre Japonais ont rendez-vous à la Maroquinerie, où les attendent quelques quatre centaines de fans et de curieux. C’est devant autant de paires d’yeux émerveillés qu’ils se produiront, livrant un show brillant résolument rock, tout en complicités et en ratures attendrissantes.

Lors de la venue de Plastic Tree à JAPAN EXPO 7, en 2006, les balbutiements de l’organisation (chamboulée au dernier moment par des contraintes extérieures) avaient pénalisé de nombreux fans qui avaient pourtant attendu plusieurs heures pour la séance de dédicaces. Comme une malédiction propre au Parc des Expositions Paris-Nord Villepinte, même embarras cette année : originellement prévue à 13h00 au stand J-Music Store de Chibi JAPAN EXPO, la venue de Plastic Tree est repoussée après 16h, dissuadant bon nombre d’amateurs. Une fois de plus : peu d’élus et beaucoup de déçus. Le groupe ayant pris du retard en matinée est pressé par le temps et les quatre précieuses signatures sont trop rapidement distribuées à quelques dizaines de chanceux pour environ 200 prétendants. Certains courageux auront tout de même la possibilité d’approcher le quatuor après le concert, vers 1h00 du matin…

Direction la file d’attente dans le vingtième arrondissement parisien. Cette dernière n’est guère fournie, mais ceux qui ont pris la peine de se déplacer auront tout le loisir de faire regretter les absents ! Il faudra attendre peu après 20h pour que les barrières s’ouvrent, soit une bonne heure de retard. A l’ouverture des grillages, le public se disperse dans la confusion et se masse devant l’entrée. Pagaille : les derniers arrivés en profiteront d’ailleurs pour se faufiler au détriment de certains fans arrivés très tôt et ayant volontairement manqué la dédicace à Chibi JAPAN EXPO… On s’entasse, se piétine un peu, mais la petite salle n’est pas tout à fait pleine. Après une heure, et quelques judicieuses indications de la sécurité ("si quelqu’un se sent mal, qu’il lève la main !" [sic]), les lumières s’éteignent enfin.



What is Plastic Tree ?

Fujunbutsu. Sur les accords d’une guitare aux accents Smells like teen spirit, le frêle Ryutaro laisse glisser sa voix traînante. Irréelle, il s’en dégage une force mystérieuse, mystique, qui contraste étrangement avec l’immobilisme du chanteur. Peut-être la magie Plastic Tree ? Timidement, le décor se pose : caché derrière sa frange, le vocaliste a quelque mal à se faire entendre sur les parties déjà très énergiques des autres musiciens. Mais dans son halo de lumière bleue, Ryutaro fait figure d’apparition divine ; le public, religieux, offre ses yeux brillants et ses mains suppliantes en offrande. Comme pour le remercier, Tadashi brandit en retour sa basse et dévoile sa dentition… "remarquée", mine de rien triomphant. Car l’irradiation de ces sourires ne manque pas de toucher le groupe : après trois premières chansons pour se mettre en jambe et un premier contact direct avec la salle, il ne donnera que le meilleur de ce qu’il avait à offrir.

Et après près de quinze années d’existence, il semble difficile de condenser "le meilleur de Plastic Tree" en un peu plus de deux heures de live. Pourtant, le groupe se conforme, ce 4 novembre, à une setlist intelligente, variée et cohérente, empruntant à ses dernières productions, depuis cell, sorti en 2004, jusqu’à B-Men Gahou, dernier opus en lice, sorti en septembre 2007. Loin de s’être déplacé dans l’unique but de faire la promotion de ce dernier, "Pura" privilégie -à juste titre !- l’excellent Nega to Posi, prédécesseur de B-Men, quasiment joué dans son intégralité.



Pura On Stage

Un bruit incongru traînait chez les amateurs de J-rock. Il se disait en effet que la musique de Plastic Tree ne "bouge pas assez". Aucun doute : ceux-là n’ont jamais assisté à l’un de leurs concerts. Des titres comme Sabbath, Fuyu no umi wa yuuei kinshi de ou DANCE MACABRE, trop lisses en version studio, ne faisaient qu’annoncer une explosion instrumentale en live. Là, enfin, de la hargne ! Les vrombissements de la basse et la puissance de la batterie font vibrer les cœurs autant que les murs, et les bonds du vocaliste motivent les troupes.

