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1ère conférence J-Music en France organisée par Orient-Extrême : compte rendu complet

Paris Visual Prod., Free-Will-Europe/GAN-SHIN, Soundlicious, No Sphere, Ongaku France et J-Music Distribution… Samedi 4 mars, tous les grands acteurs du marché national étaient présents pour cette première conférence J-Music en France (et en Europe ?) organisée par Orient-Extrême, dans le cadre du festival G.A.M.E. in Paris. Durant 1h30, cette pléiade d’invités a répondu aux questions préparées par notre équipe Musique en présence de la presse, de VIP et d’un public nombreux qui a pu, à son tour, interroger les différents intervenants. Débat, révélations, annonces exclusives et vidéos… Voici le compte rendu complet de cet événement riche en informations.

L’Asie s’affirme depuis longtemps par ses influences dans de nombreux domaines : l’animation, la BD, le cinéma, la mode, le graphisme, la publicité… Aujourd’hui vient peut-être le tour de la musique avec l’émergence, certes encore timide, du Japon, tout de même deuxième marché mondial ! Les concerts importants se sont multipliés ces derniers mois (en particulier en France et en Allemagne) et ont fait parler d’eux. Les CD d’artistes nippons arrivent petit à petit dans les bacs et on commence à voir les clips correspondants sur les chaînes de télé spécialisées. Le moment nous paraissait propice pour faire le point et rassembler sociétés et associations concernées à l’occasion d’une grande conférence, publique pour permettre à des dizaines de fans et d’amateurs de rencontrer les décideurs et acteurs de ce marché en pleine croissance.

La petite salle était remplie à craquer. Devant le grand écran, nos huit invités alignés vont successivement se présenter avant de répondre à une flopée de questions… Avant toute chose, les présentations.





Première partie : présentation des invités

Paris Visual Prod.
Représenté par son président Julien Mombert, Paris Visual Prod. a déjà à son actif la production des concerts en France et en Europe de Ra:IN et Onmyouza en 2005, et KOKIA en 2006. PVP, comme Ongaku France, se distingue par l’organisation récente de concerts pop (en l’occurrence de chanteuses connues pour l’interprétation de génériques d’animes). Cependant, Julien précise que PVP n’a pas de spécialisation particulière.
www.parisvisualprod.com

Soundlicious
Soundlicious, qui distribue MUCC en Europe, existe depuis août 2005 et se trouve représenté à cette conférence par Sae Cibot et Fabrice Buon. Soundlicious est le label rock et hip hop de la société Kotengu qui existe quant à elle depuis 2 ans. Sae et Fabrice travaillent surtout par coup de cœur pour le choix des artistes distribués et soulignent l’importance du travail effectué sur les éditions françaises des CD, avec en particulier la traduction des paroles dans les livrets.
www.soundlicious.com

No Sphere
Frédéric Ou, responsable de No Sphere, nous présente sa société qui organise des concerts rock et visual kei depuis 2 ans. A son actif : les premiers lives en France de Moi dix Mois, Kagerou, D’espairsRay, deadman et MUCC. L’activité principale de No Sphere reste la distribution de CD.
www.nosphere.com

Ongaku France
Créé le 31 septembre 2005, l’association Ongaku France représentée par Cécile Soufron avait assuré la promotion du mini-concert pop de Tomoe Shinohara le 18 novembre 2005 à Paris, avant d’organiser très récemment le concert de NOIZ à la Locomotive. Ongaku France a aussi organisé une opération spéciale avec la société Euro Japan Comic pour Noël 2005 : un voyage au Japon permettant d’assister dans des conditions très privilégiées au concert de la star Gackt. Parmi les projets : instaurer un système de fanclubbing similaire à ceux existants au Japon.
http://ongakufrance.free.fr

J-Music Distribution
Xavier Norindr est l’un des associés à l’origine de J-Music Distribution, société venant tout juste d’arriver sur le marché et ayant pour but de distribuer et promouvoir la musique japonaise en Europe, tout genre confondu, avec notamment l’importation d’éditions nipponnes (avex, King Records…) mais aussi la mise à disposition d’éditions européennes. J-Music Distribution travaille exclusivement avec des revendeurs et des centrales d’achat, au niveau européen pour négocier des tarifs attractifs du fait de volumes plus importants, avec un objectif : que tout le monde puisse trouver dans les bacs les CD de ses artistes préférés.
www.jmusicdistribution.com

Free-Will-Europe/GAN-SHIN
Invité de dernière minute, Free-Will-Europe, filiale du label japonais de Dir en grey (entre autres) n’en est pas moins l’un des poids lourds du marché rock/metal japonais sur le vieux continent, puiqu’on leur doit le concert de Dir en grey qui a rempli L’Olympia ou encore le Coupling Tour de Kagerou et D’espairsRay. A l’occasion de cette conférence, Renaud Valdenaire, dirigeant, et Jon nous apprennent officiellement que le label allemand GAN-SHIN s’associe avec Free-Will-Europe, ce qui permet la distribution dans l’hexagone de nouveaux groupes et artistes : Moi dix Mois (concert le 17 mars et sortie du nouvel album dans la foulée), hyde, MERRY, Gazette…
www.free-will-europe.com
www.jvstore.com





Après les présentations et la projection de nombreuses vidéos (KOKIA, Onmyouza, MUCC, Moi dix Mois, NOIZ…), la deuxième partie de la conférence débute. Les invités s’installent devant la scène, place aux sujets préparés par Orient-Extrême…


Deuxième partie : les questions préparées par Orient-Extrême

Orient-Extrême : Quelles sont les raisons pour lesquelles les Japonais commencent à s’intéresser au marché français ? Ont-ils pris conscience du potentiel ? Est-ce vous qui êtes allés les chercher au début ? Et si oui, est-ce toujours le cas ?

Renaud (Free-Will-Europe) : Ce sont les Français qui sont allés chercher les Japonais. Il y a trois ans, au tout début, j’ai organisé le concert de Blood au Glaz’Art, c’était le premier concert de visual kei en France. Les Japonais étaient un peu réticents à venir : "ça ne va pas marcher, blablabla". On a aussi eu du mal à trouver une salle mais finalement, on était complet : 300 personnes à peu près, ce qui n’est pas mal pour un début… pour Blood surtout (rires). Puis on a réussi à organiser un autre concert, D’espairsRay je crois…

Frédéric (No Sphere) : KISAKI PROJECT !

Renaud (Free-Will-Europe) : Oui ! Il y a eu KISAKI PROJECT d’abord et ensuite il y a eu D’espairsRay au Casino de Paris qui a plutôt bien marché : on était complet. Puis il y a eu re-Blood. Au début, c’est donc plutôt nous qui avons offert aux Japonais la possibilité de venir jouer en Europe.

Julien (Paris Visual Prod.) : Oui, je suis d’accord, au début c’est nous qui sommes allés chercher les artistes. Maintenant, on est dans une phase un peu changeante et ce sont les Japonais qui vont venir contacter certains producteurs. Pourquoi ? La première chose qu’il ne faut pas oublier c’est que le marché japonais n’a pas besoin de nous pour vivre ; et c’est pour cette raison qu’on n’a pas tel ou tel artiste en France, Ayumi ou Gackt par exemple. Ils ont un emploi du temps 100% booké au Japon, ils gagnent de l’argent, ils ont tout ce qu’il faut et ça ne les intéresse pas forcement de venir en France. De ce fait, on a deux types d’artistes qui ont envie de venir en France ou en Europe : ceux qui sont en train de monter, qui ont toutes leurs preuves à faire et qui ont encore un peu de temps pour venir nous voir en France ; et ceux qui sont en train de descendre et qui ont donc du temps libre.

Renaud (Free-Will-Europe) : Comme Blood.

Julien (Paris Visual Prod.) : Oui voilà, Blood, c’était le début et la fin en Europe. Maintenant, les Japonais ont compris qu’il y avait quelque chose à faire en Europe. Ils essaient de venir et réagissent plus positivement quand on les contacte. Il arrive même que certains nous contactent.



