Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

Pistol Valve EURO TOUR 2008 : interview et concert à Paris le 18 février 2008

Les éloges ont plu, avant et après la tournée française de Pistol Valve. Le concept mélangeant jazz, rock, pop et hip-hop était à la base particulièrement attrayant : il s’agissait, ce soir du 18 février 2008, de rassembler une dizaine de cuivres, un violon et des platines sur la petite Scène Bastille, instruments pas tous hype mais maniés par dix jeunes bridées, cute au possible ; largement de quoi susciter l’enthousiasme du public… en majorité masculin ! Retour sur l’étape parisienne du Pistol Valve EURO TOUR 2008, un "show" au sens premier du terme, qui, afin de pallier le manque de talent du groupe, a fait appel à un fantastique déploiement visuel… pour un résultat populaire mais discutable.

Kasane ! (pour l’instant)

C’est INTI, bizarre groupe ska aux origines incas et aux délires surnaturels, qui s’empare de la scène avant l’arrivée des Pistol Valve : rythmes endiablés et chants hispano-français pour une mise en jambe des plus chaleureuses ! El Chaman, guitariste déjanté, apprend quelques mots au public : à l’imprononçable question "Est-ce que ça va ?" en inca, il devra répondre "Kasane !". La centaine de spectateurs hurle d’une même voix, loin de bouder le premier set, qui n’a pourtant pas pour réputation d’attirer systématiquement l’attention, et l’intérêt.



Profitant de l’ambiance détendue et du public réceptif, INTI enchaîne les titres entre deux interventions particulièrement amusantes de chacun des membres. El Chaski, Yannick de son vrai nom, chante de sa voix mystérieuse, allant même jusqu’à nous dévoiler son torse (pour "faire grimper la température" !). En fond de scène, David ("le guerrier" et bassiste) sautille en cadence, pendant que les enjoués cor et saxophone ténor donnent le la. Incandescente, l’énergie du groupe se diffuse, et entraîne les moins dociles à se secouer un peu.

L’univers d’INTI, aussi complet que singulier, aurait mérité que l’on parle plus de lui, car au sortir de la Scène Bastille, on serait presque tenté de les préférer à leurs successeuses nipponnes.

Poudre aux yeux

Pendant l’entretien avec Orient-Extrême (cf. ci-dessous), le manager des Pistol Valve avait précisé que le look des visualeux était particulièrement "théâtral". On emploierait volontiers le même terme pour qualifier celui de ses pouliches, aussi travaillé qu’extravagant. Fourrure, dentelles, plumes, bottes, bijoux coruscants... Du veston marin à la chemise de flanelle, il y en a pour tous les goûts ; même si les messieurs présents dans la salle ne semblent pas bien difficiles. Après une intro scratchée par DJ Lilya, qui occupe avec ses machines le tiers de la scène, les cuivres scintillent, les applaudissements fusent, et c’est parti pour la fanfare !



Avec Ratatattat!, issu du tout nouvel album japonais du même nom, le concert commence sur les chapeaux de roue (mais attention, des chapeaux © Pistol Valve, vendus 50 euros pièce au stand de goodies). Immédiatement, les longues répétitions se font sentir : les chorégraphies sont en effet millimétrées, quand les trompettes se penchent vers la gauche, les saxos se lèvent vers le ciel… et vice versa. Toutes les notes correspondent à une pose bien particulière, y compris pendant la minute de gloire de chaque musicienne. Au moment où l’une des dix jeunes femmes se démène avec son instrument sur son bout de scène, les autres s’accroupissent ou tendent les bras vers la soliste, sans cesser de se dandiner, le visage toujours barré d’un sourire éclatant. A y mieux regarder, on découvre du reste que derrière le masque de l’aisance se cache une certaine gêne, comme si les filles ne savaient pas que faire en attendant que leur consoeur ait terminé son affaire. Le vernis s’écaille peu à peu ; l’authentique joyeuse cacophonie qui accompagne le défilé achève de (ne pas) convaincre.

Faute de puissance, les trois chanteuses montent à peine la voix pour tenter de couvrir les instruments des copines. Quant aux parties "rappées" (par exemple dans Pull The TRIGGER !) malheureusement trop en sourdine, elles ne sonnent pas plus juste que les leadvocals à proprement parler. D’autre part, les instruments eux-mêmes, pourtant intérêt premier d’un groupe tel que Pistol Valve, semblent se confronter plutôt que s’accorder. Heureusement, pourrait-on presque dire, étant donné l’accumulation de fausses notes et de grincements non identifiés, moins décelables dans la confusion musicale, noyés dans la bonne humeur générale. L’enjouement qui émane malgré tout de la musique de Pistol Valve consolera peut-être (un peu ?) le mélomane affligé, qui pourrait se demander si ces jeunes femmes ont réellement des "années" de pratique derrière elles. On pardonne plus difficilement, néanmoins, les coups fatals portés à Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles (à peine reconnaissable), et la mythique My Generation, des Who.



Girls horny rock band

L’apothéose est atteinte avec Zutto-Zutto ("pour toujours"), une love song dans les règles de l’art kawaii-pop japonais. La distinction avec les girlsbands en sucre Candi se fait de moins en moins sentir ; on jurerait désormais assister à un concert instrumental des Morning Musume [NDLR : entendre ce style de Jpop en live pour la première fois en France et par surprise… Voilà qui procure quelques sensations aux amateurs du genre !]. Main posée sur le cœur et chœurs acidulés, celles qui, dans notre interview déclaraient ne pas vouloir se soumettre aux garçons jouent à la perfection les amantes transies. En coulisses, leur manager hoche la tête d’un air satisfait…

Et il a de quoi. Le show s’interrompt pour une séquence pub. cotton s’empare du micro pour commenter chaque article, ajoutant avec un sourire professionnel : "Please buy this !" sur un air de télé-achat. Entre deux espiègles apparitions de la langue de cotton, l’une caresse doucement une paire de baguettes, pendant que l’autre brandit une banderole Pistol Valve. L’acheteur potentiel -comprendre le public- est d’ailleurs largement sollicité, durant tout le concert, par les chanteuses qui s’expriment tant bien que mal dans un anglais approximatif. Jusqu’à ce que l’on découvre que DJ Lilya maîtrise parfaitement le français, ayant vécu sept ans à Versailles ; quel dommage que celle-ci ne soit pas intervenue plus souvent !



Quoi qu’il en soit, on peut saluer les tentatives de communication des Pistol Valve, qui mine de rien parviennent à se faire comprendre. Au milieu du titre Fo-Fo au refrain évocateur ("I just want your big fo-fo…"), ANDO!, tommy et cotton demandent au public de copier leurs "fo-fo". Evidemment, la première tentative ne convient pas à la première vocaliste qui proteste : "No ! Little fo-fo !" en écartant de deux centimètres son pouce et son index… L’expérience se révélant finalement fructueuse, elle sera renouvelée à un autre moment ; le public devra cette fois-ci taper dans ses mains en rythme, après avoir écouté l’une des Japonaises proposer sa version. Résultat des courses : pas terrible. Même avec toute la bonne foi du monde et contrairement à ce qui semble s’être passé en Province devant de plus larges audiences, le public parisien ne semble pas avoir le rythme dans la peau !... Ce qui n’a pas échappé à ANDO!, qui après le dernier essai se tourne vers les autres musiciennes, particulièrement amusée.



Le concert ne dure que 1h15, et malgré tout cela, la majorité du public en sort, au moins satisfait, au mieux conquis. Comment les Pistol Valve ont pu rencontrer tel succès ? Les raisons ont déjà été évoquées : grands sourires, maîtrise du visuel, forte communication avec le public, originalité du concept… La seconde face, celle-ci grimaçante, de chacun de ces points, a été curieusement évincée par la plupart des personnes ayant assisté à leurs concerts en France. Peut-être que, comme pour de nombreuses petites formations rock / visual kei, les amateurs de J-music s’entichent un peu trop vite des groupes japonais qui daignent venir nous rendre visite… Plus probablement, le plaisir pour les garçons de voir enfin de jolies jeunes asiatiques remplacer les poseurs ténébreux doit faire pardonner bien des choses. De ce simple point de vue distractif, Pistol Valve a rempli son contrat.

Aurélie Mazzeo


Setlist :
Opening - DJ TIME
01 - RATATATTAT!
-MC-
02 - Salu ska
03 - Pull The TRIGGER !
04 - OEDO-808
05 - Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (cover des Beatles)
06 - DEAR TEDDY
-MC-
07 - Zutto-Zutto
08 - Sit At Cow Char Nail
09 - My Best One
10 - Fo-Fo
11 - The Tiki Shuffle
12 - Kimi dake nanda !
-MC-
13 - The Best House
EN1 - My Generation (cover des Who)
EN2 - Flap Up Elephant









Interview Pistol Valve à Paris

Quelques heures avant le concert à la Scène Bastille, Orient-Extrême rencontre deux membres de Pistol Valve, cotton et Jenny7000, dans le restaurant de leur hôtel. Dissipation des brouillards.

