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GARI : interview à Paris le 25 octobre 2008

GARI, le groupe de fusion électro-rock qui avait fait trembler le grand amphi de JAPAN EXPO en 2007, créant au passage la plus grosse et positive surprise musicale du festival, revenait en France en octobre dernier à l’occasion de sa deuxième tournée européenne. Paris, Helsinki, Cologne, Lyon et Limoges… Les quatre Japonais agrandissaient cette fois leur terrain d'action à l'Allemagne et à la province française. C'est à l’issue de cette semaine de concerts que nous avons retrouvé YOW-ROW (chanteur), Yutaka Dokko (guitariste), Naoki Fujimoto (bassiste) et Kei Kusakabe (batteur). Malgré la fatigue, quelques maux de gorge et l'envie de profiter de leur week-end à Paris, ils ont répondu à nos questions avec leur gentillesse désormais légendaire.


Orient-Extrême : Un an après votre première tournée, comment se sont passées vos retrouvailles avec le public européen ?
Naoki Fujimoto, bassiste, se lance en toussant : J'ai la voix un peu bizarre [rire]. Nous sommes vraiment contents que le public se soit souvenu de nous plus d'un an après notre première tournée.

Orient-Extrême : Au concert de Paris, à la Scène Batille, nous avons trouvé le public assez méfiant au début. Peut-être qu’une bonne part des spectateurs ne vous connaissait pas ou n'avait pas forcément un profond intérêt pour le Japon comme c'était le cas à JAPAN EXPO en 2007. Avez vous ressenti cette différence sur scène ?
YOW-ROW, chanteur : JAPAN EXPO, c'était un grand festival et tout le monde ne pensait qu'à une chose : s'amuser. Cette année, le public nous regardait plus mûrement, et effectivement, nous l'avons bien senti.

Orient-Extrême : En Allemagne, vous venez d’assurer la première partie de Plastic Tree. Ce groupe de rock réputé œuvre dans un style qui n’a rien à voir avec le vôtre ; et le public devait être particulièrement différent de celui auquel vous êtes habitués ?
YOW-ROW : Je pense que partager la scène avec un groupe comme Plastic Tree a peu de chance d'arriver au Japon. Mais pour nous, cela ne change pas grand-chose. Peu importe le public devant lequel nous jouons, nous pensons surtout à transmettre notre musique. Concernant le concert en Allemagne, nous sommes heureux car le public, qui était un public typé visual kei, a très bien réagi à notre écoute.

Orient-Extrême : Avec les étonnants Sheraff, groupe français qui a fait la première partie lors de votre concert à Paris, c'était plutôt la communication qui pouvait être difficile. Vous avez réussi à vous comprendre ?
YOW-ROW : Effectivement, ils ne parlaient pas japonais, mais avec l'aide d'un interprète, nous avons pu discuter - entre autres - des artistes que nous aimions. Ils semblent qu'ils écoutaient tous pas mal d'artistes électro, parfois plus dance, parfois plus rock. Un peu comme moi, en fait…. Nous avions en commun des groupes comme Justice. Enfin, nous avons pas mal discuté… C'est un groupe avec lequel nous aimerions bien refaire quelque chose.

Orient-Extrême : La communication est très bien passée avec le public français. Vous aviez à peine besoin d’un interprète pour vous faire comprendre. Vous avez même tenté de demander des conseils pour vos sorties à Paris. Vous avez trouvé des lieux à visiter ?
YOW-ROW rit : Nous n'avons pas encore vraiment eu le temps de visiter Paris. Il faut dire que, jusqu'à hier, nous avions un emploi du temps assez chargé. Si nous avons le temps avant de rentrer, j'aimerais bien sortir demain et après demain.
Naoki : Oui ! Si possible, j'aimerais voir le Louvre !
YOW-ROW : Oui, il y a pas mal d'endroits où nous aimerions aller. Enfin… Rien que d'être à Paris, ça nous fait plaisir.

Orient-Extrême : Pour en revenir au concert de Paris, aussi bien YOW-ROW que Naoki, vous avez demandé au public de se taire par des gestes. Vous trouvez le public français trop bruyant dans son enthousiasme ?
YOW-ROW, en riant : Ça devait être au milieu d'un morceau où il y a un silence. Cela n'avait rien à voir avec le public ou quoi que ce soit, c'était juste un jeu de scène !
Orient-Extrême : Nous préférons avoir votre explication car on peut souvent lire, dans les interviews japonaises accordées par des groupes venant en Europe [NDLR : certains artistes se lâchent sur les Européens en pensant ne jamais être lus par eux], que le public crie beaucoup - parfois trop - pendant les morceaux, même les plus calmes…
YOW-ROW :
Ah, oui ! Ça ne doit pas être entièrement faux ! [rire] Par exemple, hier à Limoges, nous avons joué SLEEP SONG au rappel ; c’est un morceau très calme et les gens frappaient dans leurs mains pour marquer le rythme. Au Japon, en général, les spectateurs écoutent religieusement ce genre de morceau. L'attitude du public français est assez étonnante, mais ça ne nous gêne pas, au contraire.