Orient-Extrême : On constate que, pour l’année 2005, sur les 100 premiers albums du top vente annuel, il n’y a pas un seul groupe de visual kei (pas même Dir en grey, 135ème). Comment se fait-il qu’en France, c’est le visual kei (et le rock et le metal) qui marche, et peut-être moins le reste ?

Frédéric (No Sphere) : Le visual Kei, c’est ce qu’on "vient" le plus voir (les concerts), mais le plus apprécié reste la J-Pop. Quand on regarde ce qui se passe sur ce festival, les gens achètent beaucoup plus de CD de J-Pop que de visual kei. Ca reste tout de même assez underground mais c’est pour ça que c’est accessible. Tout ce qui est "major J-Pop" (NDLR : les gros artistes), c’est presque inaccessible : ils sont dans le gros commerce, surbookés, ont signé avec des gros labels tel que Universal, Sony et d’autres…

Cécile (Ongaku France) : Et ils demandent des cachets pas possibles…

Julien (Paris Visual Prod.) : Je voulais juste répondre à cette première question : "pourquoi on parle tant de visual kei en France". C’est parce que les premiers qui ont eu le "courage" de faire venir des groupes japonais étaient des fans de visual kei. Ils ont créé une dynamique. Les Japonais ne sont pas des gens qui partent à l’aventure, ils ne viennent qu’en terrain connu. Ils ont vu qu’on pouvait, avec un tout petit groupe, remplir une grande salle, alors ils se disent… "Qu’est-ce qu’on pourrait faire avec un gros groupe !?". D’un seul coup, il y a un double effet : d’un côté, on est crédible et les Japonais se disent "On peut aller faire quelque chose en France, en Europe !…" et d’un autre coté les fans se multiplient en Europe. Une communauté s’est créée et, s’il s’agit d’une communauté visual kei, c’est parce que les premiers qui se sont mouillés ont fait du visual kei. Ça fait maintenant deux ou trois ans que cette scène a pu se développer en France.
Pourquoi pas les autres ? Parce qu’ils commencent à peine ! On a fait le premier concert de J-Pop il y a un mois, on espère que ça va continuer mais il y a un temps de réaction. Les Japonais aiment faire des choses sûres et concrètes, sans prendre de risque. Ils arrivent dans une véritable jungle où on est bien établi, avec en plus la barrière de la langue.
Pour en revenir à la médiatisation du visual kei, on a déjà des artistes japonais qui viennent depuis 20 ou 30 ans, tous les mois, dans le hip hop, la techno… La différence, c’est qu’en occident, on a déjà ce genre de musique, donc on n’en parle pas : on a nos poids lourds et les Américains en face. En visual kei, on n’a pas d’équivalent : si aujourd’hui, j’ai envie d’écouter du metal mais pas d’entendre des gros barbus crier, je n’ai rien. Voilà pourquoi je crois que le visual kei à quelque chose à dire, idem pour la J-Pop. Un marché spécifique pour cette pop de qualité et très travaillée existe.

Orient-Extrême : La prochaine question concerne justement la J-Pop. Qu’est ce qui nous sépare aujourd’hui de la venue de grosses pointures major (NDLR : Ayumi Hamasaki, Gackt, Kumi Koda, BoA, Orange Range, Namie Amuro…) ? Quelles relations entretenez-vous avec les gros éditeurs nippons et quand pourrons-nous trouver facilement dans les bacs les CD de ces artistes ? Pourquoi êtes-vous seuls sur le marché et pourquoi les majors européennes ne se manifestent-elles pas ?

Xavier (J-Music Distribution) : En fait, dans les FNAC, il y a énormément de CD disponibles. Vous allez sur leur site web, vous tapez des noms japonais tels que X Japan et Ayumi Hamasaki et ils vous les sortent. En tout, 25 artistes japonais sont référencés. Cependant, il faut les demander et ça coûte une fortune…
En ce qui concerne les majors, nous avons rencontré avex, King Records et Sony au MIDEM (NDLR : le salon professionnel de la musique à Cannes). On leur a dit que ce serait sympa d’avoir Ayumi Hamasaki ou Mika Nakashima en France. En réponse, ils nous ont demandé combien on pouvait garantir de vendre d’albums en France ou en Europe. On a répondu "Si ca marche vraiment bien : 10 000 pièces". Seulement, du Mika Nakashima, ils en vendent 500 000… Forcément, à côté de ça, on ne fait pas trop le poids. De plus, pour les gros artistes, c’est d’abord le Japon, puis le marché asiatique, le marché américain et nous… on vient en dernier. C’est maintenant à nous de montrer qu’il peut y avoir beaucoup de potentiel avec toutes les structures qui se mettent en place aujourd’hui. Il reste vrai qu’il est difficile de faire venir les artistes major et de les distribuer officiellement.

Julien (Paris Visual Prod.) : En fait, les artistes majors sont déjà là. A part Ra:IN, nous n’avons produit que des artistes major : Onmyouza et KOKIA. Et puis il y a Dir en grey chez Free-Will-Europe.
Les majors européennes observent… mais elles ne savent pas trop quoi faire. Les majors japonaises sont déjà là et, pour reprendre l’exemple, elles n’ont pas attendus la réponse de King Records pour distribuer Onmyouza en France. Quand les grands artistes vont arriver ? Comme l’a dit Xavier, on ne peut pas encore faire nos preuves. Au Japon, les éditeurs garantissent aux artistes des rentrées d’argent, leur vendent de grandes quantités de CD… Les artistes bouclent donc leur planning. Si nous, on leur dit de venir en France, de perdre une semaine et de regarder l’argent qu’ils vont perdre en n’étant pas au Japon…
Le vrai problème est de savoir quand on pourra proposer un modèle économique suffisamment rentable pour qu’un artiste major accepte de se déplacer.

Orient-Extrême : Merci. Petite digression : est-ce que quelqu'un s’intéresse au reste de l’Asie, en envisageant de distribuer ou produire des artistes coréens ou chinois par exemple ?

Xavier (J-Music Distribution) : Comme tous les pays sont représentés au MIDEM, nous avons eu la chance de rencontrer des labels coréens et c’est vrai qu’il y a beaucoup d’artistes coréens qui sont intéressés et intéressants vis-à-vis du marché européen. Il y a des choses à faire avec eux mais il nous faudrait les structures adaptées et motivées qui aient envie de faire venir et de distribuer les artistes coréens, ce qui n’est pas encore le cas. Je suis pratiquement sûr qu’il est plus facile de traiter avec les Coréens car ils ne demandent que ça de s’exporter ! D’ailleurs, je vous conseille un groupe, et j’en fais ici la promo alors qu’on ne le distribue même pas… C’est Clazziquai Project, un groupe électro qui est vraiment très très très bon.

Cécile (Ongaku France) : Les groupes coréens sont très difficile d’accès. Sur internet par exemple, quand on tape le nom d’un artiste japonais dans google, on trouve une grande quantité de sites de fans. En comparaison, on trouve très peu de choses pour les groupes coréens. Ils ont de bons groupes mais c’est presque impossible de trouver des informations sur eux.

Frédéric (No Sphere) : Je pense qu’ils n’attireraient pas suffisamment de public. Déjà, pour les groupes japonais, le public n’est pas si nombreux que ça. Avec Dir en grey, Free-Will a fait le plus gros score avec 2500 personnes. Si on prend un chanteur de Hong Kong, je suis pas sûr qu’il fasse autant de spectateurs… Ce ne serait pas rentable de toute façon.

Public : Ça reste en effet très communautaire avant de s’étendre au grand public.

Frédéric (No Sphere) : Oui voilà. En plus, imaginez le prix du billet ! Quand on calcule le budget avec les billets d’avion, l’hôtel, etc. On ne peut pas vendre une place à 10 ou 20 euros, ca monte vite à 30, 40, 50, pour Dir en grey par exemple (rires). Donc je suis pas sur que les gens soient près à payer 40 euros pour voir un chanteur de Hong Kong ou de Corée.

Public : Il faudrait faire venir des artistes qui ont déjà une notoriété en France comme Andy Low.

Frédéric (No Sphere) : Oui mais il faut d’abord faire nos preuves avec des petits groupes ou artistes solo. Je ne pense pas que les artistes reconnus viendraient alors qu’ils ne sont pas sûr que ça va marcher. Ils ne savent même pas qu’il y a un marché.

Sae (Soundlicious) : On s’éloigne un peu trop longtemps du sujet. Ici, on travaille surtout pour promouvoir la musique japonaise et ce n’est déjà pas évident. On met déjà beaucoup d’énergie et de cœur dans ce qu’on fait. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’autres artistes intéressants ailleurs : on m’a proposé de produire des artistes du Mali, j’avais envie de le faire mais… Rien qu’avec le Japon, un petit archipel, il y a déjà tellement de choses à faire… Chaque chose en son temps : d’abord poser de bonnes bases, après, je ne suis pas du tout fermée à promouvoir des artistes coréens, sachant qu’ils y a déjà des artistes coréens qui percent au Japon. Il ne faut pas aller trop vite et griller les étapes, sinon on va se prendre un mur et ça serait trop dommage.

Orient-Extrême : Revenons aux concerts. A début, les fans allaient voir un peu tout ce qui se présentait. Maintenant que les concerts se multiplient et que chacun peut espérer voir son favori débarquer, n’y a-t-il pas un risque de voir de plus en plus de salles à moitié vide, du fait du budget non extensible des fans (souvent jeunes et sans réel revenu) ? De voir les gens se concentrer sur les gros artistes ?

Sae (Soundlicious) : En fait, on est encore au début de l’aventure. Au niveau des ventes de CD, on n’a pas atteint notre vitesse de croisière, il n’y a donc pas de risque de saturation du marché, même sur le marché rock où nous travaillons essentiellement, comme d’autres à côté de moi. Sur le hip hop, Soundlicious va sortir un DVD, il y a aussi l’association Catharcis Project qui fait distribuer des imports en France mais c’est encore une goutte d’eau. On ne peut pas parler de saturation alors qu’on n’est pas installé complètement sur le marché.

Julien (Paris Visual Prod.) : Je ne pense pas. Il n’y a pas de "risque la saturation" parce que, comme le dit Sae, on est en train de créer quelque chose. Le vrai risque, c’est que cette création se passe mal, que des gens qui aient entendu dire que la musique japonaise marchait bien organisent un concert en faisant n’importe quoi et qu’on se retrouve avec une mauvaise réputation qui entrave notre développement. Ce développement est en bonne voie, avec comme but d’arriver à un marché segmenté où chacun y trouve son compte : le fan de J-Pop a son concert de J-Pop, le fan de J-Rock a son concert de J-Rock, etc. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’on y arrive si la création se fait correctement. Le vrai danger, c’est de faire n’importe quoi.
Petite remarque supplémentaire : il ne faut pas croire qu’il suffit de faire un concert de musique japonaise pour que ça marche. Tous les succès qu’on a connus sont le fruit d’un long travail en amont. Free-Will, vous n’avez pas fait L’Olympia en vous croisant les doigts juste parce que c’était Dir en grey. Il y a beaucoup de travail derrière. On ne remplit pas un concert comme KOKIA juste parce que c’est de la J-Pop, on a travaillé, créé un marché, on communique via la presse… C’est comme ça que naissent les concerts. Le peu d’argent gagné… c’est le fruit d’un travail largement plus conséquent que la récompense qui est au bout.

Orient-Extrême : Merci pour ces réponses franches. Nous allons finir cet échange en vous permettant de faire vos annonces.

Sae (Soundlicious) : Comme présenté tout à l’heure en bande annonce vidéo, nous sortirons fin mars / début avril le deuxième album édition française de MUCC : Kuchiki no to. Il s’agira une nouvelle fois d’une édition avec un design retravaillé, des paroles traduites (retranscrites en lettres romaines) et il y aura des bonus tracks. A venir pour la même période, le DVD That’s Nip Hop. C’est un projet complètement original : la démarche consistait à emmener un groupe français (des danseurs et des rappeurs) à un événement (le BE BOY PARK) à Tôkyô pour y participer. L’idée est d’inviter le public français connaisseur à suivre ses artistes, voyager avec eux au Japon, découvrez le hip hop japonais et vivre l’événement avec eux. Ça rejoint un peu la démarche par rapport à MUCC : rendre le milieu japonais plus accessible au public français, avec ici un DVD sous-titré et des artistes déjà connus. En plus, les danseurs français ont noué des contacts avec des danseurs nippons, et des échanges se font au niveau des événements : des danseurs japonais viennent à leur tour en France. A ce niveau là, ce projet est une réussite.
A venir aussi, les concerts de MUCC au mois de mai avec trois dates : Bordeaux, Marseille et Paris. Le choix des villes s’est fait en fonction des disponibilités des salles, des autres groupes qui tournent simultanément, et de l’ouverture d’esprit des gens qui tiennent ces salles. MUCC avait très envie de revenir ; ils étaient très contents du concert de l’année dernière.
On a un autre projet hip hop jazzy pour l’été 2006 (NDLR : qui a été présenté en vidéo à la conférence). Le groupe s’appelle suika et mélange hip hop, poésie et jazz avec des percussions, un clavier, deux rappeurs dont un qui joue de la contrebasse… on a trouvé ça très frais et enthousiasmant.

Frédéric (No Sphere) : Nous travaillons avec Soundlicious sur la tournée de MUCC, c’est notre projet principal pour le moment. On a d’autres projets pour la suite mais pour le moment, les efforts se portent sur les trois dates de MUCC.

Xavier (J-Music Distribution) : Pour ceux qui aiment Tomoe Shinohara, le 24 mars, il y a une soirée électro franco-japonaise à l’OPA à Paris. La chanteuse sera accompagnée par DJ Kagami, un très bon DJ de house. D’autres DJ seront aussi présents.

Julien (Paris Visual Prod.) : La nouvelle de la semaine, c’est la séance de dédicaces d’Akino Araï le 25 mars à 16h30 au Hard Rock Café. La chanteuse de Macross+, Lodoss, Please save my earth… se produira le 26 mars à Paris, elle a déjà promis de jouer ses grands génériques.
L’actualité récente, c’est aussi le lancement de la webradio Nozomi, je vous invite à aller écouter. C’est notre petit bébé qui se développe doucement, je pense que vous apprécierez.
On vous a quand même laissé quelques scoops ! Le premier concerne un concert qui sera annoncé prochainement : Animetal le 17 juin 2006. Il s’agit d’une date unique, pas de tournée en Europe. Il feront des reprises metal de tous vos génériques préférés. Deuxième nouvelle, c’est confirmé, Onmyouza revient au mois d’octobre 2006. Ces deux concerts seront annoncés dans les prochains jours.

Jon (Free-Will-Europe) : De notre côté, on a bien sûr le concert de Moi dix Mois le 17 mars à l’Elysée Montmartre, et la tournée française de Kagerou fin avril. Il y a aussi la séance de dédicaces de Moi dix Mois la veille de leur concert au Hard Rock Café (NDLR : les deux représentants de Free-Will se déconcentrent un peu en prenant simultanément la pose "beaux gosses" pour notre photographe).

Renaud (Free-Will-Europe) : On a également Dir en grey qui revient jouer en Allemagne pour quatre dates en mai : deux concerts classiques et deux festivals. Ils vont jouer avec Korn sur la grande scène de Rock Am Ring / Rock Im Park. D’espairsRay revient aussi cet été pour un festival, on essaie de leur trouver des dates en France ; on leur prépare une tournée pour la rentrée. A suivre, un concert de MERRY, on travaille dessus.
Côté CD, le nouvel album de kagerou devrait sortir cet été, avec auparavant un single déjà annoncé pour juin. Ah non… Il n’a peut-être pas été annoncé, je me suis grillé… D’espairsRay prépare aussi un nouvel album, pour une sortie à peu près au même moment que kagerou. Très bientôt, [coll;set] bénéficiera d’une sortie française.



Troisième partie : les questions de la presse et du public

Presse/public : Une question pour Free-Will et Soundlicious : pourquoi Dir en grey et MUCC sont-ils annoncés comme des concerts de visual kei alors qu’ils sont plutôt à ranger dans les catégories metal et rock ?

Renaud (Free-Will-Europe) : On n’a jamais rien annoncé de tel (rires du public). C’est plutôt les média et monsieur tout le monde… Dir en grey n’a jamais été visual. En fait, si… (NDLR : le public commençait à charrier…), uniquement pour leur deux premiers albums, et on en est bientôt au sixième.

Fabrice (Soundlicious) : Concernant MUCC, ils étaient "visual" par leur maquillage à leur début, mais ils n’ont jamais été classés dans le genre "visual". Comme le disait Renaud, c’est un peu le buzz des média qui associe automatiquement rock japonais à visual kei. Pour le concert 2005, on a communiqué sur le "shock rock", leur catégorie revendiquée, un peu à part.

Presse/public : Renaud, tu as fait venir Dir en grey, Kagerou et D’espairsRay, les trois reviennent… C’est bien mais tu n’as pas peur que le public se lasse ?

Renaud (Free-Will-Europe) : Je pourrais faire venir un groupe par mois… Gazette, MUCC… Ah non pas MUCC (rire général), c’est un lapsus révélateur… MERRY, Vidoll… Mais il faut habituer les média avec qui je travaille beaucoup, comme MTV par exemple, sur lequel on passe des clips en ce moment, ou la presse papier. Il faut en quelque sorte éduquer ces média qui n’y connaissent rien en leur enseignant ce qu’est le visual kei, le J-Rock… Pour cela, je préfère m’axer sur trois groupes plutôt que lancer un groupe différent tous les mois. Mon label Free-Will dispose d’une vingtaine de groupe, ce n’est pas pour cela que je vais faire venir les vingt. D’autres groupes viendront plus tard.

Presse/public : Les groupes américains ont les mêmes problèmes de transport et d’hébergement que les Japonais. Pourquoi les billets de vos concerts sont-ils plus chers ?

Cécile (Ongaku France) : C’est tout simple : le groupe américain fait 30 dates en Europe quand le groupe japonais en fait 2 ou 3, au mieux. Ensuite, il suffit de penser à la répartition des coûts…

Presse/public : Pourquoi n’est-il pas possible de faire des tournées plus importantes ?

Cécile (Ongaku France) :
Il faut faire comprendre aux Japonais qu’il y a un potentiel…

Frédéric (No Sphere) : On manque de structure compétente. On essaie de travailler avec des gens qui connaissent le sujet et il y en a peu. Les tourneurs professionnels ne connaissent pas la musique japonaise. On est donc obligé de travailler avec des structures associatives et les Japonais n’acceptent pas forcément de travailler avec des gens qui n’ont jamais fait de concert…

Xavier (J-Music Distribution) : Des labels sont prêts à faire des tournées en passant par des tourneurs européens, par exemple, pour POLYSICS : une version anglaise va sortir et ils feront une tournée européenne avec beaucoup de dates. Si elles ne le sont pas encore, les dates françaises ne vont pas tarder à être annoncées. Passer par un tourneur pour plusieurs dates, c’est possible, mais il faut mettre le prix.

Presse/public : On peut trouver des CD de J-Music à 10 euros, provenant de pays plus "exotiques"… et donc sûrement peu légaux. Qu’en est-il au niveau législatif ? Des démarches vont–elles être entreprises pour enrayer ça ?

Xavier (J-Music Distribution) : J’en ai beaucoup parlé aux labels japonais et eux sont très sensibles au piratage. La législation est un peu floue en Europe où, en effet, on trouve des CD à 9 ou 10 euros. Nous avons rencontré le JETRO, qui aide les entreprises européennes à s’implanter au Japon, et ils nous ont appris qu’un bureau existait en Chine pour lutter contre ce "piratage" (NDLR : cette vente de CD illégale sans licence). A côté de ça, il existe des versions officielles et tout à fait légale des CD et DVD d’artistes japonais, vendues dans le reste de l’Asie (NDLR : dites versions "overseas" et qui coûtent beaucoup moins chères que les versions 100% japonaises), par EMI Hong Kong ou Sony Hong Kong par exemple. Plus généralement, les CD de Chine viennent aussi plus facilement du fait des échanges commerciaux davantage développés entre la Chine et l’Europe. Concrètement, on ne peut rien faire, on peut juste sensibiliser. D’ailleurs, nous comptons le faire : comment reconnaître un vrai CD japonais, quels sont les noms des éditeurs officiels… Après, c’est au consommateur de choisir entre le pirate et l’officiel.
Pour ce qui est de la promotion, en tant que distributeurs, on a contacté beaucoup de revendeurs et la plupart ne connaissent pas du tout le sujet car il n’y a pas de promotion des ventes ; et c’est ce que nous voulons mettre en place. On motive les revendeurs à prendre des références comme Dir en grey, MUCC, en leur envoyant des dossiers de presse et en leur montrant qu’on en parle dans les média. On essaie de les convaincre que c’est la prochaine scène musicale importante qui est en train de se développer au niveau européen.

Presse/public : Dir en grey se produit au Rock Am Ring / Rock Im Park. Le festival n’est-il pas le meilleur moyen de faire découvrir la musique japonaise au grand public ?

Renaud (Free-Will-Europe) : On travaille dans ce sens. On a d’ailleurs kagerou qui jouera prochainement au festival des Artefacts à Strasbourg. C’est un bon moyen en effet pour toucher d’autres personnes que les fans hardcore. Mais ce n’est pas facile, les festivals ont du mal à accepter cette musique. On a proposé Dir en grey aux Eurockéennes et ils n’ont pas aimé.

Public : Et la fête de la musique ?

Renaud (Free-Will-Europe) : Jouer dans la rue ? (rire général) Je ne pense pas que Dir en grey jouerait dans la rue…

Public : Pas forcément Dir en grey, mais d’autres groupes…

Renaud (Free-Will-Europe) : Ce n’est pas évident… Pour en revenir aux festivals français, ils ont un budget assez élevé, mais ont du mal à accepter musicalement les groupes japonais dont nous nous occupons. Inversement, de gros festivals français nous ont proposé de faire venir Dir en grey, contre un très gros chèque, mais le groupe a refusé… on ne peut pas les forcer. Il y a donc aussi une question de volonté.

Cécile (Ongaku France) : La plupart des groupes qui viennent sont à classer dans le genre rock ou metal, et il faut être conscient que les ¾ des gros festivals concernés se déroulent en Allemagne… En France, nos festivals sont un peu trop "généralistes / grand public".

Renaud (Free-Will-Europe) : Le Rock Am Ring est super connu au Japon, ça facilite les choses.

Public : Tout d’abord, un grand merci à vous tous car vous nous permettez de vivre notre passion. Verra-t-on Dir en grey en France au printemps ?

Jon (Free-Will-Europe) : C’est à l’étude. Ils reviendront, mais on ne sait pas encore quand…

Orient-Extrême : Merci à tous d’être venu, et merci en particulier à tous nos invités qui nous ont accordé leur après-midi. A bientôt peut-être…




- Conférence préparée et organisée par toute l’équipe musique d’Orient-Extrême : Eric, Kevin, Gwenaelle et Lorraine.
- Présentation vidéo et DVD authoring : Eric
- Prises de vue photo et vidéo pendant la conférence : Elodie Rivage & Aurelle (special thanks pour son aide précieuse)
- Nous remercions le festival G.A.M.E. in Paris qui a fourni les moyens matériels nécessaires à cette conférence, et tous nos invités pour leur présence et leur participation.
- Toute reproduction ou réutilisation partielle ou totale de ce compte rendu et/ou des photos est strictement interdite.
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