Hiroshi, vraisemblablement très enthousiaste, se laisse cependant entraîner par ses baguettes, couvrant la voix déjà fragile de Ryutaro. Dommageable, quand ce défaut en vient à égratigner la sublime Andro Metamorphose et ses huit minutes de mélancolie, ou étouffer les solos du tatoué Akira. Notons que ce dernier, de son côté, semble rencontrer quelques problèmes avec son ibook, remplaçant de l’habituelle pédale d’effets. Mais quand il ne grimace pas pour ajuster les sonorités de sa guitare, il affiche une allure tranquille et un sourire malicieux, sans être autant démonstratif que Ryutaro qui lui n’hésite pas à s’avancer vers les premiers rangs, tendant ses doigts-sparadraps, et encourageant par de petits gestes à s’agiter en même temps que lui.



Être aussi chaleureux lui accordera sans doute l’indulgence du public : incapable d’accéder aux notes les plus aiguës, essoufflé par ses pirouettes -il manque d’ailleurs de s’emmêler dans le fil de son micro…- il massacre allègrement le titre phare Ghost, dont les paroles sont heureusement scandées par la salle. Sa performance vocale reste toutefois très correcte, ce que de meilleurs réglages sonores auraient permis de mieux constater…

Son potentiel humoristique, quant à lui, a pu se révéler sans anicroche ! Après la très attendue Melancholic, issue de l’album cell peu représenté pendant le concert (mais où est l’émérite et Radiohead-like crackpot !?), il décide d’adopter la "L attitude" (Death Note). En saisissant du bout du pouce et de l’index une feuille de papier, il tente de la déchiffrer. "Ui, ui…" affirme-t-il, circonspect, alors qu’Hiroshi commente vivement du bout de ses baguettes, debout derrière sa batterie. Appuyé par les applaudissements d’un public hilare, le chanteur avance un "Est-ce que ça ba ?", puis un "On ba mettle l’ambiance !", un peu plus convaincu. Ainsi va-t-il, à intervalles réguliers, renouveler l’expérience, fort de son premier succès, et soutenu par les déclarations enflammées des jeunes filles dans la salle (en japonais, s’il vous plaît)... jusqu’à ce que son petit pense-bête se désintègre dans ses mains, usé par la sueur et l’eau projetée pour refroidir le public. Un sourire complice entre les membres, un autre unanime dans le public, et le concert continue.

Bientôt, trop tôt, la bonne humeur laisse place à l’émotion, la longue Andro Metamorphose caresse le silence, guitare et voix gémissent en chœur, ici, là, on pleure, et le groupe disparaît. Un peu anesthésié par l’instant, le public réclame timidement le retour sur scène de Plastic Tree. C’est Spica qui sonnera le rappel, prolongeant un peu plus ce moment de douceur. Le léger sursaut avec les énergiques Hate Red, Dip It et puppet talk vole les dernières forces de la salle : l’avant-coureur "Sayônara" de Makka no Ito vient à point, mais à regret.



Une ambiance bon enfant, un staff plutôt efficace qui a fait front aux péripéties, un public très respectueux (malgré une moyenne d’âge étonnamment petite) et surtout, un groupe accessible, souriant et performant, malgré des imperfections anecdotiques. A l’heure où les concerts de musique japonaise se multiplient et s’ouvrent à un public plus large, Plastic Tree se démarque par sa simplicité, sa générosité, en nous offrant un concert intimiste, unique et simplement mémorable. "Encole plusseuh !".

Aurélie Mazzeo


Setlist :
01 - Fujunbutsu
02 - Elegy
03 - Melancholic
-MC-
04 - Fuyu no umi wa yuuei kinshi de
05 - Sonzai Riyuu
06 - Zaza furi, zaza nari
-MC-
07 - Kuuchuu Blanco
08 - Orange
09 - DANCE MACABRE
-MC-
10 - egg
11 - Ruisen Kairo
12 - Sabbath
13 - Ghost
14 - Andro Metamorphose
-Rappel-
15 - Spica
-MC-
16 - Hate Red, Dip It
17 - puppet talk
18 - Makka no Ito





Photos : Eric Oudelet
Reproduction/réutilisation du reportage et/ou des photos strictement interdite.
Remerciements : J-Music LIVE, R:ID et Benoit Baudinat
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