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JAPAN EXPO 2010 : le dossier Asian Music avec tous les live reports (partie 1 sur 2)

Quand les ados déguisés en personnages de manga, les trentenaires en sailor fuku, les émos et les gothic lolitas envahissent les transports en commun, tout Paris est au courant : JAPAN EXPO rouvre ses portes ! Le Disneyland éphémère de la pop-culture japonaise, exilé depuis 2006 aux Parc des Expositions Paris-Nord Villepinte pour répondre à l’afflux de visiteurs, a cette année encore  battu son propre record européen en accueillant 173.000 festivaliers sur quatre jours, du 1er au 4 juillet. A l’affiche côté musique : une vingtaine d’invités en concerts, conférences ou dédicaces. Parmi eux, quelques célébrités telles que les Morning Musume. et deux membres de X JAPAN, des valeurs sûres comme SEIKIMA-II et DOPING PANDA, des nouveaux venus, des opportunistes et une ribambelle d’inconnus qui réservent toujours leurs lots de bonnes surprises. La programmation étant devenue particulièrement dense, impossible de tout voir. Que fallait-il ne pas rater et que fallait-il zapper ? La réponse dans notre dossier.



Passées les portes de la convention et l’accueil énergique d’une inoubliable équipe de supporters japonais, parfaite pour se réveiller de bon matin, une première évolution saute aux yeux : les familles sont de plus en plus nombreuses à arpenter des dizaines de milliers de mètres carrés de JAPAN EXPO. Les parents, première génération d’otakus, y emmènent désormais leurs enfants avec qui ils partagent un univers et des passions communes, où chacun trouve son héros. Le festival, lui par contre, reste sensiblement le même et JAPAN EXPO peut ressembler à un vaste marché payant pour le simple chaland ou le néophyte. Des dizaines de stands commerçants se tassent aux portes d’accès, regorgeant d’innombrables produits dérivés en tous genres, de la statuette numérotée aux pacotilles, authentiques ou non… En musique, la présence d’éditeurs, labels et autres ayant-droits japonais (qui investissent ou investiront à JAPAN EXPO) poussent les organisateurs à hausser leur niveau de vigilance. Toutefois, les pirates refusent de déserter et quatre stands minimum s’obstinaient à écouler dans leurs coins sombres des contrefaçons de CD et DVD japonais repérables à leur prix imbattables, forcément louches. Les originaux s’exposaient fièrement sous les spots, que ce soit dans les boutiques officielles du festival, chez les éditeurs tels que Soundlicious et KAZE / Wasabi records ou chez les magasins et importateurs comme Tokyo Arena et surtout TAI YOU, de plus en plus à la fête avec le succès des popstars japonaises et coréennes non licenciées en France. La télévision de TAI YOU qui projetait en permanence des tubes Kpop (G-DRAGON, SHINee…) aimantait littéralement les badauds dans l’allée centrale. Plus excentré, le stand Soundlicious a triplé de superficie ; fort de son alliance avec JAPAN EXPO, l’ex-petit label peut désormais s’offrir des artistes bankables comme VAMPS et les Morning Musume., dont un coffret triple CD était spécialement commercialisé en édition limitée. Le Hello!Project bénéficiait lui-aussi de quelques mètres carrés pour exposer costumes, photos et autres objets collector à la gloire des Morning Musume. Malgré la profusion de couleurs, l’ambiance était ternie par un staff à moitié endormi et/ou déprimé et des installations plutôt cheap… Inversement, certains stands proposaient des animations ponctuelles. Jeudi midi chez KAZE-TV, une trentaine de fans de Kanon Wakeshima ont ainsi pu lui parler en visioconférence malgré des conditions difficiles : artiste malade et sonorisation défaillante. Au détour des allées, on pouvait aussi croiser MOON KANA, YuuKi de Jelly Beans, KANON d’AN CAFE (qui promouvait son jeu pour smartphones), le producteur NAOKI de KONAMI (qui présentait le jeu Dance Dance Evolution avec la caméra Kinect sur Xbox 360) et des invités de dernières minutes comme Usagi no Namihey du duo Piyo Rabbie en showcase. D’autres ont pu nous échapper. JAPAN EXPO, la boîte à happenings surprises !