Orient-Extrême : YOW-ROW, vous avez déclaré après la première tournée en Europe que les concerts à l'étranger vous avez apporté beaucoup d'énergie et de "plus". A quoi faisiez-vous référence ?
YOW-ROW : A beaucoup de choses... Comme je l'ai dit, le public européen a des réactions différentes du public japonais. En réponse, nous menons par conséquent nos concerts d’une autre manière. Par exemple, à cause de la barrière de la langue, nous avons du repenser notre manière de communiquer car nous ne pouvons plus nous exprimer que par la musique. Cela finit même par influencer la création des morceaux. Au Japon, sur une ballade, le public va être calme ; sur un morceau plus agressif, il sera plus excité. C'est assez codifié. Mais le public européen réagit plus au feeling, cela me surprend et à la fois m'inspire dans la composition de futurs morceaux. C'est en cela que les concerts en Europe sont devenus des "plus".

Orient-Extrême : Cela voudrait dire qu'il y a de nouveaux morceaux qui ont été inspirés par votre venue en 2007 ?
YOW-ROW : Actuellement, nous sommes en train de préparer un nouvel album et la plupart des morceaux ont été composés après notre première aventure européenne. Nous ne les jouons pas encore sur scène, à l’exception d’un titre en Allemagne. Ce sera sûrement un album influencé par notre passage en Europe.

Orient-Extrême : Quand prévoyez-vous de sortir ce nouvel album ?
YOW-ROW rit : Le plus rapidement possible. Je pense qu'après notre retour au Japon, nous allons commencer à enregistrer et nous le sortirons peut-être au printemps 2009. Nous avons beaucoup de compositions déjà prêtes, alors nous devrions pouvoir sortir deux albums l'année prochaine. Enfin… le groupe y réfléchit !

Orient-Extrême : Pourquoi ne pas avoir sorti un album plus tôt si vous aviez tant morceaux prêts ?
Tout le monde explose de rire…
YOW-ROW : Euh... et bien… Parce que les morceaux que nous avons déjà en stock... ils sortiront l'année prochaine ! En fait, c'est une histoire de timing. Ce n'était pas le bon moment. Nous allons donc probablement enchaîner deux albums en 2009. En repousser un à 2010, c'est un peu trop tardif ; et tout mettre sur un seul disque, ce n'est pas faisable. Et puis, comme nous n'avons rien sorti pendant deux ans... Mais pourquoi nous n'avons pas sorti d'album ?
Naoki :
En fait, nous avions effectivement des compositions, mais pas totalement terminées...
YOW-ROW : Après Masked [NDLR : dont une version boostée vient de sortir en Europe], nous avons fait plusieurs morceaux, mais nous n'étions pas satisfaits du résultat. Nous avons laissé passer un peu de temps et, récemment, nous avons trouvé ce que nous voulions faire.
Naoki : Et puis nous étions assez occupés par les tournées. Nous venions d'enchaîner les enregistrements de Neo Radio Station et Masked, et nous voulions nous concentrer un peu sur les concerts.

Orient-Extrême : Pouvez-vous nous en dire en plus sur le contenu de ces deux prochains albums ?
YOW-ROW : Ce seront des morceaux qui vont justement prendre en compte tous les concerts que l'on a faits ces derniers temps. Plus que titres que l'on écoutera tranquillement chez soi, ce seront des créations qui feront bouger les gens, qui donneront envie de danser. D’un point de vue du style ou du genre, ça restera dans la continuité de ce qu'a fait GARI jusqu'à maintenant, mais avec des éléments nouveaux.
Orient-Extrême : Vous voulez dire des morceaux plus dance, par exemple ?
YOW-ROW : Entre autres, oui.

Orient-Extrême : En ce qui concerne la récente sortie européenne de Masked+. Comment s'est passée sa création, en particulier l'ajout de remixes et la production du DVD ?
YOW-ROW : Ça fait deux ans que Masked est sorti au Japon. Pour la version européenne, nous voulions y ajouter de la nouveauté. C'est ainsi que nous avons décidé d'y mettre le DVD avec le concert filmé à JAPAN EXPO l'année dernière, ainsi que de nouveaux remixes que je venais de terminer. Je pensais les faire écouter en avant-première au public européen.

