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miyavi WORLD TOUR 2008 : reportage à L'Olympia le 6 juillet 2008

Après les États-unis et l'Amérique du Sud, miyavi achève son circuit européen à Paris avant de poursuivre son marathonien THIZ IZ THE JAPANESE KABUKI ROCK TOUR 2008 en Asie. Au lendemain d’un échauffement promotionnel composé d’un showcase devant 15.000 spectateurs, d’une conférence publique et de nombreuses interviews au festival JAPAN EXPO, l’artiste retrouve sa troupe des Kavki Boiz presque au complet pour un vrai show devant près de 2.500 fans. L’Olympia est évidemment comble depuis des semaines pour recevoir le rockeur poseur japonais le plus populaire dans notre pays, lui qui reste -précision toujours utile- méconnu de ses compatriotes. On pourrait penser miyavi fatigué, mais le samurai urbain au style unique (mixant rock, musique traditionnelle japonaise, hip-hop et funk) pourfend les craintes. Le spectacle mise tout sur le charisme de sa star épaulée de ses performers, et fait la part belle à la rythmique au détriment de la mélodie, tout en réservant son lot de surprises et d'émotions, mêlant tour à tour euphorie, joie et communion intense entre un artiste généreux et son public… très féminin.

C'est par un dimanche ensoleillé mais quelque peu venteux que les fans, adolescentes en grande majorité, se sont amassés devant L'Olympia. Certaines ont dormi devant, d'autres sont arrivées par le premier métro du matin dans l'espoir d'être au plus près de leur idole. Quelques-unes ne tiennent pas jusque là et s’effondrent peu avant l'ouverture ; comme quoi, attendre depuis la veille en mangeant peu n'est pas vraiment malin, surtout après d’éprouvantes journées à JAPAN EXPO… L'un des spectateurs connaît son petit quart d'heure de gloire sur le trottoir en jouant à la guitare Requiem ou Are you ready to ROCK ?. Autour, beaucoup de passants s'interrogent sur cette file lookée et maquillée qui s’étire sur des dizaines de mètres au fil des heures, canalisée par un dispositif de sécurité renforcé aux abords de la salle. Par cette gestion lente à l'entrée tardive, beaucoup n'auront même pas eu le temps de voir la première partie assurée par le groupe punk Dead Sexy Inc, trois jours après son flop à JAPAN EXPO.



Cette formation française chauffe la salle à peine remplie au tiers, écourtant la longue attente des premiers arrivés, pas mécontents de l’affaire. Quant aux autres, ils n’auront rien vu et personne ne s’en plaindra… C'est donc devant un public clairsemé et pas forcément réactif que le groupe de Frenchies chantant "all in english" fait son show, qui semble extrêmement surjoué : ça saute et ça se roule par terre, en essayant d’adopter un style old school à la Mick Jagger, mais avec beaucoup de fausses notes. Le plus surprenant reste la présence du dessinateur chinois Lu Ming. Celui-ci, de passage en France pour JAPAN EXPO, démontre aux côtés des Dead Sexy Inc ses talents de guitariste. La sauce ne prendra jamais vraiment, malgré quelques compositions plutôt bonnes et la sympathique alternance des chanteurs et guitaristes.

Tous, et surtout toutes, n’avaient d’yeux que pour le beau gosse miyavi, et le grand bridé piercé et tressé effectue comme à son habitude une entrée androgynique soigneusement mise en scène, ambiance geishas… Sorti de l’obscurité des coulisses, miyavi s’avance à petits pas sur une musique traditionnelle, paré d’un costume à mi chemin entre kimono et "mode urbaine", le visage dissimulé derrière une ombrelle. Avec un éventail, il se cache derrière un voile blanc milieu des planches, où il danse en ombre chinoise. Soudain, le voile tombe et miyavi apparaît enfin au grand jour, volant à travers les pétales que lancent deux Kavki Boiz : Saro, le danseur de claquettes, et Dag, le nouveau human beat box. Chanteur et guitariste à la fois, miyavi court sur la scène et le concert débute sur les chapeaux de roues !



Sur JPN PRIDE, l'excitation de la foule est presque palpable, une excitation et une énergie qui vont aller crescendo tout au long de la setlist. Après avoir enchaîné rapidement Kabuki danshi et Coin lockers baby, miyavi lance Ossan ossan ore nanbo à l'aide d'un mégaphone. Ce titre de la période indies réjouit les fans de la première heure, qui scandent "ossan ossan ore nanbo" en chœur. S’il paraîtrait facile d’attraper la grosse tête devant un public si amouraché, le clown miyavi reste accessible et proche de ses fans (même, et surtout, lorsqu’il escalade la sono) qui le lui rendent bien. Quand il s'adresse à L’Olympia dans un anglais quasi parfait, le tout avec une petite touche de français, des papiers de remerciement surgissent de partout avec l’inscription "Kitekurete arigato" ("Merci d'être venu", voir la photo au bas de cette page). Ravis de constater une telle implication au spectacle, le guitariste affirme sa fierté de pouvoir offrir un tel show en tant qu'artiste japonais.

