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Le marché de la contrefaçon en convention (suite) : les pirates à l'abordage de Chibi Japan Expo 3

Depuis plusieurs années en France et comme l’avait confirmé notre enquête au festival JAPAN EXPO 2009, la tendance était au net repli de la contrefaçon dans le secteur "musique asiatique", principalement japonaise. Plusieurs raisons s’additionnaient pour aboutir à ce constat très positif : la sensibilisation du public par les professionnels et les media, la baisse de prix des imports officiels engendrée par la domination de l’euro sur le dollar, et la multiplication des éditions européennes aux tarifs avantageux. L’évolution du marché paraissait idyllique, mais les pirates n’avaient pas dit leurs derniers mots : ils ont contre-attaqué en force à Chibi Japan Expo 3, une véritable invasion étonnante par son ampleur et qui rappelle chacun à la vigilance.

Rappelez-vous notre dossier estival : tandis que les boutiques physiques françaises octroient de moins en moins de place en rayonnage aux CD et DVD contrefaits (au profit d’imports officiels et/ou d’éditions européennes), seuls quelques rares étals isolés osaient encore aligner de tels produits à JAPAN EXPO 2009. Pour rassurer les investisseurs, la SEFA, la société organisatrice de l’événement, y affichait clairement - sur de larges panneaux pour la plupart disposés dans les espaces VIP, pro et presse - son intention d’éliminer tous les pirates. En présence de nombreux professionnels nippons, représentants parfois de très gros éditeurs, le plus grand festival européen consacré à la pop culture nipponne se devait de rassurer, d’imposer sérieux et rigueur. Il reste encore du travail avant le perfect, mais c’était très encourageant, un résultat obtenu en privilégiant quasi-exclusivement les quelques produits/artistes vendus par les professionnels européens, aux dépens des fans et des petites associations qui auraient aimé partager leurs découvertes et présenter leurs artistes favoris non-distribués en Europe (qu’il s’agisse de BIGBANG, Namie Amuro, 2NE1 ou Jay Chou, il aurait par exemple fallu demander une autorisation pour chaque vidéo diffusée, une démarche beaucoup trop fastidieuse). Moins de contenu donc (à l’exception des invités), moins de stars aussi, mais une plus grande sécurité pour les consommateurs dans un marché en plein renouvellement, où le jeune public souvent drainé par la mode visual kei ou les génériques d’animes n’a pas le regard aussi affuté que le fan de J-Music suivant ayumi hamasaki, ARASHI ou Utada Hikaru depuis leurs débuts. Nous ne reviendrons pas sur l’identification de ces contrefaçons (référez-vous au paragraphe dédié dans notre guide J-Music à JAPAN EXPO 2008), mais force est de constater aujourd’hui que la sérénité promise est loin d’être acquise.




Quand Doraemon n’est pas là, les Hamtaros dansent le parapara

Les magasins voulaient-ils répondre à la forte demande en stars non signées en Europe ? Serait-ce l’ignorance de sociétés qui élargissent aujourd’hui leur catalogue à la musique ? Serait-ce les conséquences d’une nouvelle attaque marketing des fabricants de contrefaçons qui garantissent des marges inégalables ? Les organisateurs auraient-ils soudainement baissé leur garde ou changé de stratégie en l’absence des représentants des éditeurs japonais ? Nous avons dans tous les cas assisté au retour massif des pirates à Chibi Japan Expo 2009, le petit frère automnal de JAPAN EXPO. Entre les quelques concerts programmés, nous avons profité des créneaux libres pour explorer chaque recoin de la convention et le bilan, assez effarant compte tenu des années d’efforts et de progrès, est inquiétant : globalement, plus des trois quarts des produits "musicaux" vendus sont des contrefaçons. Au rez-de-chaussée, parmi la dizaine de stands professionnels qui proposaient CD et DVD, deux bons tiers étaient des copies illégales, souvent labélisées MIYA RECORDS et étiquetées 10 euros pièce (avec des remises sur la quantité). L’officiel se trouvait dans les J.E. STORE (les produits des invités de JAPAN EXPO ainsi que le catalogue Soundlicious), chez TAI YOU (en plein centre sur le plan, avec un très large éventail d’imports à prix corrects : CD, DVD, posters, calendriers…), ASLAN (les produits Jelly Beans et Aoi, présents à Chibi) et DISCOUNT MANGA (lié à KAZE et qui alignait par conséquent la plupart des références européennes de Wasabi records et GAN-SHIN). Autour, les copies frauduleuses d’OST, d’albums Jpop et de DVD J-rock se comptaient par centaines. Nous avons interviewé le responsable du magasin TAI YOU pour savoir quels produits marchent vraiment en ce moment ; mais, un peu comme les artistes qui ne souhaitent pas commenter le travail de leurs confrères, le sujet "contrefaçon" est resté difficile à aborder…


Nouvelle tendance : la contrefaçon faite par les fans pour les fans

Les faux CD et DVD, les posters bricolés à partir de scans de magazines… On connaissait et on n’y a pas échappé. Mais Chibi Japan Expo 3 s’est illustré par le développement d’une nouvelle pratique au premier étage (celui des associations à but non lucratif) : la fabrication et vente de merchandising sans les licences requises. On passera sur les goodies restylisés et artisanaux des artistes amateurs, bien qu’ils puissent involontairement leurrer le néophyte (un simple exemple : des porte-clés avec de célèbres héros de jeux vidéo vendus sur des supports à l’allure professionnelle arborant les logos officiels correspondants). Focalisons-nous plutôt sur les produits Asian Music manufacturés. Eventails, bracelets-éponges, badges… tous à l’effigie d’une ou plusieurs idole(s) ou floqués du logo plus ou moins bien reproduit d’un grand groupe… On n’a que l’embarras du choix. Des visiteuses désappointées ont même acheté de fausses cartes de membre de fan-club. Bref, c’est un véritable marché aux puces, particulièrement actif sur le secteur des boysbands de Johnny & Associates (ARASHI, NEWS, KAT-TUN…), un secteur juteux où s’émoustillent des fans dépensières, négligé par les redoutables ayant-droits japonais.



On s’interroge alors sur le positionnement des conventions quant au contenu des associations - et évidemment des commerçants - qu’elles accueillent. Pourquoi restreindre par exemple la simple projection d’images dans un but informatif sans accord systématique des Japonais, et laisser vendre des contrefaçons très lucratives ? En comptant notamment dans son staff le big boss de JaME (media partenaire du festival) et la responsable du label Soundlicious, la SEFA (société responsable de JAPAN EXPO et Chibi Japan Expo) dispose pourtant assurément des connaissances nécessaires à l’identification des contrefaçons.

En garde, moussaillons ! Car la situation à Chibi J.E. illustre bien le risque permanent qui plane sur l’ensemble des festivals de moyenne envergure. Hors des grands rendez-vous fréquentés par les VIP japonais, il y a du laisser-aller en convention et les pirates débarquent à la moindre occasion. Informé, le public se laisse néanmoins plus difficilement piéger. A l’heure de la consommation nomade de musique en mp3, l’acte d’achat d’un disque repose désormais soit la collectionnite des fans, soit sur la volonté de récompenser un artiste et son équipe pour leur travail. Puisqu’aucun centime ne leur revient sur la vente de contrefaçons, celles-ci perdent toute légitimité. Pour le fraudeur, autant télécharger plutôt que de rémunérer des escrocs ! En dehors d’une JAPAN EXPO relativement clean, les néophytes doivent donc rester particulièrement vigilants, et soupçonner l’arnaque en cas de prix bas sur les nouveautés CD/DVD et d’étiquetage "au kilo". Et Jusqu’à présent, les remises en cascade sur le nombre de CD achetés concernent presque toujours des contrefaçons. Quant aux goodies, le faux représente plus des trois quarts des stocks : une jungle inextricable. A bon entendeur…

Eric Oudelet











A voir également : vidéo-reportage HANGRY&ANGRY à Chibi Japan Expo 3

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