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DIRTRUCKS Europe Tour 2008 : interview et reportage à Paris le 16 septembre 2008

On les connaissait. On a même, récemment, publié un article sur leur showcase du début du mois, pour bien montrer qu’on savait. Mais les mots ne suffisent pas, il fallait à votre humble serviteur une preuve physique du renouveau, de la seconde vie de DIRTRUCKS, le groupe de hard rock féminin qui fait passer Kim Gordon pour un membre de la famille Ingalls. Pour la preuve, c’était à la Mécanique Ondulatoire, bar fifties de Bastille, le 16 septembre 2008. Pour la baffe, c’était à la même adresse, à la même date.

Pulsions des graves et des cymbales. Percussions, parcourant les murs jusqu’au fond ivre de la salle, comme cette voix éraillée et ce rock hurleur et généreux d’époumonées qui donnent et ne se soucient que de ça. Rock sec, nu, nu parce qu’il faisait chaud, dans la caverne de pierre au plafond vouté qui abritait tant bien que mal les spots orangés, la scène et le bardas, les débardeurs rouges et la bonne sueur, le public grouillant dont l’ardeur, presqu’étonnée d’être invitée, suivait la leur, à ces magnificent four d’un mètre soixante (excusez, ladies, l’approximation qui n’entame rien de mon admiration) qui ont remué cette scène nippo-française à dominante visualo-masculine où toute chanteuse, à de rares exceptions, donne l’impression de chercher ses parents, force mimiques hamsteroïdes. Tout ça, elles l’ont envoyé foutre à la sauce hard rock, les filles de DIRTRUCKS, les dirty ladies riding big trucks, des camions aussi symboliques que leur moyenne d’âge tant leur énergie - communicative et positive - méritait l’inscription au patrimoine de l’Humanité.



Un Hiroshima green, ladies & gentlemen, excusez le blasphème, catapulté sans billet de retour dans nos tympans quelque peu masochistes, par la chanteuse CELICA, la guitariste RUI, la bassiste DEATH-TOMO, la batteuse SAE. Une décharge tête la première en english de petit nègre dans le cortex cérébral de l’assistance dé(ver)rouillée, mèches en veste de flanelle à la stupeur amusée, pogoteurs canassons ivres de Kro, petits couples s’agrippant les mimines, représentantes de la communauté lesbienne tantôt BCBG siliconées, tantôt routardes aux kilos de cuir vêtus. La clameur, elle, était unique. Et nous, tout rompus aux japonaiseries que nous sommes, nous ne pouvions qu’applaudir un peu euphoriques.

Parce qu’on ne pouvait pas vraiment faire comme si l’on s’y attendait. Après tout, les deux articles que nous avions publiés à leur sujet en 2006 traitaient du Dirtrucks 0.5 ; deux ans plus tard, l’O.S. était passé au 2.0 : remplacer la chanteuse/bassiste vedette par une toute nouvelle vocaliste et une bassiste à part entière, ça vous change une maisonnée. Ca vous y met le feu, éventuellement, pour reconstruire dessus, le ciment sur les corps encore fumant, rien à foutre, elle n’en a rien à foutre. Elle s’appelle CELICA, et chacun de ses départs en tournée semble nécessiter la réquisition d’une centrale électrique du cru ; CELICA, plutonium dans le corpus machina, bouton "on" appuyé et on ne peut plus l’arrêter, rigolote fausse rouquine interrompant ses tornades de messages d’amitié über-kawaii à l’adresse du public, de sa voix éraillée, comme pour lui rappeler qu’elle ne va pas le manger. On avait parlé de la place démesurée qu’elle prenait dans le groupe avec RUI, la canonissime guitariste aux enchainements de solos (les a-t-on seulement comptés ?) et au jeu de scène incendiaires. On ne niera pas le charisme de la pyromane, quelque part entre virilité d’influences yankees et charge sexy jusque dans les arabesques de cheveux noirs animés du souffle rock’n’roll ; mais l’on soulignera simplement l’exemplaire complémentarité des quatre filles, caractéristique des meilleurs groupes, la charmante bassiste - petite nouvelle, combinaison latex et converses aux pieds compensant en sourires et en encouragements le sérieux un peu flegmatique des deux "anciennes", RUI et la sempai Sae, cachée au fond de sa niche-batterie…



