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Kagrra, : interview et reportage sur le concert du 24 août 2008 à Paris

Inédit en France, Kagrra, faisait partie des derniers groupes de rock visuel nippons expérimentés et un minimum populaires à n’avoir jamais joué notre pays, alors que les États-Unis et l’Allemagne l’avaient accueilli lors de festivals en 2007. J-Music LIVE répare cette injustice ce 24 août 2008 et, malgré un concert parisien organisé en pleines vacances estivales, La Loco aux trois quarts pleine, recolorée d’une ribambelle d’éventails, bouillonne d’effervescence !

Inspiré du Japon traditionnel, l’univers musical et graphique de Kagrra, peut renvoyer à une autre formation japonaise davantage "metaleuse" :
ONMYO-ZA. Le rock light et le look plus fin (voire légèrement efféminé) des cinq garçons a cependant séduit un public français beaucoup plus jeune et féminin. Autre particularité de Kagrra, : le guitariste Shin joue du koto sur scène, un instrument ancien et typique dont le rendu rappelle la harpe, et qui apporte une touche d’originalité indispensable à une musique somme toute banale dans le genre sans ces sonorités purement asiatiques.



Dimanche 24 août, Paris accueille donc la dernière date d’une première tournée européenne passant par la Suède, la Finlande, les Pays-Bas, l’Allemagne et la France ;  une tournée réussie selon les artistes, mais entachée de deux annulations, à Londres puis Barcelone, probablement faute de ventes suffisantes. Kagrra, n’est pas un cador du J-rock, même auprès de la niche européenne, mais dispose tout de même d’une petite fanbase non négligeable. Associé au "phénomène visual kei" que les media généralistes lient maladroitement à Tokio Hotel, environ 600 spectateurs garnissent la Loco, frétillante dans l’agitation des éventails (aussi jolis qu’élevé était leur prix…). Closer, groupe hexagonal d’influence visual kei, confirme en première partie
les espoirs placés en lui. Selon les titres, son metal puissant rappelle tantôt Dir en grey période VULGAR pour les uns, tantôt la bestialité d’un Cradle of Filth pour les autres… Une force de frappe qui divise l’auditoire, dont une part préfère sûrement les miaulements des minets bridés.



Tout rentre dans l’ordre à l’entrée de Kagrra, : de la grâce, de la douceur… mais point trop n’en faut, c’est un concert rock ! La danse des éventails sur KOTODAMA ou sur shigatsu tsuitachi, selon la chorégraphie dictée par le souriant chanteur Isshi (le public très assidu et synchrone dans les parapara deviendrait-il de plus en plus japonais au fil des concerts ?…), laisse plus tard la place à une excitation plus "primaire" sur sai issue du dernier album Core, pour ne citer qu’elle. Contrairement à certains poseurs autosuffisants (pour ne pas dire feignants ou dédaigneux), le chanteur ainsi que les trois gratteux mettent suffisamment à profit l’espace scénique pour communiquer physiquement avec leur public, à coups de clins d’œil, de tirages de langues et d’autres expressions complices. Le bassiste Nao remporte probablement la médaille d’or dans cette discipline. Nettement moins metal qu’ONMYO-ZA, et même moins traditionnel dans ses costumes actuels, Kagrra, insuffle néanmoins une forte identité nipponne à sa musique, évidemment grâce à Shin qui délaisse sa guitare de temps à autre pour pincer les cordes de son koto. Le balai des doigts sur cet instrument ancestral fascine ; l’une des grandes attractions de ce concert à coup sûr ! La performance d’Isshi laissera probablement de marbre les esthètes ; ici bas, on se satisfait pleinement de ses joviales et placides jérémiades.

Kagrra, joue à deux reprises son nouveau titre UZU, à paraître en single courant septembre. Découvert sur le site officiel, UZU produit l’effet escompté et tient ses promesses : une mélodie efficace, un refrain marquant, l’accent traditionnel omniprésent… Une réussite qui sera reprise durant les rappels, tout comme le hit Kotodoma. Le concert s’achève comme de coutume dans l’archipel sur SAKURA MAICHIRU ANO OKA DE, que le public finit par chanter d’une seule voix et a cappella. Probablement l’instant le plus marquant de la soirée sur le plan émotionnel… avec le sympathique gâteau d’anniversaire porté sur scène à l’attention du guitariste Akiya.



