Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

Plastic Tree Europe Tour 2008 : reportage à la Scène Bastille de Paris le 12 octobre 2008

Loin des grandes salles nippones et des spectacles élaborés, c’est avec naturel et simplicité que le groupe de rock japonais Plastic Tree s’est produit sur la petite estrade de la Scène Bastille parisienne, quasiment pleine ce 12 octobre 2008 avec quelques 300 fans bien motivés pour accueillir le quatuor comme il se doit. Armés d’une setlist parfaite, les quatre compères, un peu fatigués par leur concert lyonnais de la veille (leur premier en Province française), ont tout de même assuré deux heures de show haut en énergie devant un public jeune mais visiblement très connaisseur de leur discographie. Alignant les tubes d’anciens albums comme Träumerei en passant par l’excellent cell jusqu’à ceux du très bon dernier opus Utsusemi, Plastic Tree (Pura pour les intimes -à prononcer "poula"-) a encore une fois démontré sa maîtrise du live, transcendant ses créations pour les rendre plus percutantes et émouvantes. Un concert sans fioriture qui a fait 100% d’heureux.

L’ouverture des portes ayant lieu avec une demi-heure de retard, c’est devant une salle se remplissant au compte-gouttes que les Dandy Freaks, première partie du spectacle, chauffent l’ambiance pendant trente minutes. Le lien avec Plastic Tree est assez difficile à cerner, même si celui avec la musique japonaise est plus évident. Dans ses nombreuses influences manifestes, le groupe originaire de Saint-Etienne offre notamment une vision franchouillarde du visual kei, avec des vêtements et accessoires haut en couleur, certaines chorégraphies qui ne sont pas sans rappeler le para-para, et une musique électro speedée à la Uchuu Sentaï NOIZ, avec en prime des paroles rigolotes et une rythmique bien bourrine. Les lancés de bonbons, ballons ainsi que les coupes de champagne servies au public en fin de show leur assurent des applaudissements nourris. Le groupe déjanté a probablement le potentiel de faire des ravages, mais pas devant des fans qui viennent se plonger dans l’univers onirique, un brin étrange et fascinant de "Pura".



Le quatuor tant attendu, composé du charismatique et frêle chanteur Ryutaro, du guitariste Akira, du bassiste Tadashi et du batteur Hiroshi, arrive à peine dix minutes après les Dandy Freaks. La lumière bleue ou verte, agrémentée de touches roses ou rouges, qui permet à peine de bien distinguer les visages, perdurera pendant tout le concert, au grand damne des spectateurs. Economie sur la facture d’électricité ? L’éclairage instaure néanmoins une ambiance crépusculaire pertinente. Les filles noteront avec déception que la tenue de Ryutaro, composée d’un t-shirt et d’un gilet amples et longs, est certainement confortable mais carrément pas sexy. Les autres membres sont habillés sobres et sombres, discrets et classes. L’aspect fringue vite éclipsé puisque n’étant pas l’un des centres d’intérêt de ce groupe, la voix mélodieuse et la présence envoutante de Ryutaro embrasent la Scène Bastille sur le premier titre
Nemureru mori. La chanson, comme les deux suivantes (Irogoto et Elegy), est assez soft, avec un tempo dynamique mais pas pressant. C’est pourquoi, lorsque l’on se trouve sur le côté gauche de la fosse, en face de Tadashi, on peut se demander pourquoi ce dernier se démène comme un beau diable, allant jusqu’à secouer la tête avec hargne. La réponse est simple : il a bien repéré les caméras françaises sur sa droite et se donne en spectacle pendant les premières chansons filmées (à noter que le concert a été capturé en intégralité par le staff japonais pour alimenter un double DVD à paraître le 24 décembre 2008). Le bassiste se calmera cependant assez vite, se rendant compte qu’il ne tiendra pas toute la soirée sur cette cadence infernale. A l’opposé de la scène, Akira, flegmatique et posé, est l’illustration-même du guitariste un peu blasé, sûr de lui et ayant naturellement la classe. Hiroshi, alias Bucchi-san dont c’est l’anniversaire (ses fans lui chanteront un happy birthday un peu désordonné et lui offriront un t-shirt signé, une attention qui semble le toucher), est comme d’habitude timide, très concentré, et pas assez mis en avant par les quelques jeux de lumière. Il fait pourtant un sans faute sur sa batterie. Quant au public, s’il s’avère mollasson au début, il finit par prendre le rythme vers la moitié du concert, entrant enfin en symbiose avec les artistes.

