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YANEKA : interview à Paris le 3 novembre 2008

Après avoir assisté à leur modeste mais très stimulant concert durant Chibi Japan Expo 2, votre serviteur a interviewé les sacrés numéros de YANEKA, un duo "rock bohémien" japonais formée par un frère guitariste et sa petite sœur braillarde (mais précoce). Et quelle interview ! Réfugiés au fin fond du carré beatnik de l’Imprévu, fameux bar du centre de Paris, les jeunes artistes fraîchement débarqués, enfants de la bourgeoisie d’Ôsaka mutés en bohèmes rockeurs parisiens qu’un malheureux trait d’esprit pourrait de fait qualifier de bobos, n’ont pas hésité à se lâcher pour notre micro. La scène nous avait montré ce qu’ils ont dans le ventre… Un petit complément d’information ?


Orient-Extrême : Vous n’êtes pas (encore) connus en France… Pouvez-vous nous faire une petite présentation rapide ?
Chiyako, songeuse, puis souriante :
Alors !... Nous sommes YANEKA… Je suis la vocaliste, Chiyako…
Yuichirô : … et je suis le guitariste, Yui ; nous sommes frère et sœur. Nous avons formé YANEKA en 2005, après avoir quitté un groupe que nous formions avec d’autres musiciens. Depuis nous avons pas mal bougé, en Suède, beaucoup en Angleterre, et nous avons sorti deux albums.
Orient-Extrême : …dont le second est sorti au Japon en juin dernier, mais pas encore en France.
Chiyako :
Non en effet, mais ça ne va pas tarder : on le sort en janvier de l’année prochaine.

Orient-Extrême : Bonne nouvelle ! Que signifie "YANEKA" ?
Chiyako :
YANEKA, c’est avant tout le nom de l’entreprise de nos ancêtres qui se sont spécialisés dans la construction de théâtres No, de temples bouddhistes et de toits de sanctuaires. Cela se poursuit depuis 17 générations dans la famille Maeda. Et c’est ce qu’il doit faire lui aussi… [dit-elle en pointant son frère du doigt]
Yuichirô, avec un regard rancunier : Ce n’est pas ce que je DOIS faire… [rires], mais c’est vrai qu’il y a cette culture du relais au Japon, où la tradition doit se perpétuer de père en fils. Je suis la 17ème génération… et c’est un peu pour toutes ces générations que nous avons décidé de donner le nom "YANEKA" à notre groupe, pour la "perpétuer" à notre façon… Pour ce qui est de la signification du nom, ça donne en anglais "happy home roots" [NDLR : les racines d’un chaleureux foyer] ; je ne sais pas si c’est un hasard, mais voilà, nous sommes frère et sœur, notre duo fonctionne comme ça, nos parents soutiennent notre musique, c’est l’essentiel…
Orient-Extrême : C’est un peu votre family business.
Chiyako :
Oui, c’est un peu ça. [rires]

Orient-Extrême : Au sujet de votre consanguinité… Vous ne la cachez pas à votre public ; vous l’annoncez dès l’entrée de vos concerts, "we’re brothers and sisters", en ajoutant "not couple !", signifiant que vous refusez d’entretenir la moindre ambigüité. Serait-ce une façon détournée de dire à vos fans avides : "attention, nous ne sommes pas un couple, donc n’hésitez pas à tenter votre chance !" ?
Les deux éclatent de rire.
Chiyako :
En fait, pour moi en tous cas, ça ne part que d’un sentiment, le malaise que j’ai ressenti quand j’ai appris qu’on nous prenait pour un couple… C’est la raison pour laquelle je tiens à l’annoncer clairement à chaque fois ! [rires]
Yuichirô : Il y a de ça. Et nous le revendiquons aussi parce que c’est une façon de gagner plus facilement la confiance des gens. Ils se sentiront plus proches de nous et nous soutiendront davantage en comprenant que notre lien, c’est du solide.
Orient-Extrême : C’est donc ça : la famille, c’est sacré ; ce n’est pas fragile comme ces couples qui se font, se défont…
Yuichirô et Chiyako :
Oui, oui…
Orient-Extrême : Donc, vous ne dîtes pas du tout ça pour faire rêver vos fans…
Chiyako, couvrant son frère disant "il insiste !" :
Mmh… Bon, si, de temps en temps ! [rires]
Yuichirô : Si ça leur plait, tant mieux ! Ça nous convient tout à fait que ça leur plaise [rires]. J’ai déjà eu des histoires, elle aussi… mais nous ne sommes pas des idoles pop/rock. Ce n’est pas notre objectif… qui est séduire les gens avec notre musique. On pourrait tout aussi bien ne pas montrer nos visages sur scène, comme certains… mais ce n’est pas très important.

