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Moi dix Mois ~European Tour 2006~ Beyond the Gate : reportage sur le concert parisien

L’un des plus gros concerts français de metal gothique japonais s’est tenu le 17 mars dernier à l’Élysée Montmartre : Moi dix Mois, le plus célèbre groupe de visual kei(1) en activité, y faisait son grand come back après un excellent premier live parisien à guichet fermé en 2005. Cette année, l’engouement massif et l’hystérie collective de la "première fois" ont laissé place à une forme d’appréhension : trois membres du groupe sur cinq ont été remplacés et le nouveau mini album fut une déception (peut-être bouclé dans la précipitation pour accompagner le buzz de la tournée…). La nouvelle formation est-elle prête à monter sur scène ? Le concert a-t-il su effacer ou confirmer les craintes ? Retour sur un événement pour le moins attendu, précédé la veille d’une séance de dédicace bancale et annonciatrice.




Quelle n’est pas notre surprise en arrivant au Hard Rock Café ce jeudi 16 mars… Une heure avant le début des dédicaces (selon le programme), seule une cinquantaine de pèlerins costumés fait la queue pour rencontrer Mana-sama (le leader de Moi dix Mois étant en effet le seul à apparaître dans ces rares rendez-vous publics extra-concert). La lutte contre le CPE, les études ou le boulot sont-ils devenus plus importants pour les fans que de voir, d’approcher ou même de toucher leur prophète !? Il faut croire que les temps changent… Moi dix Mois et Mana ne soulèveraient plus autant d’enthousiasme, au point d’attirer une foule aussi "impressionnante" que celle venue en début d’année pour un petit groupe comme deadman (qui porte bien son nom à l’heure qu’il est…). Toujours est-il que, malgré le retard astronomique pris par l’organisation (Mana a pu admirer Paris tranquillement depuis sa voiture, bloquée dans les multiples bouchons dus aux défilés de grévistes), malgré l’accueil plus ou moins aimable du personnel du Hard Rock Café (au moins, ils font patienter la foule au chaud pendant l’heure et demi de retard), 169 personnes exactement peuvent enfin rencontrer subrepticement un Mana généreux, distribuant une poignée de main ou un tout petit mot (et oui, Mana parle, il tient à le faire savoir son public). A la sortie, séquence émotions : les fans les plus sensibles pleurent à chaudes larmes pendant (au moins) des dizaines de minutes, c’est le Mana effect… Même leurs fidèles nounours kawaii ne réussissent pas à réconforter les petites sweet lolita. Tout ceci n’efface pas la surprenante faible affluence et l’absence totale de folie autour de l’événement. Après le pétard mouillé du nouveau mini-album, la tournée ne démarre pas sous les meilleurs hospices…



Le lendemain, scénario un peu similaire, les spectateurs sont tout de même plus nombreux devant l’Élysée Montmartre, étonnant au passage riverains et touristes médusés par leurs "tenues de soirée" ; mais point d’effervescence : une heure avant l’ouverture, la foule n’est pas aussi dense qu’escomptée, le public arrive petit à petit, parfois à la dernière minute, sans excitation. L’atmosphère bouillonnante du premier concert n’est donc plus qu’un lointain souvenir. On remarque que la gent masculine se fait de plus en plus présente (faisant presque jeu égal avec les filles), tout comme les amateurs de metal européen si l’on en juge à la multiplication des t-shirts Cradle of Filth et autre Dimmu Borgir. Le visual kei, et plus généralement le metal japonais, se démocratisent petit à petit. Finalement, quelques 800 personnes (un peu moins qu’en 2005), se bousculent au moment de rentrer, "file" d’attente inexistante oblige. Tout ce petit monde s’engouffre dans un joyeux bazar à l’intérieur de ce que l’on peut considérer comme l’une des meilleures salles parisiennes pour un concert de metal. Les groupies, fans acharnés et amateurs de shows visuels s’entassent au front ; tandis que le reste du public profite du large espace vide restant pour prendre leurs aises (salle à moitié remplie). La scène est grande, la décoration parait d’autant plus sommaire (le seul grand drapeau Moi dis Mois à l’arrière) ; dans ces conditions, le quintet devra se transcender. C’est alors que les ténèbres nous étreignent, la mélodie de The other side in blood fait monter doucement la pression et, dans la pénombre, les musiciens se glissent à leur poste… sous des applaudissements et cris timorés. Décidément…



Visuellement, peu de surprise, on retrouve un groupe au look gothique où noirceur, vinyl et cuir dominent. Le côté "éphéminé" se fait vraiment de moins en moins présent : seul Mana reste fidèle à une certaine androgynie. Du haut de ses moonboots de 15 cm, le nouveau chanteur Seth vient surplomber le premier rang et crie dans son micro customisé en mégaphone démoniaque. Son masque de lanières lui couvre une partie du visage, lui donnant une forte personnalité graphique. Sa façon de se mouvoir sur scène, telle un serpent, renforce les soupçons quant à son identité passée : Seth semble bien être Seiji, ancien chanteur du groupe Amadeus. Les deux guitaristes, Mana et K, assurent leurs numéros habituels : geste amples et voluptueux, regard impassible pour l’un ; puissance et stature imposante, attitude arrogante et regard assassin pour l’autre (mais sa crête aplatie le rend moins effrayant). Ce trio charismatique régnera sur l’avant de la scène durant la quasi-totalité du concert, ne laissant Sugiya (le nouveau et apparemment jeune bassiste) approcher du public que de courts instants pour nous dévoiler une déclinaison sobre et classe de l’univers costumé de Moi dix Mois. D’un point de vue prestation scénique et avec un univers aussi fort, le spectacle est plutôt réussi pour qui découvre le groupe. Cependant, on a connu Moi dix Mois plus expressif et démonstratif à la Locomotive. En comparaison, le concert 2006 s’apparente plutôt à une application stricte et mécanique d’un show paramétré, sans aucune imagination ou improvisation, sans envie, sans grande passion. Le public n’est d’ailleurs pas dupe. Certains lui reprochent d’avoir manqué de fougue et d’énergie… Mais comment s’exciter devant un groupe jouant en mode économique et qui, en sus, enchaîne d’énormes erreurs musicales et privilégie les chansons de son dernier et médiocre album…

On s’indigne en écoutant les grattes complètement à côté de la plaque lors du premier refrain de unmoved… C’est l’un des rares bons morceaux de Beyond the Gate, attendu, mais qui se retrouve pourtant décapité dans son passage le plus "exhaltant". Les mélomanes du public se regardent alors, perplexes ; et malheureusement de telles déconvenues se répéteront, coupant net les envies de se lâcher. Le son s’avère vraiment bon, bien équilibré (un volume un poil trop faible à l’avant), ce qui est assez rare pour être signalé ; un très bon point qui permet hélas aux grosses bourdes ponctuelles de s’exprimer dans toutes leurs splendeurs (fausses notes et chants mal placés)… Heureusement, les musiciens compensent par leur jeu de scène, il ne s’agit pas d’un concert de "visual" kei pour rien. D’ailleurs, le nouveau batteur Hayato était plutôt bon dans l’art de faire tournoyer ses longues tresses rouges et noires, accentuant le spectacle par des coups de baguettes énergiques. Quant à son jeu ? La boite à rythme jouait plutôt bien ! Surtout lors des passages rapides plus nombreux (…) Mais quelle douleur d’entendre la performance live de Seth sur les chansons composées à l’époque où officiait son prédécesseur Juka. Incapable de placer sa voix, il détruit Pessimiste ou encore the Prophet, titre ici salement réarrangé pour ne rien… arranger. Par contre, la voix de Seth ressort particulièrement bien sur les nouvelles compositions interprétées avec justesse, elle crée un contraste de style, fortement accentué avec la deathvoice de K, qui s’apprécie ; une singularité rare en Europe. Avec plus d’expérience et des chansons "adaptées", Seth pourra s’imposer. En attendant, le groupe semble encore en pleine transition, ce qui laisse une impression de travail inachevé. Est-ce parce qu’ils étaient incapables de jouer un ancien morceau supplémentaire que Moi dix Mois a placé par deux fois deux ex machina, et ainsi rallonger péniblement un live de 1h15 seulement !?


Musicalement plus violent, avec des touches heavy et électro plus affirmées, Moi dix Mois est cependant toujours en pleine transition suite au changement de line-up. Cette transition est douloureuse si l’on se réfère à ce concert peu inspiré qui succède à un mini-album pour le moins douteux. A peine plus d’une heure de live, un groupe pas prêt et moins motivé qu’en 2005, de nombreuses erreurs dans la musique et au chant… On comprend la déception d’une bonne part du public, exigeant avec un groupe censé être une référence. Les fans ont même été complètement ignorés par Mana lorsqu’ils lui ont chanté bon anniversaire. Le concert brouillon n’a pas été filmé en vue d’une sortie DVD, ce qui n’est pas plus mal, il vaut peut-être mieux l’oublier… Certes, le jugement paraît sévère, mais la déception est à la hauteur des attentes envers un tel groupe. Nous retrouverons sûrement une formation plus stable et mieux préparée l’année prochaine.

Eric Oudelet


Setlist :
01 - The other side in blood
02 - deus ex machina
03 - unmoved
04 - Vain
05 - Night breed
06 - Deflower
07 - Perish
08 - the Prophet
09 - Lamentful miss
10 - Pessimiste
11 - Ange
12 - Vizard
13 - forbidden
14 - The other side of the door
15 - Eternally Beyond
-Rappel-
16 - MAD INGRAIN
17 - deus ex machina


Remerciements : JVStore

Notes :
(1) : Le visual kei, ou visual rock, est un style de musique rock ou metal qui accorde une grande importance à l'imagerie véhiculée par le groupe, essentiellement par l'intermédiaire de costumes et de maquillage très travaillés.

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