La communication entre Pura et ses fans est bonne, malgré le français toujours hésitant du porte-paroles Ryutaro. L’apprentissage du japonais étant à la mode dans notre pays, de plus en plus de fans comprennent pourtant ses phrases courtes et précises. Enfin… sa tirade sur le film Paris je t’aime, qui fait apparemment fureur au Japon mais que personne ne connait ici, a fait un gros flop. On notera aussi la version francisée de Hate red, Dip it où Ryutaro intercale des "bonjour" au milieu des "hello", petite attention qui fait plaisir.



C’est dans cette bonne ambiance que Plastic Tree gère son show, commençant par faire frémir son public en douceur (sensation exacerbée par un chant toujours aussi fébrile, véritable identité du groupe), pour arriver à une seconde partie tout feu tout flamme. Après les trois chansons du début, "Pura" interprète les deux seuls titres tirés du nouvel album Utsusemi sorti en septembre dans l’archipel, à savoir la trippante Replay et l’excellentissime
Alone Again, Wonderful World, où la voix singulière de Ryutaro donne la chair de poule sur les accords entêtants, lourds et lancinants de la guitare d’Akira. Puis l’enchaînement monte en puissance avec une succession très bien organisée de titres de plus en plus percutants, qui donnent un sacré coup de fouet. Kûchû Buranko, suivie par Kaibutsu-kunRuisen kairo et la sublime Melancholic de l’album Cell s’assemblent dans un moment de pur bonheur que le public apprécie à sa juste valeur.

Les quatre japonais s’investissent totalement dans leur show. Tadashi headbangue à tout va, scrute beaucoup ses fans, même ceux du fond, et leur envoie des médiators à foison (sa visée laisse à désirer mais c’est l’intention qui compte). Ryutaro virevolte dans tous les sens et s’approche du public pour des échanges très tactiles (évidemment sans tomber dans la débauche propre à certaines formations visual kei). Il dégage une aura quasi-surnaturelle et ses mimiques et intonations de voix maladroites donnent toutes leurs dimensions identitaires aux chansons. Akira, sadique, reste proche du public mais juste à quelques centimètres des doigts tendus. Ses fans seront quand même récompensés par quelques sourires éblouissants durant de rares instants de relâchement. Il secoue sa tignasse comme un beau diable tout en exécutant parfaitement un solo de guitare bien technique… que les spectateurs situés à l’avant-gauche ne pourront hélas pas apprécier : le jeu du guitariste y est en effet fort peu audible ! Hiroshi, en retrait derrière sa batterie mais pas délaissé pour autant, hésite à sourire et lance des petits coups d’œil rapide avant de retourner vite fait à ses caisses et percussions. Côté public, on imite ses favoris : le côté gauche, devant Tadashi, opte pour de frénétiques et sauvages coups de tête tandis que les sauts en cadence prédominent devant Akira. Au milieu s’entassent surtout des corps compressés et une forêt de bras tendus, avides de caresser la douce main de Ryutaro qui se promène au dessus des têtes. Ce dernier, ainsi que le service de sécurité débordé par un enthousiasme qu’il nous décrit comme "jamais vu dans cette salle", demandera régulièrement à la foule de reculer un peu. Le fond de la Scène Bastille, certainement pas aveuglé par un quelconque amour pour Plastic Tree et tiraillé entre le fascinant univers légèrement burtonien du groupe et la fausseté souvent atroce des vocalises de Ryutaro qui peine à se placer à la bonne hauteur, reste toujours aussi stoïque, bien que des regards pétillent de-ci de-là.



Après ce grand moment de rock made in Plastic Tree, le groupe jouera deux chansons un peu plus calmes, Makkana Ito et Ame ni utaeba (avec l’indispensable parapluie pour le chanteur) avant de quitter la scène pour le rappel. Les quatre Japonais, dont on peut lire la fatigue sur les visages, mais aussi le plaisir procuré par le moment vécu, reviennent très vite. Hiroshi, un gâteau d’anniversaire à la main, remercie les Français pour leur attention. Le rappel ne sera constitué que de deux chansons bien rythmées, Harienju et Ghost, alors que quatre titres étaient prévus sur la setlist officielle. Horaire de fermeture à respecter ou fatigue du groupe ? Peut-être un peu des deux. Les fans, encore plus compressés contre la scène qu’avant, montreront toute leur ferveur au quatuor. En réponse, les musiciens se pencheront vers eux et serreront le plus de mains possibles. C’est court mais intense, et avec une proximité que les Japonais pourront nous envier… Et pour les fans les plus assidus, ce n’est qu’un court au revoir. En effet, après l’arrêt obligatoire au stand goodies (la moitié de la salle portait le t-shirt à l’effigie du groupe), il suffira d’attendre une petite demi-heure pour voir Plastic Tree sortir de la Scène Bastille. Exténués mais heureux, Ryutaro et sa bande prendront le temps de signer des autographes, petite attention qui achève de faire fondre le cœur des fans.

Pura joue peut-être dans des salles de plus en plus petites sur Paris, il n’en reste pas moins que le groupe émerveille à chaque venue par son univers unique, à la fois onirique et rock, partagé avec de plus en plus d’intimité. Grâce à la gestion de la tournée européenne par RAGE TOUR et Soundlicious, les Lyonnais ont eu le privilège de le découvrir pour la première fois à domicile la veille. Malgré l’invasion de formations rock nipponnes, au talent relatif, qui viennent se produire en France et en Europe de nos jours, il est à parier que Plastic Tree saura toujours garder son public. Groupe confirmé qui tourne depuis plus de dix ans, Pura sait attirer à lui les amateurs de rock japonais aimant l’originalité, les paroles et musiques travaillées, et adhérant à sa personnalité et sa sensibilité singulières. Il n’est pas dit cependant que le quatuor puisse gagner significativement en popularité, et encore moins toucher le grand public : Plastic Tree garde une identité très nipponne, et l’indulgence envers les errances vocales de Ryutaro risque fort de se raréfier en dehors du cercle des fans de J-rock.

Gwenaelle Durand


Setlist :
01 - Nemureru mori
02 - Irogoto
03 - Elegy
-MC-
04 - Replay
05 - Alone Again, Wonderful World
06 - Kûchû buranko
07 - Yuki hotaru
08 - Himitsu no carnival
-MC-
09 - Hate Red, Dip It
10 - Kaibutsu-kun
11 - Ruisen kairo
12 - Melancholic
-MC-
13 - Makkana ito
14 - Ame ni utaeba
--EN--
15 - Harienju
16 - Ghost


A lire également :
- Interview Plastic Tree à Paris au lendemain du concert, le 13 octobre 2008
- Plastic Tree Europe Tour 2007, reportage à la Maroquinerie de Paris
- Plastic Tree à La Loco le 9 juillet 2006, reportage
- Plastic Tree en dédicaces et conférence publique à JAPAN EXPO 2006, compte rendu



Photos : Eric Oudelet
Remerciements : Soundlicious et RAGE TOUR
Reproduction/réutilisation des photos et/ou du reportage strictement interdite.
Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême