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Dio - distraught overlord EURO TOUR 2008 : reportage sur les concerts de Paris et Marseille

Jeune groupe de metal nippon / visual kei né en 2006, Dio - distraught overlord semble avoir le vent en poupe dans l'hexagone depuis son concert coup de poing devant des milliers de spectateurs au festival JAPAN EXPO 2007. Réputé pour sa générosité en live et poussé par la promotion intensive de J-Music LIVE, Dio vient de se lancer dans une première tournée européenne réussie : le public semble au rendez-vous, peut-être au détriment de la date parisienne, moins peuplée que pour d'autres formations comparables. Retour sur ce concert à la Locomotive et sur celui de Marseille, qui confirment qu'au-delà d'un metal d'entrée de gamme, Dio vaut le détour pour son show visuel et même tactile…



DIO A LA LOCOMOTIVE DE PARIS LE 24.02.2008

Comme l'ont redémontré les affluences des récentes dédicaces au Virgin Megastore ou encore au festival PARIS MANGA (lieux de rendez-vous de centaines de fans), l'enthousiasme des Français pour le metal sombre et costumé de Dio laisse les membres du groupe tout ébaubis. C'est dans le cadre du frénétique EURO TOUR 2008 que Dio a enflammé la Locomotive parisienne, dimanche 24 février. Fort d'une première expérience hexagonale devant un public de curieux à JAPAN EXPO 2007, le quintet a pu cette fois s'offrir en spectacle à des fans ravis, plongés dans une ambiance volcanique. Retour sur un concert physique, musclé et particulièrement éprouvant qui a définitivement soudé les liens entre Dio et son public.

Conservant l'habitude des horaires japonais, le concert fut annoncé à 18h ; mais à la surprise générale, les portes s'ouvrent bien plus tôt ! Le groupe de rock iLis, espoir français de l'année 2007 selon le magazine ROCK ONE, vient ainsi chauffer l'ambiance dès 17h20, prenant de court les spectateurs qui s'étaient fiés aux horaires indiqués… Une mésaventure comparable s'était déjà produite avec OLIVIA l'an passé, où le show avait malheureusement débuté sans attendre la liquidation de la file d'attente. Dans une salle par conséquent assez clairsemée, iLis répond aux attentes des quelques connaisseurs et assure une première partie convenable et convenue : du rock rythmé, une batterie bien maîtrisée… Virginie, vocaliste, guitariste et leader en jupette du groupe, charme dans un registre proche d'OLIVIA (y compris dans les approximations du chant) sans la subtilité, bien que sa prestation se noie dans le son saturé et brouillon craché par les enceintes (un problème qui perdurera toute la soirée...). Les trois autres musiciens sont beaucoup plus timides et statiques, peut-être appréhendaient-ils l'accueil d'un public de fans, souvent gage de dédain plus ou moins virulent vis-à-vis des "invités"… Avec six morceaux, les Français ont offert un sympathique entraînement aux futurs pogotteurs ; les visualeux nippons vont désormais leur imposer un marathon d'une petite heure et demie.



Après le départ d'iLis, l'audience enfin complétée des derniers arrivants compte désormais un demi millier de spectateurs, soit un peu plus de la moitié de la capacité de la Locomotive. On explique logiquement ce score moyen par la tournée française (Brest, Rennes, Lyon, Strasbourg…) : de (jeunes) provinciaux en profitent pour économiser un fastidieux déplacement, certains pouvant parfois - et enfin ! - vivre leur premier concert J-rock. La pénombre s'installe dans une atmosphère mystique qui rappelle les liens ambigus qu'entretient Dio avec la religion, comme le rappelle mikaru en interview. Tout à coup, changement brutal d'ambiance : c'est à la surprise générale sur fond de musique électro - eh oui, même Dio surfe sur la mode tecktonik… - que surgissent successivement les artistes ; l'une des rares occasions d'apercevoir le batteur denka qui disparaît vite en fond de scène, et de constater que le chanteur mikaru se distingue de ses camarades masculins par un costume étonnamment sobre, quand ivy virevolte dans une grande robe au décolleté affriolant… Pas de chance, le costume de mikaru s'est perdu durant le voyage, privant les parisiens de ses petites ailes de démons. "Are you ready, Paris ?" lance dans les hurlements Lord's prayer et un show haute tension.



Si l'on ne devait retenir qu'une chose du concert, c'est la capacité des cinq Japonais à mettre le feu et décupler l'excitation ambiante. Dio choisit ainsi d'électriser rapidement la salle par un enchaînement de titres incontournables… en live tout du moins : le percutant et très stylé GOD Forsaken puis le décapant day after day. Les fans chantent en chœur sur les refrains et les esquisses d'un pogo se dessinent déjà dans la fosse, prémisses d'un défoulement furieux. Deuxième atout du groupe : une excellente communication avec la foule. "Est-ce que ça va ?", "OUI !", "What's our name ?", "Dio !" constituent autant d'exclamations et d'échanges qui conquissent le public survolté dont la fébrilité pour la suite du show est palpable. Les sourires s'agrandissent sur les visages des musiciens ; la technique de séduction déjà rodée fonctionne parfaitement, camouflant dans le feu de l'action une musique très confuse [NDLR : qui a dit concert de machines à laver ?] qui pâtit, de plus, de réglages sonores pour le moins hasardeux…



La mise en scène qui suit est particulièrement réussie : la lumière bleue venue de l'obscure fond devient blanche, et embrase la silhouette de mikaru qui écarte les bras comme le Christ. Un impact fort, d'autant plus que l'image mystique est brisée par l'introduction du détonant
Daite Nemure Zetsubou, suivi d'Allure et de last dance qui déchaînent les passions. Tout le monde est au diapason : la fosse et les musiciens sautent en cadence. Comme les Japonaises, des filles se tiennent par les épaules par brochettes de cinq ou six, et headbanguent ensemble et en rythme. mikaru déchire de sa deathvoice l'épais rideau musical enchevêtré, denka se déchaîne à la batterie, tandis que les stroboscopes utilisés à foison laminent vicieusement les yeux de chacun. Si l'introduction de last dance permet de reprendre son souffle, la tempête s'abat aussitôt pendant les refrains. La farandole de lumière ajoute un côté festif à la chanson. Comme un requin dans l'eau, mikaru décide d'en rajouter une couche en haranguant la foule  d'une tirade / cri de guerre récurrente : "Gimme a D", "D !!" ; "Gimme a I", "I !!" ; "Gimme a O", "O !!" ; "Dio ! Dio ! Dio !".

Satisfait, le groupe fait durer l'hystérie avec trois derniers morceaux (ou presque), PUPPET SHOW, Fuzai to iu genjitsue et Final call, dans une atmosphère devenant apocalyptique. Les plus exténués sortent régulièrement de la fosse reprendre leurs esprits, mais Dio, infatigable, semble au contraire puiser une énergie transcendantale dans cette folie. Tous sautent et headbanguent comme des fous ! Le public lève le poing sur la batterie lourde de denka qui accompagne le refrain de Final call, entre deux phases de pogo. mikaru, ivy, kei et erina s'élancent au devant de la scène, échangent leur place, courent partout et se font volontiers tripoter par les fans, en particulier le chanteur qui va presque jusqu'à plonger la tête dans une forêt de bras. De sacrés showmen ces Dio ! Dans une confusion indescriptible, y compris musicale où seule la rythmique reste identifiable, tout le monde s'écrase contre la scène, avec de nouveaux malaises à la clé chez les demoiselles les moins résistantes. Les faux adieux dureront une bonne dizaine de minutes (le rappel, remis en question à cause du retard, est finalement assuré) et la lutte sera serrée pour récupérer les baguettes de denka, décidément trop en retrait. mikaru, n'en finit plus de remercier le public parisien qui, apparemment, a comblé toutes les espérances. Le nouvel objectif des fans épuisés et trempés de sueur est désormais d'acquérir un goodie, c'est le moment du rush vers la boutique qui sera dévalisée en posters, photos et CD.



Pour sa première date de l'EURO TOUR 2008, Dio - distraught overlord peut se vanter d'avoir lessivé ses fans français. Pas encore très connu, le groupe connaît néanmoins une forte et étonnante croissance de popularité dans le milieu J-rock / visual kei. L'implication des cinq garçons, leur "don de soi", leur sens du spectacle et leur envie de partager commencent à en faire des petites références en terme de créateurs de "shows à vivre", bien que leur production musicale reste trop primaire. Attendons l'arrivée européenne du nouveau mini-album Heaven's Call pour mieux apprécier et juger les nouveaux titres joués ce soir ; car dans l'ambiance survoltée du concert, c'était peine perdue. Et dire qu'il ne s'agissait apparemment que d'un échauffement avant la folie provinciale !