Orient-Extrême : Ça, vous verrez quand vous aurez passé un certain temps chez nous. A ce propos, vous avez emménagé récemment à Paris… Comment ça se passe ?
Chiyako :
Bien, mais difficilement, pour tout dire ! D’abord parce qu’on ne parle pas la langue… Ensuite parce que vos habitudes, vos comportements n’ont rien à voir avec les nôtres. Donc, comme souvent, nous partageons un sentiment d’excitation et d’inquiétude.
Yuichirô : Mais au fond, ce n’est que du positif. C’est vrai : nous sommes "nouveaux" ici. Nous n’avons rien derrière nous, plus qu’à avancer, prendre le train en marche, sans nous soucier du reste…
Orient-Extrême : "Rien derrière vous" ?
Yuichirô :
Oui, c’est une expression qui vient des Chinois… Si un torrent d’eau fonce vers vous par derrière, vous n’avez d’autre choix que d’avancer. Ça veut dire que nous n’avons aucune "sécurité" pour l’instant, et cette insécurité est plutôt stimulante. En fait, notre train en marche, c’est notre musique ; et ce nouveau climat ne peut que nous influencer à ce niveau. Ça va être dur, mais si nous y arrivons. En faisant des découvertes et des rencontres, nos créations auront tout à y gagner.

Orient-Extrême : D’une certaine manière, vous voulez établir à travers la musique une connexion avec les gens d’ici ?
Chiyako :
Oui ! L’art et la musique se comprennent l’un l’autre, par-delà les frontières. C’est un moyen de communiquer sans passer par le langage. Il y a les tons, il y a le rythme, le "beat"… C’est pourquoi une bonne partie de nos chansons n’ont pas de langage intelligible.

Orient-Extrême : Dans ce cas-là, justement, comment s’appelle ce langage qui fait beaucoup de concurrence au japonais et à l’anglais dans nombre de vos titres ?
Chiyako :
Je n’en sais rien ! [rires]
Orient-Extrême : Tu ne connais pas ta propre langue…
Chiyako rit de nouveau :
Je ne me connais pas moi-même ! Je saisis le langage sur le moment, quand nous créons la musique, quand naissent les sons. On pourrait dire que je saisis le "langage des sons"… Il y a par exemple des chansons japonaises qui emploient dans leurs paroles de très anciens mots, qui n’ont rien à voir avec le japonais courant, tout simplement parce que c’est plus beau. Pour moi, le langage et la musique ne sont pas deux choses opposées. Partant de là, je crée des sons qui s’apparentent à des mots, qui n’ont pas de sens vraiment clair, mais qui portent en eux une émotion, une sensation. A un moment, sur la création de la chanson Black coral, je vais avoir envie d’imiter le rap italien, avec ces "r" roulés. [Chiyako fait une démo…]

Orient-Extrême : En fait, les Japonais croient sonner italien en faisant ça, mais on est plus proche du Moyen-Orient, ou des Irlandais [Chiyako rougit à la nouvelle en se marrant]. D’ailleurs, en t’écoutant, j’ai parfois pensé au chant irlandais traditionnel… voire aux Cranberries. Vous connaissez ?
Chiyako, enjouée :
Oui, bien sûr ! On écoute beaucoup de rock irlandais, même écossais.
Yuichirô, l’air de faire une confidence : Ma guitare acoustique, je l’ai achetée en Irlande… Elle fait partie de celles au "tunning traditionnel" qu’ils utilisent à Riverdance. On peut donc dire que la musique d’Europe du nord nous influence certainement, comme dans une moindre mesure la musique indienne, par exemple… ; la plupart des musiques traditionnelles, en fait. Mais l’inspiration peut vraiment venir de partout, de l’ancien comme du nouveau, même de simples bruits. Du bruit peut constituer une musique. L’important est la perception, l’image que nous, nous en tirons. Notre "lecture" du bruit.



Orient-Extrême : C’est vrai que nous avons eu ce sentiment en assistant à votre concert, que vous créiez des sons en partant d’un rien [les deux acquiescent]. Vous arrive-t-il parfois de partir à la recherche de sons, comme les ingénieurs du son de l’industrie cinématographique qui se baladent avec leurs enregistreurs et leurs micros ?...
Yuichirô, après un silence amusé :
Eh bien, tu tapes en plein dans le mille, puisque j’ai été ingénieur du son ! [rires]
Orient-Extrême : Tout s’explique… c’est ta formation ?
Yuichirô :
J’ai principalement pratiqué ce métier pour gagner ma vie ; mais oui, c’est ma formation. On peut dire que je suis autant un ingénieur du son qu’un musicien. Enfin… [il réfléchit] Peut-être davantage un musicien quand même [rires], parce que je n’aime pas m’arrêter au son dans la musique. En ne faisant que ça, on finit par se lasser. J’ai besoin d’un esprit, d’une démarche, comme ce qu’exprime notre musique, et qui n’a pas besoin de mots. Je n’ai pas envie de dire des conneries du genre "j’aime le thé". Non, pour moi, la musique doit dire des choses autrement imperceptibles. Ca peut aussi être une odeur… un souvenir… n’importe quoi, tant que ce n’est pas clair.
Chiyako : C’est un peu comme… de l’impressionnisme en musique. C’est un peu comme quand j’entends un son dans un rêve, dans mon sommeil… un son provenant de ce monde irréel. Ça aussi, ça a beau de ne pas être clair, ça persiste quelque part dans ma mémoire ; et parfois, ça s’impose à moi de façon… quasi-évidente à mon réveil. Mais je reconnais que c’est très abstrait. [rires]

