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Dio - distraught overlord : concert au Trabendo de Paris le 29 novembre 2008

Le samedi 29 novembre 2008 était très attendu par 700 jeunes amateurs de visual kei puisque Dio - distraught overlord, le groupe de metal nippon qui s’était révélé à JAPAN EXPO 2007, davantage pour son show  mouvementé que pour sa musique, revenait déjà à Paris pour de sa seconde tournée européenne de l’année. La formule n’a pas changé, et le concert affichait complet depuis quelques semaines, une trentaine de fans passant même la nuit, pourtant glaciale, devant le Trabendo. Le jour J, la petite salle perdue dans le Parc de la Villette voyait défiler les voitures de parents venus déposer, bon gré mal gré, leur progéniture, pour la plupart collégienne ou lycéenne, apprêtée gothic ou punk. Ces gentils papas et mamans n’imaginaient sans doute pas le spectacle de débauche qui allait survenir, engrainé par son propre public n’hésitant pas à mettre la main à la pâte pour mieux faire corps avec ses idoles.

A peine les grandes portes de métal ouvertes, le flot d’accros de visu’ s’engouffre dans le Trabendo, soldout, mais qui ne paraît pourtant qu’aux deux tiers plein. Les plus passionnés se jettent sur les barrières de sécurité devant la scène, d’autres sur le stand goodies, dont le stock a déjà fondu lors des précédentes dates de la tournée. Surprise en première partie : UNDERCOVER SLUT monte sur scène pour un set de réchauffement. Ce groupe glam/goth/metal français, signature de feu Free-Will-Europe en 2005, évolue dans les milieux underground de Paris à Los Angeles depuis déjà plus de dix ans. Les quatre drag-queens déchues, provocatrices et agressives, peinent à séduire l’audience indifférente qui scande "Dio !" depuis des heures. Le chanteur d’UCS lance bien quelques "konnichiwa", mais sans gagner la moindre considération ; et les titres tels que Darling Darling ou Daddy’s Little Cunt, pourtant entraînants, font un bide auprès des japonisants. Un grand décalage se fait sentir, et les onze chansons paraissent pour beaucoup interminables… Quelques maneki-neko (répliques des statuettes de chat que l’on trouve dans les foyers nippons) de la marque de bière sponsor de la soirée sont ensuite lancés au public. Après la froideur du Parc, le Trabendo devient un chaudron… du moins dans la fosse où se frottent les corps moites, car l’amplitude thermique s’avère assez terrifiante quelques mètres en arrière.



Alors que les ténèbres règnent à nouveau, un cri de guerre retentit dans les loges… denka (à la batterie) surgit et glisse dans la pénombre sur un fond musical très électro rappelant incontestablement G.D.S., l’intro des concerts de Dir en grey. Suivent ivy (basse), erina (guitare), kei (guitare) et le très acclamé mikaru (chant) qui met les jeunes filles, certaines une rose à la main, en transe. Cet engouement est-il provoqué par les toutes nouvelles ailes du chanteur vampirique, assorties aux costumes noirs et dorés typés SM que portent les cinq musiciens ? Dio, que l’on classerait dans la catégorie "metal" en Europe, s’inscrit en effet dans la grande tradition du genre visual kei, jusqu’à jouer sur l’identité sexuelle ambiguë de certains membres, erina en tête. Nous constaterons cependant plus tard que les tablettes de chocolat de mikaru, suintantes d’eau et de transpi’, constituent à elles seules l’un des principaux centres d’intérêt du public.

Quand les premières notes de Lord’s prayer retentissent, denka sautille derrière ses fûts, comme à son habitude, et se révèlera particulièrement puissant à son poste, nous gratifiant d’un long solo à la mi-temps. Les rares spots allumés s’orientent vers le public déchaîné qui a visiblement les cordes vocales affûtées ; il suffit de voir mikaru s’approcher des premiers rangs pour constater l’hystérie : "Bonsoir, we are DIO !" et la foule de hurler "DIO ! DIO ! DIO !" sans se faire prier, tout en tirant la moindre lanière qui pendouille de son costume, ou caressant le moindre centimètre carré de peau accessible. Le vocaliste, qui alterne chant clair et plus souvent deathvoice caverneuse, remercie ses fidèles d’un "thank you !" venu d’outre tombe. Bon prince, il demandera une ovation pour le groupe de première partie, dont il a manifestement oublié la dernière moitié du nom, patinant joyeusement sur le "slut" ("salope" en anglais). La langue de Shakespeare a semble-t-il gagné sa préférence pour ses discours, de plus en plus nombreux à chaque voyage : "I was waiting, waiting for this time !".



"You know this song", prévient mikaru, avant que ne gronde l’un des incontournables de la discographie : GOD Forsaken. La foule explose, ivy et erina headbanguent à tout va, l’un avec sa plume violette - telle une danseuse de french cancan, et l’autre avec son serre-tête, accessoires qui tiennent dans leurs cheveux par l’opération du saint-esprit (et celle des deux coiffeuses/maquilleuses japonaises très douées). Le frontman se fait sensuel puis solennel, en anglais (oubliant un instant la voix grave de rigueur, ce qui nous vaut un petit étranglement assez comique) : "Ce soir, ici, c’est mon royaume", et le dictateur ailé (allusion au nouvel album DICTATOR) contemple avec satisfaction ses loyaux sujets : "Filles, vous êtes mes femmes ; et vous les gars, êtes mes soldats"… Les troupes adoptent ces affectations par des cris guerriers, bien qu’on ne donne pas cher de leur peau dans une vraie fosse de metalleux. Dio enchaîne sur le dernier single en date, CARRY DAWN, avec peine car quelques petits soucis de sampler ont décidé de parasiter cette ballade. Un chant clair, de la lumière… Dio nous prend à contre-pied après de brutaux premiers maxi-singles. Un titre discutable, mais les fans l’adoptent en dépit d’un son globalement piteux.

Après le solo, un peu long, de denka et un énième cours d’anglais à deux pences de mikaru ("I’m most happy of my life"), tout le monde se lâche ; ça part en c…. comme dirait l’autre, et il ne croirait pas si bien dire ! Les Japonais gesticulent de plus belle, fouettant l’air de leurs crinières, et font durer leurs morceaux parmi les plus violents, forçant chaque riff avec toujours plus de rage. mikaru hurle tant qu’il le peut. En sueur, ils s’affalent l’un après l’autre sur les barrières, tandis qu’une forêt de mains baladeuses, telle le monstre de 20.000 lieues sous les mers, s’agrippe à tout ce qui passe, certaines mimines étant qui plus est dotées d’une fonction tête chercheuse et vibromassante… De la minuscule fosse à photographes, on observe des comportements bien entreprenants de la part d’un si jeune et innocent public (alors que les parents patientent parfois à quelques mètres sur le parking…) qui, le sourire béat, plonge loin les doigts sous les jupes des artistes, tout en guettant leurs réactions faciales. Ces derniers ne s’en offusquent pas le moins du monde et continuent à jouer, un peu n’importe quoi du moment que le bruit gave suffisamment les tympans et que la rythmique continue de chauffer l’ambiance. On s’attend à plusieurs morceaux durant le rappel, mais Dio ne joue finalement que Coma Gold en boucle, le faisant durer au moins 20 minutes dans une hystérie indescriptible. mikaru monte sur une caisse pour mieux surplomber la marrée humaine, puis s’y jette corps et âme, torse nu… C’est le fameux épisode "tablettes de chocolat" qui a laissé tant de souvenirs (on en parle sûrement encore au bahut pendant le cours de musique) ! Évidemment, les langues et paluches d’adolescentes en émoi y partent à l’aventure… On ne sait plus où on se trouve, on ne sait plus quel titre est joué, nous voilà perdus en pleine orgie visual kei. A quelques mètres, divers nouveaux invités, représentants de festivals ou de media français, découvrent l’ampleur du phénomène. Vue comme ça, le musique japonaise, c’est assez incroyable, c’est certain.



Chaque membre de Dio a l’air ravi d’une telle expérience et demandeur de cette communion tactile extrême. Ils sautent tous successivement au moins une fois contre, ou sur les fans, y compris denka qui finit par quitter sa batterie pour faire un peu de brasse. Le manager a du mal à récupérer ses petits protégés qui s’enfoncent dans l’assemblée, mais il ne peut s’empêcher de sourire au milieu de cette joyeuse orgie. Après une heure et demie de show intense, chacun rentre chez soi en sueur, mais content, aux dires des fans ébahis par tant de don de soi. Ce fascinant spectacle interactif fait clairement toute la différence entre une machine à laver et un concert de Dio.

Musica Usaki et Eric Oudelet


Setlist :
01 - Lord's prayer
02 - Jojou naseru mo tadatada ikite areba koso
-MC-
03 - GOD forsaken
04 - Daite Nemure Zetsubou
05 - HAUNTING
-MC-
06 - CARRY DAWN
07 - HELL
08 - PUPPET SHOW
-MC-
09 - Drum Solo
10 - final call
11 - Dantoudai ha dare ga tame ni yureru
-ENCORE-
12 - Coma Gold

A lire : l'interview de Dio lors de cette tournée européenne 2009


Photos : Eric Oudelet
Remerciements : J-Music LIVE
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