Gwenaelle Durand


Setlist Dio à Paris :
01 - Lord's prayer

02 - GOD Forsaken
03 - day after day
MC
04 - Daite Nemure Zetsubou
05 - Allure
06 - last dance
MC
07 - PUPPET SHOW
08 - Fuzai to iu genjitsue
09 - Final call
encore
10 - Dantoudai ha ta ga tame ni yureru







DIO AU POSTE A GALENE DE MARSEILLE LE 6.03.2008

Le public français est chaleureux, c'est vrai. Il est vrai aussi que le public français se montre, parfois, un peu excessif. Mais il y a un détail dont on ne parle pas ou peu, et qui de concert en concert se concrétise : si les shows parisiens de visual kei se déroulent de manière générale dans l'euphorie, pour ne pas dire dans l'hystérie, ceux qui ont lieu en province triplent la mise. Au Dôme de Marseille, où passaient il y a quelques jours les très cotés Tokio Hotel, les fans campaient devant les grilles cinq jours avant le concert ! On a même parlé d'adolescentes armées de cutter et de fourchettes (!) luttant, sans merci pour une place au plus près de leurs icônes… Entre ce comportement-ci et celui remarqué au concert de Dio - distraught overlord ce 6 mars 2008, il n'y a qu'un pas. La fièvre méditerranéenne ?

Fort heureusement, dans la file d'attente tout du moins, les amateurs de visual kei se montrent un peu plus raisonnables : les premiers fans n'arrivent "qu'à" 9h du matin, et la queue reste plutôt ordonnée, sans tentatives de doublage intempestives… ce qui peut-être mis sur le compte de la vigilance des membres du staff, et des jeunes filles assises sur des journaux gratuits et enveloppées dans des couvertures depuis plus de 10h. Le "pire" reste à venir.

"Bleuuuwaaaaaaaaaarg !"

A 19h30, la salle-cagibi du Poste à Galène s'emplit très rapidement, de quelques trois centaines de personnes, en majorité de sexe féminin. Dans cette même salle, Dirtrucks n'avait pas véritablement déchaîné les passions, mais ceux qui ont par exemple assisté au concert de MUCC en 2006 connaissent les souffrances inhérentes aux places du premier rang : le remous du public en furie, en effet, a tendance à écrabouiller sur la scène très basse ceux qui en sont le plus proches, et à sérieusement déstabiliser les autres. Épouser les mouvements de la foule compacte reste le seul moyen de garder un semblant d'équilibre.

Lorsque Dio arrive enfin sur scène, la température a déjà grimpé de vingt degrés, et les coiffures sophistiquées qui se dressent vers le plafond sont déjà sérieusement entamées. Le hurlement initial de Garasu no umi marque le début du show, qui promet d'être très, très agité. Nous avions été surpris par le spectacle lors de leur première venue en France à JAPAN EXPO, et moins d'un an après, Dio ne déçoit pas nos attentes : l'insipidité des titres studio se meut une fois encore en diabolique puissance. mikaru, terrifiant dans son rôle de maître de cérémonie macabre, pousse des cris bestiaux, pour brusquement repasser en voix claire ; jamais essoufflé, et presque toujours juste ! Fait exception le titre Fuzai to iu genjitsue, toutefois doté d'une excellente ligne de basse, où le vocaliste débute par une fausse note et poursuit tout le long, pas très assuré, sans rattraper le coup.

Le même titre révèle une réverbération exagérément poussée ; le meilleur accompagnement demeure la voix unanime du public, qui connaît des titres comme GOD Forsaken sur le bout des doigts. C'est cette voix-là qui hurle "Ouiiiii !!" quand mikaru demande "Est-ce que vous m'aimez ?", ou répète avec violence les lettres formant le nom du groupe, en écho aux hurlements du vocaliste. Profitant d'une telle osmose, il se laisse totalement aller à son état second après le rappel initié par Fainal Call, titre violent qu'on pressentait taillé pour le live. Levant le bras entre deux secousses épileptiques, il incite la salle à crier en rythme à sa place.

