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Nanimato : interview du label européen spécialiste du visual kei "indies"

Les acteurs du milieu J-Music sont de plus en plus nombreux en Europe à travailler au développement du son japonais. Parmi les nouvelles structures, Nanimato se présente comme un spécialiste du visual kei. Qui sont-ils et quelles sont leurs motivations ? Quels sont leurs projets, leurs objectifs et les moyens dont ils disposent ? Et tout simplement, pour nos lecteurs qui découvrent la musique asiatique : qu’est-ce que le "visual kei", ce genre typiquement nippon dont nous parlons régulièrement dans nos colonnes ?
Guillaume, responsable du label, répond à toutes ces questions et nous donne son point de vue sur le marché actuel de la J-Music en Europe.


Orient-Extrême : Pouvez-vous nous présenter votre label et nous expliquer les origines de ce projet ?

Guillaume : Nanimato est un petit label indépendant créé pour permettre aux artistes japonais "indies" [NDLR : l’équivalent du terme "indépendant", en opposition aux groupes ayant signé avec des maisons de disque dits "majors"] d'être distribués plus facilement dans un premier temps en France puis en Europe via différents partenaires.
L'un des objectifs est également de permettre aux nombreux amateurs d'indies de trouver des produits difficilement trouvables autrement. Pour résumer, on trouve sur Nanimato ce que l'on ne trouve pas ailleurs. J'ai choisi de me spécialiser dans ce domaine qui m'est cher et dont je suis un grand passionné ; l'underground est une mine de petites perles souvent mises de côté, c'est bien dommage.
Le projet est né suite à la création de mon site d'information "Kazane". J'observais le développement du marché et j'ai remarqué que la plupart des artistes indépendants n'intéressaient aucune des structures existantes. Il faut avouer qu’ils sont beaucoup moins bénéfiques que de grosses pointures du milieu, c'est indéniable.
Nanimato est né par la suite, de nombreux artistes voulaient distribuer leurs travaux suite à l'engouement du visual kei en Europe. Je me suis dit "pourquoi pas moi ?". Supporté par différents artistes et par mes amis, je me suis lancé.
(Je tiens à remercier Sora mais aussi Akiko mon interprète)



Orient-Extrême : Certains de nos lecteurs viennent tout juste de découvrir la musique asiatique. En tant que spécialistes du visual kei, comment leur décririez-vous ce mouvement ?

Guillaume : Décrire le visual kei ? Je pense qu'il est maintenant facile de trouver des définitions de ce genre. Après, je pense que chacun l'interprète à sa façon.
Pour faire simple, "visual" est une référence au visuel, et "kei" signifie groupe, mouvement, influence, style... Dans le visual kei l'apparence compte autant que la musique, enfin du moins dans le monde underground. Les majors délaissent souvent leur apparence... La différence avec le rock japonais, c'est que les artistes "visual" mettent l'accent sur une image élaborée et une musique beaucoup plus excentrique. On retrouve plusieurs sous-catégories comme l'oshare kei, l'angura kei, le shironuri kei, l'eroguro... L'influence du look n'a pas de limite : goth, punk, lolita, manga, costumes traditionnels, look futuriste et j'en passe...Il n'y a pas réellement de limite, qu’elle soit visuelle ou musicale, c'est peut-être ce qu'il y a de plus enrichissant de mon point de vue. Après, certains des groupes choquent quand d'autres par contre arborent un style tout joyeux.Pour moi le visual kei est un état d'esprit, on choisit d'y être ou non, ensuite on l'exprime à sa façon, qu'elle plaise ou pas ! Je suis fan de ce milieu qui m'étonnera toujours de par sa richesse culturelle et cela n'est pas prêt de s'arrêter.

Orient-Extrême : Quels sont les origines du visual kei et quelle a été globalement son évolution ?

Guillaume : Les origines du visual kei remontent au temps de groupes tels que Saber Tiger, X Japan, D'erlanger, Luna Sea qui ont été les premiers à revendiquer ce style, ça date pas mal… Depuis les artistes ont beaucoup évolué que ça soit sur un plan musical ou visuel. A l'origine les artistes se sont inspirés de KISS.
L'évolution ? De nos jours, des groupes voient le jour quasiment tout le temps et de nombreux se séparent... beaucoup d'ados japonais veulent faire du visual kei ! La plupart des groupes sont composés d'hommes au look angrogyne. Aujourd’hui, il y a beaucoup de styles différents, aussi bien visuels que musicaux. Je trouve que c'est une bonne chose.
Il y a au Japon une longue tradition du travestissement dans le théâtre Kabuki, dans lequel le visual kei semble puiser un bon nombre d'éléments. C'est certainement l'une de choses qui choque le plus une personne qui découvre ou aperçoit un artiste visual.
L'évolution actuelle du visual kei est pour moi l'arrivée de la mixité des membres, on découvre de plus en plus de groupes composés de femmes. C'est un nouveau chemin qui se dessine, je pense, même si le son des femmes est assez différents.
Une vague electro est également en train de se former au Japon. Elle s'annonce prometteuse, et trouvera plus facilement son public en Europe.

Orient-Extrême : Quels groupes conseilleriez-vous à quelqu’un qui souhaite découvrir ce genre musical ?

Guillaume : Des conseils ? Je pense pas être le mieux placé pour conseiller tel ou tel groupe à un novice, je suis spécialisé dans un style bien précis de musique visual, mes artistes sont conseillés pour les personnes qui écoutent déjà du visual kei et qui recherchent autres choses que ce que l'on entend partout. A mon aivs, les artistes que j'écoute ne sont pas accessibles par tous, il faut tout de même être habitué au style.
Pour les novices, je pense qu'il est préférable de commencer par les incontournables comme Dir en grey, kagerou, MUCC, des groupes facilement accessibles et que l'on trouve quasiment partout de nos jours.

Orient-Extrême : Aujourd’hui, en terme de part de marché, l’écrasante majorité des groupes de rock et de metal japonais est distribuée et produite en Europe (et donc en France) par la même entité : GAN-SHIN. Que pensez-vous de cette situation et quelles en sont les conséquences sur vos activités ?

Guillaume : GAN-SHIN exploite une autre partie du marché, je ne pense pas être en concurrence avec eux. Nous avons chacun notre vision de la musique qui est différente, je pense. J'aime beaucoup le travail qu'ils font pour développer leurs artistes. Nous ne nous gênons en aucun cas.

Orient-Extrême : A côté de GAN-SHIN, il y a de plus en plus de labels, de producteurs et de distributeurs en Europe (parfois associés entre eux). N’avez-vous pas peur de la concurrence ? Votre niche progresse si l’on en juge des ventes et opération marketing concernant le visual kei. Mais le marché est-il assez porteur ou prometteur ? Ou êtes-vous désintéressé, simplement guidé par la passion ?

Guillaume : La concurrence existe dans tous les domaines, elle est inévitable et indispensable... De mon côté, je suis passionné avant tout, je pense à la musique en priorité. Sans la passion peut-on être spécialisé ? La passion me guide avant tout.
Si le marché est-il assez porteur ? Seul l'avenir nous le dira, à vrai dire, l'underground possède d'infinies ressources.

Orient-Extrême : Pourquoi distribuer des groupes indépendants ? Est-ce parce que les majors sont inabordables pour vous ? Ou parce que la plupart des groupes importants sont déjà licenciés pour la France ?

Guillaume : Non les groupes majors ne m'intéressent tout simplement pas à vrai dire. Je n'écoute que très peu de groupes majors. Les gens qui me connaissent le savent très bien.
Je suis passionné par le monde indépendant, c'est donc naturellement que je me tourne vers des groupes indies. Je ne me sens pas capable de gérer des groupes majors qui demandent autre chose que les indépendants. Et l'état d'esprit n'est pas du tout pareil.
Nanimato a eu diverses propositions de firmes majors, mais pour des questions d'esprit de vente, je n'ai pas accepté. Il existe encore de nombreux majors disponibles au Japon non exploités.



Orient-Extrême : Comment sont "choisis" les groupes que vous distribuez ?

Guillaume : Très bonne question ! Nanimato est mon reflet. Si j'aime, d'autres aimeront, mais aussi le reflet de l'underground qui n'a aucune limite.
Il y a de nombreux styles représentés sur Nanimato et cela va croître avec le temps.
La plupart des groupes présents sur Nanimato ont été écoutés attentivement ; pour certains je les ai contactés, puis d'autres se sont proposés. Apparemment, le bouche à oreille marche très bien dans ce milieu.
Je suis fan avant tout, après je vois si cela est vendable ou pas !
Nous allons distribuer le groupe QP-CRAZY, un groupe d'angura kei qui est une référence hardcore/punk qui n'a aucune limite, un de leurs albums est même interdit aux moins de 18 ans. J'ai longtemps hésité à signer, mais après vérification, seul un album est ainsi ! Donc, c'est parti !

Orient-Extrême : Nanimato présente des groupes visual kei classique, électro, new wave, opéra rock et rock. Cependant, lorsque l’on regarde les groupes que vous présentez actuellement, on remarque que le visual kei classique prédomine. Est-ce un choix ou un reflet de la répartition stylistique ?

Guillaume : C'est certain, le visual kei reste ma priorité, c'est un choix. D'autres styles me bottent bien, mais à ce jour, le visual reste mon axe principal. On reçoit de nombreuses demandes d'artistes japonais en tout genre, c'est assez hallucinant à vrai dire.

Orient-Extrême : Vous produisez des groupes de visual kei français comme Closer. Il s’agit de formations revendiquant leur influence "visual kei japonais". Quel éléments typiques du Japon reprennent-ils précisément et qui justifient cette démarche ?

Guillaume : Concernant Closer, c'est un groupe qui est influencé par la scène visual rock japonaise, mais ils l'interprètent à leur façon par la suite. Ils n'essaient en aucun cas de ressembler à tel ou tel artiste japonais.
Je ne pense pas que la scène visual française pourra un jour rivaliser avec la scène japonaise. Le Japon a sa propre culture, et la France la sienne. C'est aux artistes de l'exprimer à leur façon, ce que Closer fait très bien.
Closer a été écouté par différents professionnels japonais et le verdict fut très bon ! Je porte aussi Antracyde dans mon cœur, très bons et fort prometteurs, que j'ai découvert grâce à Low de Closer.



Orient-Extrême : Pensez-vous que les Français arriveront à s’approprier le mouvement visual kei et à en faire un nouveau courant typiquement français, ou bien pensez-vous qu’ils pourront tout au mieux copier le style japonais, ou finalement se fondre dans la production metal européenne ?

Guillaume : En reprenant des éléments de la réponse précédente, je dirais que les Français doivent adapter le visual kei à la France. Copier n'est pas la meilleure solution, je n'ai jamais vu un groupe non japonais exactement comme les Japonais. Même avec les Coréens, on sent de suite la différence.
Je pense que chaque culture est différente, l'esprit visual kei doit s'y adapter !
Souvent on reproche aux groupes français de ne pas chanter japonais, je trouve que la langue française est une belle langue dont il faut profiter, idem pour l'anglais. Le plus dur pour de tels groupes sont certainement les critiques de fans de visual kei qui les comparent aux Japonais... et je comprend que cela peut être très vite énervant.
Enfin voilà mon point de vue...

Orient-Extrême : Dans vos trois axes principaux d’évolution, en plus de la distribution et de la promotion, on note l’envie de "produire" des groupes visual kei. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet axe de développement ?

Guillaume : Oui, la production m'intéresse, qu'elle soit production de CD ou l'organisation d'événements. Des projets sont en préparation avec d'autres structures japonaises indépendantes, mais je ne préfère pas m'étaler là-dessus à ce jour.
La première production CD annoncée sera la compilation Sakurabana qui regroupera des artistes japonais ainsi que trois groupes européens dont 2 français (Closer & Antracyde).
Pour revenir à la production d'événements, Nanimato collabore avec Kazane pour le premier concert des Calmando Qual en France, le samedi 29 juillet 2006. Nous espèrons que le public répondra présent, c'est un groupe qui possède une ambiance unique en concert, il faut vraiment découvrir cela !

Orient-Extrême : Justement, au sujet de Calmando Qual, vous avez récemment annoncé l'organisation du concert. Avez-vous choisi une salle ? Si ce n'est pas encore le cas, quelle capacité d'accueil souhaitez-vous proposer ?

Guillaume : Oui, la salle est décidée, nous l'annoncerons prochainement, nous règlons les derniers détails. Ce sera une salle d'environ 300 places, le concert sera dans un ambiance très intime.

Orient-Extrême : Une séance de dédicaces sera-t-elle organisée ?

Guillaume : Nous ne savons pas encore, tout dépend de notre planning, mais nous aimerions le faire, ainsi que le groupe. Si nous pouvons, nous le ferons. Divers boutiques goths sont déjà intéressées pour l'accueillir.

Orient-Extrême : Avez-vous déjà l'intention de faire venir d'autres formations pour lesquels vous distribuez déjà les CD ?

Guillaume : A ce jour, on se concentre à 300% sur le concert de Calmando Qual ; mais oui, il y a toujours des projets, comme dans toute structure.

Orient-Extrême : Vous vous occupez de la promotion des groupes, de quels moyens disposez-vous ? Comment allez-vous vous démarquer ?

Guillaume : Nanimato dispose pour le moment de petits moyens, c'est certain, mais divers partenariats sont en négociation : radios, magazines… ou encore avec des disquaires un peu partout en France. Je ne compte pas non plus les divers contacts japonais très intéressants dont dispose Nanimato.

Orient-Extrême : Vous distribuez de nombreux groupes et donc au moins autant de CD. Exception faite de votre compilation Sakurabana sur laquelle nous allons revenir, il s’agit toujours d’éditions japonaises ?

Guillaume : Oui, tous les CD proposés sont des éditions japonaises, pour la plupart très difficiles à trouver. Certains CD sont même vendus uniquement en concert au Japon. Les personnes qui comptent acheter sur Nanimato réservent souvent un grand nombre de CD, de peur de ne plus retrouver ceux-ci par la suite ! C'est assez impressionnant.

Orient-Extrême : Pourquoi avoir choisi de démarrer votre activité de distributeur avec l’album Omnibus : Sakurabana, compilation de différents artistes produite par vos soins ? Est-ce une volonté de vouloir montrer toute la diversité du mouvement Visual Kei indies aux français à travers une compilation vitrine ?

Guillaume : La compilation Omnibus est un concept que j'ai toujours aimé en tant que fan, j'en attendais certaines avec une grande impatience comme l'Hysteric Media Zone qui est pour moi la grande référence en matière de visual indies. De nos jours, beaucoup voient le jour et ce n'est que mieux.
Le but est de faire découvrir plusieurs artistes à petit prix. Le second objectif est d'aider certains groupes à se lancer et à se faire connaître.
Oui, comme vous le dites, je souhaite montrer la diversité du milieu en proposant divers artistes qui ont chacun leur vision de la musique visual. Une seconde est déjà en préparation pour cet hiver.
Certains artistes ont même enregistré une nouvelle chanson pour Sakurabana ! Ça fait réellement plaisir un tel enthousiasme !

Orient-Extrême : La boutique en ligne Nanimato, c’est pour quand ?

Guillaume : La boutique est terminée ! Il reste quelques détails à régler et c'est parti !
Aux couleurs de Nanimato bien sur ! Le site du label a également changé et repris les couleurs d'origine qui sont noir et rose.

Orient-Extrême : Vous travaillez en collaboration avec le label indépendant japonais MobbyDick. Comment est née cette collaboration ?

Guillaume : En effet, nous travaillons en collaboration avec MobbyDick, qui d'ailleurs va bientôt changer de nom ! Attendez-vous donc à du changement également sur la version européenne du site internet.
On s'est rencontré tout simplement, ayant le même état d'esprit, notre destinée était de nous rencontrer.

Orient-Extrême : Le label MobbyDick fait actuellement du visual kei mais souhaie aussi se tourner vers la pop. Allez-vous suivre la même mouvance que ce label ?

Guillaume : Nanimato suivra peut-être. Tout dépend des artistes. Une version pop de Nanimato est à l'étude pour l'éventuelle arrivée d'artistes pop. Une filiale japonaise est également à l'étude avec nos associés.



Orient-Extrême : Quels sont vos objectifs en terme de production d’artistes et en terme de vente ? Pensez-vous vous cantonner à votre boutique en ligne ou à des revendeurs spécialisés, ou visez-vous les FNAC et distributeurs plus importants et grand public ?

Guillaume :
L'objectif est de rendre l'indies plus accessible aux amateurs du style, je ne pense pas que le grand public soit un jour intéressé par cet univers underground qui puise sa force autre part que dans un lieu de vente grand public.
Distribuer en FNAC ne m'intéresse pas vraiment, je ne pense pas que de tels artistes y ont leur place. Pour la plupart, ils ne sont déjà pas vendus dans des boutiques équivalentes japonaises. L'underground à son propre monde, avec ses avantages et ses inconvénients. Encore une fois, c'est une question d'esprit de vente. Mais si un artiste me le demande, je le ferai.
Je préfère me tourner vers des disquaires indépendants. En ce moment, j'étudie une chaîne de disquaires intéressée par mes produits.

Orient-Extrême :
Merci et bonne continuation pour la suite de vos projets.


Interview réalisée fin mai 2006 par Gwenaelle Durand et Eric Oudelet. Toute reproduction partielle ou totale est strictement interdite.
Le site officiel de Nanimato : www.nanimato.com
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