Orient-Extrême : Abstraction ou pas, vous avez un sixième sens parce que ça a beaucoup d’effet mis en musique. Chiyako, ton histoire "d’impressionnisme musical" n’est toujours pas très claire. Comment parvenez-vous, techniquement, à mettre au point votre musique atmosphérique sur une base aussi ténue ? Le désir d’une atmosphère précise vous met-il par exemple sur la piste de sons ?
Yuichirô, songeur :
C’est parfois difficile d’approfondir ce genre de choses pourtant essentielles… Chiyako parlait de sons. Pour moi, là aussi, ça peut être n’importe quoi [il prend la touillette de son cocktail et avec bat la mesure sur son verre à moitié plein]. Ça peut être ça par exemple. Ça peut être la batterie pour une chanson. Quand j’utilise ma guitare, quand je joue avec, quand je l’ai dans les mains, je ne la vois pas comme une guitare. Si je ne m’en tiens qu’à sa fonction de guitare, cela revient à me limiter, ainsi qu’à limiter l’usage que l’on peut faire de cet instrument. Si je la vois comme un de nos nombreux instruments, de la même manière que nos voix, d’ailleurs, ça devient des "plus alpha". On joue avec ces outils, on fait du "voice over", du "guitar play over", et cela devient progressivement une petite orchestration. C’est ce que nous recherchons.
Chiyako : L’important aussi est que cette orchestration… n’est qu’une affaire de sons. C’est très important, mais ce ne sont que des sons. Il ne faut pas y chercher de message. Des émotions, oui ; mais pas de message. Bien sûr, ce n’est pas comme si mon frère et moi n’avions rien à dire ! Mais je ne veux pas tout dire. Je ne veux pas être trop explicite…
Orient-Extrême : Est-ce parce que tu souhaites laisser ton public penser par lui-même ?
Chiyako :
Exactement. Je suis celle qui jette la pierre dans l’eau. Cela crée forcément un impact, une onde. L’eau, c’est un peu l’audience. Je peux "jeter quelque chose" à l’audience ; elle est ensuite libre d’interpréter l’onde comme elle le veut. Si elle est capable d’ajouter sa pierre à l’édifice, de sorte à "conclure" mon art, c’est parfait - parce que je ne peux pas finir seule. Il doit y avoir celui qui envoie et celui qui reçoit, un échange pour que la musique trouve sa raison d’être.

Orient-Extrême : Tu en parles presque comme d’un acte sexuel, c’est très bien [rires de YANEKA]. J’étais en train de penser que vous êtes deux sacrés numéros. Vous êtes à la fois très influencés par la pop-culture occidentale, et tout à fait japonais dans votre approche des choses - le grand paradoxe de la mondialisation, hop. Vos instruments viennent de chez nous, mais votre façon de les utiliser n’a rien à voir avec la nôtre…
Chiyako :
Oui. Bon, il faut savoir que j’ai pratiqué le chant japonais traditionnel, plus précisément le nagauta (littéralement : long chant), lié au kabuki et au buyô - le "truc" des geishas.
Orient-Extrême, un peu paniqué : Euh, excuse-moi de te couper, tu as fait… geisha ?
Chiyako :
Non justement, c’est pour ça que je me suis enfuie très tôt ! [rires] Je pensais à mon avenir et je me disais : "je ne pourrai JAMAIS devenir une geisha !" [rires] Bref, malgré tout, j’ai toujours énormément respecté le nagauta qui est pour moi l’un des fondements de la musique japonaise, mais qui a aussi énormément de connexions avec la musique indienne ancienne, la musique chinoise ancienne… et espagnole, et gypsy, et suédoise [NDLR : n’ayez pas peur c’est fini] ; un peu comme si les "musiques raciales" partageaient une sorte de sens commun. C’est ce qui me passionne. Quand nous avons été en Suède, je me suis donc beaucoup penchée sur les "vibrations" de leur style de chant, et les similitudes que j’y ai trouvées avec notre chant à nous m’ont permise d’en tirer pas mal d’inspirations.
Orient-Extrême : Tu es en train de nous parler d’une sorte de "vague universelle" qui transcenderait les différences culturelles, là…
Chiyako :
Oui, parce que ces musiques-là sont bien plus proches des fondements de la nature humaine, qui pour moi ne changent que très peu d’un point à un autre du globe. Cette musique, ces sons originels, ne sont pas nés d’influences ; ils sont juste nés, comme ça.

Orient-Extrême : C’est une conception qui se défend. Je me disais tout à l’heure que vous aimez le challenge… et c’est vrai : vous venez pratiquer ce genre de musique et défendre cette approche à la fois intellectuelle et cultivée dans LE pays où l’on aime le plus parler !
Yuichirô (alors que sa sœur acquiesce de la tête) :
C’est pour ça qu’on est là ! Et que l’on voyage, aussi. Vous autres Français, vous nous appelez les "rockeurs bohèmes". Moi, ça me va très bien parce qu’à chaque fois que nous avons été en contact avec des gens d’autres pays, nous tirions quelque chose de leurs interprétations, à chaque fois différentes, de notre musique.

Orient-Extrême : C’est ça. Vous êtes donc deux rockeurs bohèmes, qui parfois sortent sillonner les rues de Paris pour écouter, pour observer…
Chiyako :
Oui ! Ici, même les pigeons sont différents.
Orient-Extrême : Les p… les pigeons ?... Les oiseaux ?
Chiyako (alors que son frère laisse échapper un "je ne vois pas du tout de quoi elle parle") :
Bien sûr ! Le caractère des pigeons parisiens n’a rien à voir avec celui des nôtres.
Orient-Extrême : Ah oui, les pigeons d’ici sont très sociables.
Yuichirô :
Ouais, non… Finalement, je suis d’accord.
Orient-Extrême : Ça a une explication tout à fait concrète. Les pigeons, voyez-vous, sont en France - et spécialement à Paris - les seigneurs des terres. Ils y règnent depuis très longtemps, et n’ont jamais été vaincus. Les vôtres ont par contre pris une sacrée branlée par le camp des corbeaux, qui a pillé toutes les ressources, d’où leur taille actuelle. Tout ça pour dire que si les pigeons tokyoïtes ne te paraissent pas très sociables, c’est juste parce qu’ils sont effrayés. Enfin bref, voilà, c’était ma théorie.
Chiyako rit :
Merci de nous avoir appris quelque chose d’aussi capital !

Orient-Extrême : De rien. Je repensais à votre côté bohème, et à ce que vous me disiez tout à l’heure : vous refusez de tout analyser et vous suivez plutôt vos émotions. Chiyako, ta façon de danser [Chiyako se cache derrière un coussin] est chorégraphiée ou tu improvises sur le moment ?
Chiyako, à nouveau rouge :
J’ai… des images de ce que je veux - ou dois faire - sur scène, sur le moment. Et quand je me mets à danser, je rentre dans une boite… qui se ferme et dont la sortie disparait. Je visualise cette boite, et je danse comme si j’essayais de trouver la nouvelle sortie. Je m’imagine perdue… C’est ça, qui me permet de danser.

Orient-Extrême : Si j’essayais de sortir d’une boite, ça aurait une autre allure, mais soit ! Partant de ce principe, il vous suffit d’avoir une "image" suffisamment claire pour "performer" ?
Chiyako :
Oui… mais ce n’est pas si facile que ça [rires]… Parfois, on se bagarre.
Yuichirô : Simplement parce que c’est fondamental ! Il y a des fois où quelque chose me vient, mais c’est très abstrait ; ça ne tient qu’à l’image que j’ai dans ma tête, et au moment où je lui explique, elle ne comprend pas… quelque chose lui échappe ou j’oublie quelque chose. Mais dans tous les cas, sans cela, on ne peut pas composer ensemble. Quand ce genre d’image te vient, c’est puissant, mais très fragile, fugitif. On croit tenir l’image ; puis la seconde d’après, c’est parti. Mais c’est pour ça que je suis si content que l’on soit en France. Ça ne fait qu’une semaine et on a eu d’autres choses à faire, et pourtant en si peu de temps, on a déjà composé plusieurs chansons ! C’est grâce au fait que nous sommes dans la même galère, plus encore qu’avant, et que nous avons donc partagé de nombreuses choses communes ces derniers temps. Si nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, ou que l’on se hait complètement, ça ne fonctionne pas. Oui, ça nous arrive, de nous haïr ! [rires]

Orient-Extrême : … sauf que vous, bien que vous vous haïssiez en tant que frère et sœur, vous devez rester les meilleurs copains pour créer [ils acquiescent, l’air résigné]. C’est un bon remède… En parlant de créer, qui s’occupe de quoi dans votre formation ?
Yuichirô :
J’amène mes idées, des couleurs, des sons ; puis Chiyako s’occupe de la mélodie… parfois des textes [rire mystérieux de l’intéressée]… Parfois, je dois lui amener des sons et des idées clairement exprimées… Parfois, il suffit que je parvienne à lui communiquer mon image et, partant de là, on crée vraiment ensemble. Ça peut tenir sur un rien. Il n’y a pas UNE façon de procéder, comme ça peut être le cas chez certains groupes.
Orient-Extrême : Cela suppose que vos visions du monde, si je puis me permettre l’expression un peu pompeuse, sont suffisamment proches. C’est le cas ?
Yuichirô :
Oui, très…
Chiyako : Si ce n’était pas le cas, on ne pourrait simplement pas faire ce que nous faisons ! Mais ça va plus loin… jusque dans nos goûts vestimentaires… dans notre opinion des gens… toute notre manière de penser… mais ça, nous le partageons également avec nos parents !



Orient-Extrême : Moi qui commençais à trouver votre côté fusionnel un peu flippant. C’est très différent de la réalité des récentes générations de jeunes adultes qui se sentent de moins en moins connectés à celles de leurs parents, ça…
Yuichirô :
C’est essentiellement la faute de l’individualisme que vous nous avez apporté, et de notre manque de communication. La raison pour laquelle tout va plutôt bien dans notre famille, c’est que, quand il y a un problème, nous en parlons rapidement. Ainsi, rien de grave ne peut durer. Nous avons quitté un groupe dans lequel nous étions, il y a quelques années, parce qu’un ressentiment clair était né de certains points de divergence, et qu’aucun de nous n’en parlait… Ce groupe avait tout ce qu’il fallait pour devenir célèbre, sauf… le lien intime entre ses membres. Après coup, je me suis dit : "La musique est tout pour moi ; à quoi bon jouer avec des gens pleins de haine alors que je peux jouer avec l’inverse en cherchant bien ?". Chiyako est comme moi. On ne cherche pas à être fashion, à faire de la musique pour coucher, à être cools.
Chiyako : Ce n’est pas que l’on refuse cette manière d’être, c’est juste que l’on passe à travers. Ça n’a pas d’avenir. Ça n’a pas d’avenir parce qu’en se comportant comme ça, on vieillit très mal ; et une fois vieux, notre laideur intérieure ressort. Je pense qu’il vaut mieux ne pas se mentir à soi-même, accepter ses défauts, ainsi que le cours naturel des choses…
Orient-Extrême : Vous vous moqueriez donc du style…
Chiyako :
Oui… mais pas du mien ! De celui qu’on essaie de nous imposer, et dont tu parlais à l’instant. Mon frère et moi partageons ça, aussi. Nous ne rejetons pas la mode ; c’est juste que, naturellement, nous faisons sans. Et nous souhaiterions que tout le monde fasse de même !
Yuichirô : Tu vois ce que je porte ? Ce sont des vêtements qu’un ami à confectionnés pour moi, ils n’existent nulle part ailleurs. J’adore ce qui est original.
Orient-Extrême : Il faut juste faire attention à la posture ; à ce que ça ne soit pas systématique. Ce serait dommage de n’aimer QUE ce qui est super-original ou inconnu sous le prétexte que ce qui est connu est forcément nul.
Yuichirô :
Honnêtement, je m’en fiche. Je fonctionne au feeling comme je te le disais tout à l’heure. Ma musique préférée, c’est celle d’amis musiciens…
Chiyako, l’air coupable : Mais parfois, ces amis-là sont connus !

Orient-Extrême : Malgré tout… excusez-moi, mais comment se fait-il que la plupart des musiciens japonais que l’on interviewe ne citent que des artistes occidentaux à la question de leurs influences, alors que le Japonais moyen est connu pour écouter majoritairement de la musique de chez lui ?
Chiyako, l’air très étonné :
Ah bon ? C’est vrai que nous avons toujours été dans un cercle… [songeuse] Nous ne connaissons pratiquement rien à la J-pop ou au J-rock.
Yuichirô : Soyons honnêtes, nous n’aimons simplement pas la J-pop et le J-rock. Tu mets le doigt sur quelque chose. Au fond, je m’intéresse beaucoup à tout ce qui est traditionnel dans notre pays parce que le Japon moderne est, pour moi, du toc. Tout y est faux. Moi, je veux écouter, entendre, sentir des choses réelles.
Orient-Extrême : Il faudrait savoir situer ce "Japon réel". Même le Japon historique n’est que le produit d’une migration puis d’une influence sino-coréenne énorme.
Yuichirô sourit :
Alors… je dirais que ce n’est qu’une question de temps. Nous avons eu des siècles pour digérer ces influences culturelles et nous les approprier. Alors que le Japon moderne… Et puis, les traces des premiers habitants du Japon, qui ont précédé l’arrivée de nos ancêtres, n’ont pas disparu. Il y a par exemple ceux de Hokkaido qui, un peu comme les vrais Okinawaïens, ont un physique très, très différent de celui du Japonais moderne.
Chiyako : c’est un peu pour cela que nos inspirations chinoises ou coréennes sont d’autant plus naturelles. Peut-être qu’avant d’être Japonais, nous sommes asiatiques…

Orient-Extrême : A ce sujet, le vêtement que tu portais au dernier concert… ce n’était pas un kimono, et en même temps, ça en avait quelque chose. Il a une histoire ?
Chiyako, visiblement contente d’aborder ce sujet :
Hum ! C’est une sorte de kimono… mixé avec une espèce de robe [rires]. J’aime beaucoup mélanger musique et mode. Mais je vois où tu veux en venir… C’est une amie créatrice qui a imaginé ce vêtement. Elle l’a fait sur la base d’une discussion que j’avais eue avec elle, au sujet du mélange… C’est un peu de ça qu’il est né ; de ce désir personnel de réunir, dans ce kimono-robe, des morceaux de culture chinoise, japonaise, coréenne, européenne…

Orient-Extrême : Laisse-moi récapituler. Tu t’habilles avec des vêtements qui n’existent nulle part ailleurs… Tu chantes dans une langue qui n’existe pas du tout… Toi et ton frère tenez vraiment à vous différencier du lot ! [rires]
Yuichirô :
Franchement, encore une fois, ça n’a rien de volontaire. C’est naturel.
Chiyako : Et puis, il ne faut pas oublier que ça dépend des endroits où l’on se produit ! En Europe, on sait que les gens veulent voir quelque chose de vraiment japonais, asiatique…
Orient-Extrême : Aaaah ! C’est bien ce qu’on pensait. Tu t’es habillée pour les gaijin !
Chiyako éclate de rire :
Noooon ! Bon, d’accord, un peu [rires]. Mais je ne voulais pas non plus oublier mon identité japonaise… ça me rassurait un peu. Je devais aussi rappeler aux gens combien notre culture est passionnante ! [rires]

Orient-Extrême : Vous êtes donc deux jeunes gens très attachés aux traditions, d’où le nom de votre premier album, Roots (racine, en anglais). Mais voilà que vous nommez votre second album You’re free. Est-ce une façon de rappeler que malgré tout, votre originalité, votre liberté, comptent avant tout ? Et puis… "free of what" ?
Chiyako :
"Free… of ourselves".
Yuichirô : Oui, de nous-mêmes. Ou peut-être plutôt de la vie que l’on se croit obligés de mener sans vraiment en profiter. Je pense à une situation universelle que l’on peut trouver n’importe où : à ces gens dans des cages ; des cages qui s’appellent "travail", ou "temps". Notre principal sujet de concentration sur ce second album a été d’aider les gens à s’échapper de ces cages ; ne serait-ce que l’espace de quelques secondes, pour qu’idéalement reste en eux, une fois nos chansons oubliées, cette idée de se libérer.
Chiyako, très sérieuse : Bien sûr, tout cela est lié à la société japonaise, très… contrôlée. Je ne dis pas que nous sommes contrôlés par elle. Je pense que nous avons assez voyagé pour l’éviter. Mais parfois, comme le disait Yui, on se crée nos prisons. La porte va être grand ouverte, mais on ne la voit pas ; ou bien on se ment à nous-mêmes, on se dit qu’on n’y arrivera jamais. Dans ce cas-là, tout n’est qu’une question d’interprétation : si on change de vision, peut-être va-t-on me libérer dans l’instant ? Peut-être que je vais dorénavant pouvoir aller où je veux !?

Orient-Extrême : Faire croire dur comme fer certaines choses immuables aux gens est le "coup" de nos sociétés. Par exemple, que ça ne dépend pas d’eux… tout en leur vendant un individualisme de supermarché. Vous semblez, à travers votre musique, promouvoir un autre type d’individualisme, plus… authentique ?
Chiyako :
C’est possible… L’individualisme japonais a été essentiellement importé par les Occidentaux, là aussi.
Yuichirô : Quand nous étions enfants, nos parents nous emmenaient en Inde quatre fois par an, en plus d’autres pays du monde. Nous avons donc pu voir pas mal de choses... assez pour nous dire, une fois de retour, "Wouuuah, on a VRAIMENT tout au Japon. Nous sommes un pays riche et nous pouvons avoir tout ce que l’on veut, alors qu’en Inde… la misère est totale. Mais alors, comment se fait-il qu’ils paraissent plus heureux que nous, Japonais ?" Quand nous étudions dans les écoles indiennes, c’était pauvre et un peu le bazar, mais ça n’avait rien d’étouffant comme dans les classes japonaises. Il nous a très vite semblé que nous nous perdions dans des objets… dans un matérialisme sans valeur. Puis nous sommes allés vivre à Londres ; et là, nous avons découvert un pays où le sentiment de liberté vient du fait que personne n’a rien à faire de rien. On pouvait s’y habiller n’importe comment. Si on voulait travailler dur pour réussir, personne ne nous en empêcherait ; si on voulait passer notre vie à ne rien faire, même traitement. Euh… dis, c’est pareil ici ? [rires]
Orient-Extrême *mode franco-français on* : Non, je vous rassure. Eux vont droit dans le mur, nous avons plus de chances de nous en tirer.
Chiyako :
Si ce n’est pas à la mode japonaise, ça va [rires]. Au Japon, le problème est qu’un sentiment doit être partagé par le groupe. Les gens ont peur de s’exprimer. Pas ici [elle rit en voyant notre acquiescement] ! Quand on a composé notre premier album, j’ai ressenti ce vif besoin de retourner en Inde. J’étais devenue une adulte…, j’avais besoin de savoir que mon sentiment n’avait pas changé. Alors j’y suis retourné, après la sortie de Roots, et rien n’avait changé ! Je me suis posé la même question qu’à l’époque : qu’est-ce que le bonheur ? Bien sûr, les Indiens riches affichaient beaucoup plus leur richesse qu’avant. Ils avaient portable, iPod, toutes ces choses… mais ils avaient l’air nerveux, agressif. Les gens pauvres, eux, étaient toujours aussi pauvres, et n’avaient pourtant toujours pas l’air de se plaindre. Au contraire, on sentait chez eux une réelle… solidarité. Normale, nécessaire, tu vas me dire.

