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B6 : interview exclusive du DJ électro, artiste sonore et designer chinois

Dans la catégorie des hyperactifs venant de Chine, B6 est plutôt bien placé sur la liste. En une dizaine d’années, il a réussi à populariser et à hisser la musique électronique indépendante à son plus haut niveau grâce à ses performances incessantes (des plus prestigieuses comme la cérémonie d’ouverture de la biennale d’art de Shanghai aux plus crasseuses lors des soirées Antidote entre les tags du C’s) et à sa production discographique impressionnante. Entre la bande son pour la dernière pub Nike, la préparation de son prochain album et la mise au point de sa future tournée Européenne (et nous ne citons pas tout !), B6 à pris le temps d’accepter une longue interview, abordant sa musique, ses influences, la scène électronique de Shanghai ou l’éducation chinoise…


Orient-Extrême : Tout d’abord, afin de te présenter au public français qui ne te connaîtrait pas, serais-tu d’accord avec la définition suivante : "musicien basé à Shanghai opérant dans l’électronique et l’art sonore, fondateur du label Isolation, DJ dans plusieurs boîtes et musées, et designer de pochettes d’album" ?

B6 : En fait, je ne conçois pas seulement des pochettes, mais aussi des designs graphiques. Je viens juste de monter ma boîte de design. Actuellement, en ce qui concerne mon travail, le rapport graphisme/musique serait de 50/50... Le mois dernier j’ai aussi débuté en tant que directeur musical pour une boîte de nuit, j’espère organiser des live sets de musique électronique. A l’heure actuelle je fais des sets d’électro crash. En juin nous allons recevoir Akufen. En fait, je souhaite importer un peu plus de nouvelle musique dans les clubs...



Orient-Extrême : A la base, pourquoi t’es-tu orienté vers la musique électronique ? Je demande ça car, à Shanghai, les gens semblent généralement plus intéressés par gagner de l’argent...

B6 : Parce que je trouve que la musique électronique est vraiment en adéquation avec mon tempérament, je veux exposer qui je suis, et la musique électronique est le chemin le plus valorisant. De plus, selon moi, la musique électronique permet aussi de gagner de l’argent. En fait mon tempérament fait que je ne peux pas faire quelque chose que je n’aime pas, et je savais que la musique électronique me permettrait de vivre, donc ça représentait quelque chose qui m’intéressait et qui plus tard me permettrait de gagner ma vie.
A l’origine, faire de la musique a aussi une autre raison. En 1997, j’ai entendu un album qui m’influença énormément, Burning Blue Soul du groupe The The. A cette époque, d’un côté j’écoutais cet album, et de l’autre je me disais : "si j’arrive à faire ce genre de chose, ma vie aura un sens".

Orient-Extrême : Mais The The était plutôt "rock" non ?

B6 : Non non… c’était le premier album, pas complètement rock, assez différent des styles suivants. Cet album, c’est Matt JOHNSON tout seul qui l’avait réalisé. En fait, c’était son album. A cette époque, je voulais vraiment devenir lui.
Un autre moment important fut mon premier ordinateur, je suis directement parti à la recherche de logiciels musicaux... Tout ça c’était en 97...

Orient-Extrême : Donc The The t’as dirigé vers l’électronique ?

B6 : Le plus exact serait de dire que ça m’a donné l’envie de faire de la musique. A ce moment là, je ne pensais pas à l’électronique.

Orient-Extrême : Et quel à été le facteur déterminant t’orientant vers le medium électro ?

B6 : Entre 1997 et 2002, j’étais guitariste dans un groupe [NDLR : Junkyard]. En 2002, j’ai pris mon temps et j’ai finalement décidé que je ne voulais plus jouer dans un groupe. J’avais commencé en 99 car j’avais récupéré un logiciel vraiment "cool", Catwalk 9. A cette époque j’écoutais beaucoup de musique électronique.

Orient-Extrême : Comme… ?

B6 : De la musique expérimentale, du noise japonais, de l’industriel anglais et puis Aphex Twin, j’écoutais pas mal de chose de chez Warp. J’aimais aussi beaucoup deux groupes industriels, Throbbing Gristle et Einsturzende Neubauten. Surtout Throbbing Gristle.
En fait, Aitar [NDLR : premier album du duo B6/MHP ] est très influencé par Throbbing Gristle. Mais quand je le regarde maintenant, je suis un brin désolé... En temps normal, de mes travaux, je ne donnerais pas celui-là à mes amis, surtout à des amis occidentaux...

Orient-Extrême : Pour quelles raisons ? Aitar me semble assez bon…

B6 : Parce que sur les samples, j’ai fait une mauvaise sélection. Les samples comportent beaucoup de paroles d’Hitler, mais notre intention n’était pas du tout d’avoir un esprit nazi.

Orient-Extrême : Quelle était l’idée originale ? Ça m’est apparu comme une critique comparant la guerre à une machine froide...

B6 : C’est ça... En fait, on voulait vraiment trouver des samples très orientés industriels, avec de l’allemand. Ce que l’on voulait exprimer, c’était juste ce côté industriel. Avec des mots très froids et sombres... mais on n’a vraiment rien de nazi, je préfère préciser...

Orient-Extrême : Quel serait donc l’album dont tu es le plus fier ? Le plus accompli selon toi...

B6 : Personnellement, aucun. Si tu parles des autres, je pense que Aitar II est assez satisfaisant. En fait, en temps normal, je n’écoute que très rarement ma propre musique parce que dès que je l’écoute, j’ai honte...



Orient-Extrême : Concernant Aitar II, comment l’avez vous composé avec MHP ? Comment vous êtes-vous reparti le boulot ?

B6 : Pour Aitar [NDLR : le groupe], en général c’est moi qui réfléchis dans un premier temps à la composition générale de l’album, à la sensibilité et au style des sons, ensuite, on travaille complètement indépendamment sur notre partie. Par exemple Tokyo Death -cette série de titres- à l’origine on s’était juste dit avec MHP : "on fait un album qui regroupe des titres qui font tous deux minutes". Mais celui-ci et Aitar II CD 1, ont été finis en même temps, donc on a transformé le tout en un double CD.

Orient-Extrême : OK… Maintenant, concernant le style, comment choisis-tu ? Sachant que tu touches à l’électronique, à l’art sonore, au minimalisme, au bruit... bref beaucoup de genres....

B6 : A l’heure actuelle, mon style est assez clair. Hormis pour des projets techniques, je ne ferai plus de noise ou de musique expérimentale. J’ai réalisé que, personnellement, je n’avais plus aucun intérêt pour le bruit ou l’expérimental. Je préfère faire de la musique légèrement orientée "club", mais pas le genre commercial, plutôt style Akufen. Je trouve ça très frais, bien que très technique, tout en étant facile à écouter. Je trouve que faire du noise ou de l’expérimental est trop facile, je n’ai pas cette motivation, tandis que faire de la bonne electronica [NDLR : nouvelle vague dance apparue dans les années 90, une musique électronique plutôt expérimentale ou acoustique] est réellement difficile. Mon style actuel serait plutôt microhouse [NDLR : style alliant la technique et l’approche mélodique du minimalisme aux éléments dansants de la house] et électro. En plus de ça, j’ai récemment formé un groupe, IGO, on fait de l’électro et du synthpop [NDLR : utilisation privilégiée de synthétiseurs dans un genre pop, comme le fait Depeche Mode]. On joue en restaurant, en remettant au goût du jour les anciennes manières de composer la musique instrumentale. Il y a aussi du chant, c’est la part la plus importante.

Orient-Extrême : Donc ta nouvelle approche serait plus IDM [NDLR : Inteligent Dance Music, électro hypnotique optimisée pour une écoute à domicile plutôt qu’en club] c’est juste pour la complexité ou y a t’il d’autres motivations ?

B6 : Huummmm, en fait IDM est un processus imbriqué entre l’expérimental et le moderne. En Chine, si beaucoup de personnes connaissent B6, c’est à travers mes compositions IDM. Mais j’ai déjà décidé d’aller de l’avant. Je pense que l’IDM c’est déjà du passé, l’idée n’est plus nouvelle. Les gens qui font de l’IDM pensent tous pouvoir atteindre le niveau d’Aphex Twin ou Autechre, mais ça me paraît impossible. Aphex est trop excellent. Son univers, c’est lui qui l’a créé, donc même si techniquement tu arrives à atteindre son niveau, ça n’aura toujours pas de sens. De plus, le mouvement IDM à déjà été complètement changé pour devenir "faire des beats pompeux et compliqués". Sur ce point, je trouve que ça ressemble beaucoup à l’art rock des années 70. Ça commence avec des groupes et des artistes excellents, et puis avec les suivants, ça devient juste "technique-technique-technique"... sans créativité.

Orient-Extrême : Ça m’amène à la question suivante... Certains artistes, et particulièrement en Chine, suivent une tendance ; d’autres un concept, une mélodie… Quel serait votre processus créatif, d’où vient l’inspiration, le sens créatif ?

B6 : Maintenant, quand je me prépare à faire de la musique, j’essaie d’abord de me vider l’esprit. Je ne pense à rien et ensuite, je me mets en tête de faire de la musique cool.

Orient-Extrême : Une approche empathique ?

B6 : Oui. J’ai remarqué que beaucoup de personnes faisant de l’expérimental doivent s’expliquer avec des mots pour supporter leur création. Souvent ils expliquent que leur création exprime ci ou ça. Beaucoup d’artistes sonores ou avant-gardistes électroniques sont comme ça. Mais je n’aime pas cette façon, ce n’est pas de la musique. La musique représente quoi ? C’est aux auditeurs de le déterminer par l’écoute, ce n’est pas à l’artiste de l’exprimer avec des mots. Sinon, tu n’as pas besoin de faire de la musique ; à la place, donne des cours sur la musique ou écris des critiques.

Orient-Extrême : Hé hé !... Et où places-tu la technique ?

B6 : J’insiste sur la technique. Pour moi, la technique passe avant tout. Par exemple avec l’IDM, la technique EST le style musical. Si tu veux que ta musique soit de l’IDM, tu te dois d’apprendre en priorité ce style. Cependant, même si tu trouves la technique (la méthode), il n’y aura toujours aucune création personnelle. De plus, concernant la musique expérimentale et l’art sonore, pour être honnête, je trouve que l’expérimental est le style qui possède le moins de technique et le moins de création. La part créative de l’expérimental n’atteint pas celle de la pop. En une après midi tu peux faire un album car les logiciels modernes deviennent vite familiers. En chinois, on a un proverbe : "dessiner un fantôme est facile, un dessinateur est difficile". L’idée est qu’il est très facile de dessiner quelque chose sans formes définitives, car il n’y a aucun standard, et tu n’as pas besoin non plus de posséder une bonne technique. Cependant cela ne signifie en rien que tu sois un authentique bon dessinateur.



Orient-Extrême : Pour changer de sujet, comment décririez-vous l’influence grandissante de la scène électronique sur les Chinois ?

B6 : Je pense que le développement de la musique électronique est différent entre chaque ville...

Orient-Extrême : Comment cela affecte Shanghai ?

B6 : Assez fièrement, je pense que le développement de la scène électronique à Shanghai dépasse celui des autres villes de Chine. La musique électronique indépendante à vraiment un auditoire à Shanghai. Tout d’abord, tout les mois il y a des soirées d’électro indépendante, en marge des soirées à techno commerciale. Par exemple, aux soirées que j’organise, il y a toujours un petit cercle de fans qui vient à chaque fois, bien que les proportions actuelles soient à 80% des étrangers vivant à Shanghai.

Orient-Extrême : Par conséquent… Dirais-tu que c’est une culture vraiment populaire, ou un phénomène qui reposent sur les artistes ? En gros, une fois que les artistes abandonneront, la musique électronique redisparaîtra-t-elle ?

B6 : Je pense qu’à Shanghai, ce n’est déjà plus un phénomène reposant sur les artistes. Par exemple, le jour où j’arrêterais de faire ce genre de choses, il y aura à coup sûr un 2e puis un 3e "moi" qui apparaîtra. Mais bon, là je parle uniquement de la musique électronique indépendante, ça n’inclut pas l’expérimental ou le noise.

Orient-Extrême : Quelles sont les choses qui méritent qu’on tende l’oreille à l’heure actuelle en Chine… ou en dehors, s’il y en a… ?

B6 : En ce moment je me concentre sur les gens qui font de l’électronique à Shanghai. Dernièrement, j’ai découvert pas mal de gars vraiment sympas. Il y en a deux qui font de l’électro, leur musique est vraiment très impressionnante, mais aucun n’est chinois. Le premier s’appelle Camy, c’est un anglais qui travaille à Shanghai ; et le deuxième Jackson Black, un américain qui travaille lui aussi à Shanghai.

Orient-Extreme : Et du côté chinois ?

B6 : Assez triste… Je n’ai rien découvert de vraiment bien récemment. En fait, il y a quelques locaux qui commencent à faire de l’électronique, mais aucun ne fait une place vraiment importante à la musique. Peut être est-ce juste pour s’amuser. Pas vraiment de bon album non plus.

Orient-Extreme : Et comment vois-tu la scène évoluer dans le futur ?

B6 : C’est là où je me dis que Shanghai est le bon endroit ! Beaucoup de gens voient Shanghai comme très commerciale, mais le bon côté du commercial, c’est le professionnalisme. La scène électronique indépendante de Shanghai devient de plus en plus internationale, et fonctionne de façon très professionnelle. Toutes les semaines, tu peux assister à des soirées ou performances proposant le top de ce qui se fait. Beaucoup d’amis en provenance de Hong Kong ou Taiwan me disent que le milieu de la musique électronique est meilleur ici que par chez eux. On organise aussi souvent des ateliers ou beaucoup de DJ viennent pour pratiquer et apprendre comment faire de l’électronique. On participe et organise des soirées appelées "microhouses". On a par exemple reçu l’événement ableton live.

Orient-Extreme : Il y a de plus en plus de gens intéressés, cela signifie-t-il que cela deviendra plus simple de distribuer un CD sur le territoire chinois ?

B6 : En ce qui concerne l’édition de CD, aucun de nous n’est vraiment motivé. Distribuer un CD en Chine n’a pas grand intérêt.

Orient-Extreme : Mais que faire pour les gens vivant à Lanzhou ou Changsha [NDLR : capitales respectives du Gansu et du Hunan] ? Juste pour partager ta musique avec le reste de la Chine qui n’a pas la chance d’avoir une scène électronique vivante...

B6 : En fait, c’est ce que l’on fait continuellement. Je n'y trouve pas d’intérêt mais cela ne signifie pas qu’on ne le fait pas. C’est juste que je ne peux pas éditer un CD sur la Chine qui rencontrerait un succès. Tu connais Shanshui [NDLR : éditeur indépendant de musique électro montée par Sun DAWEI] ?

Orient-Extrême : Oui, mais il faut passer par internet pour commander, rien n’est disponible ici en Chine hors grandes villes de l’Est. Les gens seraient peut être plus intéressés si les CD étaient plus facilement trouvables.

B6 : Là, c’est sans solution. Parce que Shanshui par exemple, c’est juste un petit distributeur, ils éditent un CD mais ne peuvent pas en retirer de l’argent. La Chine a besoin d’un peu plus gros, une compagnie de la taille de Modern Sky par exemple [NDLR : la seule compagnie spécialisée dans la musique indépendante, tous styles confondus, qui distribue nationalement]. Mais je déteste Modern Sky car ils cassent complètement l’industrie de la musique électronique.

Orient-Extrême : Peux-tu expliquer ?

B6 : A l’heure actuelle, ils signent les artistes à des tarifs très bas. Cela ne signifie pas que leur compagnie va mal, ils ont un esprit très commercial ; l’année dernière par exemple, ils ont vendu pour RMB1 000 000 [NDLR : environ 100 000 €] de droits a Motorola. Par contre, avec les artistes indépendants, ils sont intransigeants. Beaucoup d’artistes dans le besoin doivent sortir leurs albums, ils sont donc contraints d’accepter ces conditions. C’est là que le problème se crée. Ensuite, les nouvelles compagnies vont imiter Modern Sky, offrant les mêmes prix avec un pouvoir d’achat grandissant sur les albums. Le marché deviendra vite détraqué. Le pire, c’est qu’avec ces petites sommes ils achètent aussi les droits. Mon éditeur anglais actuel m’a dit que ces conditions étaient complètement injustes. De mon point de vue, si Shanshui (ou ce genre de distributeur), vient me chercher pour une coopération, je ne parlerai pas argent avec eux, tout sera complètement gratuit. Par contre si Modern Sky vient me chercher, et ils l’ont déjà fait, je leur dirais un prix qui les fera fuir.

Orient-Extrême : Dans ces conditions, serait-il possible de monter une plus grosse structure sur les bases des petites structures comme Reconfiguration, Shanshui, Subjam...

B6 : A l’heure actuelle, ça me parait encore compliqué car le marché pour ce genre de musique est encore faible. C’est assez difficile à dire car chaque ville possède un environnement différent. Par exemple à Shanghai, je peux complètement me reposer sur la musique, mais pour les musiciens à Beijing [NDLR : Pékin], c’est tout de suite plus difficile.



Orient-Extrême : Que penses-tu de l’utilisation d’internet ?

B6 : C’est un assez bon outil, par exemple Myspace. Avec ma compagnie de design on est en train de faire un site, une entreprise américaine envisage d’investir en Chine pour faire un portail du style Myspace pour les arts indépendants. Je pense qu’on doit profiter des possibilités d’internet. Myspace est un moyen formidable pour se faire connaître. Seulement voila, en Chine, il y a des artistes qui ne parlent pas bien anglais et qui se retrouvent par conséquent sans porte d’entrée. Mais, si tu parviens à y insuffler de l’énergie, internet est un lieu où tu peux obtenir de très bons retours. Evidement, à la base, ta musique doit être bonne.

Orient-Extrême : Et comment les auditeurs français peuvent avoir accès a ta musique sans internet ? Il y a des alternatives ?

B6 : Ils n’ont qu’à attendre le jour où je viendrai tourner et éditer un CD en Europe... [rires]

Orient-Extrême :
C’est ennuyeux, peuvent-il faire des commandes par internet ?

B6 : Je pense que ce sera possible sous peu, j’ai récemment réédité mes anciens albums, sous un nouveau format, le "box set". Mon éditeur prévoit de le distribuer en Europe. A côté de ça, on pense aussi le vendre par internet.

Orient-Extrême : Et quand cela sera-t-il prêt ?

B6 : D’ici deux mois je pense. Mon éditeur va retourner en Angleterre le mois prochain, il va essayer de trouver un agent, je vous tiendrai au courant le moment venu...

Orient-Extrême : J’ai remarqué que tu signais beaucoup de pochettes sortant de chez Subjam, comment as-tu rencontré YAN Jun, le philosophe chinois fondateur de SubJam ? Des intérêts musicaux communs ?

B6 : Je le connais depuis longtemps, c’est un ami. En fait, à l’origine, il écrivait des critiques de rock pour permettre aux gens de connaître cet univers.

Orient-Extrême : Pour conclure, quelles sont tes prochains projets, une collaboration avec WANG Fei [NDLR : son pseudo MSN étant "technasia + Wang Fei !!!!" lors de l’entretien] ?

B6 : Non, non. Mes plans consistent tout d’abord à faire un nouvel album, dans un style complètement nouveau, pour représenter ma musique actuelle. A côté, je veux continuer à organiser et faire de bonnes soirées. Enfin, une fois l’album sorti, je souhaite faire une tournée en Europe.

Orient-Extrême : Où ça ? En Angleterre ? Et pour Chengdu et la Chine ?

B6 : Quelque part sur le continent européen. Evidement si j’ai assez d’argent, j’irai aussi en Angleterre... Pour ce qui est de Chengdu, je pense que j’irai bientôt. Nous préparons une tournée nationale avec Antidote, nous avons déjà été à Nanjing, les retours étaient bons. Donc Beijing, Guangzhou, Chengdu, Hangzhou sont toutes sur la liste. Je sais qu’à Chengdu, il y a une bonne soirée Drum’n’Bass par DJ Joe. Si j’ai l’opportunité, j’aimerai bien aller y jouer, bien que je n’ai jamais fait de Drum’n’Bass…



Orient-Extrême : Que voudrais-tu ajouter ? Quelque chose que tu aurais vraiment envie de dire mais que l’on n’a pas abordé...

B6 : Je voudrais vraiment parler un peu des problèmes de l’éducation chinoise… je peux ?

Orient-Extrême : Bien sûr…

B6 : Du fond de mon coeur j’espère que tout ce qui compose l’éducation chinoise aille mourir. Je fais souvent une prière pour ça. Je souffre de tout ce qu’est l’éducation chinoise.

Orient-Extrême : Quel est le problème ?

B6 : C’est plus malveillant que la révolution culturelle ou la deuxième guerre mondiale. La créativité de beaucoup de jeunes est détruite par elle.

Orient-Extrême : Pourquoi ?

B6 : Sans cette éducation, la culture chinoise serait une des premières au monde.

Orient-Extrême : Trop conformiste ?

B6 : Ce n’est pas uniquement le conservatisme du fond, mais aussi la forme. Ça sape le merveilleux pouvoir créatif humain. A mes yeux, tous les meilleurs élèves deviennent les déchets de la société. Des gens inutiles. Tous les professeurs devraient aller en prison.

Orient-Extrême : Ça, ça me rappelle la révolution culturelle...

B6 : Que tu veuilles suivre ta vie ou un idéal, ça ne change rien ; en Chine, les enseignants du primaire sont des criminels. Si je m’exprime de cette façon, c’est parce que j’espère que de plus en plus de jeunes pourront avoir leurs propres passions. Ce n’est pas le rôle du professeur de te transformer en une sorte d’entité préformatée. Lorsque j’étudiais, beaucoup de camarades de classe possédaient un grand pouvoir créatif, puis, doucement mais sûrement, ils ont perdu tout enthousiasme. Et une fois diplômé, ils ont tous été transformés en personnes sans passion. Ces gens auraient pu devenir de bons artistes ou musiciens...

Orient-Extrême : C’est seulement l’éducation, ou la famille prend aussi une part ?... "Gagner sa vie, garder la face et être populaire"...

B6 : Non... à l’heure actuelle, la famille n‘est plus un élément vraiment important. En fait, la famille ne peut pas monopoliser tout ton temps, mais l’école le peut.

Orient-Extrême : Et alors, comment as-tu fait pour garder ta créativité ?

B6 : J’ai persisté. Avec Junky on a persisté à faire du noise. Persévérer est primordial. Tout le monde traverse des moments difficiles. Par exemple, quand j’étais à l’école, mes parents ont jeté mes instruments par terre. En réalité, hormis les concepts traditionalistes, le plus important pour eux était la crainte que je ne puisse trouver un travail sûr et paisible… Si je n’avais pas persisté, j’aurais adopté la même façon de voir que mes camarades de classe. Evidemment je n’aurais alors pas fait de musique, peut-être que je travaillerais dans une compagnie, mon tempérament aussi serait devenu le même que le leur, sans conviction et cynique…

Orient-Extrême : Je pense que ça va prendre du temps avant que l’éducation change…

B6 :
Oui, ça va nécessiter beaucoup de temps...


La discussion dériva tranquillement mais sûrement sur les problèmes de l’éducation chinoise, puis passant de Junkyard à la dernière pub Nike en passant par l’esthétisme des vieux analogues de Moog...



Un grand merci à B6 pour son temps et sa patience, merci à Hua Hui pour sa traduction temps réelle et son jus de carotte, et enfin merci à Sun Ye pour l’organisation…

Interview réalisée par Guillaume Maximin fin mai 2006. Toute reproduction totale ou partielle du compte rendu est strictement interdite.


Liens utiles :

B6
Site officiel : http://b6.blogbus.com/index.html
Page Myspace (son) : http://myspace.com/b6music
Pages Shanshui (son) : www.shanshui-records.com/releases_005.htm et www.shanshui-records.com/releases_001.htm
Page présentation : www.smartshanghai.com/dj/b6

AITAR (B6+MHP)
Page Rockself (son) : www.rockself.com/mp3/index.htm

I.G.O. (B6+JJ WU)
Page Myspace (son) : www.myspace.com/igoigo

Soirées sur Shanghai
Antidote (son) : http://urgentculture.com/antidote/
Micro : http://microshanghai.com
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