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Séminaire au TIMM 2010 : Comment promouvoir les artistes japonais en France ? (partie 2/2)

Vu dans la plupart des media français, le monde de la "J-Music", la musique japonaise, ressemble de plus en plus à celui des Teletubbies. Cette industrie made in Japan mise beaucoup sur sa force visuelle et la connivence des media partenaires pour se vendre auprès des jeunes consommateurs. L’exportation en Europe de la J-Music, c’est aussi du business ! Et les professionnels du secteur, qu’ils soient français, européens ou nippons, s’affairent en backstage sur les stratégies de marketing pour développer ce nouveau marché. Voici la deuxième et dernière partie de la session "Comment promouvoir les artistes japonais en France ?", débat organisé entre professionnels au séminaire du TIMM (Tokyo International Music Market) fin octobre 2010 dans l’archipel.

Naoki Sekine, vice-président du label Epic Records Japan (SCANDAL, HALCALI, ViViD…), et quatre autres responsables français (des représentants de Soundlicious, Japan Expo, Nolife et Fnac) forment le panel qui a disserté pendant 1h30. Nous vous invitons à consulter la première partie du compte-rendu pour en apprendre davantage sur ces invités et lire les interventions de Sae Cibot (Soundlicious / Japan Expo), Thomas Sirdey (JTS Participations / Japan Expo) et Naoki Sekine (Epic Records Japan).



INTERVENTION DE SEBASTIEN RUCHET
(NOLIFE)

Sébastien Ruchet : Bonjour à toutes et à tous. Nolife est une chaîne de télévision française qui est diffusée sur l’ADSL - c’est-à-dire sur IPTV - et qui arrivera sur le câble le mois prochain. C’est une chaîne gratuite qui a commencé à émettre en 2007. Les contenus que nous diffusons : du jeu vidéo, de la musique japonaise, des mangas et des dessins-animés, mais aussi de la culture et du voyage.

Il est important de comprendre le paysage français de la télévision numérique. Je vous présente différentes box, pour le câble, pour le satellite et pour IPTV. Leur fonctionnement et leur qualité sont les mêmes, il faut brancher la box à la prise puis la relier à la télévision. Le paysage français est particulier : le satellite est premier sur la télévision numérique, puis vient l’IPTV en seconde position, et enfin le câble. Nolife étant diffusé sur IPTV, il peut toucher deux fois plus de spectateurs que les abonnés du câble en France.

Quel est le public de Nolife ? Au niveau démographique, notre cible est très concentrée : 95% des spectateurs ont entre 15 et 34 ans, ce qui est assez exceptionnel. 58% d’entre eux sont des hommes et 42% des femmes. Au niveau des audiences, les ratings, nous avons chaque soir entre 20 et 30.000 spectateurs avec des pics approchant les 70.000. En étant seulement diffusé sur IPTV, Nolife fait parfois plus d’audience que MTV qui est diffusé sur IPTV, câble et satellite.

Il faut bien comprendre qu’avant Nolife, la musique japonaise à la télévision française, c’était zéro ! Il y avait peut-être quelques événements, mais ils étaient négligeables. Depuis l’arrivée de Nolife, six heures de musique japonaise sont diffusées chaque jour, piochées dans une collection de 1200 clips. Bien sûr, Nolife respecte la chaîne des droits et travaille avec la SACEM en France, qui reverse à la JASRAC (Japanese Society for Rights of Authors, Composers and Publishers) au Japon. Nous diffusons aussi des concerts live, des événements spéciaux, et nous établissons des partenariats avec des artistes et des labels. Nous nous occupons aussi de la promotion des concerts et des sorties CD. Chaque semaine, nos téléspectateurs votent pour leurs clips préférés ; c’est la seule mesure de la popularité de la musique japonaise en France aujourd’hui. Je vous montre maintenant quelques exemples de nos programmes : des clips, les charts hebdomadaires, les annonces de concerts… Il s’agit des annonces de tous les concerts qui sont organisés en France.

Aujourd’hui, le marché de la musique japonaise en France est encore très jeune. Par rapport à d’autres thématiques, elle ne fait pas beaucoup d’audience à l’antenne. Même des artistes très importants au Japon ne font pas forcément beaucoup de ventes en France. Cependant, Il faut voir que nous avons des entités françaises pour les licences, les événements, la promotion et les sorties. Aujourd’hui, la France dispose de tout le nécessaire pour travailler sur la musique japonaise. Que pouvons-nous espérer du futur ? Nous avons pu voir beaucoup de dessins-animés japonais dans les années 80 et 90, cela a créé un marché. Le manga japonais a suivi la voie ouverte par le dessin-animé. Aujourd’hui, le manga représente plus de la moitié des ventes de bandes-dessinées en France. Est-ce que la musique japonaise va suivre ce modèle ? C’est ce que nous allons essayer de mettre en place tous ensembles. Je l’espère.

Que fait aujourd’hui Nolife pour promouvoir la J-Music ? Bien sûr, nous présentons les artistes et nous diffusons les Promotional Video (PV, c’est-à-dire clips) ; mais nous faisons aussi toute l’éducation du public français sur cette nouvelle musique. Nous créons des partenariats, nous présentons les sorties et les événements en faisant leur promotion, et nous assurons aussi la couverture des événements. Voyons maintenant des exemples de collaboration entre Nolife et des sociétés japonaises.



Premier exemple : notre collaboration avec la société UP-FRONT (Morning Musume., °C-ute, S/mileage, etc.). Cette collaboration est vraiment unique au monde. UP-FRONT fournit à Nolife des clips, des extraits de concerts et des messages vidéo. Avec tous ces éléments, Nolife crée une émission chaque semaine, avec des news, des interviews et les messages des artistes japonais traduits en français. C’est très important pour les fans français car ils se sentent par conséquent très proches, très connectés aux artistes japonais. De ce fait, le concert des Morning Musume. à Japan Expo cette année fut un succès.

Exemple numéro 2 : abingdon boys school. Il y a eu une promotion vraiment très intelligente de l’artiste. Sony, Epic Records Japan, a donné à Nolife tous les clips et concerts de T.M.R et d’abingdon boys school. Pendant un an, Nolife a introduit les clips sur son antenne, et a créé des événements spéciaux consacrés à l’artiste. Sa popularité est montée en France, nous l’avons constaté dans les votes des téléspectateurs de Nolife. De ce fait, Sony a décidé de donner un concert d’abingdon boys school à Paris, et il fut complet.

Troisième exemple avec YOSHIKI et TOSHI de X JAPAN. Ils sont venus cette année à Japan Expo. Pour promouvoir cette venue, nous avons diffusé l’annonce de cette venue, produit et diffusé la publicité correspondante, produit et diffusé un documentaire sur la réunification du groupe, et diffusé des extraits d’un concert, le Last Live. YOSHIKI et TOSHI avaient préparé une version française d’ENDLESS RAIN pour les fans français. Nous avons préparé cette version en diffusant les paroles sur Nolife. De ce fait, les fans français connaissaient déjà les paroles lors du showcase de YOSHIKI et TOSHI à Japan Expo, et ils ont pu chanter en français.

Nous avons un partenaire important au Japon pour l’émission Japan in Motion, produite par TSS Productions de Shin Hiroshima Television. Elle parle de culture et de voyage. Pour Nolife, TSS a produit une version spéciale de cette émission, qui inclut le classement des meilleures ventes de TOWER RECORDS. C’est très important car cela nous permet de présenter au public français ce qui marche en ce moment au Japon. De plus, Natsuko Aso, surnommée Na-chan, a augmenté sa popularité française en présentant cette émission.

Evidemment, le partenaire incontournable de Nolife s’appelle Japan Expo. C’est le plus grand festival en Europe sur la culture japonaise. Il invite chaque année beaucoup d’artistes, et il y a eu près de 20 concerts en 2010. Nolife a toujours été présent à Japan Expo. Cette année, nous avions 5 équipes pour filmer. De plus, nous filmions aussi sur le stand de Nolife. Je suis fier de dire que nous avons une couverture complète de tous les concerts et des mini-événements tournant autour des artistes japonais.

