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Interview Dying Art, label chinois spécialiste du black metal (février 2008)

Depuis le temps qu'Orient-Extrême vous invite à la rencontre de la scène musicale chinoise, il restait un secteur malsain, obscur et violent que nous n'avions pas ou très peu abordé : le black metal. La scène black et musique extrême a progressé très rapidement en Chine pour s'insérer progressivement dans la société des grandes métropoles. En résumé, si seuls les amateurs acharnés auraient pu subir le son des productions chinoises par recherche d'originalité il y a trois ou quatre ans, le paysage s’est transformé et certains groupes rassemblent désormais autant que des représentants des styles metal ou punk plus "classiques". Des formations comme Martyrdom ont même pu gagner une reconnaissance internationale, notamment grâce à des précurseurs comme le label Dying Art. En ce mois de février 2008, nous en avons rencontré le dirigeant. : Murk. Il partage ses goûts, ses opinions, et nous décrit le développement de la scène black, ses relations avec le Japon et revient évidemment sur la naissance et l’évolution de Dying Art...




Orient-Extrême : Bonjour Murk, tu diriges depuis une dizaine d'années le label chinois Dying Art. Pourrais-tu tout d'abord le présenter à nos lecteurs francophones ?
Dying Art :
Dying Art un site Internet, un fanzine, un label et un réseau de distribution consacré au black metal et au metal mélodique chinois.

Orient-Extrême : Pour quelles raisons as-tu monté cette structure ?
Dying Art : Au départ, c'était tout bête : j'adorais cette musique. J’ai commencé le site et le magazine il y a plus de dix ans. C'était, en partie, pour rencontrer d'autres amateurs, car à cette époque il était impossible de rencontrer, en Chine, des gens qui appréciaient la même musique que moi. Ça doit remonter à 1998… Par la suite, j'ai fait la connaissance de plusieurs personnes grâce au site. Puis ces amis devenus proches, ont commencé à composer et jouer du black. C'est tout naturellement que j'ai ensuite pensé à promouvoir et à distribuer ces musiques. Voilà comment Dying Art est né.

Orient-Extrême : Comment s’est déroulée ta toute première "rencontre" avec le black metal ?
Dying Art : Au tout début, j'ai commencé par Joy Division, Bauhaus, Dead Can Dance... Ensuite, j'ai pu me connecter à Internet, et j'ai fouillé partout pour trouver des informations et des amis à l'étranger afin qu'ils m'envoient des CD. Je suis progressivement devenu fan de cette musique. Pour le black metal plus particulièrement, c'est un ami qui m'a fait découvrir, et j'ai de suite apprécié sa froideur et son côté malsain.

Orient-Extrême : Lorsque tu as commencé à produire, à sortir des CD puis à organiser des concerts, j'imagine que cela n'a pas dû être facile, cette musique n'étant pas vraiment connue des Chinois. Comment cela s’est-il réellement passé ?
Dying Art : Pour moi, "ne pas connaître" et "ne pas aimer" sont deux choses différentes. C'est difficile d'être catégorique au sujet de ses goûts vis-à-vis de choses inconnues. Au fond, je pense que les humains ont une nature relativement similaire : ils peuvent être gentils, méchants, haineux, malheureux, joyeux et ainsi de suite...

Orient-Extrême : En dix ans d'activité, Dying Art s'est développé et la qualité a progressé assez rapidement. As-tu un secret ?
Dying Art : J'ai développé et multiplié mes relations ; j'ai changé de boulot, les revenus ont progressé et ça m'a permis d'investir davantage dans la production. Plus important encore, c'est le niveau technique et créatif des groupes de metal chinois qui s'est élevé.



Orient-Extrême : Certes, peux-tu apporter plus de précisions sur ce niveau en hausse ? A l’origine, personne en Chine ne savait produire ne serait-ce que du rock un peu nerveux...
Dying Art : C'est un mélange d'argent et d'expérience. Mais il ne faut pas négliger l'aspect financier. A l'heure actuelle, j'investis dans la production et dans l'enregistrement le triple de ce que j'investissais à mes débuts. Au niveau créativité, nous nous sommes tous éloignés de la méthode qui consistait à imiter les groupes étrangers que nous admirions. Nous avons approfondis notre connaissance et notre compréhension de ce style musical, ce qui apporte énormément lors de la création. Évidemment, cela peut varier selon la démarche individuelle de chacun. Si une personne admire réellement un truc et cherche à le développer, il suffit d'avoir assez de temps pour obtenir des résultats. Les progrès que tu as constatés résultent de nos efforts, et je suis ravi que tu ais pu remarquer des améliorations conséquentes. Merci. J'espère que d'avantage de passionnés pourront aussi attester que ces efforts portent leurs fruits... Au fait, quand je dis "nous", cela ne représente que Dying Art et les groupes qui y contribuent...