The Rocker floats in haze

Ce qui s’impose en premier lieu, lorsqu’on découvre DIRTRUCKS, c’est le charme désuet de leur tintamarre : on se perd, on hésite entre le garage des 70’s, le punk des 80’s, et le revival des 90’s, et elles ; puis un nouveau tour, pour revenir au même point, quelque chose d’intemporel dont ce qu’elle nous évoque d’ancien et de perdu participe à la préciosité. La chanson-phare, Coming Over Me, avec sa voix pincée et ses riffs claquants comme la côte ouest étasunienne en aurait pondue il y a trente ans, en est un exemple criant. C’est la première chose qui dissuade l’oreille délicate de ranger la musique des filles dans la catégorie "peut mordre". La seconde est la sophistication sous-jacente de leur son, notamment dans le vaguement féministe Shame, ou le très joueur Catch me, aux chœurs savamment orchestrés. Et puis, dans cette salve de titres de hard rock pur, les DIRTRUCKS ont eu la bonne idée de placer leur rock plus soft aux accents de leur "not so young woman’s blues", comme le très joli Float In Haze, virée en camionnette sur les routes interminables du Wyoming (hop).



"Are you ready ?", crie CELICA. Est-ce un hasard si leur plus épatant titre, qui justifie à lui seul que l’on voit le jeu de la chanteuse-animale, s’appelle The Rocker ? Et le rock repart, un autre morceau, du même répertoire, décliné en tempos et refrains accrocheurs sans aucune faiblesse ou baisse de niveau si ce n’est au milieu du dernier tiers d’un concert nourri, titres de moindre qualité sauvés par le show des demoiselles. Et le rock repart. Le rock ? Oui, car à la demande de ces dernières, DIRTRUCKS n’appartient à aucun genre. Réflexion faite : ne leur en déplaise, on le qualifiera de garage. Au feu, le garage, aussi. Bouteilles d’Evian rapidement vides, babines retroussées, orbites plongeant dans la fureur des flashs sauvageons, basse forte à l’appui d’une rythmique irrésistible, irréversible. Lors de leurs derniers concerts en Europe de l’est, elles entraient sur scène inconnues mais en sortaient avec difficulté ; européenne continuité : là, c’était pareil, c’était gagné, restait plus qu’à savoir où signer. C’était le pouvoir d’un rock franc et quasi-juvénile, saisi d’une urgence et d’un besoin de se communiquer qui se passait de mots (ça tombe bien, on ne comprenait quasiment rien à l’anglais de la miss). On ne vous l’avait pas dit ? C’était juste bon. C’était le bon son, qui fait remuer les bourrins qui deux heures plus tôt traitaient de sales jaunes les mauvais conducteurs de Chinatown, qui pousse les BCBG précitées à découvrir à l’intention de la guitariste leurs (jolis !) seins refaits. Signe ostentatoire parmi tant d’autre de l’électricité dans l’air ; peut-être est-ce pour ça que les DIRTRUCKS font bien de garder leurs pantalons !



Intrigués ? C’était à la Mécanique ondulatoire, bar fifties de Bastille, et c’était le dernier concert de la première manche d’une tournée européenne 2008 que d’aucun considèreront peut-être, dans un futur proche, comme le véritable coup d’envoi de la carrière internationale d’un de ces rares groupes qui sait emporter l’adhésion par la simple force significative de leur existence. Parce que c’est aussi clair dans les astres que dans le sang du hibou à la lueur de la pleine lune : DIRTRUCKS a tout pour cartonner. Et oui, à un mètre soixante, pas la peine de nous faire répéter.

A suivre : le retour de DIRTRUCKS en France pour trois concerts en Province : Perpignan, Castres et Tarbes les 27, 28 et 29 novembre 2008. A ceux qui les rateront, vous savez ce qu'elles vous crieront.


Alexandre Martinazzo


Setlist :
01 - Shame
02 - Deep Inside My Heart
03 - YOUR DEAD SOUL
--------
04 - COWBOY SONG
05 - MOVE RIGHT
06 - The Rocker
---------
07 - Float In Haze
08 - LIVING
09 - Rock ! Rock !
10 - Coming Over Me









Contrairement à la plupart des entretiens habituellement menés, où un tas de sujets restent souvent censurés ou passés sous silence pour éviter toute interruption des échanges (surtout avec les "visualeux"…), les quatre filles de DIRTRUCKS ont répondu sans détour à toutes nos questions lors d'une interview peu avant le concert. Enfin du vrai, de l’authentique, de l’humain !

Orient-Extrême : Nous sommes contents de vous retrouver, les filles, bien que vous ayez un peu changé entre temps ! Parlez-nous un peu de votre tournée européenne de ce mois-ci et de l’accueil des différents publics.
SAE :
L’Europe de l’ouest ? Hééé, l’Europe de l’ouest… [pensive] Deux semaines, c’était un peu court pour que l’on puisse vraiment découvrir… On a connu tout de même de supers moments en République Tchèque et en Pologne ; c’était notre première fois là-bas, mais c’était peut-être aussi pour eux la première fois qu’ils voyaient des "real japanese" ! [rires] Après, bien sûr, il y a autant de publics différents qu’il y a de pays. Au moins, il n’y a pas, pour nous, UNE SEULE manière d’être européenne.

Orient-Extrême : S’il y en avait une, vis-à-vis de vous, on pourrait la résumer à… "fan de Dirtrucks" ?
SAE
acquiesce de la tête : on pourrait !

Orient-Extrême : C’est pour plaire à ces fans-là que vous chantez exclusivement en anglais, peut-être ?
SAE
, appuyée bruyamment par les autres : Pour nous, le rock’n’roll se chante en anglais. La langue japonaise n’est pas facilement exploitable avec ce genre musical.

Orient-Extrême (tragique) : Vous n’écoutez donc pas de rock japonais…
Toutes les filles :
le visual kei ?
Décidemment, les Japonais sont pire que les media généralistes et professionnels français mal renseignés, il faudra vraiment leur apprendre que la "J-Music" ne se résume heureusement pas, pour nous, à du visual kei !
Orient-Extrême : Non !!! Pas le visual kei… le VRAI rock’n’roll ! A la Thee Michelle Gun Elephant ou bien, plus anciennement, à la Okuda Tamio !
SAE :
Aaaaaah… Okuda Tamio… On ne l’écoute pas trop mais il est super connu au Japon, c’est vrai ! [rires] Si on devait choisir, ce serait plutôt du garage rock à la Guitar Wolf. Toujours est-il que… l’on aurait préféré les entendre en anglais, parce que rock égale anglais ! [rires]

Orient-Extrême : Sur votre MySpace, vous vous décrivez comme "not so young"…
Toutes les filles se tordent de rire… : Aaaah… Eh bien, d’abord, "not so young" parce qu’en fait, nous ne sommes vraiment plus très jeunes. [Elles désignent CELICA du menton] Elle, elle est jeune ! [rires] En faisant une moyenne, ça donne "plus si jeune". [rires]
Orient-Extrême : Mais, vous en faites quoi, de votre "not so young-itude" alors ? Vous pensez que c’est une bonne chose ? Que, si vous étiez VRAIMENT jeunes, vous n’auriez pas l’expérience ni la maturité pour faire votre musique ?
SAE, un peu embarrassée : Comment dire… Au Japon, les femmes de plus de trente, si elles n’ont pas fondé une famille avec mari et enfants, sont plutôt mal vues [les autres filles ont l’air de méditer sérieusement là-dessus]. Par la société, et par les hommes qui vont leur préférer des filles plus jeunes… Vous comprenez ? [Éclats de rire en voyant que votre intervieweur voit exactement de quoi elles parlent…]

Orient-Extrême : Mais… Vous n’êtes pas… "obasan" [Rires fournis, les filles répétant le mot "obasan ! Obasan !"]. Vous n’êtes pas jeunes, ni âgées, vous êtes au milieu… en fait, vous êtes unique, non ?
SAE murmure en japonais : Il sait trouver les bons mots, lui ! [révérencieuse] "Arigatou gozaimasu".