Il faut s’aventurer au-delà de la fourmilière et du capharnaüm des stands pour découvrir la substantifique moelle de JAPAN EXPO, ses principaux espaces consacrés aux animations : karaoké géant, associations ludiques, salles -ou plutôt parcs- de conférences et de dédicaces, et surtout le J.E. Live House et l’immense salle de spectacles réservées aux attractions les plus fédératrices (cosplay, défilés de mode…) et aux invités les plus prestigieux. Qu’ils soient mangakas, réalisateurs d’animes et de jeux vidéo, ou musiciens… les personnalités se sont succédées sans relâche en dédicaces ; certes sans pouvoir satisfaire tous les fans, mais qui aurait pu ? A l’exception remarquée de YOSHIKI qui a préféré le prestige des Champs-Elysées, quasiment tous les invités musicaux en concert ou en showcase à JAPAN EXPO ont dû jouer du stylo. Les Morning Musume. ont eu l’honneur de la grande salle de spectacles pour leur conférence publique sous contrôle, avec des questions soigneusement sélectionnées par avance, quand le jeune groupe de visual kei ViViD a rempli l’autre salle dédiée de 300 fans en jouant la carte de l’échange improvisé. Noriyuki Iwadare et le manager de VAMPS (en concert à Paris en octobre) se sont eux aussi essayés à l’exercice.



Depuis quelques années, la musique est devenue  une thématique majeure de JAPAN EXPO, et les concerts s’y sont multipliés jusqu’à la création d’une salle spécifique : le J.E. Live House. Cet espace doté de deux écrans géants et d’une capacité de plusieurs milliers de spectateurs n’a plus grand-chose à envier à la plupart des salles parisiennes spécialisées. 2010 a encore vu défiler un panel hétéroclite d’artistes nippons, à raison de 4 représentations de 45 minutes par jours en moyenne. De ce fait, avec environ 3 heures de live quotidiennes, le Live House peut justifier à lui seul le prix d’entrée à la convention. Mais les invités musicaux sont devenus tellement nombreux qu’ils s’incrustent parfois dans la grande salle voisine. Malgré la disparition du prestigieux défilé de mode Laforet HARAJUKU (un gouffre financier pour les stylistes), plusieurs chanteurs et chanteuses de modeste envergure sont montés sur le proscenium de la salle principale pour de courts showcases de 15 minutes : le Coréen Baby Jin (premier représentant de son pays et premier chanteur Rap-R&B de JAPAN EXPO !), le girlsband C-ZONE, l’idol Aso Natsuko, et Clémentine, une Française connue au Japon. 2010 laisse toutefois une étrange impression : après une explosion, la fréquentation du Live House semble avoir stagné, voire régresser. Seule la "moitié" de X JAPAN, incarnée par YOSHIKI et TOSHI, a vraiment rameuté une foule impressionnante, quand 2009 faisait aussi bien à plusieurs reprises (AKB48, Kana Wakeshima…). A l’instar d’un marché en proie au doute, la seconde grande vague J-Music européenne s’essoufflerait-elle ? La programmation de JAPAN EXPO a-t-elle déçu en 2010 ? Il faut dire que, contrairement aux années précédentes, JAPAN EXPO n’a pas franchi de nouveau palier en termes de renommée pour ses invités musicaux. De plus, davantage d’artistes ont donné deux showcases (occupant un slot qui aurait pu revenir à un inédit) quand les Morning Musume. ont squatté le Live House une grande partie du vendredi après-midi pour préparer leur concert du soir. JAPAN EXPO n’en reste pas moins LE festival français à ne pas louper pour tout amateur de J-Music, le seul rendez-vous annuel qui permette de profiter d’une telle diversité musicale, et de découvrir des talents insoupçonnés à moindre coût. Place à la revue quasi-exhaustive de toutes les prestations.





HITT
1er juillet - J.E. Live House

Malgré le coût du voyage, on pensait que les artistes japonais étaient devenus suffisamment nombreux à postuler au Live House pour permettre aux organisateurs d’établir un programme à la fois diversifié et de qualité. L’inauguration de la salle de concerts a pourtant été confiée au modeste HITT, le saltimbanque rocker exilé du Japon, en quête éperdue de succès en Europe et dans l’hexagone, pays où il a le plus de fans. Mais en étant catapulté au Live House (la chance de sa vie ?), HITT passe de ses habituelles dizaines de spectateurs près de deux milles, qui pourront ensuite le comparer à X JAPAN, SEIKIMA-II ou encore LONG SHOT PARTY, sans parler des invités des années précédentes. Hélas, si les "sketches" musicaux de l’énergumène amusent quelques minutes dans un bar de Province ou en showcase dans un magasin, la plaisanterie ne fait illusion que sur une nuée d’adolescentes à JAPAN EXPO, loin d’être surexcitées pour autant. HITT au J.E. Live House, ce serait comme Amandine du 38 à L’Olympia, ou l’équipe de France à la Coupe du Monde de foot : on ne comprend toujours pas.

Les cheveux plus en pétard que jamais, l’apprenti artiste semblait s’empêtrer dans son propre show, gesticulant comme un fou, maladroitement et sans cohérence avec sa musique entre deux refrains, quand il n’errait pas sur scène à la recherche d’une pitrerie qu’il testerait à la transition suivante ; des transitions hachées où l’on sautait brutalement d’une ambiance rock, à de la musique de chambre au violon puis à de l’électro. HITT parvenait à nous tirer quelques sourires, quand on voyait à travers lui une parodie involontaire d’Elvis sur Kakkotsuke Man par exemple. On appréciait aussi sa fougue lorsqu’il se saisissait d’un instrument comme la basse empruntée à l’un de ses deux musiciens. Mais pourquoi précipiter et bâcler la ballade Sakura Romance au piano ? Pourquoi un show aussi décousu et mené avec autant de désinvolture alors qu’il fallait à tout prix compenser d’énormes lacunes au chant ?

Le bon public était au rendez-vous et HITT peut s’en satisfaire. Pas de quoi masquer la réalité dans la cour des miracles : le bien-surnommé "miyavi du pauvre" aura seulement marqué JAPAN EXPO en y donnant le plus mauvais concert de l’histoire du Live House.

photos HITT à JAPAN EXPO


Baby Jin
1er juillet - Scène principale

Aux premiers abords, cet invité totalement inconnu et orphelin de promotion aurait pu passer pour un bouche-trou, un énième galérien sans talent venu se vendre aux Européennes boulimiques de bridés. Pour le coup, c’eût été un vilain préjugé ! Mine de rien, Baby Jin incarnait une petite révolution : il est le premier chanteur sud-coréen et premier faire-valoir du rap/R&B, genre ô combien populaire, à se produire à JAPAN EXPO à l’heure où la Kpop euphorique bouscule une Jpop arthrosée. Pour ne rien gâcher, la relative efficacité de son single sorti incognito en 2008 avait même conforté le potentiel de son showcase.

Passé le choc visuel de l’accoutrement clownesque de Baby Jin, c’est hélas la froideur de l’immense hall et la dispersion des fans de Kpop, maintenues assises aux quatre coins du parterre de chaises, qui ont faussé l’ambiance. Le dispositif de la grande salle de spectacles retenue pour les mini-showcases aura, une fois de plus, prouvé son inadéquation aux shows participatifs. Malgré des appels incessants, un bon flow et un style particulièrement rafraichissant dans la niaiserie idolesque ambiante, Baby Jin et ses danseurs peinaient à entendre et à ressentir le support qui les aurait probablement libérés. Bien que le jeu de scène caricatural et improvisé du chanteur-producteur ne rivalise pas avec les chorégraphies millimétrées des Kpop-stars médiatisées, son jeu était cohérent et démonstratif, et procuraient de plaisantes sensations, inédites dans le cadre de JAPAN EXPO. De ce fait, on ressort tiraillé entre deux impressions : un poil déçu par le show un peu coincé du cul handicapé par la configuration spatiale, et satisfait d’avoir découvert un inconnu prometteur (tant pour sa propre carrière que pour celle des artistes de son agence Star Village), également porteur d’espoirs quant à l’arrivée plus massive de la Kpop en Europe. Après l’affligeant HITT en ouverture du Live House, ça fait du bien mais il fallait rester au Live House pour avoir le meilleur : DOPING PANDA.

photos Baby Jin à JAPAN EXPO


DOPING PANDA
1er juillet - J.E. Live House

Bien installé et réputé au Japon, major chez Sony depuis 2005, DOPING PANDA est entré en France par la petite porte, presque abandonné à son propre sort avec une promotion fantomatique. De ce fait, et bien qu’étant l’un des groupes les plus talentueux du line-up 2010 de JAPAN EXPO, il n’aura joué que devant un millier de spectateurs ; un public plus âgé que pour HITT, plus réceptif à la quintessence de la musique. L’enchainement des deux artistes permettait d’ailleurs de mesurer l’écart de classe qui les sépare.

Enfin de vrais musiciens et un vrai sens du groove ! Délaissant (involontairement ?) le rendu électro des versions studio, l’approche du chanteur-guitariste Yutaka Furukawa et de son bassiste a tout d’abord déconcerté. Ils ont mis l’accent sur un touché subtil et très nuancé de leurs instruments pour délivrer des mélodies, tantôt relaxantes, tantôt entraînantes, certes plus dépouillées, mais apportant toujours leur dose de plaisir, le plaisir simple et saint d’écouter un bon son. Avec son chant velouté, I’ll be there est l’exemple-type de chanson qui a transporté l’auditoire - et pas uniquement les fans - sur sa simple mélodie, dépourvue de son habillage électronique original.

A son entrée, le trio rock ne paraissait pourtant ni à l’aise, ni démonstratif d’un quelconque enthousiasme ; un état d’esprit confirmé en coulisses puisque les trois Japonais complètement déboussolés se demandaient encore pourquoi on les avait invités dans une convention pour fanatiques d’anime et de manga, inimaginable dans leur pays. C’est peut-être ce qui explique des débuts peu assurés et la grande sobriété de la prestation. JAPAN EXPO était la première date européenne de DOPING PANDA en 2010, le groupe est même revenu jouer en France cet été, malheureusement sans campagne de communication.

photos DOPING PANDA à JAPAN EXPO


die!!die!!color!!!
1er et 2 juillet 2010 - J.E. Live House

L’apocalypse haute en couleur, c’est la bombe électro-punk qu’a fait exploser die!!die!!color!!! en pleine JAPAN EXPO. Un festivalier averti en valait deux : les extraits vidéo partagés sur MySpace annonçaient clairement un déluge frénétique de décibels à hauts BPM, et deux concerts de fous-furieux les 1er et 2 juillet. Ce fut confirmé la veille en showcase à la Fnac Champs-Elysées : la fusion hardteck-punk-metal de die!!die!!color!!! décoifferait un bonze !

On s’étonnait ainsi de voir le public si "contenu" dans son excitation, alors que la violence du set relevait parfois des concerts de metal les plus bourrins. Pas de pogo, pas de slam… Juste de bons coups de tête et de poings levés. Peut-être à cause de la faible audience, ou l’habitude de se faire réprimander par la sécurité les années précédentes, à moins que les fans de punk et metal ne se soient pas sentis concernés par ce groupe coloré sorti de nulle part. Exception faite de Shige666, le punk à crête aux machines, les trois autres membres de die!!die!!color!!! cachaient bien leur jeu sur photo, en particulier le duo au chant. Uppercuts et roulades sur scène pour Takenaka, sauts et lacération de tympans à coups de voix criarde pour Anna, la paire se démenait sans compter et assurait au ping-pong vocal. Légèrement en retrait et caché derrière ses cheveux, Shinbo grattait sa guitare comme un dératé et apportait à die!!die!!color!!! toute la puissance de ses sons saturés. Quelques passages pop plus calmes et quelques plages atmosphériques permettaient heureusement de reprendre son souffle, et de diminuer la pression dans les cages à miel.