Orient-Extrême : En 2007, quand vous nous aviez dévoilé vos projets, vous parliez de morceaux en préparation avec des instruments que GARI n'utilise pas d'habitude, comme la guitare sèche, etc. Ces morceaux, ce sont les remix de la version européenne de Masked ?
YOW-ROW : Il se peut qu'effectivement, au moment de cette interview, j'avais certaines idées en tête, et elles ont dû prendre forme dans ces remixes. Mais en fait, je ne m'en souviens plus trop... [rires]

Orient-Extrême : Sur le t-shirt de la tournée européenne 2008, il y a le mot "garyu" calligraphié, comme on a pu le voir sur une banderole attachée devant la batterie. C'est un nouvel emblème pour le groupe ?
YOW-ROW :
Quand nous sommes venus la première fois, nous avons senti que ce qui attirait beaucoup le public, c'était notre origine japonaise. De ce fait, plutôt que le logo actuel ("GARI" écrit en alphabet latin), nous avons pensé qu’un design "plus japonais" pourrait davantage plaire au public européen. Un nom en kanji (caractère chinois) par exemple, en hiragana ou en katana (syllabaires japonais)… Alors à notre retour dans l’archipel, nous avons beaucoup réfléchi pour créer cette calligraphie. Je pense que nous allons de plus en plus utiliser ce "garyu" à la place de "GARI" au Japon, et encore davantage à l'étranger !
Orient-Extrême : Faut-il le lire GARI ou GARYU ?
YOW-ROW : C'est écrit "garyu" mais, peut-être que GARI convient mieux ?... Il s’agit d’une transcription un peu arbitraire du non du groupe en kanji. C'est une amie de sa mère [YOW-ROW désigne le batteur Kei Kusakabe] qui nous a fait cette calligraphie !
Orient-Extrême : Vous avez dit avoir beaucoup réfléchi pour trouver ces caractères, ça ne peut pas être si arbitraire… Pourquoi vous êtes-vous arrêtés sur ce choix ?
YOW-ROW : Au début, nous pensions tout simplement trouver un caractère pour "ga" et un pour "ri". Mais nous ne trouvions pas de mot unique "gari" qui ait une signification intéressante vis-à-vis du groupe. Pour cette raison, nous avons décidé de prendre "garyu" : faire à sa manière, être original. Nous trouvons que ça colle bien à ce que GARI veut être.

Orient-Extrême : YOW-ROW, dans une interview donnée au Japon, vous dites que ce retour en Europe est comme "prendre une revanche". Une revanche sur quoi ?
YOW-ROW : Ooohhh... En résumé, quand nous sommes venus la première fois, il y a des choses que nous pensions faire mais que nous n'avons pas pu accomplir car nous n'étions pas habitués. Pour les gens qui sont venus nous voir, ça a du passer inaperçu ; mais nous, nous avons vraiment vécu certaines choses comme des défaites. Et ce sont ces choses que je pensais corriger cette fois.
Orient-Extrême : Très intéressant ! Quelles sont ces "choses" ?
YOW-ROW : Des choses très banales... comme ne pas tomber malade pendant la tournée. En 2007, je ne me sentais pas bien et, par conséquent, je n'ai pas pu assurer de bonnes prestations. Et puis nous avons eu des problèmes avec le matériel. Nous avons repensé le système pour être certains que ça ne se reproduise pas et, cette fois, le concert s'est bien passé.
Orient-Extrême : Effectivement, d’un point de vue spectateurs, rien ne s’était et ne s’est remarqué !
YOW-ROW rit : Pourtant, c'est arrivé plusieurs fois l'année dernière ! Mais ces derniers jours, nous avons veillé à nous coucher tôt avant les concerts. Nous avons acheté des médicaments par précaution et, jusqu'à hier soir, tout le monde était en forme. Nous n'avons pas eu de problème de matériel, alors je pense que c'est une tournée européenne bien plus réussie que la première.
Orient-Extrême : Alors vous pouvez dire que vous avez pris votre revanche ?
YOW-ROW avec un grand sourire : Oui !

Orient-Extrême : Pour finir, une question pour vous, Dokko. Votre costume est toujours impeccable, parfaitement repassé avant, pendant et après le concert... [tout le monde rit] C'est quoi votre truc ?
Naoki :
Oui, ton truc pour ne pas avoir de pli !? Tu le repasses ?
Yutaka Dokko, guitariste : Non, je ne le repasse même pas. En fait, c'est un costume que j'ai acheté d'occasion, et le tissu est de très bonne qualité ! Même si je veux mettre des plis, je ne peux pas ! Il redevient lisse quoi que je fasse. Pour une raison inconnue, il garde son aspect super lisse en toutes circonstances ! Mais pendant le concert, je transpire, le costume aspire ma transpiration et, en séchant, ça enlève un peu les plis !

On espère que le public européen aura la curiosité de (re)découvrir le travail passé, présent et à venir de ce groupe généralement sous-estimé ; car sa musique rock et électronique, très accessible et diablement addictive en live, remporte tous les suffrages !



Interview réalisée par Lorraine Edwards le 25 octobre 2008
Remerciements : Soundlicious et GARI
Photos concert : Eric Oudelet
Reproduction / réutilisation de l’interview et / ou des photos strictement interdite.

A lire également :
- Reportage sur le concert parisien de la tournée européenne 2008 [à venir]
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