Orient-Extrême : "Qu’est-ce que le bonheur ?" est une question que tu poses à travers votre musique ?
Chiyako :
C’est une question que je ME pose surtout, oui…
Orient-Extrême : Et tu as trouvé un semblant de réponse ?
Chiyako :
Peut-être… Si j’apprécie le moment présent, et que je ressens la connexion qui s’établit avec mon interlocuteur, avec toi en ce moment, alors c’est mon bonheur. Quand nous sommes en concert et que les choses se passent bien, que je sens une émotion partagée entre nous, entre nous et le public… alors pour moi, c’est ça, le bonheur. Bien sûr, ce n’est qu’un bonheur intense et passager mais… ces connexions entre les gens et moi, ma famille, mes amis… ça me donne le sentiment que je fais bien d’exister ; que je devrais continuer. Ça, c’est un sentiment qui dure.
Yuichirô se redresse, inspiré : Même si seulement deux personnes nous écoutent, tant qu’on peut lire qu’elles apprécient ce qu’elles entendent et le moment que l’on passe… [Il réfléchit…] Depuis notre concert à Chibi Japan Expo, ça m’est apparu bien plus clair qu’avant. C’est en nous concentrant sur cet objectif unique, en nous contentant d’exprimer en musique nos émotions de l’instant, que l’on continuera de faire ce que l’on fait.



Orient-Extrême : Pas mal de gens se posent une question récurrente après vos concerts… C’est quoi, tout le bordel avec des câbles et des boutons sur scène ?
Yuichirô, sur les rires des deux, a l’air plutôt fier :
Ce sont mes instruments… des "enregistreurs live"… Sur scène, si un son me plaît, je l’enregistre en actionnant du pied un bouton. Je le reproduis l’instant d’après en boucle, pour battre la mesure. Ca me permet de créer une ambiance plus riche tout en restant concentré sur ma guitare. J’enregistre parfois aussi ce qu’elle chante… Ça peut aller dans tous les sens. Ce système me permet de créer une ambiance musicale très changeante, qui surprend.
Orient-Extrême : Justement, ce son en boucle, que l’on peut appeler "playback", même si c’est un genre bien plus intéressant et novateur de playback, fait-il partie intégrante de votre musique ? Yui, pourrais-tu te produire sur scène sans ce matériel ?
Yuichirô :
Oh ! Oui, bien sûr. Chiyako, moi et une guitare… C’est amplement suffisant.

Orient-Extrême : Tu as une préférence ?
Yuichirô :
Non, pas vraiment besoin, d’ailleurs. Cela dépend de la situation. Avec mon matériel, je peux créer plus abondamment ; mais si l’on se retrouve sur le trottoir d’une ville du monde, avec des gens qui nous écoutent, on pourra tout à fait prendre notre pied avec le minimum nécessaire. Et si des gens veulent se joindre à nous sur scène, pas de problème. Nous ne sommes pas dans la cage. Pour tout te dire, nous songeons en ce moment à prendre un batteur… Nous sommes intéressés par tout type de collaboration.

Orient-Extrême : YANEKA pourrait avoir un troisième membre !?
Chiyako, avec un sourire en coin :
Hum, non… pas YANEKA ! Mais rien ne nous empêche de faire de la musique en dehors. Parce que nous ne voulons pas que notre prochain album - le troisième - ne soit encore QUE l’affaire du frère et de la sœur. Nous voulons essayer des choses nouvelles, même expérimentales, avec des gens différents… Sur notre deuxième album, nous avons joué avec des musiciens suédois, et c’était [elle soupire d’extase]… merveilleux !
Yuichirô : Bon, on ne peut pas donner de nom, là ; mais si l’on devait collaborer avec quelqu’un sur le troisième, ça pourrait très bien être des gens comme cette musicienne américaine qui vit à Londres, et avec qui nous avons déjà écrit quelques chansons ; ou bien encore un ami que l’on a rencontré en Suède et qui est un "drum & bass drummer"… Tu imagines, un "drum & bass drummer" dans YANEKA [le frère et la sœur éclatent de rire, hilares] ?
Orient-Extrême : Étant donné que l’on peut s’attendre à peu près à n’importe quoi avec vous : oui, pourquoi pas ! Mais… c’est quoi, au juste, votre truc avec la Suède ?
Chiyako & Yuichirô, de concert :
je ne sais pas. C’est juste un pays tellement… "miraculeux" ! Il y a tant de musiciens talentueux, et surtout une technique béton… Nous étions à Stockholm et nous avons pu voir à quel point ce sont des gens sociables et ouverts - ce n’est dans ce cas pas de l’hypocrisie. Surtout musicalement ! Ils s’adaptent à tout, ils sont intéressés par toutes les expériences… C’est pour ça qu’ils attirent beaucoup de Japonais, qu’ils peuvent collaborer avec des rappeurs de New York… comme celui avec qui ils ont repris nos chansons sur scène… les "YANEKA’s songs" !  Quand on nous a proposé ça, nous avons accepté sans vraiment y croire. Nous nous disions : "Que va-t-on faire avec un rappeur américain !?" [rires] C’est finalement arrivé, et c’était extraordinaire. Je crois qu’on peut trouver une vidéo sur Youtube.
Chiyako conclut : C’est un peu ce que nous voulons pour le troisième album : une version "surprise" de YANEKA. [rires]

