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AciD FLavoR à JAPAN EXPO 2008 : reportage sur le concert du 6 juillet

Avant l’ouverture du festival, on se disait : "encore des Japonais sortis de nulle part, parés à jouer les opportunistes à JAPAN EXPO". On avait bien entendu parler de leur premier concert européen à AniMansion en Belgique fin mars, mais la faible affluence et le côté champêtre de l’affaire nous avait laissés dubitatifs sur leur participation à l’édition 2008 du plus grand festival européen de la pop culture nipponne. Bref, on n’aurait pas misé un yen sur leurs têtes, et la surprise n’en fut que plus stupéfiante : les quatre minets d’AciD FLavoR, groupe pop-rock né en 2000 et ramené de Tôkyô par Râmen Events, furent les révélations du week-end, les incroyables auteurs d’un show énorme dans une salle comble et bondissante de plaisir.

Sur les cendres encore fumantes de l’organisation avortée du concert X JAPAN et avec une brochette d’artistes inconnus (tout de même épicée par miyavi, Ra:IN et machine), le line-up de JAPAN EXPO 2008 n’avait pas fière allure et pouvait provoquer quelques soupirs, d’autant plus pour qui a eu vent des préparatifs (et/ou voulu s’y investir sans réussite). Finalement, le bilan de ce plateau musical précautionneusement requalifié de "découverte" s’avère réellement bon, avec des révélations de qualité comme BETTA FLASH et CATSUOMATICDEATH, et le triomphe assez phénoménal d’AciD FLavoR, en concert et dédicaces le dimanche 6 juillet après-midi.



Deux jours plus tôt, le quatuor composé du chanteur SHIGERU, du guitariste Ryo (ou "Ryo-sama" puisque le préféré de ces demoiselles), du bassiste Tei et du batteur Taiju s’était installé au stand de la radio Le Mouv’ pour un relativement discret showcase acoustique… qui ne sera pas passé inaperçu ! Premier succès relayé par les heureux présents (essentiellement "heureuses présentes", devrait-on dire) qui ne lâchent désormais plus leurs nouveaux chouchous. Le bouche-à-oreille fait le reste et ce sont 2.500 à 3.000 spectateurs qui remplissent le live house lors de la dernière journée de la convention. Le service de sécurité est lui aussi au rendez-vous, déployant les mêmes précautions qu’avec le bulldozer machine. Risques surévalués ? Pas tant que ça, finit-on par se dire au fil du concert ! Au moins, on ne se sera pas trompé sur la cible car, face à la scène, s’est érigée une muraille de filles au sourire béat et aux yeux étoilés, tenant parfois fébrilement des pancartes ou des feuilles de papier pour autant de messages d’amour auréolés de cœurs à destination du guitariste… On distingue bien trois ou quatre garçons dans le lot (d’autres plus nombreux noyés dans la masse), et même un garçonnet tenu en laisse comme un chien (!?), mais aucun doute n’est permis : AciD FLavoR a des allures de boysband, pop-rock certes, mais boysband quand même ; et ses membres ne vont pas se priver pour exploiter toutes les ficelles du métier, sans sacrifier la musique pour autant ! Et ce n’est pas tout, ils servent au public japanophile / japanovore le plus réussi des condensés observés à ce jour en France de tout ce qui est à la mode et populaire sur le marché. Jpop-rock mélodique prenant et efficace, fan-service à gogo, sens aigu du spectacle scénique, interprétation sans faille… Ces gars-là ont tout compris. Mieux : ils savent le mettre en pratique !



Du début à la fin, soit 60 minutes de show au lieu de 45, le groupe se donne corps et âmes. Du guitariste au batteur, on a rarement vu des Japonais aussi engagés et expressifs dans leur prestation, manifestant leur bonheur par de francs et éclatants sourires (ou des larmes pour Ryo !), tout spécialement le batteur pour une fois mis en lumière. Devant lui, ses trois camarades gesticulent en tous sens et exploitent au mieux la vaste scène de JAPAN EXPO. Le kawaii-dandy chanteur SHIGERU, que l’on croirait sorti d’un teenage drama avec son uniforme scolaire et ses lunettes clichés d’élève modèle et réservé (et donc d’autant plus mystérieux et excitant à charmer si selon les codes usuels), reste le plus sobre conformément à son rôle. Ça ne l’empêche aucunement de sautiller, de chauffer le public déjà tout émoustillé et d’assurer les présentations entre deux titres interprétés avec énergie et justesse. Autour de lui, les gratteux explosent en véritables showmen, balayant d’un revers de manche la flemmardise d’un tas de visualeux, censés être les spécialistes en la matière mais que l’on retrouve de plus en plus souvent avachis sur les scènes européennes… Sauts, courses, balayages d’instruments d’un côté à l’autre pour faire danser le public, headbang de fous furieux lors des couplets nerveux… les deux musiciens ravivent le visual kei à la sauce pop avec des chorégraphies millimétrées ; une véritable démonstration qui devrait servir d’exemple. Le guitariste Ryo, non content d’aligner les solos à la fois techniques et artistiquement pertinents, se paie le luxe de poser comme un contorsionniste, flirtant parfois avec le grand écart ! Vous en voulez encore ? Rajoutez une bonne louche de fan-service : mitraillage de "mignon" par le chanteur pour qualifier les filles du premier rang, baiser de Ryo sur le front de Taiju, étreinte et palpation entre ces mêmes musiciens lors des au-revoir, fake kiss en prime pour Taiju et SHIGERU durant les rappels… Rien de mieux pour emballer les usines à hormones qui tournent à plein régime chez les fans "otakus" féminines, dont on ne présente plus les fantasmes vis-à-vis de l’amour entre garçons (il suffit d’observer l’engouement pour le yaoi sous toutes ses formes).



Ainsi mis en scène, un patchwork visuel de Jpop-culture fashion aussi exhaustif a déjà de quoi scotcher la rétine des intéressées, mais AciD FLavoR réussit le pari d’y ajouter un pop-rock mélodique assez irrésistible en live. De là à dire qu’il faille foncer acheter leurs CD, il y a un fossé que l’on s’abstiendra de franchir. Le style, aux accents nippons, reste commun, entendu et réentendu dans une profusion de génériques d’animes (dans ce domaine, AciD FLavoR n’est pourtant que l’auteur d’une poignée de génériques de jeux vidéo inconnus) ; et c’est peut-être ce qui fait aujourd’hui son charme et son accessibilité. Que ce soit dans Evolve (premier titre idéal pour une entame réussie), Across the Sky ou Don’t Wanna Say, les refrains sont dans l’ensemble très efficaces et, pour ne rien gâcher, les couplets se révèlent être tout aussi intéressants, bien construits et bien amenés. Ils sont le territoire de prédilection de Ryo qui y étale sa maîtrise dans des solos de guitare vifs et pas brouillon pour un sou comme on le subit trop souvent ailleurs. De son côté, SHIGERU en profite pour jouer les chauffeurs de salles. Les introductions, couplets et ponts font aussi intervenir divers accompagnements électroniques en playback, comme dans Across the Sky ou Mirage (morceau moins pêchu, type face B de single…). Dans ce dernier, une boucle mélodique plutôt grave au synthétiseur (plus haute que la basse, cependant) sert de clef de voute à toute la chanson… mais également de partenaire au guitariste pour un duo captivant. L’ensemble s’avère plus riche, plus fouillé et plus technique que l’équivalent féminin du week-end, le jeune quatuor SCANDAL. Tout n’est pas parfait pour autant : l’euphorie générale de fin de concert masque le rendu brouillon de la "trop facile" Trippin'Out et du rappel 10-years AFTER. Lors de ce final pop-rock puissant mais terriblement vide musicalement, la fatigue semble d’ailleurs venir à bout de SHIGERU, irréprochable durant les trois premiers quarts d’heure. On préférera retenir l’ambiance de folie et se remémorer une chanson comme la ballade ENISHI, très séduisante et originale avec son accompagnement traditionnel au shimasen et à la flute de bambou (selon toute vraisemblance).



AciD FLavoR est-il exceptionnellement touché par la grâce ? On se le demande… Surmotivé par la présence de caméras ? Possible et on connaît bien le phénomène… (n’est-ce pas, Moi dix Mois). AciD FLavoR était-il dopé par la folie ambiante ? A 200% et c’était même réciproque. A la sortie de cet excellent showcase/concert, l’une des révélations live de l’année en France dans la niche musicale asiatique, on se demande si le groupe a pour habitude d’enchaîner de tels shows, aussi spectaculaires et entraînants. Nous en aurons confirmation (ou pas) après leur concert en tête d’affiche à Paris le 31 octobre 2008 au Café de la Danse. Il est toutefois acquis que ces garçons possèdent un énorme potentiel scénique, capable de transcender les mélodies pop-rock de leur répertoire. Plus visuels que les visualeux, expressifs et designés comme des personnages de manga, ces Japonais ne pourront certes jamais faire l’unanimité (puisque notamment calibrés pour séduire la gent féminine), mais sous les projecteurs, ils valent bien plus que nombre de J-rockers poseurs à la notoriété usurpée. Quant à écouter leur musique le reste de l’année, le spectacle n’étant pas fourni dans la boite des CD, on s’en abstiendra poliment. Sur ce créneau purement musical, la concurrence reste rude… et la voix de SHIGERU, moins perçante à JAPAN EXPO, n’est pas toujours des plus supportables sur ces versions studio.

Eric Oudelet


Setlist :
01 - Evolve
02 - Primary Blame
03 - ENISHI
-MC-
04 - Across the Sky
05 - Don't Wanna Say
06 - Mirage
-MC-
07 - Trippin'Out
08 - Next Story
--EN--
09 - 10-years AFTER

A lire également : interview AciD FLavoR à Paris le 31 octobre 2008





Photos : Eric Oudelet, Sophie Héry et CINE QUA NON
Remerciements : JAPAN EXPO
Reproduction/réutilisation des photos et/ou du reportage strictement interdite.

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