Orient-Extrême : Bonjour !
Pistol Valve :
"Bonjouuu’".

Orient-Extrême : Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter et nous dire de quel instrument vous jouez ?
cotton : Je m’appelle cotton, je joue de l’alto et m’occupe également de la partie vocale.
Jenny7000 : Je suis Jenny7000 (prononcer "Jenny nanasen"), je chante et je joue du violon.

Orient-Extrême : Comment décririez-vous votre musique aux multiples facettes pour ceux qui ne vous ont jamais écoutées ?
cotton : Comme il n’y a pas de précédent dans le style "groupe de 10 filles avec des instruments différents", nous avons crée un nouveau genre : le "girls horn rock band" [NDLR : "horn" signifiant "corne" en anglais, la rédaction préfère ne pas se prononcer pour une quelconque traduction...]

Orient-Extrême : Monter un groupe de dix femmes était-il délibéré ?
cotton : Oui, constituer un groupe où il n’y a que des femmes est bien un choix délibéré ; mais le fait d’être dix est le fruit du hasard.

Orient-Extrême : Est-ce que vous vous connaissiez avant de créer Pistol Valve ?
cotton : Neuf d’entre nous, sur les dix, étaient élèves dans la même école de musique.

Orient-Extrême : Vous composez toutes vos musiques ?
cotton : Beaucoup de morceaux que nous avons composés ne sont pas enregistrés sur CD. Chaque membre crée et possède dans son répertoire un certain nombre de titres qui lui sont propres, et qui n’ont pas forcément destinés à être vendus.

Orient-Extrême : Est-ce que ce sont ces morceaux qui sont ensuite proposés aux autres et adaptés en version studio ?
cotton :
 Dans tous les cas, lorsqu’on décide d’enregistrer l’une de ces chansons pour un CD Pistol Valve, on organise un meeting et on définit le concept et la direction musicale ensemble.
Le manager de Pistol Valve, précisant : En fait, il y a deux manières de composer, la première vient intégralement du groupe, et d’une composition en commun ; il s’agit là de leurs propres morceaux. La seconde démarche requiert l’appui de musiciens confirmés très talentueux.
cotton : Ils nous aident à transmettre le message que l’on désire faire passer d’une manière beaucoup plus puissante. Le nom des compositeurs figure sur l’album. Notre particularité est d’être dix dans un seul groupe, avec des instruments différents. Lorsqu’on a décidé d’une mélodie de base, chaque instrument l’interprète à sa manière, et de là naît l’harmonie. Ce moment-là est totalement créatif, chacune prend la base et la travaille : ça reste très libre, très ouvert, même si le travail d’équipe reste indispensable.

Orient-Extrême : Dans le groupe, il y a quand même des instruments communs à plusieurs membres : plusieurs trompettes, plusieurs saxophones... Quand vous tenez cette musique de base, le travail s’effectue-t-il en petits groupes, pour ensuite ajouter une contribution au titre final ?
cotton :
Tout à fait. Il y a néanmoins l’un des membres du groupe, Ram-Asuka, qui joue du trombone et qui est très douée pour arranger les morceaux. C’est elle qui orchestre le plus souvent, bien qu’il s’agisse d’une équipe ; il faut tout de même coordonner le tout. De toute manière, lorsqu’on entre dans un studio, c’est elle qui répartit les tâches, sans pour autant empêcher les musiciennes de donner leur avis, puisqu’il s’agit de travail en commun.

Orient-Extrême : Dans votre musique vous mélangez plusieurs genre : ska, funk, jazz, hip hop..., et les cuivres s’allient aux platines de DJ Lilya : comment faites-vous le tri pour créer LA musique de Pistol Valve ?
cotton : Lorsque vous écoutez notre musique, vous entendez peut-être un mélange de plusieurs genres, mais le véritable point de repère, c’est le rock. Nos goûts musicaux étant variés, ils s’expriment tous dans notre musique, mais le point que nous avons toutes en commun, c’est notre passion pour le rock.

Orient-Extrême : On sent une bonne humeur générale dans la plupart des titres de Tsunamic Girls From Tokyo, l’album que vous venez de sortir en Europe. Avez-vous néanmoins envisagé, ou déjà joué des morceaux plus tristes ou moins enjoués ? Peut-être dans votre premier album japonais récemment disponible ?
cotton : Oui, dans notre dernier album RATATATTAT!, sorti au Japon...
Le manager : Celui que vous avez écouté, Tsunamic Girls from Tokyo, est sorti en Europe le mois dernier chez J-Music Distribution. Il correspond à ce que Pistol Valve faisait il y a deux ans au Japon, et le CD est sorti l’an dernier aux Etats-Unis.
cotton : Dans le nouveau RATATATTAT! figurent des morceaux plus mélodiques, plus doux, plus… si j’ose dire, "adultes" ; notamment le morceau dédié au jazzman Yurata Yoichi. Nous n’avons donc pas que des titres dynamiques, qui diffusent de la bonne humeur, mais également des morceaux beaucoup plus paisibles. On aimerait vraiment tout essayer. Nous ne voulons pas dire "non" lorsque les occasions se présentent de se frotter à de nouveaux styles de musique. Il faut que ça corresponde à notre état d’esprit. Si j’évolue moi-même, il est évident que ma musique évoluera aussi.

Orient-Extrême : Vous avez choisi de reprendre My Generation, des Who, dans Tsunamic Girls From Tokyo. Pourquoi cette chanson ?
cotton : C’est un morceau mondialement connu, qui a une jolie mélodie. Nous voulions l’interpréter à notre manière.

Orient-Extrême : Est-ce qu’il y a d’autre groupes, ou d’autres titres, que vous aimeriez reprendre comme ça ?
cotton : Oui, oui ! Par exemple, pour le concert de ce soir, nous allons reprendre une chanson des Beatles. Par la suite nous aimerions reprendre Deep Purple, ou les Ramones, vous connaissez ?
Orient-Extrême : Quelle question ! [rires]

Orient-Extrême : Pour changer de registre : comme on peut le voir sur vos photos promotionnelles, vous prenez grand soin de votre look, avez-vous de ce côté-là une politique particulière, un code vestimentaire propre à Pistol Valve ?
cotton : Notre univers visuel n’est pas fixe. Chaque fois qu’on compose un nouveau morceau, on décide de changer de look en fonction de son contenu. Nous sommes très honorées d’être remarquées par les Français, qui sont réputés pour la mode. Nous avons cependant fixé une limite : nos costumes ne doivent pas faire "déguisement". Même s’il y a une recherche visuelle, il faut que la tenue convienne à chacune.

Orient-Extrême : De toute manière, contrairement à d’autres groupes [NDLR : on pense aux girlsbands rose bonbon qui ont popularisé la Jpop en Occident], vous êtes plutôt sobres, plus "femmes", justement...
Le manager : Ce que vous connaissez de la musique japonaise en France, c’est plutôt le visual kei, qui est un genre vraiment, vraiment théâtral...
Orient-Extrême : Oula ! Pas seulement !
Le manager : Le visual kei est un style qui est très particulier au Japon. Il existe aussi des rockeurs qui montent sur scène en t-shirt ! [NDLR : Nooonn, sans blague !? Trêve de plaisanterie, deux exemples parmi tant d’autres : MONO et BRAHMAN]
Orient-Extrême : Le public français concerné possède une connaissance bien plus large de la scène musicale japonaise !...

Orient-Extrême : Une dernière question : dans le clip de Sit At Cow Char Nail, vous êtes prises en photo avec vos instruments en parfaites petites criminelles rebelles, est-ce que vous avez fait une grosse bêtise ?
[rires]
cotton :
Nous ne sommes pas des criminelles ! Mais... on s’en fiche ! Les parents, les adultes, maman, papa, ceci cela... On a envie de dire qu’on n’en a rien à faire ! Les garçons, très souvent, tentent de nous aliéner, nous les filles. C’est donc un message aux garçons, histoire de dire : "On refuse d’être à votre botte, on est libres, alors laissez-nous tranquilles !". Ce n’est pas un message violent ; simplement, nous désirons nous affirmer en tant que femmes. Pour cela il fallait briser les chaînes de l’aliénation.

Orient-Extrême : Voilà qui est dit. Merci !
Pistol Valve : "Merci beaucoup !"

Propos recueillis à Paris par Aurélie Mazzeo et Eric Oudelet, le 18 février 2008.



Photos concert Pistol Valve à Paris : Eric Oudelet
Photographs by the courtesy of BUG Corporation
Reproduction/réutilisation des photos, du reportage et/ou de l’interview strictement interdite.
Remerciements : J-Music LIVE et Emiko pour la traduction de l’interview
Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême