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THAT'S NIP-HOP : interview de Sae Cibot, chef de projet

Des rappeurs et danseurs français découvrent Tokyo et participent au BBoy Park, grande convention hip hop japonaise. Le récit en images de cette aventure nous est conté par le DVD THAT’S NIP-HOP, déjà critiqué dans nos pages. Sae Cibot, fondatrice de la société Kotengu et réalisatrice du projet, répond à nos questions concernant l’élaboration de ce DVD édité sous le label Soundlicious, et nous raconte quelques anecdotes…


Orient-Extrême : Pouvez-vous présenter en quelques mots votre société Kotengu et les activités qui y sont associées ?

Sae : Kotengu est une société de prestation de service. Nous sommes intermédiaires entre les sociétés françaises et japonaise dans divers domaines, selon les missions, mais en particulier dans celui de la pop culture japonaise. Nous travaillons avec Casterman (collection Sakka), TF1 Vidéo (collection Asia Spirit), Les Films du Paradoxe (Le tombeau des lucioles)… Pour la musique, nous étions censés faire de même, mais les choses ont fait que j'ai créé le label "Soundlicious".

Orient-Extrême : Comment vous est venue l’idée du projet THAT’S NIP-HOP ?

Sae : A l'origine, il y a 8/9 ans, je voulais monter un projet d'échange entre artistes hip hop français et artistes hip hop japonais, mais je ne savais pas trop quoi faire concrètement. Alors j'ai commencé par me faire des contacts dans le milieu hip hop japonais, en parlant de mon idée autour de moi, puis surtout en faisant des interviews (qui sont actuellement sur le site). C'est comme ça qu'en 1999, j'ai rencontré le manager de Twiggy, puis en 2001 celui d'Afra et toute la bande (SDP, Robo-chû, Afra…), qui m'a lui-même présenté Hiroshi Egaitsu, un journaliste ex-DJ qui connaît énormément de monde dans le hip hop et l'electro, puis Zeebra, puis Crazy-A, le porte-parole du BBoy Park. C'est à cette même époque que j'ai découvert cet événement et que je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. Après, le temps de mûrir le projet, ça m'a pris un an et le temps de le concrétiser, un an de plus.



Orient-Extrême : Les relations avec les Japonais se sont-elles bien passées ? Quelles ont été leurs réactions face à votre projet et est-ce que ce dernier a été difficile à mettre en place ?

Sae : Dans un premier temps, le problème pour moi a été la mise en place du projet, justement, et en particulier de trouver un soutien financier : tous les gens et organismes a qui je présentais le projet disaient que c'était super, puis ils me souhaitaient bonne chance… et c'est tout. Au Japon, c'était encore plus difficile parce que je n'y étais pas tout le temps et que je n'avais pas encore beaucoup de contacts dans le milieu. Et surtout, que ce soit au Japon ou en France, je pense que tout le monde s'est dit : "Son projet est intéressant, mais elle va pas réussir à tout organiser toute seule ! (Elle est trop jeune et puis c'est une fille…)". Même les artistes n'y croyaient pas plus de que ça, jusqu'à ce qu'ils aient leur billet d'avion !! (Ils me l'ont avoué une fois au Japon).
Finalement, le fait d'être incomprise a eu l'avantage de me donner la "rage" de réussir malgré tout et c'est ça qui m'a portée. J'ai réduis le budget au maximum et on l'a financé entre nous (argent perso, financement d'associations). C'était un peu le "projet de ma vie" [rires].

Orient-Extrême : Wanted Posse et Triptik sont partis au Japon, pourquoi eux en particulier ?

Sae : En fait, c’est un concours de circonstances. En ce qui concerne Wanted, je prenais des cours de house avec Baba (aka Babson) et je lui ai parlé de mon projet, qui l’a tout de suite emballé. Et pour le choix des danseurs, ils se sont arrangés entre eux. Bien entendu, si financièrement, j’avais pu emmener tout le crew, je l’aurais fait…
Pour Triptik, ça a été différent. J’avais commencé par relever des adresses de sites internet d’artistes sur des CD, puis j’ai contacté par mail plusieurs managers. Le seul manager qui m’ait proposé qu’on se voit pour parler du projet plus en détail est celui de Triptik.
Un mot concernant le caméraman/monteur/réalisateur aussi : au début, je voulais emmener d’autres personnes, mais je me suis rendue compte qu’elles ne comprenaient pas mon projet, alors que c’était le plus important. Alors j’ai appelé Mathieu (aka Doc Morzy), qui était plutôt branché courts-métrages de kung-fu, et il a assuré. C’est un mec bourré de talent ! (D'ailleurs, si vous voulez voir ses courts métrages… www.kungfou.com !).

Orient-Extrême : Dans quelles mesures pensez-vous que le "public J-Music" français, ou que les jeunes danseurs hip-hop et rappeurs français seront intéressés pour découvrir le mouvement hip-hop au Japon ? Quel public visez-vous avec ce produit ?

Sae : Le public visé est un public de personnes qui sont curieuses de savoir ce qui se passe en matière de hip hop au Japon, tant en danse qu'en DJing ou qu'en rap, sachant que les danseurs et DJ japonais ont déjà une certaine notoriété. Mais aussi, au Japon, un public de personnes qui ont apprécié le BBoy Park et veulent avoir un souvenir de la venue des artistes français !
Par ailleurs, ce qui m'a fait plaisir, c'est que même des personnes pas du tout branchées hip hop ont bien aimé le reportage.
Après, je pense que ce qui attisera la curiosité des gens, c'est le bouche à oreille et ce qui se dira sur le net voire dans les magazines au sujet du DVD. Pour les uns, le point fort sera la présence de Junior, pour d'autres ce sera le côté "découverte", pour d'autres encore, le côté "culture hip hop" vu que toutes les disciplines sont représentées…



Orient-Extrême : Comptez-vous faire participer des Japonais à des évents rap et hip hop en France ou en Europe ?

Sae : Pas dans l'immédiat. Dans un premier temps, j'aimerai d'abord que THAT’S NIP HOP se fasse connaître. Ça ne sert à rien de faire dix projets d'affilée si aucun n'est remarqué. J'ai aussi pour projet de sortir des CD de rappeurs japonais. Puis je ferai sans doute venir des artistes.
Sinon, en ce qui concerne la danse, il y a déjà des danseurs japonais qui viennent participer à des battles en France, alors c'est bien.

Orient-Extrême : Avez-vous un projet similaire au niveau rock ? Pensez-vous par exemple faire la même chose avec des groupes de rock français qui participeraient à des gros events rock au Japon ?

Sae : Pour la petite anecdote, mon envie de favoriser les échanges musicaux entre la France et le Japon date d'il y a 13 ans. J'étais allée voir Lofofora en concert à la fête de l'Huma, et j'avais tellement aimé l'ambiance que je m'étais dit que je voulais faire découvrir ce groupe à mes copines japonaises, qui elles, n'avaient qu'une envie, me faire découvrir le rock japonais… Alors on a fait des échanges de cassettes audio et c'est comme ça que j'ai découvert l'Arc-en-ciel, Luna Sea, X-Japan, etc. Par la suite, j'ai même envoyé une cassette de J-rock à Max et Jenni. Euh… Fun Radio, si mes souvenirs sont bons…

Orient-Extrême : La grande époque de Fun…
Sae : Jenni en avait parlé à l'antenne. Puis je me suis davantage investie dans le hip hop, notamment parce que je prenais des cours de new style, d'où l'évolution vers THAT’S NIP HOP…
Bref, pour en revenir à la question, si j'ai l'occasion de permettre à des groupes français de sortir leurs albums aux Japon ou d'aller jouer là-bas, j'en serai contente !

Orient-Extrême : La participation des Wanted Posse et de Triptik au BBoy Park s'est déroulé en 2003, le DVD ne sort que maintenant, en 2006 : pourquoi un tel laps de temps entre les deux ?

Sae : Je pense qu'à notre retour du Japon, j'ai perdu pas mal de temps à chercher un éditeur/distributeur pour le DVD. Je dis "perdu" parce que j'ai rencontré pas mal de personnes et qu'on ne m'a jamais fait de proposition concrète. J'ai passé deux ans à discuter avec ces gens, à attendre après eux, à les relancer et à espérer, pour finalement me rendre compte qu'il fallait encore une fois que je me débrouille pour sortir le DVD moi-même. Une fois que j'ai pris la décision de prendre les choses en main, il a fallu attendre que ma société ait les moyens financiers de le faire et que j'aie le temps de travailler sur la finalisation du projet (sous-titrage, designs, authoring…). Puis une fois que la machine a été lancée, c'est allé un peu plus vite. D'ailleurs, un grand merci à Pocket Shami pour l'authoring et à Walee pour les designs et les menus !

Orient-Extrême : De votre point de vue, comment nos rappeurs ont-ils été perçus au Japon ? Quel a été l'accueil du public, du staff et des autres participants ?

Sae : L'accueil des Japonais a été super chaleureux ! Voir le public entonner "Paname, Paname" quand Triptik était sur scène, ça nous a tout fait super plaisir, même si à mon avis, ils disaient plus "Pala, pala"… [rires]. Je craignais que la barrière de la langue pose problème, mais pas du tout, les gens ont été super réactifs ! Le staff était débordé, mais sympa malgré tout. D'une manière générale, il y avait une ambiance conviviale et positive.

Orient-Extrême : Pour une fille, c'est facile à gérer une bande de rappeurs et de danseurs français lâchée à Tokyo ?

Sae : Franchement, une fois qu'on était sur place, tout le groupe était tellement content de découvrir Tokyo que ça s'est bien passé. Les mecs ont vite pris leurs marques et du coup, quand j'étais avec les uns sur l'événement et que les autres voulaient se balader, je les laissais se débrouiller. Le moins évident à gérer, c'était plus le côté hyper ponctuel des Japonais (ils faut être là au moins dix minutes avant que ça commence) et le côté "on y va à la cool" des Français (si on arrive à l'heure, c'est bien… si on arrive un peu en retard, c'est pas grave). C'était pas évident pour moi de trouver le point d'équilibre entre les deux… J'ai dû courir dans tous les sens des fois. Le plus gros stress, c'est quand les Wanted sont rentrés de boîte le matin du jour où on devait prendre l'avion pour rentrer : on les attendait dehors avec nos bagages ! Mais bon, avec le recul, ça fait des anecdotes à raconter !



Orient-Extrême : On en rêve déjà dans une édition collector… Mais on en reparlera quand les DVD de THAT’S NIP HOP se seront vendus comme des petits pains.
L'expérience du BBoy Park ayant été bénéfique, pensez-vous mettre en place un déplacement annuel de danseurs et chanteurs français au Japon pour cet événement ? Ceci peut-être dans l'optique de consolider les échanges que vous venez de mettre en place entre les deux pays ?

Sae :
Cette expérience a effectivement été bénéfique tant d'un point de vue artistique que d'un point de vue humain, et j'aimerai beaucoup pouvoir emmener des artistes français au BBoy Park une fois tous les deux ans. D'ailleurs, j'ai déjà des idées d'artistes et des idées de documentaires. En plus, comme j'ai l'expérience du premier voyage et que j'ai maintenant beaucoup plus de contacts dans ce milieu au Japon, le prochain projet de ce genre sera un cran au-dessus. Mais comme je l'ai dit précédemment, il faut d'abord que le premier projet se fasse connaître, sinon ça ne servira à rien. En plus, comme je travaille sur beaucoup plus de choses à la fois maintenant, il faut aussi trouver le temps…

Orient-Extrême : Avez-vous des projets déjà avancés qui feraient suite à l'aventure du BBoy Park ?

Sae : En attendant de pouvoir remonter un projet de l'envergure de ce que j'ai fait pour le DVD, je continue à tisser des liens entre la France et le Japon par d'autres moyens : j'ai fait distribuer du rap français au Japon et dernièrement, j'ai permis au rappeur Réel Carter d'être signé là-bas ! Je suis super contente pour lui parce que la version japonaise de son album est très belle et que l'accueil est positif. Côté France, je prévois de sortir une édition française de Harvest for the stripes, le premier album du groupe Suika, pour cet été. Après, on verra mais j'ai déjà plein d'idées !


La critique du DVD :
www.orient-extreme.net/index.php?menu=musique&sub=critiques&article=191
Le site officiel de THAT'S NIP-HOP : www.thatsniphop.com

Interview réalisée le 7 mai 2006 par Gwenanelle Durand et Eric Oudelet.
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