Orient-Extrême : Vous n’êtes pas comme les 54 Nude Honeys. Que pensez-vous de ce groupe, d’ailleurs ?
SAE :
Non, en effet ! Elles, elles sont vraiment "obasan", vous savez ? Elles ont des enfants… Du coup, je crois que je suis la seule à les connaitre… Certaines autres sont trop jeunes [rires ; désignant Celica, la petite nouvelle chanteuse].

Orient-Extrême : Revenons un peu sur le showcase d'EDWIN… le public n'était pas très démonstratif. Ça vous a posé un problème, ou ça vous a juste rappelé le généralement sage public japonais ?
SAE, songeuse : Mmmh… Ce n’était pas si mal ! Ils ressemblaient en effet un peu à des Japonais, mais l’ambiance était bonne.

Orient-Extrême : Vous dites ça parce qu'on vous a offert des blousons EDWIN…
Toutes les filles,
entendant le terme "jacket", écarquillent les yeux : Comment il sait ça ??? [rires]
SAE [après avoir essayé d’extirper le nom de la balance] : C’est vrai… Ils sont très beaux… Mais on ne les a pas encore ! On nous les donnera certainement à la fin de la tournée.
Orient-Extrême : Vous allez en faire quoi, les revendre, ou un truc dans le genre ? [rires]
SAE
, faussement offusquée : Hééé !! Non, non, jamais. On va les garder, pour toujours. Ce sont les plus belles vestes que l’on n’a jamais vues ! Mais vous ne les verrez pas sur scène… on les portera seulement "in private". [rires]

Orient-Extrême : Vous êtes vache, SAE-san. [se tournant plutôt vers la chanteuse] CELICA, comment s'est passée votre intégration au groupe, est-ce que c'est vous qui avez volontairement ajouté un côté punk à DIRTRUCKS ?
CELICA, en japonais : Eh bien… je suis rentrée dans le groupe en septembre de l’année dernière ; ça fait donc… un an ! Et ça n’a pas été très dur, parce que… [cherchant ses mots] comment dire… je ne détonais pas trop avec la "couleur" du groupe. Et je n’ai pas eu de problème avec DEE [la chanteuse précédente] parce que nous n’avons pas grand-chose à voir…
SAE : Et puis elles n’étaient pas amies, elles se connaissaient à peine.

Orient-Extrême : CELICA, votre attitude en concert, absolument tarée, est-elle calculée, ou vous laissez-vous simplement porter par le moment ?
CELICA, immédiatement : Wouaah, je ne calcule rien, moi ! [rires] C’est naturel, ça vient totalement comme ça, de l’intérieur. Faut juste appuyer sur le bouton ! [rires]

Orient-Extrême : Vous devez faire peur à pas mal de gars du pays… des grandes filles hurleuses et indépendantes comme vous…
Toutes les filles, outrées : Hééé ? Nous ?? Nooooon… [elles se tournent toutes vers le compagnon de RUI, assis au fond de la pièce dans un confortable sofa, qui prend subitement l’air effrayé, cachant son visage dans ses mains] [rires]

Orient-Extrême : Si, si. DEATH-TOMO [la nouvelle bassiste], quel rôle vous a-t-on demandé de tenir exactement ? Avant, la bassiste ETAIT la chanteuse…
DEATH-TOMO, en français : "Oui !"
Elle réfléchit…
DEATH-TOMO : Qu’est-ce qu’on m’a demandé de particulier… rien du tout ! [rires fournis ; ses petites camarades remarquent qu’elles sont quand même des super copines]
SAE : On voulait une bassiste cool… Donc, on avait juste besoin de quelqu’un de doué, et cool.
DEATH-TOMO : Après, de mon côté, j’avais juste envie de communiquer au public, via notre musique, mon amour du rock… un peu comme ma façon de vivre le rock.