La Fnac est un autre partenaire. C’est un vendeur de culture en France, une chaîne de magasins. Ils vendent des livres, des CD, des films, des mangas, des animes… Toute la culture. Il y a quelques années, la Fnac a commencé à expérimenter la vente de musique japonaise. Nous avons établi un partenariat entre Nolife et la Fnac : quand il y a un coin "musique japonaise" dans une Fnac, il y a aussi une télévision qui diffuse des clips fournis par Nolife.

Aujourd’hui, qu’est-ce que Nolife attend de vous ? Nous avons besoin de votre confiance, et nous avons besoin de clips musicaux ! Nous comprenons qu’il soit difficile pour des labels japonais de fournir des PV à une société française qu’ils ne connaissent pas forcément. Cependant, nous ne pouvons, pour le moment, diffuser qu’une toute petite partie de la musique japonaise. Un jour, vous voudrez peut-être produire l’un de vos artistes en concert en France, ou sortir l’un de ses CD. Si vous attendez ce moment pour en faire la promotion, il ne vous restera peut-être que deux semaines. C’est dommage… Nous comprenons que vous doutiez aujourd’hui de cette présence en France, nous comprenons qu’il n’y ait pas d’avantage immédiat pour vous ; il faut cependant comprendre qu’il n’y a pas de risque avec Nolife.

En conclusion, le marché français est certes débutant, mais tous les éléments sont en place et le sol est fertile. Il y a Nolife, mais aussi d’autres partenaires qui sont présents et qui se battent pour la musique japonaise. Pour que nous puissions progresser, nous avons besoin de votre force et surtout de votre confiance. J’espère que, tous ensembles, nous pourrons contribuer à faire progresser la musique japonaise en France. Merci beaucoup.



INTERVENTION DE NICOLAS BAQUE
(FNAC)

Nicolas Baque : Bonjour à toutes et à tous. Je vais essayer de vous présenter la Fnac, enseigne de magasins spécialisés dans le disque, le DVD, le livre, les jeux vidéo, la hi-fi… et vous parler des actions que nous avons déjà pu mener concernant les artistes japonais.

La Fnac a été créée en 1954. En 1979, la Fnac Forum des Halles ouvre ses portes, c’est aujourd’hui le plus gros magasin culturel en France. En 1994, le groupe PPR, distributeur spécialisé en Europe et acteur majeur dans le luxe, rachète la Fnac. En 1998, elle commence à s’implanter à l’étranger, principalement en Europe. En 2006, la Fnac crée les magasins de format périphérie, des boutiques plus petites, mais avec tous les produits à l’intérieur. Aujourd’hui, la Fnac est leader dans la distribution de produits culturels et technologiques. Son chiffre d’affaire place la Fnac parmi les 20 premières entreprises de la distribution française, et parmi les 500 premières européennes. Elle possède 146 magasins dans le monde dont 80 en France, et près de 19.000 salariés. Son chiffre d’affaire est de 4,375 milliards d’euros. Nous voyons [sur la carte projetée] la répartition des magasins en Europe. A noter que la Fnac est présente au Brésil. L’audio représente 6,2 % du chiffre d’affaire de la Fnac en 2009, la vidéo représente 6,9 %, le livre 19,7 % et le jeu vidéo 22 %. Nous avons environ 20 millions de clients par an, et 146 millions de visiteurs pour l’année 2009, juste pour la France. Nous avons plus de 2 millions d’adhérents à notre carte Fnac. Grâce à cette carte, nous pouvons tisser des liens privilégiés en communiquant directement avec les clients. Ils représentent 11 % de l’ensemble de nos clients, mais surtout 40 % du chiffre d’affaire de la Fnac, ce qui nous est très important. Nous sommes premier libraire de France et nous avons l’offre la plus large du marché du disque avec 230.000 disques disponibles en magasin, et plus de 500.000 références disponibles sur notre site d’e-commerce Fnac.com. Notre service de billetterie propose l’offre la plus large du marché avec 48.000 spectacles par an. Récemment, la Fnac a ajouté à son offre des produits type "goodies", ou produits dérivés, en magasin ainsi que sur le site Internet.



En 2009, la Fnac a inauguré les espaces passion dans ses magasins parisiens, tels que photo, hi-fi, home cinéma, musique classique, jazz, bande dessinée, et bien sûr manga. Nous avons fait en sorte que chaque univers ait l’offre la plus large possible en rapport avec son univers. Pour le manga, on retrouve dans cet espace les livres, les DVD d’animation, les goodies et bien sûr les CD d’origine japonaise. Dans ces espaces passions, les clients ont rendez-vous avec les meilleurs experts de l’enseigne dans leur domaine.

Le site Internet Fnac.com, dont l’offre s’articule avec celle des magasins, accueille 750.000 visiteurs uniques par jour. Pour vous donner une idée, c’est un peu l’Amazon français. Il dispose de plus de 2 millions de références disponibles en 24 heures. Depuis 2009, le market place permet aux vendeurs professionnels et particuliers de vendre des produits auprès des clients de Fnac.com directement sur le site. La Fnac, c’est aussi deux centres logistiques, un pôle billetterie (qui propose spectacles, concerts, rencontres sportives, théâtre et expositions) et un service d’agence de voyage.

La Fnac s’est engagée depuis les années 70 à rapprocher ses clients des auteurs, réalisateurs et chanteurs à travers des rencontres, des séances de dédicaces ou des showcases. Elle s’est aussi engagée dans des partenariats comme le Concours des Lycéens, la Rentrée littéraire… Elle a créé le festival Indétendances, festival de musique qui se déroule l’été à Paris-Plage, sur les bords de Seine. Elle est partenaire du festival de BD d’Angoulême, et depuis deux ans de Japan Expo dont nous reparlerons plus tard. La Fnac milite et prend position chaque année pour une TVA réduite sur le disque à l’occasion de la Fête de la Musique qui se déroule le jour de l’été.

La Fnac a une ambition : être l’enseigne préférée et référante. Notre gros projet pour 2011 : ouvrir un huitième magasin parisien à Bercy Village avec une surface de 3.000 m² permettant d’accueillir les clients de l’est de la capitale.

Pour finir, nous allons revenir sur les événements Fnac et tout particulièrement sur le partenariat avec Japan Expo, établi depuis 2 ans. Les espaces passion ont été utilisés pour recevoir artistes, manga-ka ou icônes japonaises. La plupart des artistes ont fait un showcase accueilli par Eurydice, responsable communication de la Fnac des Champs-Elysées, Fnac spécialisée en musique et qui fut une des premières Fnac avec celle de Bastille à proposer des CD d’artistes japonais. Je vous montre le flyer distribué aux clients, concernant les événements Fnac pendant le salon Japan Expo 2010, et qui regroupe toute la programmation que nous avons pu offrir à nos clients. Cette année, nous avons reçu des artistes comme Noriyuki Iwadare, die!!die!!color!!!, LONG SHOT PARTY, ANIPUNK et les Morning Musume. Tout au long de l’année, nous avons reçu dans cette Fnac Champs-Elysées : Anli Pollicino, detroit7, HITT, HANGRY&ANGRY et le fameux YOSHIKI du groupe X JAPAN. Sur notre site Internet, nous faisons aussi des sélections mixtes pour essayer de capter l’attention des clients susceptibles d’être intéressés par la musique japonaise. Elles sont animées par des bandeaux comme par exemple Rock’n manga qui propose des titres manga en rapport avec la musique et une sélection de CD Jpop/Jrock. Dans nos magasins, les artistes comme KOKIA le 6 octobre dernier, sont reçus pour se produire en showcase dans nos forums, et dans les espaces passion pour des séances de dédicaces.

Nicolas Baque présente des PLV (dispositifs publicitaires sur lieu de vente) réalisées pour ces occasions, comme un "triptyque" permettant une visibilité sur trois faces, et de "grands pantalons" avec la photo de l’artiste concerné et toutes les infos sur les événements.

Nicolas Baque : Je vous remercie pour votre attention et je reste à votre disposition pour d’autres questions sur la Fnac si vous en avez.

Sae Cibot : Merci à tous les participants. J’espère que ce séminaire vous a apporté beaucoup d’informations utiles et que vous pourrez les exploiter très bientôt avec les différents partenaires français et peut-être européens. Avant de vous permettre de poser vos questions, j’aimerais passer un message dans le cadre de Japan Expo 2011. Nous avons commencé à rassembler les candidatures. Si vous avez des groupes ou des artistes intéressés pour se produire sur la scène du J.E. Live House l’année prochaine, vous pouvez me contacter en français, en anglais ou en japonais.






LES QUESTIONS
DES PROFESSIONNELS JAPONAIS

Sony Publishing et SYNC MUSIC JAPAN : Bonjour, je représente Sony Publishing et SYNC MUSIC JAPAN, site Internet que nous avons lancé avec nos amis français. J’ai appris des choses très intéressantes, notamment le fait que les Français s’intéressent beaucoup aux artistes japonais. C’est très encourageant pour nous. Voici ma question.
Nous sommes en train de semer nos graines pour que cette plante japonaise se développe. Malheureusement, il y a le problème des contrefaçons. Lorsque l’on va à Japan Expo, nous constatons la vente d’éditions pirates. Nous espérons que nos amis français prendront des mesures efficaces pour chasser ces éditions pirates afin qu’elles disparaissent complètement du marché, et nous voudrions qu’ils incitent les consommateurs à ne pas acheter ces contrefaçons. Il faut les éduquer. Est-ce possible, monsieur Sirdey ?

Thomas Sirdey (JTS Participations / Japan Expo) : Premièrement… Concernant les incitations, il y a déjà un ensemble d’informations qui sont affichées dans le festival et qui ont pour but d’éduquer le public et de le diriger vers les produits officiels. Concernant le piratage en lui-même… Nous collaborons à chaque intervention, notamment celles des douanes françaises qui ont été commanditées par des sociétés françaises ou japonaises. Nous essayons de limiter, par nos actions, la présence de ce genre de produits ; mais il faut savoir que, juridiquement, nous n’avons aucune autorité sur les produits pirates. Nous espérons qu’il se passera la même chose qu’avec le piratage de mangas aux Etats-Unis en ce moment : la plupart des sources américaines de mangas en ligne ont été coupées. Le jour où les ayant-droits européens et les producteurs japonais se réuniront pour préparer une action contre les pirates, nous serons présents avec eux pour les aider autant que nous le pourrons.



Stardust : Bonjour, je travaille chez STARDUST (Yui, Natsuko Aso, Momoiro Clover…) et je remercie Nolife pour son travail sur Natsuko Aso. Je crois qu’il s’agit d’une tendance mondiale : les jeunes ne dépensent pas beaucoup d’argent pour la musique car elle peut être facilement obtenue sans payer… C’est un problème pour nous aussi. Aujourd’hui, vous parlez de cross-media pour vendre la musique ou d’autres matériaux culturels… Au Japon, nous sommes actuellement en train de nous demander comment vendre la musique aux jeunes, comment empêcher le téléchargement illégal. Monsieur Baque, pensez-vous que les jeunes Européens sont prêts à payer ? Quelles sont les mesures possibles pour enrayer le téléchargement illégal ?

Nicolas Baque (Fnac) : C’est effectivement un sujet difficile. Aujourd’hui, en ce qui concerne notre domaine spécifique, je pense que les fans, les gens qui aiment la musique japonaise, sont plutôt des consommateurs qui achètent les CD. En France, nous avons maintenant la loi Hadopi qui se met progressivement en place, et la Fnac espère que cette loi pourra résoudre le problème du téléchargement. Nous attendons de voir comment ça va évoluer.

PROMIC : Thomas Sirdey a signalé tout à l’heure qu’il n’existait pas encore de site de vente en ligne spécialisé dans la musique japonaise, ce qui laisse le champ libre à la piraterie. Aux USA, ça existe. Si ce genre de plateforme pouvait arriver prochainement en France, ça pourrait diminuer le nombre de téléchargements illégaux.

????? : Très heureux de faire votre connaissance. Je suis un artiste indépendant. Des artistes comme moi, sans contrat avec un label, ont-ils la possibilité de participer à titre individuel à Japan Expo ? Je sais que cela se fait dans une convention aux USA.

Sae Cibot (Soundlicious / Japan Expo) : Oui, cela est possible. Le Live House de Japan Expo a pour objectif de présenter les travaux d’un panel éclectique d’artistes japonais. Peu importe s’ils ont déjà sorti des disques ou si ce n’est pas encore le cas. Ils sont tous les bienvenus. SEIKIMA-II et bien d’autres artistes ne sont pas encore connus en France, mais ils sont venus. ViViD va bénéficier de son passage pour se développer en France. Après ses concerts à Japan Expo, SCANDAL est par exemple devenu célèbre. Comment participer ? Vous n’avez qu’à m’envoyer un mail avec pour sujet "Japan Expo Live" pour que je puisse considérer votre demande. Nous étudierons les candidatures individuelles en février avec le responsable de Japan Expo, afin de sélectionner celles qui pourront se produire l’été prochain.

Warner Music Japan : Tout à l’heure, monsieur Sekine a parlé du potentiel des artistes japonais. Ceux du genre visual rock et ceux qui sont associés à des animes ont l’air d’intéresser plus particulièrement le public français. Il y aussi l’aspect traditionnel japonais qui apparaît dans la Jpop et qui plait… En fait, ce sont pour la plupart des éléments typiquement japonais qui plaisent aux français. Mais est-ce que l’ensemble de la Jpop, telle que nous la définissons au Japon, a une chance de pouvoir pénétrer le territoire européen ? Comment la Jpop pourrait-elle réussir ? On peut se demander si cette idée n’est pas irraisonnable puisqu’il y a déjà de la musique pop sur ce marché.

Sébastien Ruchet (Nolife) : C’est une question très intéressante. Il est vrai que nous avons déjà nos artistes en Europe, mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas intéressés par la musique d’ailleurs dans le monde. Avec Nolife, on voit l’intérêt des Français pour la musique japonaise. Si vous êtes intéressés, vous pouvez passer sur notre site Internet et voir les résultats de nos votes de popularité hebdomadaires ; résultats que vous pouvez aussi retrouver sur le site de la RIAJ (Recording Industry Association of Japan). Vous remarquerez que tous les styles sont représentés. Il y a du rock, de la pop, du hip-hop mais aussi des idols qui marchent en France. Je pense que vous serez surpris de voir les styles qui peuvent intéresser les Français. En tout cas, la musique japonaise est un tout nouvel univers à explorer et à découvrir pour les Français. C’est un intérêt très fort aujourd’hui, et il ne concerne pas que la musique en lien avec l’animation ou le visual rock. Pour le vendre, on fonctionne un peu comme les réseaux traditionnels de la musique. En ce moment, il y a du rock qui marche très fort sur Nolife et qui n’est ni du visual kei, ni lié à un dessin-animé. Ce sont des choses qui peuvent aider, mais ce n’est pas du tout indispensable.

PROMIC : Merci. Puisque le temps est écoulé, nous clôturons là l’échange avec nos invités. Saisissez l’opportunité pour échanger vos cartes entre participants afin d'améliorer le business à l’avenir.






QUELQUES COMMENTAIRES D’APRES TIMM,
PAR ORIENT-EXTRÊME

Nous l’avions écrit au début de la première partie, le panel a fourni de nombreuses analyses, conclusions et suggestions pertinentes. Il faut souhaiter que les professionnels japonais les digèrent et les intègrent dans leurs actions futures. Il était important de rassurer et remotiver l’auditoire, dont les initiatives et les investissements restent soit timorés, soit inexistants… Menacée par la concurrence sud-coréenne qui agace déjà les plus hauts responsables nippons et qui - elle - s’investit et fait tout pour s’afficher aux yeux du monde sur Internet, l’exportation de la J-Music va devoir réagir et s’accélérer. C’est peut-être ce à quoi faisait allusion Sae Cibot en prévenant : "si nous n’arrivons pas  à éduquer ce marché pour le faire grandir, il est probable qu’il reporte son intérêt sur autre chose…".

Un détail pas si anodin nous interpelle. Ce séminaire avait pour objectif le développement du marché de la J-Music en Europe. Par définition (enseignée dès la seconde au lycée), le marché est le lieu de rencontre de l’offre et de la demande. Pour optimiser les ventes, il parait logique de répondre aux attentes préexistantes des consommateurs, leur donner ce dont ils ont besoin, ce qu’ils veulent, ce qu’ils réclament. Or, à l’exception de l’évocation du J-Top de Nolife par Sébastien Ruchet, nous constatons que l’exposé a pratiquement écarté la notion de demande pour ne penser qu’à l’offre. Même avec les meilleures stratégies marketing, le public se laissera-t-il convaincre d’acheter tout et n’importe quoi portant l’étiquette made in Japan ? Cela paraît utopiste. Est-il censé d’investir du temps et de l’argent sur des artistes qui n’intéressent personne ? Il ne faut pas se voiler la face : les contrefaçons perdurent principalement à cause de la non-édition/distribution officielle des produits les plus réclamés ! L’apparent manque de considération accordée à la demande suscite l’inquiétude. Espérons qu’il ne s’agisse que d’un oubli stratégique des Français pour gonfler leur catalogue et recueillir les fonds des Japonais crédules… Tout n’est pas perdu, Nolife pense à vous grâce à ses sondages (environ 2.000 participants hebdomadaires d’après les derniers chiffres communiqués à l’antenne). Cela nous amène au point suivant.

Comme le souligne judicieusement Sébastien Ruchet, les Français s’intéressent et sont demandeurs d’artistes et de genres actuellement peu ou pas représentés dans la distribution officielle. Cependant, selon nous, il existe un fossé - pour ne pas dire un abysse - entre les sondages de popularité organisés par Nolife et les réelles attentes du public. Cette opinion s’appuie sur diverses autres opérations annuelles comme les French J-Music Awards, ou les ASIAN Music eXtreme Awards d’Orient-Extrême ; des sondages "ouverts" qui prennent en compte l’ensemble de la production japonaise. Leurs résultats sont très proches et montrent la popularité d’artistes comme ARASHI, KAT-TUN, ayumi hamasaki, Utada Hikaru, YUI, Namie Amuro… qui ne sont absolument pas référencés par Nolife, du fait de son fonctionnement. En se référant au dernier classement de la chaîne, pensez-vous que higedriver, THE BACK HORN, Berryz Kôbô, POLYSICS et Natsuko Aso sont plus populaires et réclamés que les artistes cités plus haut ? Les Japonais doivent-ils se fier à ce J-Top pour désigner les artistes sur qui parier et investir ? Vous aurez par ailleurs deviné que nous fûmes très "étonnés" par la déclaration de Sébastien Ruchet affirmant que Nolife offre aujourd’hui "la seule mesure de la popularité de la musique japonaise en France".



Le dynamisme et l’implication de plusieurs media français (Nolife et d’autres non représentés à ce séminaire) pour promouvoir la musique japonaise apparaît comme un excellent atout publicitaire pour les Japonais. Ils trouvent là des vitrines ainsi que des alliés implantés, dévoués et parfois créatifs pour un coût extrêmement faible, négligeable pour une major. Ce bloc spécialisé est apte à intriguer des media généralistes et à attirer l’attention de professionnels européens a priori désintéressés. Les conséquences éditoriales et les relevés d’opinions exprimées par les consommateurs ne sont pourtant pas si réjouissants et amènent à une réflexion. Le public mature, celui qui incarnait la première grande vague J-Music européenne vers l’an 2000, semble en effet abandonner sa passion. Cela provient en partie d’une perte d’efficacité de l’ensemble de la production japonaise, mais on sent aussi une forme d’écœurement face à l’évolution de la presse spécialisée, qu’elle soit professionnelle ou associative. Les consommateurs adultes ont perdu presque toute confiance envers des media qui s’allient, non plus pour conseiller ET déconseiller des artistes ou des CD, mais simplement pour vendre un maximum de produits J-Music licenciés en Europe. Dans le compte-rendu du séminaire, on parle d’éduquer les clients potentiels… et pourquoi pas de dressage en extrapolant !? Ce n’est pas nouveau, des responsables de labels ou des producteurs écrivent des critiques ou des reportages sur leurs propres artistes, CD ou concerts ; mais la tendance s’intensifie. En s’impliquant encore davantage dans cette "alliance" ou ce processus (à l’image du représentant de Sony Publishing / SYNC MUSIC JAPAN), les professionnels de l’industrie japonaise ne risquent-ils pas de discréditer encore davantage le monde des media français, et de savonner à moyen terme la planche sur laquelle ils tentent de prendre appui pour mieux sauter ? Nous vous laissons répondre à cette épineuse question.

Les deux premières du public japonais, peut-être leurs principales inquiétudes, concernent les contrefaçons et le téléchargement illégal. On ne peut que regretter la position plutôt attentiste des professionnels français qui ont répondu. Japan Expo se dit impuissant pour agir concrètement sur la présence des pirates (le festival n’a peut-être pas le droit de refuser la location d’emplacements aux boutiques identifiées qui écoulent chaque année des contrefaçons) tandis que le représentant de la Fnac pense que la majorité des fans passe facilement à l’acte d’achat pour sa consommation de musique. Hum… Le pourcentage est peut-être plus élevé que la moyenne, mais de là à penser si positivement… De manière générale, face au problème du téléchargement, n’y aurait-il que Hadopi pour sauver la patrie ? Les distributeurs et l’ensemble de l’industrie musicale ne sont-ils pas coupables d’avoir réagi avec un retard monstrueux sur le changement des modes de consommation ?

Terminons ce commentaire en nous attardant sur l’intervention de Naoki Sekine d’Epic, et plus précisément sur le sujet des photos et vidéos lors d’événements publics tels que les concerts. Cela peut paraître anecdotique, mais les enjeux pourraient être bien réels. Actuellement, la Kpop se développe à grande vitesse dans le monde et elle use d’une stratégie diamétralement opposée à celle des Japonais. L’industrie musicale sud-coréenne travaille intensivement sur Internet, avec des moyens importants et une grande qualité artistique, tout en incitant le public à partager le plus possible d’images et de vidéos. Des groupes comme Wonder Girls en tournée américaine demandent à leurs spectateurs de les photographier et de les filmer pour se faire connaître de leur famille, de leurs amis… Et le buzz fonctionne admirablement : les scores YouTube de la Kpop explosent leurs équivalents nippons, la Kpop envahit le marché asiatique (Japon compris), 2NE1 va être produit par will.i.am au niveau international en 2011… Si des artistes japonais ne progressent pas ou évoluent trop lentement après avoir voulu contrôler exagérément leur image, ils ne devront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Et cette remarque vaut également dans le cas de la presse française. Les media sont souvent enjoints de faire valider des photos de concerts par les producteurs européens, qui répercutent la pression des Japonais. Naoki Sekine a pourtant annoncé la couleur : "quand on est à Rome, il faut faire comme les Romains". Or, il n’existe aucun droit de regard pour ce genre de photos live en France, c’est une exception française du droit à l’image. Tout personnage public (artiste, sportif, homme politique…) peut être photographié dans le cadre de son activité professionnelle pour un reportage par un media accrédité, sans le moindre droit de regard. Pourquoi monsieur Sekine n’a-t-il pas évoqué le sujet devant ses confrères ? Travaillant depuis des années sur des projets internationaux, il a dû intégrer cette subtilité depuis longtemps (il ne nous a d’ailleurs jamais demandé la moindre validation pour ses propres artistes) et n’a probablement pas pensé à en parler. C’est bien dommage, cela permettrait d’économiser un temps précieux chez de nombreux intervenants !

On pourrait encore beaucoup écrire sur le sujet de cette première session du TIMM 2010, ou commenter davantage les opinions du panel. Nous vous laissons l’occasion de le faire à votre tour sur notre page Facebook, en espérant que vous ayez apprécié ce compte-rendu et le développement du débat.


Eric Oudelet  




>> Lire la première partie du compte-rendu de ce séminaire

Séminaire organisé le 27 octobre 2010 de 10h30 à 12h00 au Shingawa Prince Hotel.
Remerciements : TIMM / PROMIC
Photos © PROMIC








Conférence S.M. ENTERTAINMENT à Paris : rencontre avec les producteurs et compositeurs occidentaux

Rencontre avec Masao Morita (Sony) au MIDEM 2010
A voir : reportage JAPAN EXPO 2010

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