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Versailles & MATENROU OPERA COUPLING TOUR 2008 : reportage à Paris le 6 avril 2008

En ce 6 avril 2008, Versailles, ou les seuls aristocrates rockers de l’Histoire, a daigné quitter son trône tokyoïte pour rendre visite au peuple français. Et quand le roi blond et sa cour envahissent la Loco, on est bien loin de la musique de chambre de Louis XIV. Accompagné des petits mais bientôt grands MATENROU OPERA, Versailles a appris à Paris comment véritablement ressusciter le genre visual kei en deux leçons.

Introduction : Faire la révérence

Jeune groupe de visual kei fraîchement recueilli au sein de la Sherow Artist Society, MATENROU OPERA a été choisi par ses aînés de Versailles pour les accompagner dans leur première tournée européenne. Nous avions trouvé son dernier single remarquable pour une formation VK aussi récente, et en attendions donc un show plus que correct. MATENROU a fait mieux que ça.



Comme Dio - distraught overlord lors de leur première tournée hors Japon, le groupe semblait discrètement tendu. Officiant trente minutes avant l’heure annoncée (les spectateurs pris au dépourvu n’ayant par conséquent pas tous gagné la salle à temps), il débute avec l’excellente Alkaloid Showcase. Il faudra plusieurs chansons avant que les membres ne se lâchent vraiment. Le vocaliste Sono, surtout, a d’abord la voix tremblotante, mais lorsqu’elle prend enfin de l’assurance... Son chant en volutes sur Boukyaku celluloid réunit trémolos nasillards et hurlements bestiaux sans jamais écorcher les oreilles, ce qui en soi est déjà une prouesse à saluer bien bas.

Le guitariste anzi, à sa droite, déploie au coeur de leurs titres des soli inattendus d’une ampleur très surprenante, tandis que derrière sa batterie, l’efficace Yuu à tresses fait tournoyer ses baguettes toutes les deux secondes. Ayame, le maigrelet tout timide au clavier, est moins convaincant que ces deux derniers, se contenant de gigoter de droite à gauche en pianotant de temps en temps.

La salle est agitée, peut-être pas comme il le faudrait : avant de commencer à chanter la ballade Sara, Sono doit attendre en grimaçant que le public daigne se taire. C’est raté pour l’instant romantique ; mais, très pro, MATENROU OPERA poursuit son office malgré le tumulte, notamment avec l’anticipé single Ruriiro de egaku niji, à la fois furieux et mélodique. Les réactions chaotiques, bien que très positives, du public - qui ne connaissait pas, ou peu, la discographie en cours d’élaboration de ce nouveau groupe - seraient-elles les raisons de l’absence de rappel, pourtant prévu dans la setlist ? Dommage, car la formation, toute confuse qu’elle ait pu être pour ce premier concert en France, a donné une grande bouffée d’air pur au genre visual kei, suscitant les réactions les plus enthousiastes que l’on ait pu constater de la part du public hexagonal vis-à-vis d’une première partie de concert, tant et si bien que l’on aurait beaucoup aimé la voir plus longtemps sur scène.



Leçon 1 : Travailler son profil

Après la sortie de MATENROU OPERA, les lumières se rallument quelques instants. YUKI, batteur de Versailles, fait une apparition costumée qui se veut discrète pour aider Yuu à démonter sa batterie. C’est bien entendu sans compter l’œil vigilant des fans qui l’acclament chaleureusement. Un peu gêné, il sourit en agitant les mains : "Non, non, c’est pas maintenant !" Ce n’est pas maintenant, parce que l’entrée en scène de Versailles se doit d’éblouir, au moins autant que le costume des musiciens. Et puis, bien que récemment formé, Versailles compte dans ses rangs quelques prestigieux noms rescapés de l’ère révolue du glorieux visual kei au Japon, comme le talentueux guitariste HIZAKI (complété du non moins excellent TERU) et le majestueux chanteur KAMIJO (ex-LAREINE). Un line-up et des premières compositions symphoniques suffisamment impressionnants pour faire de Versailles la 2ème révélation rock asiatique de l’année 2007 (7ème, tous genres confondus) d’après les lecteurs d’Orient-Extrême. Dès le retour de l’obscurité, une introduction instrumentale résonne, et les membres entrent un par un, de leur démarche la plus noble.

