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Ayabie : premier concert en France le 16 juin 2006, reportage et interview

Après un concert sold-out en Finlande, Ayabie découvre Paris le lendemain pour la deuxième étape de sa tournée européenne. Né en 2004, le groupe officie dans le milieu du visual kei en enchaînant les singles et maxi singles, mais sans sortir de véritable album. Ayabie se distingue par un rock teinté pop et agrémenté de la voix tantôt suave tantôt sauvage d’Aoi, soutenu au chant par le sombre Takehito. Les cinq jeunes gens étaient en forme et ont offert aux français un concert riche en couleurs, à défaut d’être une performance technique bouleversante.

En ce vendredi 16 juin 2006 sous un soleil de plomb, les fans de visual kei, habitués ou nouveaux curieux, attendent l’ouverture des portes de la Locomotive avec impatience. Le concert commence avec une demi-heure de retard et l’attente en pleine chaleur fut difficile à supporter. Les 200 à 300 personnes présentes remplissent à peine la fosse mais le public a l’air en forme. Les applaudissements vont bon train lorsque les lumières s’éteignent enfin… Le premier à entrer en scène est Kenzo, le nouveau batteur, membre du groupe à part entière quelques mois seulement. Il est suivi du bassiste Intetsu puis du guitariste Takehito. Viennent ensuite les deux stars du groupe, le guitariste Ryohei qui arrive tout sourire avec sa petite frimousse toute ronde, puis le chanteur Aoi. Le côté visuel kei à dentelle est bien présent et on note surtout le costume noir et rouge de Ryohei avec ses petites ailes de démon dans le dos, très "kawaii attitude".



Les réglages sonores des premières chansons laissent fortement à désirer : la batterie est tellement mise en avant que l’on n’entend presque pas la basse. Les garçons ayant opté pour des chansons dynamiques et enjouées, ce début de concert laisse davantage une impression de brouhaha que de musicalité et, mis à part le premier bon morceau récemment sorti en single (Japanese Lo-rez Carameltown), on a presque du mal à reconnaître les titres interprétés. Niveau prestation scénique, Aoi et Ryohei sont déjà bien dans le trip, Takehito est plutôt stoïque et Intetsu encore timide. Kenzo est concentré sur sa batterie et dégage un charme sérieux et professionnel. A partir de Zeppe shi, Taberu, on s’aperçoit que les cinq Japonais commencent enfin à se lâcher. Le public, qui n’arrête pas de jumper et qui réagit au quart de tour aux avances et demandes de Aoi, y est sans doute pour quelque chose. Du coup, les membres d’Ayabie ont tendance à oublier un peu leur technique de gratte pour se concentrer sur le show, tentant quelques "parapara" (une danse des bras et des mains, véritable rituel au Japon) qui finiront par être reprises timidement par le public. Heureusement, les réglages sont revus au cours du spectacle et la musique devient beaucoup plus audible et reconnaissable dès la cinquième chanson, le slow Kiss me snow. Les balades du groupe permettent d’ailleurs de mieux apprécier les guitares et la basse. Lors d'un MC, Aoi nous sort quelques phrases toutes mignonnes dans un français très approximatif, préparées sur des antisèches collées au plancher. Il éprouve des difficultés à relire, ce qui fait sourire tout le monde. Le public l’applaudit bien fort pour ses efforts de communications. Ryohei ne sera d’ailleurs pas en reste, lançant des "je t’aime" avant de sortir de scène après une heure de show.



Lorsqu’Aoi annonce la "last song", personne ne le croit et c’est sans surprise que l’on voit les cinq jeunes gens revenir sur scène après un petit quart d’heure de pause, portant chacun le t-shirt de la tournée, tenue qui leur va au moins aussi bien que leur costume de scène. Ils resteront une bonne demi-heure et joueront Chaos cream festival puis Bittsu – Asshuku - Roll qu’ils feront durer plus de dix minutes. C’est sur cette chanson très dynamique qu’Aoi essaye de faire chanter le public français. Ce dernier devient tout d’un coup très timide : les fans ne connaissent pas les paroles par cœur. Aoi, dans un embarras amusé et amusant, nous montre qu’il souhaite seulement que l’on chante en yaourt. Les fans commencent alors à fredonner doucement, ce qui n’a pas l’air de satisfaire le chanteur. Aoi ne s’en laisse pas compter et décide de s’attaquer à ses compatriotes, au grand damne de ces derniers. Lorsque Intetsu voit le micro pointer sous le bout de son nez, il fuit en courant, encore plus timide que nous. Takehito voit venir le coup et regarde Aoi avec des gros yeux effrayants mais son ami ne se démonte pas et arrive à lui soutirer deux ou trois "lalala". C’est ensuite au tour de Ryohei qui se prête au jeu avec plaisir, puis Kenzo termine le tour de classe en acceptant de pousser un petit peu la chansonnette avec courage, malgré sa timidité traduite par de bonnes rougeurs sur ses petites joues. Un moment très agréable et convivial du spectacle. Du coup, le public ravi se met à chanter avec beaucoup plus d’entrain et à suivre les "parapara" menées par Aoi, en particulier celles qui se terminent par des envois de bisous sensuels… ce qui fait sourire le groupe. C’est ensuite au tour de Intetsu de nous faire rire sans le vouloir. Complètement excité après un passage sur le devant de la scène, il glisse tel un patineur qui se couche sur sa cuisse en un geste élégant. Le jeune homme se relève rapidement, rouge de honte, et nous offre un superbe headbang pour nous faire oublié son malheureux faux pas. Les membres d’Ayabie sont tous mignons et adorables, ils le savent et en profitent. Le groupe jouera Shiko Sahoko avant de véritablement venir saluer la foule. Là encore les musiciens seront très proches de leur public, tendent les mains à leurs fans qui ne cessent d’en redemander. Ils affichent de grands sourires, Ayabie a l’air très satisfait de sa performance. Les spectateurs sont un peu plus mitigés. Tous ont beaucoup apprécié la personnalité des membres d’Ayabie et leur prestation énergique, mais leur musique a nettement moins fait l’unanimité. La salle se vide tranquillement et le public repart après un arrêt à la boutique souvenir qui regorge de goodies plus kawaii les uns que les autres, mais les CD et DVD officiels japonais en ont rebuté beaucoup par leur prix prohibitif.



Ayabie est encore un jeune groupe de rock qui tâtonne un peu à la recherche de son style musical. Le mauvais son de la Locomotive ne les a pas aidés, donnant à ce trop court live un aspect brouillon. Heureusement, leur attitude "choupinette", leur entrain et leurs efforts de communion avec le public ont permis aux spectateurs de passer une soirée fort sympathique. On espère qu’ils vont persévérer, s’améliorer avec le temps, et revenir pour un nouveau concert plus élaboré musicalement, plus long, et cette fois avec de bons réglages sonores !

Gwenaelle Durand


Setlist :
01 - Japanese Lo-rez Carameltown
02 - MAZOCHI - Sangatsu ni Mita Yume no Saikousei
03 - LEMPICKA
04 - Zeppe shi, Taberu
05 - Kiss Me Snow
-MC-
06 - Aikagi
07 - Atama ga Okashii
08 - Gothic party - Speed Session
-MC-
09 - da-gi-e
10 - Mimizuku
11 - Glitter Toroupen
-encore-
EN01 - Chaos cream festival
EN02 - Bittsu - Asshuku – Roll
EN03 - Shiko Sahoko





17 JUIN 2006 : INTERVIEW DU GROUPE

La lendemain du concert, le groupe Ayabie, au grand complet et visiblement très satisfait du concert, nous attendait pour un petit quart d'heure d'interview.
Ce court laps de temps impose d’aller à l'essentiel...


Orient-Extrême : C’est votre première tournée en Europe. Est-ce qu’elle se déroule comme vous l’imaginiez ?

Ryohei (guitariste) : C’est très excitant ! Comme c’est la première fois qu’on vient Europe, on ne savait pas à quoi s’attendre. C’était un peu effrayant pour nous au début.
Mais finalement tout le monde s’est enflammé au concert, et donc nous aussi ! Quand je jouais de la guitare, le public devant moi devenait vraiment super chaud !

Takehito (guitariste) : Terrible ! En Europe, le public est terrible ! Il réagit vraiment bien, il chante, il bouge, contrairement au public japonais qui est un peu mou. Et puis, il est plus mixte… On a vraiment apprécié les concerts ici.

Orient-Extrême : Comment avez-vous vécu votre première étape en Finlande, le pays du metal ?

Kenzo (batteur) : J’étais vraiment trop heureux de jouer dans le pays du metal !

Ryohei : Oui et en plus, moi et Kenzo, on est fans de groupes metal. On a joué dans la même live house que des groupes comme Metallica ! C’est trop excellent !

Intetsu (bassiste) passionné répond avec de grands hochements de tête : Oui, on a joué sur la même scène que des grands groupes de metal, forcément ça fait quelque chose !

Orient-Extrême : Les Français n'ont pas l'habitude de la "parapara" (la danse des bras et des mains), alors que c’est un rituel pour le public japonais à vos concerts. Pensiez-vous voir la même chose en France ? Qu’avez vous pensé des réactions du public ?

Kenzo : En fait, on a été assez surpris parce que les spectateurs français ont essayé de suivre. C’est vrai qu’au Japon, le public est habitué et nous imite parfaitement. Mais au fond, on ne cherche pas spécialement à ce que les gens refassent exactement nos "parapara" et ça nous a fait plaisir qu’ils essaient.

Orient-Extrême : Votre avis personnel… Vous aimez la "parapara" ?

Tout le groupe se met à rire.

Aoi (chanteur) : Euuuuh, oui oui ! Evidemment ! [dit-il avec un air moqueur…]

Ryohei : On adore la "parapara" !.. Mais, c’est sympa aussi ce que le public français a fait, c’est plus naturel.



Orient-Extrême : Vous souriez beaucoup en concert, il y a un côté festif très fort mélangé à une imagerie sombre. En France, on a plutôt l’habitude de voir des groupes de visual kei "ténébreux"… D’où vient cette énergie positive ? Est-ce que votre bonne humeur a un rapport avec les thèmes des chansons ?

Ryohei : Oui, c’est lié ! On conçoit nos chansons de manière à ce qu’elles rendent vraiment bien en live, pour que tout le monde puisse s’amuser. C’est pour cela qu’au final, on a peu de chansons tristes… On veut vraiment que l’ambiance en concert soit festive. Vous avez vu juste.

Orient-Extrême : Comment élaborez-vous vos chansons ? Avez-vous un pattern bien défini pour leur création ?

Ryohei répond instantanément et précisément : Oui, on a nos automatismes. En fait, on part d’un concept et on suit cette idée pour composer tous nos morceaux et écrire nos paroles. Ensuite, on sort un mini-album et deux singles.

Orient-Extrême : Concernant votre look [NDLR : très important pour tout groupe de visual kei], est-ce que vous concevez tout vous-mêmes ou avez-vous un styliste, pour les costumes notamment ?

Ryohei : Non, on ne les fait pas nous-mêmes, c’est ID-Japan qui s’en occupe [NDLR : www.id-japan.co.jp]. Ils travaillent aussi pour les groupes Dir en grey, PENICILLIN et LAREINE. Comme ils sont très connus, on leur a demandé de s’occuper de nous et maintenant, on a un designer qui créé nos costumes, et ça déchire !

Orient-Extrême : Au début de votre carrière, vous avez travaillé avec les Alice Nine, notamment pour une séance photo. Êtes-vous toujours en contact avec eux ? Si oui, est-ce que vous des projets communs pour le futur ?

Ayabie : On a aussi fait un concert avec Alice Nine, un "two man" ; mais nous ne prévoyons pas de refaire quelque chose avec eux dans le futur.



Orient-Extrême : Vous faites beaucoup de concerts justement, mais vous-mêmes, assistez-vous parfois à des concerts en tant que spectateurs ?

Tous en cœur : Aaaaaa…

Intetsu : Je me déplace surtout pour voir des groupes de metal étrangers comme Rammstein.

Kenzo : Hum… Il n’y a que lui qui répond apparemment. Il doit être le seul à sortir pour des concerts. [rires]

Intetsu :
Oui, je suis le seul ! [rires]

Orient-Extrême : Et les autres ?

R
yohei : Moi, non… Je ne vais pas vraiment en concert. Je ne souhaite pas voir de groupe en particulier, donc…

Orient-Extrême : Est-ce que vous avez appris quelque chose en faisant cette tournée en Europe, que vous n’auriez pas appris en restant au Japon ?

Ayabie parle d’une seule et même voix : Oui, faire des concerts en Europe va certainement nous apporter beaucoup de choses. On va retourner au Japon avec des souvenirs, des choses à dire… Même entre nous on en parle. Ça va donc forcément nous permettre de composer sur de nouveaux sujets.

Orient-Extrême : Une nouvelle orientation musicale éventuellement ?

Ryohei : Oui, je pense. Notre style est proche du gothique et donc déjà assez "européen". On a par exemple un morceau qui reprend du classique avec du violon…

Orient-Extrême : Vous en jouez ?

Ryohei : Aaah, non. J’en ai joué il y a longtemps, mais j’ai arrêté et maintenant je me concentre sur la guitare. Je ne joue plus que de cet instrument.

Orient-Extrême : Merci pour cette petite entrevue. A bientôt.

Ayabie : Merci beaucoup, au revoir ! [avec de grands sourires, des signes de la main pour nous saluer et des pouces levés ; Ayabie semble vraiment ravi de l’intérêt des média venus les rencontrer]




Interview réalisée par : Alice Barthélemy, Eric Oudelet et Gwenaelle Durand (merci à Lorraine Edwards pour son aide à la traduction)
Live report : Gwenaelle Durand
Photos du concert : Eric Oudelet

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