Si la musique de Kagrra, ne déplace pas les montagnes en dépits de quelques compositions réellement attirantes et d’une identité affirmée, l’implication des cinq artistes fait plaisir à voir à l’heure où les habitués des scènes européennes jouent la facilité (déjà blasés ?). Une excellente ambiance, une affluence plus qu’honnête en cette période de l’année, un show maîtrisé, mélodique, dynamique (davantage que prévu ?) et servi par une sono - certes poussive - mais dans un bon jour… Autant d’éléments positifs à mettre au crédit d’un concert rondement mené. Pas transcendant certes ; très convainquant pour les amateurs du genre, assurément !

Eric Oudelet


Setlist :
01 - MIYAKO
02 - KOTODAMA
03 - shigatsu tsuitachi
04 - guilty
05 - sai
06 - Kamikaze
07 - UZU
08 - irodori no sanka
09 - UTAKATA
10 - nue no naku koro
11 - Yousai
12 - GENEI NO KATACHI
13 - shin*hyakkiyakou
14 - boukyaku no hate no kogoeta kodoku
15 - UREI
-Encore-
16 - UZU
17 - KOTODAMA
18 - SAKURA MAICHIRU ANO OKA DE








Interview de Kagrra, le 24 août 2008 après-midi à Paris

Juste avant leur prestation, les cinq membres de Kagrra, enchaînaient les interviews avec les media français. Après une rapide présentation individuelle, place aux questions dans une ambiance détendue malgré le timing serré.

Orient-Extrême : D’où est venu votre attrait pour le Japon ancien qui constitue une part de l’identité de Kagrra, ?
Shin (guitare/koto) : Notre production s’inspire de la musique classique japonaise mais également de l’ensemble de notre vécu quotidien au Japon.

Orient-Extrême : En comparant vos costumes les plus récents à ceux de vos débuts (longs kimonos par exemple, etc.), on dirait que le look de Kagrra, se modernise, parallèlement à votre exportation. Est-ce juste une impression ou y a-t-il une volonté dans ce sens ?
Shin :
Il n’y a pas de parti pris volontaire allant dans cette direction. A chaque nouvelle création musicale, on réfléchit au style vestimentaire le plus pertinent à y associer. Ces costumes sont toujours basés sur l’art japonais, en respectant nos racines culturelles, mais on les adapte aux musiques en débattant tous ensemble. Il se peut très bien que nous portions des vêtements complètement extravagants la prochaine fois ; on ne sait pas encore, mais c’est tout à fait possible !

Orient-Extrême : Quels souvenirs gardez-vous de votre participation aux festivals J-Rock Revolution (USA) et  J-Rock Invasion (Allemagne) courant 2007 ?
Isshi (chant) :
Ces événements étaient excellents et absolument capitaux pour nous. Nous ne sommes pas encore retournés aux USA, mais ce qui s’est passé en Allemagne l’an dernier nous a confirmé à 100% l’idée que nous nous faisions de la suite de notre carrière, qui nous a amenés ici. Ces événements sont parmi les plus importants de toute l’histoire de Kagrra,.

Orient-Extrême : Est-ce que ces premières expériences en Occident vous ont appris des choses pour mieux combler les Européens lors de cette première tournée qui passe par Paris ?
Isshi réfléchit un instant :
La différence avec le Japon n’est pas tant dans la façon de jouer, qui reste globalement identique, mais plutôt dans les possibilités sonores limitées de ces concerts européens. Nous avons appris à faire des shows plus "compacts", concentrés, avec des moyens réduits. Chaque concert nous laisse des sentiments différents du fait des rendus divergents.

Orient-Extrême : Quel est votre bilan provisoire de cette tournée européenne ? Est-ce qu’un des concerts vous a particulièrement marqués ?
Izumi (batterie) :
Toutes les dates étaient réussies.