Genou à terre, KAMIJO s’entoure de sa cape, puis la fait tournoyer avant de hurler les premières paroles de The Love from the dead orchestra. A gauche du vocaliste dans son veston de velours à épaulettes, le guitariste à bouclettes HIZAKI arbore une ample robe de princesse rouge et blanche (mais ne remplit pas l’espace bombé au niveau de la poitrine…). Travesti lui aussi mais beaucoup plus en retrait, Jasmine You, le bassiste au sexe indéterminable, se montre très à l’aise dans sa robe violette à perles et à roses, et sa coiffure extensible. TERU et YUKI, enfin, affichent un look bleuté plus discret, ce qui n’empêchera pas le nombril à l’air de TERU de faire son petit effet.

Travailler son profil peut néanmoins avoir quelques désavantages. Les jolis froufrous de la robe de HIZAKI attirent les mains des fans, comme les objets brillants attirent les pies : alors que certains se contentent d’en faire voleter les pans pendant que, campé fermement sur ses deux jambes, il sert son solo, d’autres en profitent pour tirer dessus, dans l’espoir manifeste de ramener un souvenir... avec une telle force qu’HIZAKI se voit entraîné vers le bord de la scène. Fort heureusement, KAMIJO, le justicier, s’envole à sa rescousse, faisant flotter sa cape, et le sauve du déchiquetage avec un sourire étonné.



Entre deux petits tours sur eux-mêmes, les membres de Versailles ont tout prévu. Jasmine You pose théâtralement en jetant des baisers, alors qu’HIZAKI prend des postures de petite lolita, et que KAMIJO, avec une présence impériale et une stature rare pour un lead-vocal japonais, joue de ses regards fougueux et de ses levers de sourcil sulfureux : de l’intro aux encores, Versailles détient une parfaite maîtrise de son esthétique, et le résultat est pour le moins confondant. Y compris lorsqu’à la fin du concert / carnaval de luxe, YUKI s’approche enfin de la scène pour lancer ses baguettes d’un air magistral… avant de se les recevoir dessus, ayant visé le plafond ! Le prince du gag TERU, défendant ses plates-bandes, assène alors une petite tape sur la tête de YUKI.

Ce dernier n’est d’ailleurs pas le seul à faire preuve de maladresse. Sous le ricanement dissimulé de HIZAKI, KAMIJO, incapable de se faire comprendre en anglais, décide de poursuivre en japonais pour annoncer le concert japonais du 23 décembre 2008 intitulé Château de Versailles au C.C Lemon Hall de Shibuya, à Tôkyô. Du moins sont-ce les seuls mots qu’aura approximativement compris la salle, aux trois quarts pleine, manifestement pas bilingue et regrettant un peu ces déboires de communication, mais tout de même enthousiaste.

Leçon 2 : Faire de la musique une épopée

On l’aura compris : d’un point de vue visuel, et malgré quelques comiques cafouillages, Versailles mène les troupes du visual kei, chevauchant de grands chevaux blancs. Ce qui en fait pourtant un groupe d’exception (à ne pas mélanger à toutes ces pauvres formations VK brouillonnes et/ou sans saveur qui sont, a contrario, souvent plus exposées médiatiquement en Europe), est que la qualité et la technicité de leur musique, du metal mélodique et symphonique, sait se montrer à la hauteur. Ainsi, l’épique The Love from the dead orchestra ouvre un concert qui s’annonce chevaleresque. Chœur de guitares qui ronronnent, batterie entêtante et basse assurée, KAMIJO n’a plus qu’à ouvrir la bouche pour fermer celle du public. La puissance et l’énergie de son chant qu’il va puiser au fond de son estomac - quitte à flirter quelques fois avec le déraillement au fil du concert - le clouent au sol ; mais le roi, en un couplet, affirme sa suprématie.

Plus efficace que le geignard JUKA sur Solitude, et globalement plus mâle que durant la période LAREINE, le KAMIJO que les vieux de la vieille ont connu a trouvé une nouvelle voie/x. Ce qui explique peut-être le changement de tessiture perceptible pendant l’émotive METAMORPHOSE, titre de son ancien groupe, qu’il chante seul sur scène. L’expression de son visage apparaît différente, elle aussi. En totale communion avec le public, qui semble-t-il maîtrise assez bien les paroles, le vocaliste se risque à baisser son micro, et continue sans lui, y mettant tout son souffle. Un joli instant, acclamé par la salle en émoi.



C’est alors à YUKI de faire preuve de son talent. Alors que tous les spots sont braqués sur lui, il entame un solo de batterie endiablé, reposant en grande partie sur son jeu de pédales. A peine a-t-on le temps d’expirer que, bouclant la partie extra-versaillaise, les autres musiciens montent sur scène pour jouer Race Wish, titre du HIZAKI Grace Project extrait du dernier album instrumental Curse of Virgo. Comme plus tard sur Aristocrat’s symphony, la guitare de la princesse, ici instrument leader, commence par échapper au contrôle des doigts d’HIZAKI, qui continue tout de même l’intro en tentant de rattraper le coup. Peut-être déstabilisé par ce couac, il passe le titre penché sur son manche, sourcils froncés. Malgré tout, le corps de Race Wish, comme celui de cette même Aristocrat’s symphony (et comme celui de la majeure partie de la discographie de Versailles !), restent des monstres de technique et de rapidité, aussi jouissifs à entendre qu’à voir en live (où sont passés ses doigts ?!).

Bien qu’il n’y ait pas eu de concours entre HIZAKI et TERU, comme suggéré dans notre interview (ni de tour de magie de Jasmine You, soit dit en passant), le second guitariste offre la performance la plus surprenante. Parfait à la rythmique comme à ses quelques soli, il affiche le même sourire radieux du début à la fin du show. Les titres made in Versailles comme le single The Revenant Choir (repris deux fois) et Shout & Bites, sans doute les plus charismatiques et les plus complets de leur discographie, n’en finissent pas d’enflammer la salle. Le public hurle les paroles, et, de temps en temps, le nom d’un musicien. Particulièrement, a-t-on remarqué, celui de HIZAKI, ayant ramené toute une horde de fanboys derrière lui !

L’époustouflante tension de The Carpet Day, véritable cavalcade stellaire, la douceur de Sympathia aux piano et guitare languissant, et l’incongruité de zombie, digne d’une chorégraphie à la Thriller, n’ont pourtant pas convaincu tout le monde. Le côté ultra-chorégraphié au détriment de l’improvisation humaine ayant sûrement eu un effet repoussoir, plusieurs moues dubitatives ornaient les faciès des déçus à la sortie du concert. Au chapitre des déceptions, impossible de faire l’impasse sur les problèmes de sonorisation (dont la fréquence et l’ampleur augmente dans cette salle) : les jeux des guitaristes, pourtant si techniques et complémentaires, se noyaient régulièrement et à tour de rôle dans le flot de décibels surélevés, qui plus est parasité d’un effroyable ronflement omniprésent. On ne pouvait pas trouver plus frustrant pour gâcher l’expression de musiciens parmi les plus talentueux de la scène visual kei.



Après deux rappels musicaux, et un dernier pour une séance photo "de famille" (puisque les artistes ont rapporté avoir eu le sentiment de jouer à domicile), les membres de Versailles se sont assis sur scène devant le premier rang, comme OLIVIA en juillet, et le concert s’est clôt avec un inévitable lancer de roses. Ravis et émus, n’ayant plus vraiment d’excuse pour traîner sur scène, Versailles s’éclipse ; et ce serait un véritable crime de lèse-majesté que de ne pas réclamer son retour en France au plus vite (mais avec une sono de classe adéquate, cette fois !).

Aurélie Mazzeo


Setlist MATENROU OPERA :
01 - Alkaloid Showcase
02 - Honey Drop
03 - Twilight Parade
04 -
Kokû karano tegami
05 - Sara
06 - Plastic Cell
07 - Ruriiro de egaku niji
08 -
Boukyaku celluloid

Setlist Versailles :
01 - The love from the dead orchestra
02 - The revenant choir
03 - Shout & bites
04 - Beast of desire
05 - SOLITUDE
06 - zombie
07 - SFORZANDO
08 - Metamorphose
09 - Solo batterie de Yuki
10 - Race Wish
11 - Aristocrat’s symphony
12 - SUZERAIN
13 - Sympathia
14 - Forbidden
EN1 - Red Carpet
EN2 - The revenant choir


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Photos Versailles et MATENROU OPERA à Paris © Eric Oudelet / Orient-Extrême
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