Orient-Extrême : Mais alors, puisqu’on en est à la nouvelle graine, pourquoi avoir repris d'anciennes chansons à vous dans votre nouvel album ? Pourquoi pas nouveau départ avec carrément des toutes nouvelles compos ?
SAE : Oh, ça… ! Eh bien, parce que nous n’étions pas vraiment satisfaites de notre performance d’alors ! [rires] Ces chansons, on voulait les chanter correctement cette fois-ci ! Parce que bon… sérieusement, avec CELICA, c’est cent fois mieux. [rires des autres, Celica rougit]

Orient-Extrême : Vous n’êtes donc plus amies avec DEE !
SAE,
surprise : Mmh ? DEE… En fait, si, nous sommes toujours amies. Mais bon… [sourire entendeur], n’est-ce pas !...[rires]

Orient-Extrême : Même à l’époque de DEE, et encore maintenant, vous avez toujours qualifié votre musique de rock’n’roll. Mais de nos jours, c’est un peu vague. Si on vous demandait de préciser un peu ?
Toutes les filles
, troublées : Garage… punk… on n’y pense pas vraiment à ça…
SAE : Nous n’aimons pas être catégorisées… Nous faisons juste la musique que nous aimons. Et ça n’a pas changé avec les nouvelles, c’est la même démarche, la même ambiance qui nous plait.

Orient-Extrême : En voici une belle, de réponse typique du musicien ! [rires] Sur votre MySpace, vous parlez de "woman’s"… RUI, vous dites aimer le blues. Qu’en est-il du blues ? Soit dit en passant, j’avais une idée un peu plus délicate du genre.
SAE rit : Aaah, ça… Non, en effet, notre musique n’est pas exactement du blues. En fait, ça vient d’ailleurs. Vous connaissez Rock City Angels ? Johnny Depp est passé dans ce groupe il y a une vingtaine d’années. Nous aimons la chanson Deep inside my heart, de l’album… Young man’s blues. Le nom de l’album m’a marqué… d’où le "not so young woman’s blues". Ça n’a pas de sens profond, c’est plus une coquetterie, un slogan.

Orient-Extrême : La boucle est bouclée. RUI ?
RUI, participative : "Haaaaai !!!"
Orient-Extrême : Hum. Lorsque vous avez une guitare entre les mains, votre gestuelle est très démonstrative, quasi-virile…
RUI
, mimant la fille qui fond en larmes : Héééééééééééééééééé !!!!!!!!!!!!!!!!!! Virile…………
Orient-Extrême : Eh ben oui, un peu quand même… Mais pas dans le mauvais sens ! Quand on vous voit, on vous croit juste possédée par l’esprit de certains grands guitaristes américains… On pourrait donc résumer votre "aura" à quelque chose d’à la fois viril et très chargé sexuellement. Viril, mais sexy, quoi.
RUI, en intense réflexion… puis hochant la tête après l’interprétation juste de SAE : Merci beaucoup ! [rires] "I’m so glad" [double-rires]
SAE : Je crois qu’elle est contente d’entendre enfin ça, en fait. Elle était juste surprise.



Orient-Extrême : Votre ancienne chanteuse vous définissait comme des "dirty ladies who drive big trucks". L’êtes-vous toujours ?
SAE, l’air surpris d’entendre ça : Mmmh… Quelque chose dans le genre, en tout cas.
DEATH-TOMO, à elle-même, sur un ton plaintif : Et puis on n’a même pas de permis pour conduire des camions… [Les autres éclatent de rire ; nous accusons réception, en français, de la dimension ultra-kawaii de la remarque]
Orient-Extrême : Quelque chose dans le genre ; ça veut dire ? Vous ne faites plus vraiment dans les "dirty ladies" ni dans les "big trucks" ?
SAE :
Pour ma part, je SUIS une "lady"… [rires] mais je ne suis PAS "dirty" [rires]
Orient-Extrême : Une lady avec un "big truck".
SAE :
Avec une Corvette [éclat de rire général].
Orient-Extrême : Vous pouvez changer le nom de votre groupe par DIRCORVETTE…
SAE :
Non, non, non, BEAUTIFUL Corvette. [Rires]

Orient-Extrême : Bien, lady Corvette… Pourquoi donc privilégier sur scène un look masculin (jean, débardeur) ? Pourquoi pas de jupe ?

