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Aoki Takamasa & Tsujiko Noriko Pirate Party : live in Paris

Collaborant ensemble le temps d'une expérimentation musicale pour le label FatCat et son concept de Splinter Series, le duo japonais se reforme le temps d'une courte soirée. En juin 2005, ils sortaient leur album, 28, après 3 ans de formation, qui avait commencé, rappelons-le, en France à la Fondation Cartier. Cet album consacre leur petit bout de chemin commun, l'accord parfait entre la divine voix de Tsujiko et les boucles acides d'Aoki, mais semble également marquer une certaine pause (définitive ?) des deux artistes qui préfèrent se préoccuper de leurs projets solos et nombreuses collaborations. Après leur concert annulé au Nouveau Casino, cette date confidentielle de début d'année était la petite séance de rattrapage.


Remous dans la Seine

Jour
de semaine, un mercredi (11 janvier 2006), 21h, le temps est doux pour la saison, et au pied de la BNF, on se presse sur une petite embarquation du nom de "Guinguette pirate". Le public, essentiellement des connaisseurs -car il fallait être bien renseigné pour se pointer là- est plutôt mixte, et les ressortissants nippons se faisaient légions.

Au menu, point de Johnny Depp en duo avec Orlando Bloom, mais deux artistes japonais relativement peu connus, pourtant prometteurs et prolifiques. Tsujiko Noriko, petite japonaise charmante s'est faite repérer comme "Björk nippone", et s'est associée à Aoki Takamasa, distilleur d'une électro froide et rythmée.

La première partie du "showcase" a été confiée à Ecoplan, et son electro-ambient, à défaut de "chauffer" le public, l'a installé dans un petit monde hors du temps, sur cette jonque flottant sur la verte Seine, libérée de la suractivité parisienne. À mi-chemin entre Boards of Canada et une boîte à musique version "indus", la production était maîtrisée et un petit sourire niais flottait sur les lèvres à la fin de la prestation. Cette délicieuse mise-en-bouche permit aux retardataires de se serrer entre les planches et le decorum "pirate" du lieu, en sirotant une bière. Un artiste à suivre pour ceux qui s'intéressent au genre.

Electro sauce aigre-douce

Puis c'est au tour de notre groupe de faire son entrée, discrètement immiscé derrière ses ordinateurs. L'aspect intimiste du lieu jouant en leur faveur, le lien entre les deux insulaires et le public se fit de manière naturelle.
S'il est vrai que le chant de Tsujiko rappelle celui de la diva islandaise - bien que chanté en japonais - on notera également que les samples et les plages superposées d'Aoki se rapproche des productions islandaises (GusGus), et dans un autre rapport topographique, des mélodies d'Emilie Simon dans la Marche de l'Empereur. C'est donc derrière ses trois power-book Honda, que le jeune producteur dansait (un véritable jeu de jambes), et projetait le spectateur grisé dans un monde de beats et de boucles légérement jazzy, plutôt froids, où la musique se mèle aux samples vocaux superposés de la chanteuse.

Si les paroles demeurent impénétrables au néophyte (les Japonais présents semblaient sourire lors des passages "parlés"), on se laisse envoûter par la délicate sonorité qui s'en dégage... à croire que l'Islandais et le Japonais sont des langues jumelles dont on aurait caché la parenté commune.

La comparaison s'arrête cependant là, notre Japonaise ne poussant pas tant sa voix que son homologue islandaise, malgré quelques ressemblances : utilisation de la voix comme sonorité (et bloquage sur une syllabe), thèmes parfois légers (bien qu'ayant suivi des études de philosophie, son dernier album parle d'un "garçon-pingouin" ou encore "d'une prostituée voulant être une mouche"), et chuchotements sensuels. Cette dénomination de Björk nippone est réductrice, Tsujiko ne se contente pas de singer la star, mais développe un petit univers bien personnel. Polyvalente, elle cherche actuellement un distributeur pour le scénario de film qu'elle a écrit. Nous ne manquerons pas de lorgner vers les prochaines sorties, cette année, de ces deux compères, qui ne manquent pas de ressources.

Ce petit délice se termine malheureusement un peu trop tôt, le temps de prendre le dernier verre et de sauter dans un des derniers métros. Le cadre atypique et la volupté des sonorités musicales s'effacent peu à peu dans le Paris nocturne. L'occasion de voir ces deux artistes réunis -et reprenant la plupart des pistes de leur album commun, 28, sorti il y a peu- était plaisante, bien que malheureusement peu diffusée auprès de la plupart des amateurs de cette scène electro/trip-hop alternative et des curieux intéressés par une expérimentation musicale asiatique. On regrettera cependant un public un peu trop "hype" pour tout extrémiste qui se respecte.

Arnaud Lambert



Pour plus d’informations :
www.guinguettepirate.com
www.tujikonoriko.com
www.aokitakamasa.com

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