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Séminaire au TIMM 2010 : Comment promouvoir les artistes japonais en France ? (partie 1/2)

Fin octobre 2010, le TIMM (Tokyo International Music Market, ou Marché International de la Music de Tôkyô), était le point de rencontre des businessmen du marché de la "J-Music" dans le monde, qu’ils travaillent au Japon ou à l’étranger. Outre l’aspect commercial et la négociation de licences pour l’exportation, des dirigeants, producteurs, distributeurs et media sont appelés à débattre dans un séminaire divisé en sessions. La première nous intéresse au plus haut point puisque les intervenants sont presque tous originaires de France, et vont devoir disserter sur la promotion des artistes japonais dans l’hexagone devant des représentants nippons.

Le compte-rendu complet de cet exposé d’1h30, que nous scindons en deux parties pour sa publication, lèvera le voile sur la perception du marché par le panel de professionnels sélectionnés, les stratégies mises en place pour vous vendre la J-Music, la manière dont nous sommes représentés auprès des professionnels japonais, et accessoirement le discours de ces pros français dévêtus du costume de Bisounours endossé pour la communication publique. Les petits malins se montrent particulièrement habiles pour placer leurs billes ! Si de nombreux constats, bilans, impressions et suggestions se révèlent très pertinents et bien synthétisés, nous précisons ne pas partager toutes les opinions émises, notre avis étant occasionnellement très éloigné de celui des intervenants. Nous y reviendrons à la fin de la deuxième partie. Vous pouvez bien évidemment débattre de ce sujet à votre tour sur notre page Facebook. En bonus, vous apprendrez enfin dans cet article diverses informations plus ou moins "confidentielles" comme des chiffres de vente, le projet de tournée européenne ViViD, ou les liens qui rassemblent Japan Expo et Soundlicious depuis quelques mois.



PRESENTATION DES CINQ INTERVENANTS


Sae Cibot

Née d’un père français et d’une mère japonaise, Sae Cibot porte deux casquettes : directrice des relations internationales de Japan Expo depuis 2008, et directrice générale de Soundlicious (label français qu’elle a fondé en 2005). Sae Cibot sera maître de conférence durant cette session du séminaire.


Naoki Sekine

Né en 1965, Naoki Sekine est vice-président d’Epic Records Japan Inc. (un label de Sony Music Japan) et travaille beaucoup au niveau international. Il a déjà participé à des projets pour L’Arc~en~Ciel, Ken Hirai… et on lui doit la venue de plusieurs groupes en France : HALCALI, ViViD, SCANDAL, DUSTZ… Il a collaboré à la venue d’abingdon boys school.


Thomas Sirdey

Né en 1979, Thomas Sirdey est co-directeur général de JTS Participations, société qui chapote SEFA EVENT, organisatrice des festivals Japan Expo. Il a démarré sa carrière professionnelle en tant que directeur des ventes et du marketing pour une entreprise spécialisée dans la japanimation, le manga et la J-Music. Il a rejoint le staff de Japan Expo en 2000 pour s’occuper de la promotion, du marketing et du développement.


Sébastien Ruchet

Né en 1976, il est le directeur général et l’un des fondateurs de la chaîne de télévision française Nolife, disponible via les offres ADSL depuis 2007. En 2003, il avait créé avec Alex Pilot une société de production vidéo déjà spécialisée dans la pop-culture japonaise : Pocket Shami.



Nicolas Baque

Après avoir travaillé chez Tonkam depuis 1995, Nicolas Baque a rejoint la Fnac en 2000 pour devenir chef de rayon comics et manga. Il occupe également un rôle de trade manager pour le nouveau marketplace mis en place sur le site de l’enseigne. Nicolas Baque fait partie du jury des Japan Expo Awards depuis deux ans.





INTRODUCTION AU SEMINAIRE

PROMIC, organisateur : Bienvenue à ce séminaire organisé par TIMM, où les négociations commerciales sont ouvertes depuis hier. Nous espérons qu’elles se déroulent bien. 80 acheteurs potentiels ont répondu présent à cette manifestation et nous espérons que les affaires vont bon train. Cette première session de séminaire se donne pour objectif d’optimiser le travail qui suit la signature des contrats que vous pouvez conclure. Vous allez essayer de promouvoir vos artistes et vous serez parfois confrontés à des difficultés, à des fossés culturels qui pourraient nuire à la bonne conduite de vos affaires. Ce séminaire existe dans le but de dissiper ces inquiétudes et ces obstacles.
Vous devez déjà connaître Madame Sae Cibot qui travaille pour Japan Expo et qui dirige Soundlicious, une entreprise qui assure la promotion des artistes japonais. Ses expériences seront certainement utiles pour faciliter votre travail en France et en Europe.

Sae Cibot : Bonjour à tous, je vais superviser le débat du jour. Nous recevons Naoki Sekine d’Epic Records Japan, Thomas Sirdey de JTS Participations, Sébastien Ruchet de Nolife et Nicolas Baque de la Fnac.



INTERVENTION DE SAE CIBOT
(SOUNDLICIOUS / JAPAN EXPO)

Sae Cibot : Je travaille dans le milieu de l’entertainment japonais depuis dix ans, et dans le milieu de la J-Music depuis cinq ans. J’ai pu observer leurs évolutions en France. En 2005, j’ai créé Soundlicious à une époque où il n’existait aucune structure J-Music, pas de chaîne Nolife, et les media n’étaient pas très intéressés par la musique japonaise. Je connaissais pourtant l’existence des fans de J-Music, mais on ne pouvait ni les chiffrer, ni définir ce potentiel. Aujourd’hui, cinq ans après, des media rock nous contactent, d’autres comme Nolife se montrent très dynamiques pour promouvoir la musique japonaise. Il y a donc du changement, mais il reste beaucoup à faire. En 2008, j’ai commencé à travailler pour Japan Expo et COMIC CON’ France en tant que directrice des relations internationales. Aujourd’hui, je cumule ce rôle et celui de directrice générale de Soundlicious, que je vais vous présenter.

Soundlicious a toujours eu un même objectif : promouvoir les artistes japonais en Europe, à commencer par la France. A sa création en 2005, Soundlicious était un label car j’ai choisi la sortie de CD pour développer les artistes. A l’époque, cela m’était plus simple car je connaissais le travail de licensing, et cela facilitait le travail avec les sociétés japonaises. Or, comme vous le savez tous, le marché du CD est en crise et les limites de cette démarche sont rapidement apparues. Après coup, l’opportunité de travailler sur divers projets (concerts, tournées, ou même le J.E. Live House de Japan Expo…) m’ont convaincue de repenser l’activité de Soundlicious, et donc de changer de cap. Par conséquent, j’ai recréé la société en 2010 avec de nouveaux associés [NDLR : indices : les sièges sociaux de Soundlicious et de SEFA EVENT qui organise Japan Expo ont désormais la même adresse, et ces sociétés partagent technologies, outils de communication, staff sur événement…], pour en faire une entreprise d’événementiel musical.

Sae Cibot présente le premier clip promotionnel de Soundlicious en tant que label.



Sae Cibot : Nous ne disposons pas encore de vidéo promotionnelle pour la nouvelle mouture de Soundlicious, mais j’espère pouvoir vous en montrer une l’an prochain. En remplacement, je vais vous projeter des photos de nos plus récents événements. Soundlicious reste coordinateur du J.E. Live House de Japan Expo, mais nous organisons aussi des événements par nous-mêmes, soit en tant que promoteur, soit en tant que producteur selon les projets. Cette année, nous avons organisé le concert payant des Morning Musume. en juillet, et la date parisienne de VAMPS le 16 octobre. En décembre, nous organisons un nouveau concert appelé Art’n POP avec la chanteuse Natsuko Aso et l’illustratrice française Kness.

Une des caractéristiques du nouveau Soundlicious est son approche marketing. Nous continuons évidemment de travailler avec les media spécialisés, mais nous essayons aussi de toucher un public plus large, par exemple avec des campagnes d’affichage dans le métro, ou par des partenariats avec des radios (notamment les web-radios et les radios indépendantes). Nous souhaitons aussi lancer des concepts comme Art’n POP dont la première édition a lieu en décembre. L’idée est d’y présenter à chaque fois un chanteur ou une chanteuse japonais(e) accompagné(e) d’un ou d’une illustrateur(rice) français(e). Nous allons pérenniser Art’n POP en multipliant cet événement durant l’année.

Pourquoi avoir choisi la thématique "Comment promouvoir les artistes japonais en France" pour ce séminaire ? J’ai fait un constat identique dans tous les projets auxquels j’ai participé pour différentes sociétés, dans tous les milieux de l’entertainment. Les sociétés françaises et japonaises ont le même objectif (le succès d’un artiste ou d’une œuvre, la vente de livres, de CD, de DVD ou de tickets de concert…) mais nous avons l’impression, suite à une mauvaise communication entre les deux partenaires, que les choses ne se déroulent pas si bien et que les deux parties se mettent des bâtons dans les roues. Ce qui n’est évidemment pas souhaitable ! Au final, les sociétés françaises ont le sentiment que les Japonais ne leur font pas confiance, et les sociétés japonaises s’énervent en voyant que les événements ne se déroulent pas comme elles le souhaiteraient. Je ne dis pas qu’il faut y voir une relation de cause à effet, mais plusieurs sociétés françaises qui faisaient la promotion de la J-Music ont fermé depuis 2005. Il en reste heureusement plusieurs. Nous sommes arrivés à une période où nous devons davantage communiquer les uns avec les autres pour plus d’efficacité. Il y a une place pour la musique japonaise en France, mais si nous n’arrivons pas  à éduquer ce marché pour le faire grandir, il est probable qu’il reporte son intérêt sur autre chose… et que, malheureusement, nous rations un coche.

Le but de ce séminaire est de vous apporter des pistes de réflexion concernant la promotion des artistes japonais en France en vous présentant des personnes-clés, issues de différents milieux (événementiel, télévision, magasin…), qui s’investissent déjà beaucoup pour la J-Music en France. On espère vous apporter beaucoup d’informations qui vous seront utiles. Je laisse la parole à Naoki Sekine d’Epic qui va vous expliquer la différence entre les marketings de nos deux pays, et partager son expérience puisqu’il a souvent voyagé en Europe pour promouvoir des artistes japonais.



INTERVENTION DE NAOKI SEKINE
(EPIC RECORDS JAPAN)

Naoki Sekine : Parmi les intervenants du jour, je suis le seul Japonais. Rentrons dans le vif du sujet : l’introduction d’artistes japonais en France. Mes expériences m’ont permis de comprendre un peu mieux ce marché et, comme le soulignait Sae, il existe des différences culturelles entre la France et le Japon.

Pour la première fois en 2007, j’ai contribué à faire connaître des artistes japonais en Europe. A l’époque, je ne savais pas vraiment ce qu’était Japan Expo, alors je suis parti à la pêche aux infos sur le web. La même année, nous avons amené HALCALI pour la première fois en France, à Japan Expo. C’étaient vraiment les débuts du duo sur ce marché, et les deux concepts-clés de ce lancement étaient féminité et mode. Nous avancions à tâtons, MySpace ne jouait pas un rôle aussi important qu’aujourd’hui et nous nous y sommes aventurés officiellement à ce moment, en mettant quatre chansons en ligne. 13.500 personnes ont visité cette page MySpace, et Japan Expo accueillait 80.000 festivaliers. Cette visibilité a ensuite permis une distribution de CD par la filiale française de GAN-SHIN. 2007 était vraiment notre baptême français et une expérience inédite de marketing, une nouveauté dans l’histoire de notre société.

Avec ces acquis, nous avons essayé de mieux viser en 2008 en introduisant le girlsband SCANDAL. C’était encore une fois un groupe mineur, mais nous pensions qu’il s’agissait d’une bonne occasion pour le lancer selon deux concepts forts : cosplay et mode. Nous avions l’appui de l’agence de SCANDAL pour ce lancement. Nous avons réutilisé MySpace et surtout YouTube qui était très contraignant. Cependant, nous avons fait de notre mieux pour exposer le groupe, ce qui a abouti à la vente de 900 CD à Japan Expo, qui a enregistré 135.000 visiteurs. Nous avons recensé 1.500.000 connexions au MySpace, un chiffre vraiment satisfaisant. Aujourd’hui, la société KAZE va commercialiser des CD SCANDAL dans toute l’Europe. Espérons que cela puisse aboutir un jour à l’organisation d’une tournée en Europe. Nous avons donc progressé en 2008.

Nous sommes devenus plus audacieux en 2009 en envoyant deux groupes à Japan Expo : school food punishment (sfp) et surtout Yui Makino. sfp était pratiquement inconnu, le quatuor interprétait le générique d’une émission qui passait après minuit sur Fuji TV, que seuls certains amateurs connaissaient. Yui Makino était quant à elle comédienne de doublage dans un film d’animation qui a été présenté en France et qui y était même déjà commercialisé en DVD. Les outils MySpace et YouTube sont devenus incontournables et nous les avons utilisés pour présenter des extraits live au Japon. 150 CD school food punishment ont été vendus au festival, dont l’affluence a atteint 165.000 visiteurs, le double de notre première année de participation. En ce qui concerne Yui Makino, la Japan Foundation (un organisme japonais pour la promotion des activités culturelles) nous a aidés pour des tournées européennes ultérieures. Enfin, nous sommes sollicités par la société KAZE qui souhaite distribuer des CD de cette artiste.

2010, quatrième année de présence : nous évoluons vers une activité réellement commerciale. Nous avons ainsi présenté ViViD au style visual kei très affirmé, qui fera ses débuts chez EPIC en 2011 avec une distribution de grande envergure. Myspace et USTREAM furent les principaux supports de promotion, notamment utilisés pour la retransmission future de talk-shows en direct. Le stock de 300 CD a été vendu à Japan Expo qui a atteint 173.000 visiteurs. Un bon impact. Nous avons l’intention d’organiser des tournées européennes de grande envergure pour ViViD, choisi pour un développement commercial.



Ces quatre années d’expérience apportent divers enseignements. Si les méthodologies de promotion diffèrent probablement un peu, une règle marche partout : il ne suffit pas d’essayer une fois pour percer. Ce n’est pas parce que vous êtes basé à Tôkyô qu’une seule incursion à Ôsaka suffit pour conquérir le marché, il faut revenir, encore et  encore. De même, Lorsque vous essayez de développer votre activité à l’étranger, il faut répéter plusieurs fois les tentatives.
Deuxième point : la bonne concertation des différents acteurs, en particulier avec le bureau de management. Il est indispensable de se concerter avec ce bureau qui gère tout l’emploi du temps de l’artiste. L’action doit être monolithique.
Il convient aussi de connaître les raisons, les motivations et les apports de ces actions à l’étranger. Il s’agit d’y vendre certes, mais ces événements peuvent avoir des retombées positives au Japon. Une tournée à l’étranger peut avoir un réel impact sur le marché japonais. Il faut tenir compte des répercutions sur le marché national et ne pas se limiter aux ventes potentielles en Europe.
Quatrième point crucial : la confiance mutuelle. Un contrat est certes important, mais il ne détermine pas tout. Les relations humaines sont aussi importantes que la signature apposée en bas de page. Ce n’est pas parce que vous avez signé un contrat officiel que le travail est terminé et que tout se passera bien. Au contraire ! Il faut instaurer et renforcer la confiance mutuelle entre partenaires.
Vous penserez que le cinquième point est une évidence, mais il faut définir les normes nécessaires pour faire connaître votre artiste, prendre conscience de ses avantages et de ses points faibles, qu’il soit connu ou non. Sa présence au générique d’un dessin animé est un exemple de vecteur. Il en existe certainement d’autres.