Spectaculaire et impactant, le choc die!!die!!color!!! était l’une des bonnes surprises live de cette JAPAN EXPO 2010. Trop bourrin, en particulier au chant, et régulièrement trop criard côté voix féminine ; die!!die!!color!!! ne pouvait cependant prétendre faire l’unanimité comme GARI les années précédentes.

Photos die!!die!!color!!! à JAPAN EXPO


Noriyuki Iwadare
1er et 4 juillet - J.E. Live House

Compositeur et arrangeur, notamment dans l’industrie du jeu vidéo, Noriyuki Iwadare était l’un des invités d’honneur de JAPAN EXPO. Malgré cette étonnante mise en exergue, seuls quelques centaines de spectateurs se sont rendus à ses deux mini-concerts, où il a joué des compositions de Grandia, Lunar, Phoenix Wright… avec une formation typée rock 100% japonaise. Autour de Noriyuki et ses claviers : un guitariste, un bassiste et un batteur, rejoints plus tard par une chanteuse, Shion.

Jusqu’au milieu du set, ces instruments n’ont pourtant pas suffi à dépoussiérer et rafraîchir des musiques très synthétiques au style rétro, typiques des jeux 16 bits du siècle dernier. Ceux qui espéraient un concert aux dimensions symphoniques en étaient pour leurs frais, et pas une projection parallèle des jeux concernés n’est venue en background animer une scène désespérément statique (les écrans géants étaient orientés vers le milieu désertique de la salle). L’arrivée de Shion et de thèmes plus récents, plus riches et dynamiques également, a vraiment ravivé l’intérêt, d’autant que la charmante vocaliste a su instaurer un dialogue avec les spectateurs entre deux titres. Au fil des minutes dans cette deuxième moitié de set, on se laissait enfin prendre au jeu, tourmenté par la tension des musiques de combat, ou bercé par de mélancoliques mélodies. Ambiant, jazzy, exotique… la diversité des univers et des styles visités s’étoffait et on ressortait des 45 minutes sur une impression positive, en dépit du caractère instrumentalement pauvre des débuts. Pour réellement apprécier ce concert hors du temps et des modes, il incombait d’avoir vécu l’expérience émotionnelle des musiques de Noriyuki Iwadare dans leurs contextes vidéoludiques.

Photos Noriyuki Iwadare à JAPAN EXPO


Takekawa Ai
2 juillet - J.E. Live House

Une vraie voix pour des instants magiques à JAPAN EXPO ! A 21 ans, et malgré une discographie réduite à deux singles distribués par avex au Japon, la jeune Takekawa Ai a créé la sensation dès les premières secondes de son showcase de 30 minutes. On n’a pas vraiment l’habitude d’entendre des chanteurs ou chanteuses réellement talentueux au festival ; alors quand le miracle se produit, c’est d’autant plus impressionnant ! On reste béat devant la scène, les yeux écarquillés et la mâchoire décrochée. Charismatique, naturelle et classe à la fois, Ai s’est présentée seule, chantant sur une bande instrumentale. Ce dépouillement, qui aurait été fatal à presque tous les autres invités, n’a fait que mettre en lumière une voix inoubliable, une voix qui en rappelle aussi une autre, tant dans le timbre que dans le style : celle d’Utada Hikaru. Il n’en fallait pas davantage pour faire naître quelques frissons, surtout chez ceux qui ont eu la chance d’apprécier la popstar en live

A cause de cordes vocales pas assez échauffées, Tooi Michi No Saki De, générique de l’anime INU YASHA, était pourtant loin d’être parfait en ouverture, mais son interprétation un poil approximative, tremblante et criarde laissait déjà le public sans voix. Subjugué, il a massivement applaudi dès les dernières notes. Enfin à l’aise dans son chant et sa gestuelle, Ai s’est libérée et ses cinq chansons suivantes, dont une seconde Tooi Michi No Saki De en final, frôleront la perfection, qu’il s’agisse de son deuxième titre dans un registre rock/soul, de la ballade Star ou de la reprise de We are the World, chanson originellement écrite par Michael Jackson et Lionel Richie. Exceptionnellement au piano pour ce titre, Takekawa Ai (qui est aussi musicienne et compositrice) a voyagé très haut dans les aigus, tout en restant juste. Son dernier single I will et son refrain enivrant, en échos aux meilleures chansons d’Utada Hikaru, resteront comme l’un des souvenirs les plus mémorables de JAPAN EXPO. C’était l’une des deux révélations de l’édition 2010, l’absence de musiciens et la brièveté de son set la prive de peu de la note maximale. Guettez la sortie de son premier album, probablement cet hiver au Japon.

Photos Takekawa Ai à JAPAN EXPO


C-ZONE
2 juillet - Scène principale

Après la mode visual kei, les idols et leur pop enfantine envahissent les conventions. De nombreuses looseuses, noyées dans le marché nippon, sont ainsi déportées en France pour le plus grand bonheur des fans du genre. Dans le cas de C-ZONE, un girlsband de troisième zone comme son nom l’indiquerait, JAPAN EXPO avait annoncé cinq filles avec la photo d’un quatuor ; c’est finalement un trio composé de YUME, AYA et SHIZUKA, costumées en sweet lolita (une légende urbaine nipponne veut que ce soit à la mode en France) qui a animé la scène principale pendant quinze minutes le 2 juillet avant le Cosplay Show.

On s’attendait à un spectacle de kermesse, du niveau de Jelly Beans, et les C-ZONE ont déjoué les pronostics en offrant une prestation plus qu’honorable, étonnante par la qualité d’exécution des chorégraphies, et plutôt juste au chant. De la pure Jpop acidulée, des poses nunuches à tire larigot… Les fans du genre n’ont pu qu’apprécier ! Des quatre titres interprétés, on préfère surtout le kawaii nouveau single Summer Party en introduction, et l’électro-pop-lounge sweets&pretty, très typé Perfume avec son instrumentalisation cheap-tune, son rythme binaire et ses chorégraphies copiées-collées de Perfume, plutôt que le trop court solo d’AYA IKEDA et la chanson de fin trop stylée années 80 avec son synthé poussiéreux.

C-ZONE ne casse pas trois pattes à une dinde mais les refrains étaient suffisamment entrainants et le visuel soigné (chorégraphies et costumes travaillés) pour offrir un sympathique quart d’heure. Point trop n’en faut, c’était la petite confiserie musicale surprise du vendredi.

Photos C-ZONE à JAPAN EXPO


ViViD
2 et 3 juillet - J.E. Live House

Groupe visual kei formé en mars 2009, ViViD signe rapidement chez PS COMPANY (the GazettE, Alice Nine, Kagrra,…) et rencontre immédiatement un certain succès, occupant de très bonnes places dans les charts indies. Devenu l’un des meilleurs espoirs du genre, le quintet est repéré par Epic Records Japan, label appartenant à la major Sony, qui voit certainement en lui une musique, un style et un potentiel commercial comparables à Nightmare ou the GazettE, que le grand public japonais a découvert en génériques d’animes dans Death Note ou Kuroshitsuji II. Alors que ViViD ne débutera officiellement chez Epic qu’en janvier 2011, le staff de la major encadrait déjà sans faire de bruit son déplacement à JAPAN EXPO.

ViViD était le groupe porte-étendard du visual kei à JAPAN EXPO 2010, invité pour deux mini-concerts de 45 minutes promis à une forte audience. Un signe n’a pas trompé : les J.E. Shop étaient rapidement en rupture de stock de CD. Looké de la tête au pied, cheveux peroxydés et mèches colorées incluses, le groupe a immédiatement fait forte impression : visuelle tout d’abord avec un jeu de scène déjà au top, une gestuelle très poussée, moult mimiques pour aguicher les fans, et des costumes noirs, rouges avec du strass très graphiques en mouvement ; musicale dans un second temps avec des mélodies pop-rock efficaces et accessibles, particulièrement bien jouées avec quelques solos de guitare bien classes en bonus. En tous points, ViViD surclassait vistlip programmé en 2009. Même le chanteur Shin s’en tirait honorablement dans un genre où les vocalistes donnent souvent mal au crane, malgré un timbre typé visu qui en rebutera plus d’un…

Survolté à son entrée, le groupe a légèrement baissé de régime au fil des minutes : un peu moins d’ampleur dans la gestuelle des musiciens, chanteur à la voix fatiguée au bout d’un quart d’heure le 2 juillet (difficulté à monter correctement dans les aigus ou à descendre dans les graves)… Le concert perdait sensiblement de son intensité sur scène, heureusement sans conséquence derrière la crash barrière : les milliers de spectateurs étaient au taquet du début à la fin. Après une séquence ballade, ViViD finissait judicieusement son concert sur deux titres rock dynamiques, animés avec un peu de parapara et des passages instrumentaux plus metal invitant au headbanging.

Potentiel doublement vérifié en live, ViViD est un jeune groupe surprenant d’efficacité et qui s’est investi avec un grand professionnalisme sur scène. Probablement les meilleurs concerts visual kei vus à JAPAN EXPO, grâce à des mélodies pop-rock facilement assimilables, une interprétation juste et une grande générosité sur scène. En note, le 4 sur 5 n'était pas loin et on comprend l’intérêt légitime d’Epic : dans son genre, ViViD est une bonne pioche !

Photos ViViD à JAPAN EXPO


Morning Musume.
2 juillet - J.E. Live House – concert en option payante

En 2009, JAPAN EXPO proposait deux showcases d’un girlsband en pleine ascension qui allait devenir le phénomène J-Music de 2010 : AKB48. Cette année, le festival confiait son Live House à Soundlicious, son label "partenaire", pour organiser un véritable concert d’1h30, payant, à la fermeture du vendredi soir : celui des Morning Musume. Ce célébrissime groupe d’idols, vedette de la Jpop et million-seller au début des années 2000, tente aujourd’hui de s’exporter pour pallier à son inexorable baisse des ventes au Japon. Néanmoins, ses tubes ont marqué à jamais la première génération de fans de Jpop. Rien que pour les écouter en live, pour la première fois en France, il fallait être là !

Rondement mené, avec des chorégraphies et un son impeccables, mis en images par une retransmission vidéo simultanée de très haut niveau sur écrans géants, le concert a fait forte impression. Avec son fan-service assumé, il caressait amoureusement et dans le sens du poil les fans venus du monde entier, dont une troupe de Japonais hallucinants et surentrainés qui dansaient comme des fous, bardés de lightsticks. A ce propos, saluons l’enthousiasme débordant de leurs homologues français qui n’ont pas démérités, eux aussi très bien équipés.

Au milieu des très bons souvenirs s’immisce toutefois l’impression d’avoir été un peu spolié : le ticket n’était certes pas cher, 27 euros, mais la moitié du concert fut rempli par des projections (notamment les clips préférés de l’invitée surprise Nakazawa Yuko qui étaient aussi parmi les plus mauvais du groupe) ou encore par le discours de cette ex-leader des "momusus", qui n’a peut-être intéressé que les plus hardcore des fans. 90 ÷ 2 = 45 minutes, c’était la durée des showcases gratuits, ultra-rythmés et donc plus efficaces d’AKB48 en 2009… Vous attendez le DVD du concert ? Il ne devrait être vendu qu’au fan-club durant l’automne au Japon.






>> Lire la seconde moitié de notre dossier avec les compte-rendus de tous les autres concerts et showcases (YOSHIKI & TOSHI, SEIKIMA-II, LONG SHOT PARTY...).



A voir également :
- le compte rendu de la conférence de presse YOSHIKI & TOSHI à JAPAN EXPO
- le compte rendu de la conférence de presse Morning Musume. à JAPAN EXPO
- le compte rendu de la conférence publique ViViD à JAPAN EXPO
- la vidéo et l'interview de Baby Jin


Dossier réalisé par Eric Oudelet, Camille Poulain, Julie Carvalho et Wendy Roeltgen
Photos : Eric Oudelet, Yohsuke Ishikawa et Lorraine Edwards
Remerciements : SEFA / JAPAN EXPO, Soundlicious, Angélique Dorchat
Reproduction/réutilisation des photos et/ou du reportage strictement interdite.




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