La diversité musicale et la mise en scène constituent les deux points forts de ses spectacles. Pas besoin de décors grandiloquents, il suffit à miyavi d’un battle guitare/claquettes avec Saro ou d'un duo beat box avec Teddy Loid pour créer la sensation. D'ailleurs, comme au showcase de JAPAN EXPO, le jeune DJ Teddy Loid remplace TYKO (absent de la tournée européenne) en bruitant à la bouche les mouvements du samurai devenu mime-robot… et qui finit son sketch par un semi grand écart sous les yeux ébahis des fans. miyavi aime chauffer et exciter son public, il lui suffit de prononcer "Funkey Monkey" de façon suggestive pour que la gent féminine hurle de jouissance. En la matière, les filles sont gâtées par miyavi toute la soirée : entre déhanchés sexy et main dans le pantalon, le quota de fan-service a été plus que rempli ! L’impétueux miyavi ose même se jeter dans la fosse pour un bain de foule sauvage et humide dans un premier rang déchainé. En voilà au moins un qui assume jusqu’au bout, sans craindre le contact.



Tous ces numéros visuels bien rôdés détournent cependant l’attention, avec plus ou moins de succès selon les exigences et les hormones de chacun, sur la piètre interprétation musicale et vocale, pourtant régulièrement épaulée par des séquences playback. A enchainer les pitreries et dans sa quête de la pose la plus cool, l’artiste en oublie souvent de gratter son instrument avec application, ou ne parvient pas à chanter à la hauteur adéquate, assassinant les semblants de mélodies devenues trop délayées ou écorchées pour espérer convaincre les curieux et sceptiques. Des rythmes taillés à la serpe, un mini festival de numéros, mais un rendu global brouillon peu abordable (et la sono n’y est pour rien)… sauf durant l’entracte musicale d’un quart d’heure assurée par le DJ ! Après BOOM-HAH-BOOM-HA-HA, 21st Century Tokyo Blues et le hit Hi no hikari sae todokanai kon basho de que miyavi a composé avec SUGIZO de LUNA SEA (un groupe rock qui a connu la gloire il y a quelques années), Teddy Loid chauffe à lui tout seul L’Olympia avec un rafraichissant mix, rondement mené et orienté clubbing, de certains tubes de miyavi. Pour ne rien gâcher, son jeune âge (18 ans) et son physique de beau gosse choupi à la Johnny's font briller les yeux des midinettes qui hurlent son nom.

Les différents artistes présents sur scène, certains voyageant pour la première fois en France, manifestent leur plaisir d'être là. On retient le permanent et généreux sourire de Saro et la joie de Dag face aux réponses spontanées à ses sollicitations. Seuls le bassiste Hige-chang et le batteur Ryô restent trop effacés. Saro et Dag, devenant momentanément professeurs de chorégraphie, sont ainsi impressionnés par l’assiduité des spectateurs, beaucoup semblant déjà connaître les "codes" par avance. Car après le mix du DJ, miyavi et les autres Kavki boiz sont revenus pour les quatre dernières chansons avant les rappels, à commencer par ROCK no gyakushu -Super Star no Jouken- et son joli solo de guitare, suivi de trois titres riches d’interactions avec l’auditoire : Ahou sai -AHO matsuri-, Shouri no V-ROCK (et ses fameuses serviettes à tourner) et le puissant Are you Ready to ROCK ? aux violents headbangs, que miyavi fait durer une bonne douzaine de minutes tant le plaisir partagé est grand (un prolongation que le guitariste n’accorde qu’en cas de folie générale).



Après la fausse fin (une pause que le beat box Dag clôt d’un petit jeu), il faut de nouveau batailler dans la fosse pour surnager au milieu des flots humains, arrosés par un service de sécurité aux abois. C’est le cirque à l’instar du clip et les ballons colorés sont lâchés pour Subarashiki kana, kono sekai -WHAT A WONDERFUL WORLD-. Hélas pas assez prestement distribués ni en assez grand nombre pour produire l’effet escompté, ils disparaissent aussi vite explosés, abandonnés dans des recoins, ou jalousement capturés par des fans collectionneurs… On voit là les limite d’un concert européen qui aurait aimer tutoyer ses équivalents nippons, mais qui échoue logiquement par manque de moyens ; d’où l’absence d’équipe vidéo pour un quelconque DVD.

Toujours très communicatif dans un esprit de partage, miyavi discourt de façon assez  émouvante sur les rêves auxquels il faudrait toujours croire ; c’est cette obstination à les poursuivre qui l’aurait amené ici. Que de bonnes intentions et de bons sentiments… De plus en plus de fans réclament la chanson Itoshii Hito, et miyavi, taquin, les fait languir un peu avant d’accepter la requête, comme il l’a fait pour Freedom Fighters à Cologne et Amsterdam. Les fans européens capricieux ? Cette audace leur permet néanmoins de profiter ce soir d’une ballade non prévue ; de la douceur plutôt bienvenue dans une sélection très mouvementée. miyavi s'installe seul avec sa guitare, et joue les deux premiers couplets de Itoshii Hito devant un public attentif et respectueux. Un moment de partage très émouvant où chacun chantait, tout en retenu et en tapant des mains en suivant le rythme tapoté sur la guitare. Une atmosphère et des émotions de courte durée puisque, si l’on aurait presque pu s’arrêter là, un final explosif était prévu dans la lignée du reste de la setlist.

"I love you guys" lance Sakihokoru Hana no you ni -Neo Visualizm- qui met une dernière fois le feu à L'Olympia. Saro lance quelques pétales dans la fosse en tentant d’imiter les canons des lives à gros budget ; en observateur, on ne peut s’empêcher de sourire devant cette bonne volonté qui flirte avec l’amateurisme. Lorsque les dernières notes retentissent, les Kavki boiz quittent la scène, laissant miyavi seul sur les planches. Il les quitte à regret en criant un grand "I love you, Paris !"



Les fans, comblés par l’énergie de leur idole au sens aiguisé du fan-service, l’exotisme de son style novateur empruntant aux arts urbains et traditionnels (une voie réellement passionnante de perspectives), et par le show de la troupe Kavki Boiz, affirment avoir vécu à L’Olympia l’un des meilleurs concerts de leur vie. On comprendra cet engouement, voire cet aveuglement naturel, sans pour autant se voiler la face sur les artifices qui ont couvert une prestation vocale laborieuse de miyavi, pas très appliqué sur ces aspects purement musicaux et beaucoup plus prompt à s’amuser et à poser devant des regards émerveillés. Un bon show européen pour le samurai du J-rock, nettement plus abouti que la démo de JAPAN EXPO, mais qui reste loin du modèle L’Arc~en~Ciel au ZENITH, incomparablement plus merveilleux et mieux maîtrisé à tous niveaux. On pourra également regretter l'absence de quelques performers comme le peintre YORKE et le cruel déficit en ballades (la seule aura été demandée par le public !) qui auraient donné un vrai rythme à ce concert trop monocorde. miyavi a cependant prouvé qu'il était un infatigable showman et un musicien capable de tenir son live de bout en bout en donnant un sentiment d’improvisation, de naturel, à l’opposé d’une préparation froide et mécanique. miyavi reste un artiste chaleureux et communicatif, proche de ses fans (jusqu’à ceux de la mezzanine qu’il a tenté d’approcher au plus près) en n’ayant pas peur de se jeter dans leurs bras dans l'euphorie du moment. Fort de ce succès, il ne serait pas étonnant de revoir rapidement miyavi dans une salle parisienne, avec peut-être de nouvelles surprises.

Julie Carvalho





Setlist :
01 - JPN PRIDE
02 - Kabuki danshi -KAVKI BOIZ-
03 - Coin lockers baby
04 - Ossan ossan ore nanbo
-MC-
05 - TAP BATTLE ~ HOW TO LOVE
06 - Kimi ni FUNKY MONKEY VIBRATION ~ BEAT BOX JAM
07 - BOOM-HAH-BOOM-HAH-HAH
08 - 21st Century Tokyo Blues
-MC-
09 - Hi no hikari sae todokanai kon basho de feat. SUGIZO

10 - DJ TIME / MYV Greatest Hits
- Ippiki ookami ron
- 2 be wiz U
- Dear my Friend
- Señor Señora Señorita

11 - ROCK no gyakushu -Super Star no Jouken-
12 - Ahou sai -AHO matsuri-
13 - Shouri no V-ROCK
14 - Are you ready to ROCK ?

- ENCORE -
EN-1 - Subarashiki kana, kono sekai -WHAT A WONDERFUL WORLD-
EN-2 - Itoshii Hito
EN-3 - Sakihokoru Hana no you ni -Neo Visualizm-



Photos extérieures : Julie Carvalho
Photos live : AIMEJI et PS COMPANY
Remerciements : J-Music LIVE

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