Orient-Extrême : Puisque le mot a été répété… Peut-on qualifier votre musique d’expérimentale ?
Yuichirô et Chiyako :
On peut le dire, oui. Pas que nous y tenions… mais puisque ça nous plait et que les musiciens du monde avec qui nous nous entendons nous poussent dans ce sens, pourquoi se priver ? Nous allons de l’avant, sans rien derrière nous…

Orient-Extrême : Avez-vous une idée de ce que vous voulez apporter à l’image de la musique japonaise en France ?
Chiyako :
Je pense qu’au-delà de la seule scène musicale, il y a beaucoup de bonnes choses dans l’être japonais. La mesure, la modestie, le partage des sentiments… Ce sont pour moi des choses importantes ; surtout l’humilité. Je ne veux pas oublier cela.
Yuichirô : C’est juste que parfois, les Japonais sont carrément TROP humbles… Ça en devient maladif… S’il existait un juste milieu, ce serait vraiment parfait.

Orient-Extrême : Dernière question, piège bien sûr, que pensez-vous de l’actuel phénomène visual kei ? Malheureusement, certains media désinforment leur public non connaisseur en réduisant la musique japonaise à ce genre, alors qu’elle est tout de même plus globalement consommée, certes pas toujours de manière légale…
Chiyako :
Je pense… que la musique japonaise [NDLR : la "musique visuelle" qui fait parler d’elle à l’occasion de son importation en Europe] est très à la mode ces temps-ci, et que cette mode passera, comme toutes les autres. Pas forcément dans longtemps.
Yuichirô : Trois à quatre ans, tout au plus… Bien sûr, on ne parle pas de l’exportation de la culture japonaise, de la littérature, des films… juste de cette lubie pour le visual kei qui, elle, est vraiment une mode, comme la "black music" par le passé. C’est un "gros" marché pour l’instant, mais ce marché va diminuer de volume le temps aidant, parce que… ce n’est que du trendy, que du clinquant, du spectacle vide pour jeune public. Rien de réel.
Chiyako : Prenez l’exemple de Claude Monet s’inspirant de l’ukiyo-e. L’ukiyo-e était une influence majeure, mais Monet se l’est appropriée et en a fait quelque chose de tout à fait personnel, avec sa sensibilité française. Je pense que c’est ce qui va arriver. Les bonnes choses de chez nous vont finir par arriver jusque chez vous, et vous finirez par n’en tirer que l’essentiel, et inversement.
Yuichirô : Pour l’instant, c’est encore trop tôt… Se contenter de copier finira par lasser. Mélanger ce que les cultures musicales ont de mieux, voilà ce qui nous intéresse. Il faut dépasser le stade de la copie et s’influencer positivement, mutuellement, plutôt que de s’imposer au détriment de l’autre, ou d’essayer de faire rentrer des ronds dans des carrés comme les Américains ont essayé au Japon dès l’après-guerre… Le wabi-sabi et l’American dream, ça s’emboîte difficilement !

Orient-Extrême : Puiser son inspiration de l’autre tout en restant fidèle à ses racines, c’est rester vrai envers soi-même en quelque sorte. Naturel. Mais naturel, c'est un peu effrayant, non ?
Chiyako :
Oui ! Un peu comme être toute nue. [rires]
Orient-Extrême : Voilà. Tant que vous êtes seul dans la cuisine, ça va ; mais une fois que les projecteurs s’allument… [rires partagés] Yui, Chiyako, vous êtes en effet de sacrés numéros. Merci pour votre temps à vous deux, et longue vie à l’expérimentation.
YANEKA :
Merci !



Interview réalisée par Alexandre Martinazzo le 3 novembre 2008 à Paris.
Photos Chibi Japan Expo : Eric Oudelet
Photos Asian : Valérie Conchatre
Photo bannière : J-Music LIVE
Reproduction / réutilisation des photos et/ou de l’interview strictement interdite.

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