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YANEKA : concert à Chibi Japan Expo 2 le 1er novembre 2008

C’était au festival Chibi Japan Expo 2 aux portes de Paris, au lendemain du fougueux concert de JAM Project (avec ses génériques de dessins animés chantés par leurs interprètes originaux - ultra-branché auprès des otakus) que s’est présenté un duo nippon atypique et encore méconnu, entre la paire J-pop anémique Jelly Beans (sic) et la kakkoi attitude de l’étalon-talonnette Aoi. Dans le brouhaha à bulles de ce marathon de trois jours, où se marcher dessus faisait partie du plaisir, il y avait aussi - ne soyons pas injustes - une poignée d’animations de qualité, tradi ou numérisées… Parmi elles, cette découverte musicale pour le plus grand nombre, dont le son, en plus d’être bon, ne ressemblait à rien de ce que l’on pouvait attendre dans ce vaste réservoir goods gélatineux. Ça s’appelait YANEKA !

Câbles, commutateurs lumineux ouvrant leurs fleurs à même le sol, jeu de guitares usées et tenues sans fioritures, aux airs de costume prêté par l’excentricité discrète des frangins. Elle au micro, lui à la gratte. Ruptures de ton imperceptibles dans une sorte de continuité astrale : le langage est extraterrestre, ou peut-être même extra-universel, enchaînement de piaillements mélodieux à qui l’émotion de l’interprète et sa performance physique confèrent sa miraculeuse logique. On a l’impression de comprendre, un peu comme lorsqu’on va à l’opéra sans parler allemand. Oui, c’était ça, YANEKA à ce moment-là : une séance d’exorcisme light, au charme risqué et voluptueux.



Parce qu’ils sont un peu curieux, à la base, les deux esthètes troubadours de YANEKA, la très féminine Chiyako (la vocaliste), pieds nus dans les embruns de la scène, et son bad boy musicos de frérot Yuichirô (le guitariste) entretenant sa nonchalance sexy en fond d’écran. Des paradoxes ambulants, à la fois aliens (dans le langage précité et le style inclassable) et totalement japonais, enfants d’une famille d’artisans réputés du Kansai perdus dans le Japon novo-névrosé des autoparodies boulimiques et des grotesqueries multicolores. Est-ce un hasard si leur musique, anti-Ai 0tsuka, pourfendeur pacifique du fast-food culturel, s’inspire davantage du rock anglais que de la production nipponne ? Mais attention : point là de prétentions post-culturelles ; leur son, parfois limpide et élémentaire, est une somme de leurs influences. Et leur tempo se laisse respirer : l’expérience dictée par leurs feelings du moment est pour sûr un train à prendre… à condition de savoir courir !

Parce que dans le cadre précité, assister à une "représentation" de YANEKA est une expérience, à défaut d’une rencontre du troisième type - Yui et Chiyako demeurant de bons vrais Nippons sous influence occidentale. L’expérience n’est-elle pas une denrée rare de nos jours ?



Première base, une mélopée unique à qui sa discontinuité donne des airs de concert réparti en morceaux. Certes ces morceaux ont des titres, c’était important pour l’album. Mais se souvient-on seulement d’un titre en particulier ? Les coupures intertitres ne leurrent pas : ce que chante YANEKA, ce n’est rien de moins qu’un opéra un peu débraillé, à la fois fouillis et minutieux dans son attention au moindre son, au moindre timbre, un opéra changeant simplement de timbre toutes les cinq minutes… Et Chiyako danse, et Chiyako prend un mégaphone et entrouvre parfois les yeux lorsqu’elle met un court terme à ses figures lascives (et ses halètements), centrée sur ses vocalises ensorcelées. Derrière elle et son imposant mètre soixante, Yui ne bouge pas de son axe, ou très peu, laissant le loisir à sa madone de sœur de jouer avec les éléments, dont la fumée de la scène qui, autrefois suffocante, à présent se meut. Il se contente de se balancer, tantôt, de changer de guitare, puis de battre le rythme dessus, lorsqu’il ne le génère pas. Parce qu’ils ne sont que deux, Chiyako et Yui, et qu’à deux, le challenge d’animer une scène est toujours plus élevé qu’à tout un groupe. Défi relevé : en tapant sur sa guitare sans faire son Matthew Bellamy (bref, en faisant son bohème ?), Yui rappelle l’élémentaire efficacité d’un son limpide s’il est suffisamment isolé. A la façon du King à Hawaii ou des White Stripes donnant à deux l’impression d’être une armée, mais dans un souci d’économie, Chiyako quant à elle compense leur faiblesse numérique par un talent de bruiteuse à la fois agréable au "toucher", mélodieuse, et amusante - dans le sens kawaii du terme, ces bruitages lui donnant de précieux airs de petite bête curieuse. On regrettera d’autant plus l’emploi démesuré des enregistrements en "faux" play-back (qu’ils enregistrent sur scène et laissent défiler en boucle), dénaturant la dimension un peu indigène - stricto sensu - du concert, bien que ceux-ci fassent partie des fondements du spectacle "yanékien".

Où tout cela va-t-il donc ? Le chaos, contrôlé, n’est qu’illusion d’ouverture périlleuse, mais à plusieurs reprises le duo frôle l’immersion de destruction. Le show est dénué de véritable climax, davantage un maelström de surbrillances inédites, et on en perd parfois le fil, sortant de ce "film d’ambiance" musical dans lequel l’implication du public, assez clairsemé ce soir et plus âgé que la moyenne des festivaliers, est cruciale. De la même manière, la "langue" de la chanteuse induit dans son absence de structure le risque naturel de se répéter. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? La beauté qui émane de la musique, mal dégrossie et pleine de ratés puisqu’encore jeune, n’en perd pas de sa force originale. De la même façon que Chiyako, pas encore rôdée à "entertainer" son auditoire décontenancé, n’est vraiment à l’aise que dans ses arabesques autistes, et tous ces petits défauts réglables passent à la trappe d’un charisme naturel, sur un sourire de l’un ou de l’autre. Ne demeurent à la fin que des modulations vocales d’une qualité impressionnante et chargées d’une émotion qui leur donne tout leur corps.



Ce n’est qu’à la lumière de leur musique symbiotique et un peu hors du monde donc, que l’on dégage des impressions des cultures du monde réel, qui ne cessent de traverser leur musique. Dans la marmite de la nouba atmosphérique, les rockeurs bohèmes s’imposent au fil de leurs apparitions comme un groupe à suivre de très près. Les fans, ou fans en devenir, pourraient se désoler que de si charmants jeunes gens soient maqués. Mais "we’re brother and sister… not couple !" précise avec insistance et en anglais Chiyako, les joues rouges. Oui, c’est vrai, on avait failli oublier. Dans ce cas-là… messieurs, mesdemoiselles les mélomanes nippophiles, tout peut aller. Prochains concerts à la Japan Touch de Lyon le 22 novembre, au Toulouse Game Show le 29, et à Anim'est le 13 décembre ; une tournée des conventions organisées par J-Music LIVE.

Alexandre Martinazzo


Setlist :
01 - Asuka
02 - Passing Through
03 - Free
04 - Solitude
05 - Ambient
06 - Run
07 - Rajasthan Tanze

A lire : l'interview de YANEKA le 3 novembre 2008


Photos : Eric Oudelet
Remerciements : Chibi Japan Expo 2
Reproduction/réutilisation des photos et/ou du live report strictement interdite

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