Dernier point : les étrangers s’organisent différemment pour travailler, négocier. Leurs plannings sont aussi très différents. Si nous prenons au minimum trois mois pour préparer la sortie d’un disque ; les Européens et les Asiatiques ne tablent ni sur la même durée ni sur la même exigence. Il existe une sorte de spécificité japonaise à ce niveau. Les Japonais travaillent beaucoup sur le packaging, primordial, qui doit être d’une grande qualité ; ce qui n’est toujours pas le cas dans les autres pays. En ce qui concerne le planning, je crois que les Européens commencent à travailler très tard, un mois et demi avant un lancement ; tandis que les Japonais préfèrent prendre leur temps et commencer les préparatifs très tôt, au moins trois mois à l’avance. Il faut savoir que les besoins ne sont pas non plus les mêmes en termes de photos. Une seule photo suffit souvent au Japon, nous préférons concentrer l’identité d’un artiste dans la force d’un unique visuel. Inversement, les partenaires étrangers réclament toujours d’autres photos. Ils sont très étonnés quand on leur répond "nous n’avons qu’une seule photo promotionnelle". Pensez à préparer plusieurs visuels pour satisfaire vos associés européens. Enfin, il convient de recueillir très tôt les documents destinés aux supports web (sites Internet…) et se mettre rapidement d’accord pour une communication idéalement synchronisée avec les outils plus traditionnels. Il faut éviter les décalages.
L’attitude du public européen est très différente de celle des Japonais. Malgré les interdictions, les fans peuvent s’obstiner à prendre des photos et des vidéos en concert. Peut-être faut-il se convaincre que cela peut devenir un outil publicitaire.

J’ajouterai une dernière remarque : les changements de dernières minutes ! Il arrive fréquemment qu’une interview ne puisse pas avoir lieu parce qu’un journaliste arrive en retard [NDLR : il y a des spécialistes réputés]. Ces soucis récurrents demandent une bonne gestion et il faut garder son sang-froid même si cela entraîne des ajustements de planning. Dans ces conditions, restez calme et essayez de ne pas vous énerver. Quand on est à Rome, il faut faire comme les Romains, c’est un état d’esprit important.

Sae cibot : Je peux vous confirmer les dires de Monsieur Sekine pour avoir vécu la même expérience.

La main passe à Thomas Sirdey, présenté comme un spécialiste du marketing et qui travaille principalement à Japan Expo. Une vidéo synthétisant l’édition 2010 est diffusée sur écran géant.



INTERVENTION DE THOMAS SIRDEY
(JTS PARTICIPATIONS / JAPAN EXPO)

Thomas Sirdey : Bonjour à toutes et à tous. En utilisant notre expérience sur Japan Expo, nous allons essayer de vous présenter le point de vue des Français sur le développement marketing du marché de la musique japonaise en Europe.

Tout d’abord, il faut bien définir la population de consommateurs à laquelle nous nous adressons actuellement, concernant la musique japonaise. Le consommateur type est indifféremment un homme ou une femme, la parité est globalement respectée. Il est jeune, souvent en train de poursuivre ses études, mais avec un appétit d’achat assez important. Il s’intéresse aux contenus de la culture pop japonaise en général. Si on regarde les statistiques issues des sondages que nous organisons à Japan Expo, 66% des visiteurs ont entre 15 et 24 ans, sont à 53% des femmes et viennent de la France entière. De plus en plus d’Européens se déplacent : 14% en 2010. Cette mobilité s’explique par la grande implication de cette population dans sa passion pour les contenus japonais et dans son besoin de se retrouver entre passionnés. En effet, la première raison de venue à Japan Expo est l’esprit communautaire. Le festival est un genre de grand messe, opportunité pour les fans du Japon de se retrouver entre eux et de s’exprimer pleinement. Aujourd’hui, qui dit communauté dit Internet et web-communauté. Quelques chiffres sont particulièrement éloquents : japan-expo.com reçoit jusqu’à 40.000 visiteurs par jour, le Facebook atteint 70.000 fans, et Il existe de nombreux sites et blogs qui vont de l’initiative personnelle aux structures professionnelles. Voici donc l’image de la population sur laquelle nous nous appuyons aujourd’hui, elle est source de nombreuses opportunités puisque, bien guidée, elle doit servir de base pour nous permettre d’installer ensemble la musique japonaise en Europe. Son dynamisme et son aptitude à consommer sont des atouts indéniables. La cible est clairement identifiée et nous savons, grâce aux technologies de l’information, comment lui parler spécifiquement. Sachant cela, il est important de mettre en valeur quelques éléments qui devraient permettre de développer le marché de la musique japonaise en Europe.

Première chose : l’esprit de communauté qui anime notre cible conduit à une utilisation massive de l’outil Internet. Son point faible est le caractère très diffus et incontrôlé de l’information. D’abord, il est bon de se souvenir qu’Internet n’est pas l’ennemi de la réussite de notre mission, mais la preuve que le marché existe. Toute personne impliquée dans la promotion connait le fameux adage : "parler de moi en bien, parler de moi en mal, pourvu que vous parliez de moi !". Par contre, il est nécessaire de structurer l’information sur la toile en créant des points d’information centralisée et d’offres commerciales, des points de références facilement identifiés. Il existe aujourd’hui des éléments aux dimensions françaises ou européennes qui ont déjà pris une place importante dans le paysage de ces fans. Nous pensons bien sûr à Japan Expo, mais aussi à des media tels que Nolife ou encore le site d’information JaME. Chacun essaie de promouvoir la musique japonaise auprès de ce public. Que les professionnels japonais continuent et intensifient leur action en faveur de ces supports et ils prendront pleinement leur fonction. Il faut par contre noter que dans cette stratégie de communication en ligne, il manque un élément important : une plateforme d’achat de musique numérique en ligne identifiée comme faisant partie de la communauté, et qui y fait référence. Evidemment, il s’agit d’une stratégie d’implantation en se servant de la communauté des fans de contenus japonais en Europe, et il ne s’agit que du premier mouvement de promotion à mener à bien. Pour la suite, en brossant un rapide tableau, on crée un paysage Internet clair, simple à identifier, afin que les non-spécialistes puissent entrer sur le marché.

Par ailleurs, il est aussi impératif de mettre en place des plans de communication qui ne sont plus uniquement adressés aux fans mais au grand public. Une des solutions à court et moyen termes est de se servir de supports événementiels comme Japan Expo d’une part, mais aussi des festivals de musique d’autre part. Par contre, il est important de centraliser ces efforts au sein de concepts qui vont identifier la musique japonaise comme une nouveauté à découvrir, avec des invités spéciaux ou des cartes-blanches pour le Japon, etc. Des micro-événements tels que Art’n POP de Soundlicious sont aussi des solutions qui donnent un caractère innovant, qui attisent la curiosité et qui sont faciles d’accès par leur caractère récurrent. Enfin, il sera temps de s’appuyer sur des campagnes d’affichage et de représentations publiques plus génériques afin d’ancrer plus profondément la musique japonaise en Europe dans son caractère grand public. Mais ceci est une autre histoire…

Une fois que nous avons étudié la population cible, nous sommes d’accord pour dire qu’elle reste actuellement fan de contenus japonais, non pas de musique spécifiquement. C’est ici qu’intervient une des plus grandes forces des contenus japonais et de la musique en particulier, il s’agit de la tendance préexistante de la profession japonaise à exploiter le cross-media. La musique est omniprésente dans les contenus pop-culturels japonais (animation, jeu vidéo, etc.) et de nombreux groupes musicaux s’adossent sur ces contenus pour se faire connaître. Il ne s’agit pas de dire que la musique japonaise ne doit exister qu’au travers des supports connexes, mais qu’elle devient un point commun, un ciment entre les contenus ; et du coup qu’elle participe pleinement au renforcement du sentiment de passion commune de la communauté des fans de contenus japonais en Europe. C’est une force non négligeable dont il faut se servir sans hésitation. Cependant, il faut aussi faire attention à ne pas se bloquer dans ce système de fonctionnement. En effet, cela conduirait à une impossibilité à moyen terme d’étendre le marché de la musique en dehors du seul contexte culturel pop japonais.



Tout ceci nous enjoint donc à collaborer le plus possible afin de pérenniser la musique et peu à peu faire disparaître les blocages, notamment médiatiques, en France et en Europe. Nous connaissons tous la situation économique que nous vivons actuellement. Cependant, nous ne pouvons pas attendre un retour sur investissement rapide sur les projets de tournées ou de concerts en Europe. Les sociétés japonaises doivent participer aux risques de développement de la musique en Europe, mais certaines n’ont pas encore d’objectifs en dehors du marché domestique et n’appréhendent pas encore le caractère stratégique de la politique d’internationalisation de la musique nipponne. Elles se contentent de saisir les opportunités générées par un marché des contenus japonais en plein essor en Europe. Agir comme cela ne sera pas suffisant pour créer un marché pérenne. Or, il est admis qu’il est inscrit à l’agenda de nombreuses sociétés de l’industrie du disque qu’il est nécessaire de s’étendre hors du marché domestique qui a atteint ses limites. Participer à l’investissement de la venue de groupes en Europe, c’est profiter du marché actuel, l’entretenir et le préparer à son élargissement vers une cible grand public. Si les contenus musicaux n’arrivent pas en quantité suffisante, il n’existera pas de marché mainstream de la musique japonaise en Europe.

Les différences socioculturelles font que les approches de travail des groupes sont différentes entre le Japon et l’Europe. Cela génère côté japonais un problème de manque de confiance car les sociétés ont peur de perdre le contrôle de l’image de leurs artistes. Cela provoque parfois des longueurs qui peuvent mettre en danger l’organisation complète d’une tournée ou d’un concert. Afin de simplifier les relations entre les Européens et les Japonais, il faudrait peut-être envisager, pour travailler plus sereinement, de fournir une liste de contrôles nécessaires à effectuer par les partenaires étrangers, très en amont du projet, afin que ceux-ci puissent s’adapter ou discuter certains points à l’avance. Ce faisant, chacun peut avoir une approche plus sereine du travail qui sera davantage en adéquation avec les attentes particulières de l’industrie japonaise.

Pour conclure, je voudrais insister sur le fait que le marché de la musique japonaise est en pleine construction en Europe, et en France en particulier. Il présente des signes satisfaisants, certains groupes remplissent les grandes salles à Paris, certains media spécialisés hors contenus japonais commencent à se pencher sur le phénomène. Il ne faut pourtant pas oublier que nous ne sommes que dans la première phase de pénétration du marché, que nous ne nous adressons qu’à une certaine avant-garde, et que nous n’avons pas encore le potentiel de marché de la musique en général. Il s’agit bien de suivre chaque étape. La première est bien entamée, il existe un vivier de plus en plus important de fans qui vont partager leur passion et générer une pression par la demande. Il y a un travail de fond à maintenir afin de gagner les media musique et de maintenir la flamme des amateurs. Chaque partie doit faire des efforts, établir une relation gagnant-gagnant car c’est un démarrage, donc une situation difficile à court terme, mais un passage obligatoire.
Merci pour votre écoute.

Sae Cibot : Je vous présente maintenant une chaîne bien connue dans le milieu de l’entertainment français, Nolife. De plus en plus de sociétés japonaises travaillent avec elle, et je trouvais dommage qu’elle ne soit pas représentée au précédent TIMM. Voici Sébastien Ruchet, directeur général de Nolife, qui va vous présenter la chaîne et ses enjeux.


>> Lire la deuxième et dernière partie du compte-rendu

Séminaire organisé le 27 octobre 2010 de 10h30 à 12h00 au Shingawa Prince Hotel.
Photos © PROMIC









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