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ayabie WORLD TOUR 2008 : reportage sur le concert parisien du 29 mai 2008 à La Loco

Groupe d’oshare kei par excellence, qui partage désormais ses fans européens avec le phénomène AN CAFE, ayabie est revenu en France après deux ans d’absence et un changement de line-up pour jouer ses derniers albums (Virgin Snow Color, Rikkaboshi et Ecumenical) devant l’un de ses publics favoris, malheureusement clairsemé pour ce concert en semaine et en période d’examen. Pour l’étape française de leur tournée mondiale ayabie WORLD TOUR 2008, les cinq jeunes gens se sont également retrouvés coincés entre les gros calibres du J-rock : L’Arc~en~Ciel, miyavi et le "mirage X JAPAN". Cependant, ayabie ne s’en est pas formalisé et a offert à ses habitués un spectacle, idéal dans l’esprit pour se défouler dans la joie et la bonne humeur, mais moins reluisant dans la forme. Retour dans une Loco à moitié vide pour un concert à l’ambiance débridée mais à la musicalité toute relative.

Quelques 300 à 400 fans, adolescentes en grande majorité, s’entassent devant la scène pour une longue attente (déjà accentuée par un important retard), calme mais torride puisque les jeunes filles se compriment dans l’espoir (qui sera assouvi) de toucher au moins l’un des cinq "choupi" japonais… Ces derniers, issus de la mouvance oshare kei - le visual kei mignon - ont tout de même tendance à devenir plus sobres et moins kitch. Ils ne feront leur apparition qu’après une première partie assurée par les Bordelais de Lyre, trio aux influences "visu" revendiquées.

Tout de noir vêtus, le chanteur-guitariste Ayrton en longue robe gothique, Melvin le batteur et Kazuki le bassiste chauffe le public d’un metal sombre et industriel, à la batterie puissante et à la gratte nerveuse. Difficile pourtant d’apprécier les compos avec le rendu brouillon de la sono, on n’en retiendra d’ailleurs pas un refrain, bien que leur côté bourrin couplé aux chants gutturaux parviennent à faire monter l’ambiance. Le groupe a le plaisir de voir naître un pogo au centre de la fosse, les spectateurs profitent de l’espace libre pour s’exprimer corporellement. Peu de monde, ça a ses avantages ! Le gag du jour revient à Ayrton qui se coince le piercing dans son micro. La pêche a été bonne. Lyre laisse sa place à ayabie vers 21h, sous les hurlements hystériques des fans chaud(e)s comme la braise.



Le set commence sur les chapeaux de roues avec Tsukuyomi, dans une excitation qui ne faiblira pas avant le milieu du concert. C’est devenu une habitude, on déplore aussitôt le son confus de La Loco ainsi que, ce soir, un éclairage douteux parfois agressif (le chamarré jaune, rouge et blanc sur Izayoi Kaze…), sans intention artistique notable et qui ne met pas particulièrement en valeur les artistes. Côté groupe, le bassiste Intetsu tout sourire exhibe son nombril tandis que le guitariste Takehito se la joue rebelle, tel un chat noir balafré snobinard. Le chanteur Aoi reste fidèle à lui-même avec ses petits airs de fillette, plus particulièrement sur Yuukyuu no Ame, Soshite... Ses déhanchés féminins ne sont pas sans rappeler ceux de hyde (L’Arc~en~Ciel), mais ce n’est pas son arme secrète, nous y reviendrons. Le nouveau guitariste et compositeur peroxydé du groupe, le coloré et souriant Yumehito, se transformera pendant le concert : d’abord en retrait, timide à la découverte de la faune française, il se laisse amadouer par les fans qui l’applaudissent et l’appellent par son prénom à tout va ; pour finalement se lâcher complètement lors du rappel et devenir le plus aguicheur de la bande.

Le panel de chansons sélectionnées donne du fil à retordre à un public hyperactif et exubérant, avec de longues suites de titres punchy nettement privilégiés, uniquement entrecoupées de brefs répits, comme l’introduction de Yuukyuu no Ame, Soshite...  Même Hinata, avec ses moments de douceur, voit le public parisien headbanguer et sauter en cadence, à la grande satisfaction d’Aoi qui ne manque pas de rappeler ses fans à l’ordre lorsqu’ils montrent le moindre signe d’essoufflement. Un bon enchaînement de titres dynamiques comme Kirisame, Sendan wa futaba yori kanbashi, last note puis Hoshigaoka, fait monter l’ambiance… et les odeurs ! Il fait chaud à la Locomotive, et pour une fois on regretterait presque l’interdiction de fumer. Car ils sont en nage, les fans d’ayabie. Ils sautent en cadence sur les "JUMPU !" d’Aoi, pendant qu’une vingtaine de sauvageons entretiennent un pogo assez violent au milieu de la piste.



Outre "l’énergie musicale", telle celle du quintet formé par Yubisaki, le tonitruant Ari to Kakuzatou, masquerade, Hoozuki (avec ses rafales de percussions) puis Sanbyou, ayabie harangue ses fans, surtout les filles, en s’aventurant régulièrement sur le devant de la scène. Ils volent de droite à gauche, s’échangent leur place et se laissent caresser le bas des jambes… et plus si affinités. C’est l’intention qui compte, dira-t-on ; ils s’essaieront timidement à quelques mots de français : "Je m’appelle Yumehito", "J’adore la France" ajoute le vocaliste, et "Je mmhbmmm Kenzo. Merci !" bafouille le batteur. Mais, pour faire bouger un public en rythme, rien de mieux que la parapara ! Ces petites chorégraphies des bras, spécialités japonaises exécutées avec une précision militaire dans l’archipel, pourraient paraître ridicules au néophyte de prime abord. On pourrait ainsi rester bouche bée devant Aoi en train de jouer au pistolero (comme sur Sendan wa futaba yori kanbashi) ou pouffer de rire devant ce qui ressemble à une reprise du Tourner les serviettes de Patrick Sébastien lorsqu’il agite son foulard dans un mouvement ample et souple du bras gauche (sur Izayoi Kaze, Aoi devait probablement mimer le vent…) ; un exercice de style évidemment imité par un public attentif. Plus qu’en 2006, la parapara s’empare de la foule et fait ressortir l’instinct grégaire de l’humain qui, suivant le troupeau, copiera tous les mouvements de son mieux. Il en ressort de jolis tableaux, les spectateurs allant jusqu’à se tourner sur la droite puis sur la gauche pour suivre le chanteur lors de sa séquence d’aérobic façon Véronique et Davina. On n’aurait pas mieux fait avec une Macaréna. Bref, la parapara ajoute une touche délirante à l’ambiance véritablement au rendez-vous, ce qui n’est pas pour déplaire. D’ailleurs, cette folle atmosphère fait diversion sur un bilan nettement moins joyeux pour le mélomane.



Si les compositions sont devenues beaucoup plus matures et moins brouillonnes qu’à l’époque de Ryohei "la blonde", la technique musicale d’ayabie ne s’est malheureusement pas franchement améliorée. Mieux structurés, les nouveaux titres pâtissent d’un charisme moindre et, passés au broyeur de la sono, il n’en reste plus grande chose. La différence s’exprime clairement sur CD, alors que le concert ne doit compter que sur l’enthousiasme du quintet et sur la rythmique pour tenter de dissimiler le brouhaha permanent… une soupe qui semble néanmoins suffire pour régaler un public peu exigeant. Si le jeu du bassiste et du batteur sont louables, les deux guitaristes - dont les solos sont loin d’être transcendants - ne prouvent rien à part une bonne entente (rappelons que Yumehito a intégré ayabie il y a quelques mois). Aoi chante quant à lui de façon plus claire et lissée qu’en 2006, conséquence probable de créations moins braillardes. Son chant restait un peu enfoui sous le jeu des musiciens lors des premiers morceaux mais il finit par reprendre le dessus. En résumé, on retiendra musicalement surtout la performance de Kenzo, à l’efficacité décapante derrière sa batterie. Dommage tout de même que le temps ait manqué pour l’interprétation d’une reprise de X JAPAN ou de LUNA SEA inscrite sur la setlist…



Spectacle à ne servir qu’à des fans, le concert d’ayabie a tout misé sur la gaieté et l’enthousiasme pour occulter les aspects musicaux et techniques pas vraiment maîtrisés… handicapés par une sono moribonde. Le groupe surfe sur la vague visual kei et joue de son charme nippon pour ensorceler les jeunes adolescentes. Un contenu modeste suffisant pour le moment, le public passionné et déchaîné ne le contredira pas ; mais cette offre légère a ses limites, celle de la concurrence d’autres formations plus habiles, talentueuses ou mélodiques. Il suffit ici de se référer au remplissage de la salle, pas aussi critique qu’on aurait pu le craindre pour les organisateurs de J-Music LIVE, mais suffisamment faible pour comprendre que les favoris du public français sont ailleurs. Si le concert de ce soir a permis de passer un bon moment, il ne restera pas dans les annales. La balle est dans le camp d’ayabie ; à eux de personnaliser leur base musicale, de la consolider… On espère vers une musique plus puissante et prenante, si tant est qu’un tel objectif est à leur portée.

Gwenaelle Durand


Setlist :
-SE-
01 - Tsukuyomi
02 - Cubic[L/R]ock
03 - Izayoi Kaze
04 - Kirisame
-MC-

05 - Sendan wa futaba yori kanbashi
06 -
last note
-MC-

07 - Hoshigaok
a
08 - Yuukyuu no Ame, Soshite...
09 - Yubisaki
-MC-

10 - Ari to Kakuzatou
11 - masquerade
12 - Hoozuki
13 - Sanbyou
-MC-

14 - Hinata
15 - TheMe
-Encore-
16 - Browny
17 - Shine
-MC-

18 - Sleet Eve
19 - Kimi no Koe to Yakusoku





A lire également :
- l’interview d’ayabie à la sortie de ce concert parisien
- interview et reportage ayabie en concert à Paris le 16 juin 2006

Photos live © Eric Oudelet / Orient-Extrême (copie interdite)
Visuel bannière © ayabie
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