SAE, appuyée par les autres : C’est plus pratique en mouvement !
RUI, se plaignant à son tour : Et puis quand on porte une jupe sur scène, on voit la culotte…
Sae, sur les rires des autres : De toute façon, nous n’avons pas à être si féminines.
Orient-Extrême : Vous êtes déjà féminines.
SAE :
C’est vrai, ça !

Orient-Extrême : Et féministes ? On sent également un côté revanchard vis-à-vis des mecs dans la chanson Shame, par exemple.
SAE, fièrement : Ah ! Celle-là, c’est moi qui l’ai écrite… Récemment, un garçon m’a fait un sale coup. [NDLR : SAE utilise le verbe anglais "to backstab", qui veut dire "planter un poignard dans le dos de quelqu’un", en d’autres termes "trahir"] Cette chanson est donc une manière de lui renvoyer sa mauvaise attitude.
Orient-Extrême : Donc cette chanson reflète VOTRE état d’esprit, ou celui de toutes les filles du groupe ?
SAE :
Je crois que je suis la seule à penser comme ça ; même si CELICA, pour si bien la chanter, a certainement dû s’inspirer de son expérience… [rires]

Orient-Extrême : SAE, c'est bien vous qui avez dessiné la jaquette du nouvel album ? Qu'est-ce que vous avez voulu faire avec cette espèce d'ange démoniaque ?
SAE : Aaah, vous pensez que c’est un démon… en fait, non. [rires] Il y a un artiste contemporain qui s’appelait Alfons Mucha, et qui vivait en République Tchèque [NDLR : ou plutôt dans l’empire austro-hongrois, l’homme étant né en 1860]. C’était un peu un hommage à ce grand peintre. D’autre part, regardez les yeux de la femme de mon dessin : elle est maquillée comme Gene Simmons de KISS, pas vrai ? Donc mon dessin, c’est un peu un mixe de Mucha et de KISS.

Orient-Extrême : Un sacré mix… on l’imagine très bien brailler "shame on you !", avant de… nous manger. D’ailleurs, quelle est la signification du titre de votre album, Coming Over Me/You ?
SAE : La chanson Coming Over Me parle d’argent. Ça n’a rien de sexuel. On y dit que si, par exemple, j’avais un corps ressemblant davantage à celui de Pamela Anderson, je pourrais me faire beaucoup, beaucoup plus d’argent. Et si l’argent tombe, il tombe vers moi, il tombe… vers toi.

Orient-Extrême : Est-ce votre moteur ? Pas seulement la passion de la musique, mais aussi le pouvoir d’attraction des billets verts ?
SAE, cachotière : Je n’en sais rien ! Certainement un peu des deux. On verra quand l’opportunité viendra… C’est ma responsabilité, je suis un peu la "sempai" [rires]
Orient-Extrême : Eh bien… "hail to the sempai". Ainsi qu’aux autres. On vous souhaite tout le "success" que vous méritez, en camion, en Corvette, ou en jupette.
Toutes les filles :
merci ! [rires]





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- Interview et Reportage DIRTRUCKS en concert à Marseille le 6 octobre 2006
- Reportage DIRTRUCKS en concert à Paris le 25 octobre 2006
- Reportage DITRUCKS à l'EDWIN PARTY le 5 septembre 2008


Interview réalisée par Alexandre Martinazzo
Photos : Alice & Peter Punk
Remerciements : Bertrand de RAGE TOUR
Reproduction/réutilisation de l’interview, du reportage et/ou des photos strictement interdite.



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