Orient-Extrême : Que représente pour vous le marché européen ? Était-ce un objectif d'y faire des concerts et d'y vendre des CD, ou est-ce plutôt pour le fun ?
La question fait sourire Shin.
Izumi : A notre niveau, en tant que musiciens, c’est par plaisir, par goût du défi et par curiosité vis-à-vis du public européen. Cette première tournée est une sorte d’aventure pleine de découvertes, et l’aspect commercial est relégué très loin derrière.

Orient-Extrême : Cette tournée européenne vous a-t-elle laissé le temps de faire du tourisme ou de mettre à profit ce déplacement "exotique" dans un photoshooting ou dans le tournage de séquences pour un éventuel DVD ?
Isshi répond négativement de la tête, exprimant un certain regret.
Shin : Il n’y a absolument aucun autre projet autour de la tournée : pas de DVD, rien !
Akiya (guitare) : On a eu le temps de faire un peu de tourisme en Allemagne, mais nous n’avons vu les autres pays que par les fenêtres du car dans lequel nous voyageons.

Orient-Extrême : Les couvertures de certains de vos disques (dont le nouveau UZU qui sort le 10 septembre) sont des illustrations au style graphique immédiatement indentifiable. Rien qu’en les voyant, on devine qu’il s’agit d’un produit Kagrra,. C’est une association très forte ! Pouvez-vous nous présenter son auteur et nous dire comment vous l'avez rencontré ?
Izumi :
Notre groupe travaille régulièrement avec M. Kozawa, qui nous a un jour présenté Fukaya Yuichiro. C’est un illustrateur très talentueux, et il a en effet travaillé sur le dernier single. On est très contents de lui !
Orient-Extrême : M. Kozawa tient-il le rôle de directeur artistique pour Kagrra, ?
Akiya :
On ne peut pas vraiment considérer M. Kozawa comme notre directeur artistique puisque c’est nous cinq qui élaborons les concepts liés au groupe et les faisons évoluer. Il en va de même pour les illustrations des disques.
Izumi : M. Kozawa exécute en quelque sorte nos souhaits en respectant nos décisions. Il s’agit donc plutôt d’une collaboration.

Orient-Extrême : L’écriture romaine de votre nom intrigue… Pourquoi cette virgule ?
Isshi :
Lorsque nous nous sommes décidés sur le nom du groupe, nous avons rencontré un spécialiste du Feng Shui (art chinois qui consiste à équilibrer l’énergie des lieux, par exemple avec une certaine disposition des fenêtres ou des meubles dans les habitations ou les bureaux, pour favoriser l’harmonie, le bien-être, le bonheur, la réussite…). Au Japon, notre écriture est basée sur les idéogrammes chinois avec un nombre bien précis et une organisation importante des traits. Notre spécialiste du Feng Shui nous a dit que l’écriture de Kagrra, nécessitait la présence indispensable d’un trait supplémentaire. Il s’agit de cosmologie… et ce trait est censé nous apporter plus d’énergie. Nous avons cherché comment le matérialiser concrétement, en abandonnant évidemment très vite l’idée d’ajouter une syllabe pour choisir la virgule. Elle ressemble à un magatama, ornement "magique" et symbolique de "la vérité dans l’âme" (littéralement), qui est très important dans l’antiquité japonaise.

Orient-Extrême : Shin, vous jouez du koto, un instrument traditionnel japonais à cordes pincées qui constitue l’une des originalités de Kagrra,. Depuis quand ? Où avez-vous appris ?
Shin rit :
Je connaissais l’instrument depuis longtemps, mais j’ai vraiment été attiré par le son il y a trois ou quatre ans en écoutant un CD de koto. A ce moment, j’ai décidé d’intégrer sa sonorité au rock de Kagrra, et j’ai pris contact avec le musicien qui a enregistré le CD. Il m’a enseigné les bases du koto. C’est ainsi que j’ai débuté.
Orient-Extrême : Est-ce difficile ?
Shin :
Non, pour moi, aucune difficulté !

Orient-Extrême : Merci et bon concert à tous.
Kagrra, :
"Merci !"






Interview réalisée par Eric Oudelet
Photos : Alice & Peter Punk et Eric Oudelet
Reproduction/réutilisation des photos, du reportages et/ou de l’interview strictement interdite.
Remerciements : J-Music LIVE, R:ID et Emiko pour la traduction



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