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the GazettE EUROPE TOUR 2007 : reportage à Paris sur le concert du 26 octobre 2007 au BATACLAN

Au lendemain d'une conférence de presse et d'une séance de dédicaces au MANGA CAFE, le public français retrouve the GazettE en concert au BATACLAN. Après un double soldout des mois à l'avance (entraînant un changement de salle), la première prestation française du groupe de visual kei le plus populaire du moment fait vraiment figure d'événement, d'autant plus après la sortie de l'excellent STACKED RUBBISH, un album d'envergure mondiale, modèle d'impact, de richesse et de finition. Sans surprise, le succès de la vente de billets a généré un marché parallèle actif via les sites de ventes aux enchères. Les plus fervents ont même campé devant la salle plusieurs jours avant l'ouverture des portes ! Dans les coulisses, la pression repose désormais sur les épaules du quintet japonais, forcé d'offrir un spectacle exceptionnel et inoubliable à une légion de 1.500 passionnés. Retour sur cette soirée qui promettait d'être explosive…

Marrée noire à Paris

En ce vendredi 26 octobre 2007, beaucoup de passants s'interrogent devant l'énorme attroupement de jeunes gens, pour la plupart lookés gothic ou punk, qui grouille sur les trottoirs du onzième arrondissement parisien. Certains d'entre eux ont dormi deux nuits aux portes du BATACLAN, dans le froid, pour s'assurer une place au premier rang. L'initiative, pas forcément recommandée pour tenir la durée d'un concert aussi physique, prouve à quel point the GazettE était attendu, notamment après un triomphe en Allemagne. Comme si cela ne suffisait pas, le dernier album STACKED RUBBISH
(l'âme de cette tournée européenne 2007) fut une véritable bombe, fusionnant metal, rock, hip hop et R&B et étonnant par l'intervention de backvoices féminines. Il tourne encore régulièrement à la rédac', et continue d'attirer de nouveaux adeptes chez les hard-rockers et metalleux non-initiés à la J-Music. Alors que la pression se fait étouffante dans la masse humaine sur le trottoir, compressée derrière des barrières pour tenter d'éviter vainement le resquillage et limiter l'envahissement de la voie publique, les portes du BATACLAN finissent par s'ouvrir après un certain retard, laissant rentrer au compte-gouttes la foule. La salle est évidemment comble, l'impatience est déjà palpable, et les supplications implorant the GazettE résonnent jusqu'aux backstages. La mèche est allumée, les lumières s'éteignent… Le show (un baptême du feu pour le nouveau producteur J-Music LIVE !) peut enfin commencer.



Comme sur STACKED RUBBISH, c'est sur l'intro hip-hop ART DRAWN BY VOMIT qu'entrent successivement les quatre musiciens, suivi du chanteur Ruki avec une démarche de coq hargneux : un vrai racaillou ! Dans la salle, c'est l'euphorie. Dans une impressionnante ruée qui s'abat violemment sur la barrière frontale, tout le monde crie, hurle, se bouscule pour approcher ou, au moins, voir ses idoles. Les premiers scratchs, slams, percussions et riffs du hit AGONY ne font que déverser des milliers de litres d'huile sur un brasier ardent. Au cœur de la fosse, ce début de concert sera peut-être le moment le plus dur à supporter physiquement pour sa chaleur ambiante et la forte compression exercée par la foule, unie, qui saute au rythme de cet excellent premier morceau de fusion. Fort heureusement, la pression qui asphyxiait déjà les plus faibles ne dure que le temps d'une chanson. La lutte pour les premiers rangs se "calme" (si tant est que l'on puisse user d'un tel mot dans ce contexte) et la situation se stabilise. Tout le monde ne peut pas être au pied de la scène, laissons faire la sélection naturelle : à l'usure…

Une étincelle suffit…

Au fil de la setlist, on remercie le groupe d'être si généreux : il joue plus de vingt titres, dont l'intégralité de l'album STACKED RUBBISH, de très bonnes compositions telles que COCKROACH, ou encore les cultissimes Anti pop, LINDA~candylive Pinky heaven~ et Kanto dogeza kumiai lors des rappels. Le show bien rodé propose un enchaînement logique… malgré des pauses un peu trop longues qui cassent le rythme, refroidissent un peu les ardeurs et (associées au son un peu confus qui privilégie la puissance à la clarté) empêchent la foule d'atteindre le paroxysme de son excitation.



D'abord réservé, the GazettE se rapproche petit à petit du public, davantage dans l'attitude que dans un quelconque discours. Le chanteur harangue la fosse, puis le fond, les côtés et le balcon du BATACLAN ; et le guitariste Aoi profite de son sex-appeal pour exciter les demoiselles de gauche (toutes mouillées dans un environnement aussi propice…) par son regard d'allumeur professionnel et ses petits coups de langues explicites… En leader, Ruki fait le spectacle et joue une fois de plus la carte de la sensualité sur les titres appropriés, effeuillant pétale après pétale une magnifique rose rouge. D'autres retiennent surtout des moments moins poétiques et plus bestiaux, comme ses masturbations à la bouteille d'eau (avec une belle giclure sur les fangirls des premiers rangs, rouges de plaisir et la bouche grande ouverte) ou encore des ébauches de fanservice… Quoiqu'il en soit, l'énergie déployée par les cinq Japonais ainsi que leurs diverses invitations au headbang ont décuplé les forces du public durant les séries musicales les plus violentes. the GazettE n'en varie pas moins les sensations et sait se faire plus jazzy (Ganges ni aki bara) ou poétique grâce à des titres chargés en émotions (REGRET, Taion, CALM ENVY). Mais, de tous, le moment le plus fort reste celui choisi par la folie pour s'emparer du public aux premières notes de Filth in the beauty (hit actuellement télédiffusée en France). Tous les spectateurs reprennent en cœur les paroles, comme s'ils n'attendaient que cette chanson.

Tout n'est cependant pas irréprochable. Si l'on n'osait rêver de la pyrotechnie des lives nippons (un jour, lors d'un grand festival européen, peut-être…), quelques imperfections font crisser des dents, comme le volume du chant trop bas par moments, ou le rendu brouillon des guitares avec des échanges pourtant si riches et pertinents, un peu trop en sourdine pour être appréciés ce soir. On ne compte plus le nombre de solos manqués d'Aoi qui doit préférer aguicher les filles agglutinées devant lui, à coups de clins d'œil, de grands gestes élégants et d'exhibition de ventre. Quand à Uruha, l'autre guitariste, même si ses erreurs sont moindres, il reste davantage effacé.



Paluchage de bouteille et fontaine sur les premiers rangs

Après avoir autant transpiré, il faut bien prendre une pause. Les rappels ne se font pas attendre longtemps, juste assez pour que the GazettE se désaltère et enfile le t-shirt de la tournée. Le très graphique Reita [NDLR : une fusion de Son Goku et d'un perroquet, avec un bandage sur le nez] et Kai entrent de nouveau sur scène. La salle toute entière ne manque pas de souhaiter l'anniversaire du souriant percussionniste : il va avoir un an de plus le 28 octobre. Touché par cette attention, Kai adresse un grand "merci" à toutes les personnes présentes. Après cet interlude interactif vient le fameux duo basse/batterie avec le détonant Ride with the ROCKERS, bien que rapidement répétitif au goût de certains. Reita, habituellement assez discret on stage, devient ici la vedette. La part belle est faite à son instrument, et il est doué le bougre ! Plein de charisme (d'où l'importance du look…), il enflamme la salle en hurlant dans son micro.

Une fois ce duo terminé, Reita et Kai sont vite rejoints par leurs trois compères pour reprendre l'un des titres phares de l'album DISORDER, Anti pop, seul représentant de cette période au regret des "nostalgiques". Toutefois, on ne va pas s'apitoyer : reprendre en chœur le refrain "Let's go, it is our turn ! Stand up, rise your fist !" et se faire des torticolis sur son rythme endiablé se révèlent particulièrement jouissifs !

Le très violent Kanto dogeza kumiai
et la si entraînante LINDA~candylive Pinky heaven~ (deux titres régulièrement repris en live) clôturent naturellement cet "encore". Le BATACLAN en entier se lâche et se désinhibe complètement sur le premier ; quant à LINDA, il s'agit vraiment d'une chanson à part dans la discographie du groupe, pur moment de partage et de communion avec son refrain gai et enjoué, et ses couplets et ponts repris avec enthousiasme par les tapements de mains synchronisés de toute la salle. Les fans le savent : qui dit LINDA, dit aussi fin du concert, et tous voudraient le faire durer jusqu'aux derniers instants. the GazettE quitte finalement la scène un peu vite, plus qu'à leur habitude, lançant rapidement quelques objets mais pas de médiator, et sans adresser un dernier mot. A priori, il semblerait que le retard les ait poussés à s'éclipser rapidement. On ne s'inquiétera cependant pas sur leur éventuel retour, déjà réclamé.



Une sortie obstruée par des parents abattus, venus chercher la dépouille de leur jeune progéniture tombée au combat…

Les lumières du Bataclan se rallument et beaucoup ont besoin de quelques minutes pour réaliser la fin du concert. Entre les filles en pleurs et les dernières victimes de malaise qui s'effondrent (n'étant plus maintenues sur pieds par la masse), c'est la ruée au stand goodies, histoire d'acheter un souvenir de ce concert mémorable. Et pour une fois, les t-shirts semblent très appréciés [NDLR : en la matière, les designers nippons semblent avoir des goûts assez décalés par rapport aux nôtres…] ! A la sortie, après avoir éperonné l'impressionnante file d'attente de la boutique qui en barrait le chemin, on remarquera l'arrivée des vendeurs de posters à la sauvette, habituels vautours des grands concerts. Leur contrefaçon à trois puis deux euros rencontre un bon succès, et leur présence nouvelle (et répétée à Dir en grey au ZENITH la semaine suivante) prouve que le marché J-Music a franchi un nouveau palier en terme de "considération et d'intérêt".

…alors que les vendeurs à la sauvette se frottent les mains !

Hormis quelques petites imperfections techniques, une mise en route et une communication un peu timides, the GazettE aura assuré son premier concert de fort belle manière, avec une ambiance explosive et sacrément chaude… Les spectateurs en ont eu pour leur argent, avec des images et des souvenirs gravés dans leur mémoire. the GazettE est assurément une valeur sure du visual kei qui, contrairement à d'autres qui jouent sur l'esbroufe ou un effet de mode, mérite sa popularité par une musique de qualité. Nous invitons d'ailleurs les sceptiques à écouter au moins une fois STACKED RUBBISH. Espérons que cette expérience en France ne soit que la première d'une longue série, et que le quintet se libérera davantage encore lors d'un probable retour. Après ce grand succès, il n'y a aucune raison de ne pas les retrouver rapidement dans une salle encore plus grande.

Julie Carvalho


Setlist :
SE - ART DRAWN BY VOMIT
01 - AGONY
02 - CIRCLE OF SWINDLER
03 - COCKROACH
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04 - BURIAL APPLICANT
05 - Toguro
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06 - SWALLOWTAIL ON THE DEATH VALLEY
07 - Ganges ni akai bara
08 - GENTLE LIE
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09 - CALM ENVY
10 - Taion
11 - Chizuru
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12 - Filth in the beauty
13 - Hyena
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14 - Maggots
15 - MOB 136 BARS
16 - DISCHARGE
SE - PEOPLE ERROR
-ENCORE-
EN1 - Ride with the ROCKERS
EN2 - Anti pop
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EN3 - REGRET
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EN4 - Kanto dogeza kumiai
EN5 - LINDA~candylive Pinky heaven~




Photos the GazettE au BATACLAN : Eric Oudelet et Sophie Héry
Remerciements : J-Music LIVE et CLJ Records
Toute reproduction/réutilisation des photos et/ou du reportage est strictement interdite.
Photographs by the courtesy of CLJ Records.
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