Les autres musiciens ne sont pas en reste. De toute évidence, le groupe se montre beaucoup plus détendu qu'à JAPAN EXPO, comme ils l'ont expliqué au cours de notre interview parisienne. Même si le quintet peine à tenir sur la petite scène, il n'est pas avare de gesticulations. Headbangant en chœur, kei, erina et ivy se démènent. A l'inverse du premier, sans doute le plus poseur du groupe, on peine un peu à entendre erina, dont le son se perd derrière les coups de baguettes de denka. Ce dernier, très concentré, ne faiblit pas, et son efficacité excuse sa réserve. ivy, pas plus expansif, brille quand même par son jeu de basse, lourd et sans bavure.



Quand Dio n'a plus rien à envier au public des Beatles…

Fidèle à leurs racines, les membres de Dio arborent un look travaillé, tout en vinyle et en chaînettes. mikaru a retrouvé son costume de chauve-souris, arrivé trop tard pour la date parisienne où il avait dû paraître en vêtements plus sobres. Malgré la robe sophistiquée d'erina qui semble cosplayer Lulu de Final Fantasy X, le costume le plus sexy est attribué au discret ivy, un œil caché par un bandeau de pirate à la HAKUEI, un mini-mini-short dévoilant des gambettes méticuleusement épilées, et un mini-mini-haut révélant son nombril.

En toute logique, le plus éprouvant reste donc l'amas incontrôlable de groupies échaudées : dans la fosse, il s'agit de travailler à sa survie ! Les regards réprobateurs ne semblant pas des plus efficaces, il faut écarter avec méthode les coudes, bracelets à piques et autres bagues de force façon Nana Ôsaki qui menacent à chaque seconde de crever un œil ou d'ouvrir une arcade. Les deux vigiles postés dos à la scène ne peuvent d'ailleurs réprimer les mouvements de foule, et lorsqu'une jeune fille s'effondre aux pieds de mikaru, les autres en profitent simplement pour se jeter sur sa place stratégique, sans que personne ne puisse les arrêter.

Un détail néanmoins nous retire la totale légitimité du blâme des admiratrices les plus coriaces (et, comme par hasard, aux griffes les plus acérées) : les membres de Dio - distraught overlord ne demandent qu'à ce qu'on les touche ! mikaru, en particulier, profite de la promiscuité liée au manque d'espace pour se pencher sans cesse sur la foule, offrant son visage et son corps aux caresses. Pendant toute la durée du concert, des dizaines de mains indiscrètes tentent sans gêne aucune de découvrir les moindres secrets de l'anatomie du chanteur… dont la joie manifeste est très vite trahie par une fâcheuse protubérance.

Très à l'aise, pourtant, il revient pour le rappel torse nu, et vide une bouteille d'eau sur ses tablettes saillantes. Dans sa transe irréelle, il mord même quelques doigts avides, un sourire lubrique aux lèvres. C'est vers la fin que, la bouche à demi-ouverte, erina se lâche aussi, haranguant sans cesse le public, et testant à son tour les caresses des premiers rangs ; mais il faut dire que le guitariste se montre nettement moins impétueux que mikaru.

En fin de compte, ce qu'on retient du concert marseillais de Dio n'est pas vraiment la musique, pourtant efficace et immersive, mais plutôt les fans moites, enragés et manquant de scrupules, qui ont épousé sans peine l'humeur fiévreuse du groupe, cette fois véritablement "tout à son public". Appeler à la mesure et hausser les sourcils devant un tel spectacle ne changera pas grand-chose : tout cela se déroule avec le consentement des artistes, qui, sans doute très agréablement dépaysés, donnent leur chair en pâture à la foule… Une offrande généreuse, mais également périlleuse, puisqu'elle a apparemment valu une côte cassée à mikaru lors de leur date à Bruxelles. Eh bien ! Faudra-t-il maintenant briefer les visualeux pour qu'ils tempèrent leurs ardeurs avant de grimper on stage ?...

Aurélie Mazzeo


Setlist Dio à Marseille :
01 - Garasu no umi
02 - Lord's prayer
03 - Daite Nemure Zetsubou
-MC-
04 - GOD Forsaken
05 - Last Song
06 - Fuzai to iu genjitsue
07 - PUPPET SHOW
08 -
Dantoudai ha dare ga tame ni yureru

-

EN - Final call









Le site officiel de Dio - distraught overlord : www.dio-0514.com
Photos Dio et iLis à Paris : Eric Oudelet
Photos Dio à Marseille : Aurélie Mazzeo et Bénédicte
Reproduction/réutilisation des photos et/ou du reportage strictement interdites.
Remerciements : J-Music LIVE

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