Orient-Extrême : Pourquoi cette précision ? Quelle est ton opinion sur le reste de la production "musique extrême" chinoise, comme celle des labels Dying Empylver, Keysmet...
Dying Art : Comment dire… Les labels chinois de musique dark m'intéressent très peu. En Chine continentale, mon préféré est Pest, tout simplement car j'adore leurs productions et j'espère pouvoir collaborer avec plusieurs de leurs groupes. En ce qui concerne les autres labels que tu as cités, le style est assez éloigné de ce que j'apprécie à l'heure actuelle.
Orient-Extrême : Pest ? Je ne connaissais pas...
Dying Art : Tu ne connais pas Pest !?
Orient-Extrême : Heu, non... Désolé...
Dying Art : Ce n'est pas grave, c'est avec plaisir que je te recommande ce label ! C'est un petit label de Nanchang. Chez eux, mon groupe préféré est Zuriaake.

Orient-Extrême : Dying Art a sorti plusieurs albums aux styles variés. Je n'ai pas eu la chance de tous les écouter, mais quels sont tes préférés ?
Dying Art : Héhéhé... je vais évidement te répondre que je les aime tous ; sinon, nous ne les aurions pas produits. Il y a une règle absolue à Dying Art : si je n'aime pas la musique d'un groupe, quel que soit le pourquoi du comment… je ne le fais pas ! Pour moi, Martyrdom et Ululate sont mes collaborateurs les plus proches. Nous habitons dans la même ville, et cela fait presque dix ans qu'on se connaît... Ce sont de vieux amis, mais bon… ça, c'est dans la vie. Sur le plan musical, j'apprécie chaque album que nous avons sorti.

Orient-Extrême : Mouais... évidemment. Mais soyons honnêtes, le premier Martyrdom ne vaut, par exemple, pas le second...
Dying Art : Tu veux dire que le premier Martyrdom n'a pas la maturité du second ? Ou autre chose ?...
Orient-Extrême : Selon moi, aspect créatif mis à part, le son et l'enregistrement du premier album, notamment la batterie et le chant, n’étaient pas des plus réussis...
Dying Art : Haaaa… Oui. Je t'explique comment ça s'est passé et tu comprendras mieux. Lorsqu'ils ont  enregistré leur premier album, ils étaient toujours étudiants et venaient de découvrir le black métal à travers moi ; de vrais fans décérébrés. Cette année-là, on était tous fous de groupes de black comme Emperor, Gorgoroth, Ulver... puis Darkthrone et ainsi de suite. Les deux membres de Martyrdom n'avaient pas beaucoup d'expérience dans l'enregistrement et nous nous sommes servis de logiciels pour enregistrer. Le premier album l’a été uniquement avec une guitare électrique made in China, un micro et des logiciels. Après l’avoir bouclé, nous étions assez satisfaits des compositions, mais pas du tout de l'enregistrement et de la production. Vu le niveau des producteurs en Chine à ce moment-là, personne ne pouvait obtenir les résultats que nous aurions souhaités. Les studios et producteurs chinois de métal potables étaient de toute façon trop chers pour nous. A la fin, je leur ai directement dit que, s’il était impossible de faire "au mieux", autant faire "au plus bâtard". Si nous ne pouvions pas fournir aux amateurs de musique quelque chose de clair, autant leur affliger un tourment. La semaine suivante, on a poussé la fréquence de l’enregistrement low fi original au maximum, pour faire saigner les tympans… Du harsh black metal ! Tu apprécies le black metal bruitiste ?
Orient-Extrême : J'aime juste le bruit, la noise...
Dying Art : Ouaiiiis ! Hahahahaahaha. Si tu écoutes Martyrdom avec une oreille bruitiste, c'est plutôt bon comme album. Je pense que cette décision était la plus pertinente à l'époque.



Orient-Extrême : Par la suite, les albums sont donc devenus de plus en plus pros… pour arriver au dernier en date : le Varuna... Pourrais-tu nous le présenter ?
Dying Art : Tu veux parler de Varuna - the epical trilogy of vorlaufen I: Night master Ltd.500 ? Tu trouveras une présentation sur cette page : www.underfm.com/dyingart/chinese/artists/varuna.htm

Orient-Extrême : Evidemment... Plus généralement, que représente le noir pour toi ? [NDLR : le terme réfère autant à la musique black qu'à la couleur noire ou à l'idée de sombre]
Dying Art : Une humeur que chacun peut ressentir. L'aimer n'est pas si mal, ne pas l'aimer non plus, ça accompagne la vie.

Orient-Extrême : Et la guitare ?
Dying Art : Ha… je ne suis pas guitariste. La guitare reste pour moi un instrument. Les guitaristes des groupes auraient sûrement une réponse différente, car ça leur appartient.

Orient-Extrême : Tu restes tout de même un auditeur spécialisé dans une musique où la guitare occupe une importance primordiale, tout comme la batterie. Tu aurais pu avoir une opinion...
Dying Art : Hum... J'aime le son de la guitare, mais j'aime aussi les autres instruments comme la batterie, ou les voix blessées... C'est l'ensemble que j'attends, que j’apprécie, et je ne penche pas pour un instrument particulier. J'écoute des morceaux complets. Les émotions que me procure un morceau sont importantes. Que ce soit la mélodie, l'obscurité, la faiblesse… j'apprécie tout. Mais bon… généralement, je suis touché par les sons qui évoquent des impressions négatives comme le malaise, l'abandon ou la froide cruauté.

Orient-Extrême : Et maintenant, quels sont les nouveaux projets de Dying Art ?
Dying Art : Nous avons conclu une collaboration avec Dead Mans Hill, et nous nous préparons à rééditer un de leurs classiques. J'apprécie beaucoup cet album, ce qui m’a motivé à le relancer. Les autres sorties sont sur notre site. Honnêtement, nous ne pouvons que persister et espérer durer, même si le milieu musical se durcit et même si nos vies se compliquent. Nous sommes tous mariés et qui sait si nous n’allons pas avoir des enfants sous peu... Et puis le système de sécurité sociale et de retraite chinois est loin d'être au point.
Orient-Extrême : Il y a du mieux...
Dying Art : Ma passion pour la musique n'est pas vraiment entamée par ces réalités quotidiennes, et j'espère juste pouvoir durer encore ; afin de proposer aux auditeurs le plus de black chinois possible... Souhaite-nous bonne chance...

Orient-Extrême : Bonne chance ! Et ta femme, elle en pense quoi ?
Dying Art : Ma femme !? Elle préfère batifoler à droite à gauche. Elle déteste me voir déménager des CD à longueur de journées au lieu de l'accompagner. Ceci dit, je ne la remercierais jamais assez d'être aussi compréhensive et pour son support, aussi bien moral que financier. Je pense que tous les groupes te diraient la même chose... Nous nous consacrons peut-être trop à notre musique... [rires]

Orient-Extrême : Et qu’écoute-elle ?
Dying Art : Elle n’écoute pas trop de musique… et pas vraiment de black. Mais si j'en mets, ça ne la dérange pas...
Orient-Extrême : C'est l'idéal ! Tu peux te faire plaisir...
Dying Art : Héhéhé, ouais... Mais elle refuse la noise. Pour le reste, tant que le volume n’est pas trop fort...



Orient-Extrême : Hormis le fait que la musique soit une affaire personnelle, il faut bien reconnaître que, aussi bien en France qu'en Chine, le black metal est plutôt une musique masculine...
Dying Art : C'est vrai...
Orient-Extrême : Saurais-tu l’expliquer ?
Dying Art : Les femmes sont généralement plus douces, plus chaleureuses, et n'apprécient pas trop cette musique, mais je connais aussi plusieurs groupes de black 100% féminin.

Orient-Extrême : L'attitude des Chinoises envers le métal est différente de celle des Japonaises.
Dying Art : Certes, mais je pourrais aussi dire qu'au Japon, toutes les femmes aiment le porno... Je blague évidemment... Ce que je veux dire, c'est qu'une proportion de la population n'est pas forcément représentative de la société. Pour moi, les Japonais préfèrent la pop... et peu écoutent du métal. Les Japonaises peut-être davantage. Elles aiment "regarder" du metal, mais elles sont aussi fans d'autres styles...

Orient-Extrême : J’ai voyagé au Japon et j’ai pu assister à un concert de "metal"… La salle était remplie de Japonaises qui faisaient de l'aérobic, ce qui peut paraître ridicule…
Dying Art : Tu as vu Sabbat ? J’aimerais vraiment pouvoir les faire venir tourner en Chine...
Orient-Extrême : Non, ce n’était pas vraiment ça...

Orient-Extrême : D'ailleurs, quelles sont les influences japonaises les plus importantes en Chine ? Il parait plus facile d'organiser des échanges avec le Japon, plus proche que l'Occident...
Dying Art : Honnêtement, mes goûts penchent plus pour l'Occident, l'Europe, les USA. Et c'est assez généralement le cas : le metal a sa source en Occident. J'aime beaucoup la culture japonaise, surtout la littérature ; mais finalement peu de groupes japonais. Sabbat, Sigh, Jack or jive, Cccc...


Orient-Extrême : Il existe aussi en Chine une scène "visu" [NDLR : pour "visual kei", concept japonais qui accorde autant d’importance au visuel qu’à la musique] qui apprécie le metal, mais qui ne s'intéresse pas au black chinois...
Dying Art : Selon moi, c'est de la m**** ! De la grosse m**** !.. Cette scène ne m'intéresse pas...
Orient-Extrême : La source est pourtant la même : le metal...
Dying Art : Avec la même terre, tu peux faire pousser des plantes différentes...


Un grand merci à Murk et Dying Art pour leur travail, leur patience et pour avoir répondu à nos questions. Les CD de Martyrdom, d’Ululate et d’autres artistes chinois sont trouvables en France par l’intermédiaire des réseaux spécialisés dans la distribution de black metal. Demandez donc à votre dealer au prochain concert dans votre région.
PS : Chers lecteurs, n'hésitez pas non plus à nous écrire pour nous faire part de vos envies, curiosités et intérêts pour la musique chinoise, afin que votre serviteur réponde au mieux à vos attentes.

Interview réalisée par Guillaume Maximin en février 2008


Liens utiles :
- Dying Art
- Dying Art sur le site de Spirit of Metal
- Extraits audio
- Interview en anglais de Martyrdom
Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême