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Dir en grey TOUR07 DOZING GREEN, concert au ZENITH de Paris le 10 novembre 2007 : reportage et vidéo

Le retour de Dir en grey, le groupe de metal japonais le plus populaire du moment, était attendu depuis deux ans et demi en France, après un premier et unique concert dans un Olympia rempli fin juillet 2005. C’est finalement avec la participation du tourneur NOUS PRODUCTIONS et du label européen GAN-SHIN que le quintet est revenu ce 10 novembre 2007 pour une date événement dans l’une des plus prestigieuses salles de concert parisiennes : le ZENITH. Dir en grey allait-il être à la hauteur des exigences du public, comblé par les derniers shows de GazettE ou de Moi dix Mois ? Le premier groupe nippon à avoir cet honneur a-t-il rempli la seconde plus grande arène musicale de la capitale ?

Si l’on pouvait compter sur l’enthousiasme d’un nouveau jeune public metal hétéroclite pour enflammer ce concert, les espoirs des fans se faisaient plus timorés. Le dernier album du groupe, THE MARROW OF A BONE, avait reçu un accueil tiédasse mais, à l’inverse, le single DOZING GREEN (commercialisé le 10 novembre 2007 en France) a redonné confiance en renouant avec le style qui avait popularisé la formation (moins déstructuré et moins extrême dans sa violence). Finalement, Dir en grey a joué une setlist très bien dosée, d’une certaine manière surprenante dans son interprétation ou ses choix de morceaux, devant une marée humaine d'environ 2500 spectateurs qui n’ont pas lésiné sur les acclamations. Avec dix ans de carrière à leur actif, Kaoru et Die aux guitares, Toshiya à la basse, Shinya à la batterie et Kyo au chant ont démontré leur savoir faire et leur maitrise dans un show efficace, mais sans grand panache. On retiendra la petite surprise personnelle de Kyo qui a subi les railleries ces derniers mois : sorti de son costume de gnome monstrueux pour un nouveau, plus classique et mature, il a étonné par la bonne tenue de ses "vocalises". Flashback



Dir en grey 2.5 ?

C’est dans un froid tout relatif (13°C en journée, cela pourrait être pire) que les spectateurs font la queue devant l’entrée du ZENITH. Arrivés à partir du lundi, les premiers avaient établi un campement au pied des grilles de la salle. Le vendredi soir, la veille du concert, ils étaient ainsi plusieurs dizaines recroquevillés par terre… Le jour J, tout ce petit monde se précipite rapidement au cœur du bâtiment, encadré par un service d’ordre aussi rigoureux qu’efficace. Dans le public, on remarque un nombre important de spectateurs étrangers (Allemands, Espagnols…) et une mode vestimentaire moins ostentatoire et moins gothique qu’en 2005. Le public, dans une tranche d’âge beaucoup plus large, a évolué : les plus démonstratifs se font plus punks alors que la plupart se contente des classiques jeans et t-shirt. Dir en grey suit la même trajectoire. Le groupe, typique "visual kei" à ses débuts, a définitivement laissé tomber son attirail visuel pour un style de plus en plus naturel, jusqu’à une sobriété vestimentaire encore plus étonnante ce samedi soir, sans la moindre tartine de maquillage apparente.

Dans la salle, la fosse est aussitôt assiégée par une masse compacte, de même que la partie centrale des gradins. Les quelques 2500 têtes ne remplissent évidemment pas le ZENITH (plus de 6000 places) et le vide alentour est un peu effrayant. Le terme "bide" étant employé par un membre du staff de la salle, on émettra des doutes sur la rentabilité de l’affaire, même si la boutique à goodies finira une nouvelle fois dévalisée. L’ambiance allait-elle être au rendez-vous ? Seul un non connaisseur de Dir en grey aurait pu en douter, et cette catégorie de personne n’est visiblement pas représentée ici. Dès la première partie assurée par le groupe de screamo/metal allemand THE OMEGA TRUST (inconnu sous nos latitudes et qui ne risque pas de le devenir), une montée d’énergie embrase la salle entière.

THE OMEGA TRUST aligne une dizaine de titres durant une demi-heure, en étant plutôt bien reçu -voire encouragé- par le public, plus mûr et plus fairplay que celui qui a boudé Eths à L’Olympia… Pas grand-chose à dire sur la performance monotone d’OMEGA TRUST. Si les premiers morceaux s’avèrent entraînants, on s’ennuie assez vite sur l’unique note que sait tenir le chanteur, en parallèle avec une mélodie électrique complètement noyée dans la masse sonore. Malgré tout, le public est là pour en suer, et on aperçoit déjà quelques sauts parmi la forêt de bras tendus. La pause de trois quarts d’heure entre les deux concerts est longuette, et le premier rang perd déjà ses demoiselles les plus fragiles. A 20h45 pétantes, Dir en grey prend possession des lieux pour 90 minutes, éprouvantes pour la masse humaine en ébullition…



Un dernier album optimisé pour le live

Après une petite intro languissante durant laquelle le groupe reste dans une pénombre violette, faisant monter la pression, les "Diru" attaquent d’emblée avec Deity, premier titre d’une setlist qui, bien qu’axée sur THE MARROW OF A BONE, ne néglige plus les ambiances passées du groupe, allant jusqu’à déterrer de vieilles créations a priori bannies. Peut-être est-ce dû à "l’effet décade", Dir en grey a en effet prévu de fêter ses dix ans en sortant deux best-of retraçant leur parcours. En live et dans des conditions différentes, on réalise avec plaisir que le dernier album que l’on avait moyennement apprécié gagne ses galons. Le potentiel des chansons, que ce soit le bestial Agitated Screams of Maggots ou encore Grief (au cours desquelles les pogos font rage), est indiscutable.

Alors que la foule se déchaîne dans un orage cataclysmique, les trois gratteux du groupe restent assez statiques sur scène et ne s’approchent que timidement de son bord. S’ils ne se donnent qu’exceptionnellement la peine de faire quelques pas, il leur suffit de lever leur guitare ou le poing en l’air pour que le public rugisse. A l’unisson dans leurs sauts et leur headbanging, les compères sont aussi en symbiose. Le flot de mélodie se balade d’une guitare à l’autre malgré un rendu un peu confus, contrairement au chant et aux percussions très claires. On anticipe avec excitation la future chanson (ici CONCEIVED SORROW) lorsque l’on voit Die, en charge des arrangements, échanger sa guitare électrique pour une guitare acoustique. Le timide Shinya, pourtant explosif, est quant à lui bien caché derrière son impressionnante batterie et dans la pénombre alentour (nous y reviendrons). Le rendu sonore du ZENITH met plus particulièrement son jeu en avant, ce qui renforce l’impact des chansons. A la grande joie des nostalgiques du passé, le groupe intercale entre deux titres de THE MARROW OF A BONE des hits comme Ugly (qui galvanise la foule en fin de concert), THE FINAL (ballade rock reprise en chœur par toute la salle) ou encore dead tree et le sublime OBSCURE. Inespéré, et de quoi combler les fans de la première heure.



Cependant, la réussite du concert ne passe pas seulement par la setlist. Le spectacle visuel joue un tout premier rôle et l’éclairage global marque par son aspect rudimentaire, surtout pour une telle salle. Dans une ambiance sombre, les variations de couleurs jouent notamment sur le rouge, dans THE FINAL par exemple, en rappelant les flammes du clip ; alors que le violet illustre à merveille CONCEIVED SORROW. Quelques touches de vert et de bleu viennent sophistiquer d’autres tableaux animés. S’il est clair que le choix des couleurs vise à illustrer l’état d’esprit des morceaux, la très faible luminosité générale nuit à l’exposition des musiciens : on ne distingue la plupart du temps que des silhouettes sur scène. Et on ne parlera même pas des deux ou trois uniques pauvres effets exploités à outrance… Des économies forcées pour se conformer à un budget serré ?

Kyo, une bête de scène domestiquée ?

Ne voit-on que des ombres ponctuellement découpées par les stroboscopes ? Non ! Le chanteur Kyo, blondinet connu pour sa rage, a droit à des spots personnels. On se consolera avec le contraste artistique créé par sa silhouette lumineuse sur les couleurs intenses du fond de scène. De plus, la pénombre contraint le spectateur (ou plus certainement spectatrice) à se concentrer sur la musique plutôt que sur la plastique des artistes… mais ne décourage pas pour autant les dizaines ou centaines de photographes amateurs de filmer à leur guise malgré les interdictions formelles… Fidèle à la tradition, Kyo tombe le t-shirt à mi-parcours sous les cris stridents des groupies, tandis que Die, dans son jeans moulant et sa veste en cuir bordeaux près du corps, rencontre toujours un succès phénoménal auprès de filles.



Pourquoi Kyo était-il donc le seul à être sous les feux de la rampe ? Il confirme en tous cas son statut de star du groupe en concert. Peut-être voulait-il mettre en avant une nouvelle image et prouver à tous qu’au delà des gueulantes et des crises de folie, il savait encore chanter. Sans réaliser de prouesse, il livre au ZENITH une performance propre dépourvue d’errance majeure, hormis sur THE FINAL dont il massacre les refrains par des cris stridents (ce qui rend le titre moins mélodieux qu’en version studio). L’émotion transparaît dans sa voix, surtout sur les quelques titres doux comme RYOUJOKU NO AME. Enfin, ce sont les interludes de son crû, entre THE FINAL et OBSCURE ou encore entre DOZING GREEN et CONCEIVED SORROW, qui finissent de convaincre de son relatif talent de chanteur. C’est même avec surprise et un intérêt non dissimulé que l’on écoute religieusement Kyo faire des vocalises un peu à la manière des moines bouddhistes… Enfin, Kyo a aussi revu sa gestuelle, plus soft dans l’expression de la violence ou de la folie : il se mord le doigt sur CONCEIVED SORROW avant de se griffer le torse, ou mime le fou plus tard en tenant son autre bras chancelant et en bougeant comme un pantin désarticulé. Du spectacle, oui, mais peut-être pas autant qu’en 2005 (qui n'était pourtant pas exceptionnel sur ce point).

"Encore ! Encore !"

Le retour tant attendu de Dir en grey satisfait, sans pour autant laisser des souvenirs extraordinaires, un peu à l’image d’une promotion discrète. On a retrouvé un groupe en grande forme, très professionnel, plus naturel mais un peu trop sage pour une musique aussi furieuse. La salle étant démesurée, l’ambiance survoltée de L’Olympia n’était au rendez-vous qu’au cœur de la fosse (là où il fallait être pour vraiment vivre l’expérience), ne produisant pas le même effet fusionnel qu’en 2005. Dir en grey a fait l’effort d’adapter sa setlist au public français qui avait moyennement apprécié THE MARROW OF A BONE (à l’inverse de l’Angleterre où cet album a reçu une très bonne critique, notamment dans le magazine KERRANG). Les fans ont pu se défouler sur DRAIN AWAY, -saku-, Ugly et d’autres titres issus de leur période visual kei. On regrettera tout de même l’absence du hit Child Prey, final jouissif de L’Olympia. Comme quoi, malgré tout ce qu’ils disent, les cinq metalleux se soucient de l’opinion et des attentes de leur public. Espérons les revoir un peu plus tôt que dans deux ans et demi !

Gwenaelle Durand





Set list :
01 - Deity
02 -
Merciless Cult
03 -
LIE BURIED WITH A VENGEANCE
04 -
DISABLED COMPLEXES
05 -
REPETITION OF HATRED
06 -
Agitated Screams of Maggots
07 - THE FINAL
08 - OBSCURE
09 - Hydra666
10 - DOZING GREEN
11 -
CONCEIVED SORROW
12 - dead tree
13 -
RYOUJOKU NO AME
14 -
GRIEF
15 -
THE DEEPER VILENESS
-Rappel-
16 - DRAIN AWAY
17 - Ugly
18 - CLEVER SLEAZOID

19 -
-saku-
20 - THE IIID EMPIRE


Orient-Extrême vous propose de revivre l’événement à travers un mini-reportage video du concert de Dir en grey au ZENITH, montage d’images tirées des premières minutes du spectacle. Si vous rencontrez un problème d’affichage, téléchargez le dernier lecteur Flash (lecteur Flash 8 minimum requis).




A lire également :
- Le reportage sur le concert de Dir en grey à L’OLYMPIA avec l’interview du groupe
- La critique de THE MARROW OF A BONE

- La critique de RYOUJOKU NO AME
- La critique de CLEVER SLEAZOID
- La critique de Withering to death

Photos et Vidéo : Eric Oudelet
Remerciements : GAN-SHIN FRANCE
Toute reproduction ou réutilisation des photos et/ou de la vidéo Dir en grey au ZENITH de Paris est strictement interdite.
Photographs and movie by the courtesy of GAN-SHIN FRANCE.
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