Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

Résultats des French J-Music Awards 2010

Avec plusieurs semaines de retard, les résultats des French J-Music Awards 2010 sont enfin tombés, l’opération étant toujours gérée par le blogueur Shito, actif depuis de très longues années dans le milieu de la musique japonaise en France. Les 3100 participants de ce sondage indépendant en font l’un des plus crédibles du genre dans l’hexagone, si ce n’est le seul. Pour cette sixième édition, le public fut encore appelé à voter, début 2011, pour désigner ses artistes, disques ou concerts favoris concernant le marché japonais sur l’ensemble de l’année 2010, la plupart du temps parmi des sélections assez larges, et cela dans une vingtaine de catégories. Nous vous proposons une analyse complémentaire à celle de l'organisateur.

>> Voir tous les résultats et statistiques des French J-Music Awards 2010


A l’instar d’un marché français de la J-Music en pleine mutation et dont l’avenir est plus que jamais rempli d’incertitudes, les résultats montrent une franche évolution des goûts et des attentes du public qui continue de rajeunir (moyenne : 17 ans et demi) et de se féminiser, peut-être à cause de l’importance accordée au visuel, au paraître et au fashion de la production japonaise, voire à l’androgynie d’une partie non négligeable d’artistes exposés chez nous. En premier lieu, on remarque que, par ses choix, le public a transformé le couronnement d’artistes méritants en sondage de popularité. La qualité n’étant plus du tout en phase avec les classements, on se rapproche ainsi davantage d’une bataille de fanbases, comme le J-Top de la chaîne Nolife.

En s’appuyant sur ses statistiques détaillées, l’organisateur confirme les constats observés dans les files d’attente des concerts depuis deux ans : un  accroissement de la segmentation de la J-Music en France. Les fans de boysbands de l’agence Johnny & Associates, les fans de visual kei / J-rock, les fans d’idols féminines… sont autant de populations de plus en plus distinctes et qui consomment des produits très différents. Pour les professionnels, malheur à celui qui ne parviendrait pas à toucher le public concerné pour promouvoir son événement ou sa sortie CD. Ces French J-Music Awards 2010 montrent également la prépondérance des fans de boysbands Johnny’s sur le public visual kei, que bon nombre de professionnels considèrent toujours, de loin et à tort, comme le seul genre réellement apprécié, rentable en terme de production d’événements, de distribution ou d’édition. Cette perception erronée du marché français, voire européen, expliquerait en partie les échecs et maladresses des professionnels. Et que dire des conséquences sur les sollicitations et conseils d’investissement livrés ces dernières années aux agences et maisons de disques japonaises ?...

Finalement, entre les Johnny’s et le visual kei / J-rock, c’est un peu le même combat : des boysbands aux univers différents, qui parviennent très occasionnellement à se retrouver (CHANGE UR WORLD de KAT-TUN). Derrière ces deux entités, logiquement au top de la popularité avec trois-quarts d’électrices, les idols féminines ont fortement progressé comme le prouvent les quatre trophées raflés par les Morning Musume.. Avant de développer, il est important de relever l'énorme plébiscite de la jeunesse française pour ces groupes pop, costumés et à chorégraphie comme nous en avions dans les années 90 (2BE3, Spice Girls, Alliage, etc.), et dont les producteurs français se moquent et ne veulent plus entendre parler. Les girlsbands et boysbands cartonnent en Asie ; sont-ils toujours has-been sur notre marché ? Les prémices d'un retour se font sentir...

Bien que dépassées au Japon, les Morning Musume. ont donc parfaitement manœuvré pour convertir leur test français, au point de surclasser le phénomène AKB48. Par quel miracle ? Contrairement à AKB48, L’agence japonaise UP-FRONT s’est intelligemment et durablement associée à divers partenaires européens influents et/ou puissants (sur notre marché bien précis), et cela dans divers secteurs : SEFA (JAPAN EXPO) / Soundlicious pour la production et la promotion des événements, et la chaîne spécialisée Nolife qui poursuit une campagne publicitaire de longue haleine, mais d’une grande efficacité. L’impact des nouveaux media est incontestable, clairement démontré ici, et les Japonais doivent en profiter. La publi-information fonctionne en effet d’autant mieux auprès du jeune public et des néophytes de la J-Music qu’ils n’ont pas connu les années de gloire des Jpop-queens et des girlsbands nippons à la fin du siècle dernier, et qui ne peut donc pas être déçus par le terrible manque de créativité et d’efficacité actuel. Un premier fossé générationnel est en train de se creuser chez les consommateurs, et les popstars des années 2000 en font les frais !

En effet, les stars solos qui ont passionné et fait vibrer la première grande vague de fans (depuis la fin des années 90) sont en train de couler, ou glissent dans le ventre mou des classements. C’est la conséquence logique de la désertion de leurs anciens fans et de la décrépitude de leurs productions, la seconde entraînant la première. Dans ce naufrage des Jpop-queens, ayumi hamasaki surnage encore tandis que Namie Amuro boit la tasse et KODA KUMI coule à pic. Utada Hikaru vit une véritable tragédie : déjà abandonnée par les plus grands media spécialisés français, elle est presque oubliée par le public. Transition idéale vers ce qui apparaît comme l’une des principales causes cette évolution : la transformation du paysage médiatique français.

Les media historiquement spécialisés ou très pointus en matière de J-Music, ceux qui prodiguaient moult conseils d’écoute, présentaient avec une certaine exhaustivité les nouveautés, et orientaient leur audience vers de nouveaux talents prometteurs, ont disparu ou ont largement diminué leur activité. Aujourd’hui, les media les plus influents auprès du jeune public et des néophytes ne sont même plus écrits, il s’agit de télévision et de webradio avec Nolife et JapanFM en première ligne. Il est donc normal de retrouver les artistes les plus visibles, voire les plus matraqués sur ces supports grimper en haut des classements des French J-Music Awards 2010. Il y a dix ans, les stratégies marketing telle que la publi-information (notamment exposée par les professionnels dans
une conférence au TIMM) n’existaient pas. Les media et les espaces de rencontre pour fans  permettaient de longues critiques, de larges revues de l’actualité. Aujourd’hui, il deviendrait indécent de critiquer de la musique, et les contenus sont dictés par les potentielles recettes publicitaires et les partenariats commerciaux établis avec les labels, agences et producteurs. Le public n’a plus vraiment son mot à dire, il ne peut plus partager ses découvertes en convention, et il doit déployer de gros efforts de recherche pour découvrir de bons artistes ou CD masqués par les produits que les professionnels voudraient lui imposer. Désormais, il faut défricher d’innombrables blogs et mini-sites pour obtenir des avis tranchés, retrouver richesse et qualité. Dans ces conditions, les "nouveaux visages de la J-Pop" (Kana Nishino, ICONIQ, ikimono gakari, JASMINE, etc.) ont beaucoup de mal à se faire connaître en France. Le milieu visual kei / J-rock reste épargné par le phénomène car ce genre, supposé dominant et rentable, est chouchouté par des media comme JaME ou ROCK ONE, et bénéficie d’une fanbase extrêmement active en perpétuel renouvellement.

Un seul nouveau mouvement est suffisamment puissant pour contrecarrer les barrières précitées et entrevoir le succès : la Kpop. Très efficace, à la fois musicalement et visuellement, la pop coréenne explose au Japon, et ses têtes de gondole dans l’archipel se distinguent aussi aux French J-Music Awards 2010. On retrouve régulièrement les girlsbands KARA et GIRLS’ GENERATION (et les ex-TOHOSHINKI dans une moindre mesure) dans les tops 10 concernés, ainsi que 4minute qui peine au Japon mais dont le style électro mainstream a fait mouche chez les Français. Encore plus démonstratif, nos révélations J-Music 2010 seraient, et de très loin, coréennes ! 4minute et KARA, premier et second de top révélation, incarnent aujourd’hui l’avenir de la J-Music ! Il est primordial de rappeler que seuls les consommateurs de J-Music francophones étaient concernés par l’opération. Si le public Kpop, déjà très nombreux, incroyablement actif et qui ne cesse croître, avait été impliqué, les artistes coréens auraient probablement squatté les podiums et raflé la majorité des prix. Pour la J-Music et les professionnels européens qui en font leur spécialité, la menace coréenne est bien réelle. On attend d’ailleurs d’un jour à l’autre le nom du
premier grand groupe Kpop qui sera à l’affiche du Zénith de Paris le 10 juin, une salle de prestige où DIR EN GREY a fait un flop et que L’Arc~en~Ciel n’est pas parvenu à remplir malgré des années de promotion J-Music intensive…

Un seul agent-producteur semble aujourd’hui capable d’offrir de grands shows J-pop aux Européens, et ses deux grands concerts de 2010 (Morning Musume. et VAMPS) sont d’ailleurs les préférés du public : Soundlicious. L’ancien petit label a enclenché le star power depuis son association avec la SEFA, société organisatrice de JAPAN EXPO. L’expertise, les relations et la puissance financière de cette nouvelle alliance permettront certainement la venue de quelques artistes inédits dont rêvent les fans depuis des années. Peut-être que Soundlicious parviendra un jour à faire venir les populaires ONE OK ROCK et YUI, ou mieux, les groupes les plus attendus en France : le trio triomphant des Johnny’s (ARASHI, KAT-TUN et NEWS) avec lequel ne peut rivaliser que the GazettE, porte-étendard du visual kei. A moins que les Japonais, furieux de se faire voler des parts de marché par leur rival de l’ouest, ne passent enfin eux-mêmes à l’action avec de gros moyens. De tels plans sont effectivement en préparation…

Un dix-neuvième trophée aurait pu être attribué aux fans de VAMPS, à qui on peut décerner la palme de l’irrespect et de l’immaturité pour leurs multiples tentatives de tricherie, dénoncées par l’organisateur. Le groupe et leur manager ne seront certainement pas très fiers d’eux en apprenant ces agissements. Nos ASIAN Music eXtreme Awards avaient en leurs temps subi les tentatives de fraude des fans de YOSHIKI et X JAPAN. On voit donc clairement dans quelle frange du public J-Music se situent les trouble-fêtes sans scrupule…

Rendez-vous dans un an pour un nouvel état des lieux ?

E.O.


>> Voir tous les résultats et statistiques des French J-Music Awards 2010

Visuels © French J-music Awards 2010





Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême