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Akira Yamaoka en conférence publique à JAPAN EXPO le 1er juillet 2011 : compte rendu

Sur PlayStation puis Playstation 2, les premiers Silent Hill ont marqué plusieurs millions de joueurs par la force horrifique de leurs univers graphique et sonore. Compositeur de ces premiers épisodes cultes, Akira Yamaoka s’est forgé une réputation internationale, jusqu’à travailler avec Christophe Gans sur l’adaptation cinématographique. Après avoir quitté Konami où il avait également œuvré sur des jeux Bemani, il vient de terminer le sound design de Shadow of the Damned en collaborant avec Suda51, ce qui l’amène au festival JAPAN EXPO en tant qu’invité d’honneur Jeux Vidéo. Il donnait une conférence publique le vendredi 1er juillet 2011, peu de temps avant son premier showcase qui deviendra l’un des meilleurs cette édition. La disponibilité du compositeur et la pertinence des questions des fans ont rendu l’échange d’une heure particulièrement intéressant et agréable malgré le brouhaha ambiant du hall réservé au Comic Con’.


Akira Yamaoka : "Bonjour", c’est la première fois que je viens à JAPAN EXPO et je suis très, très excité. Quand je vois tout ce monde qui aime le Japon et la culture japonaise, je ressens une énorme fierté en tant que Japonais. Cela me donne envie de me dépasser et je vous en remercie. Hier, j’ai pu partager un moment avec mes fans lors d’une séance de dédicaces. Ils m’ont expliqué pourquoi ils aimaient mes compositions et ce qu’elles leur ont apporté. Ça m’a beaucoup touché et j’ai vraiment apprécié cet échange privilégié. J’ai pu voir les effets concrets de mon travail et, d’une certaine façon, la transmission de mon "héritage". Mes idées ont été comprises par certains, assimilées et réutilisées par d’autres… J’en étais ému, merci.
Cela fait plus de 20 ans que je travaille dans le jeu vidéo. Pendant la dédicace, j’étais surpris par la récurrence de certaines questions : "Comment êtes-vous rentré dans ce milieu ?", "Comment composez-vous ?", "Quelles étaient vos inspirations lorsque vous avez composé telle ou telle musique ?", "Quel était votre but par rapport à l’auditeur ?", etc. Aujourd’hui, je regarde vers le futur et j’aimerais que les passionnés de ce métier puissent trouver le chemin adéquat pour atteindre leur but.
Je suis à Paris depuis mercredi et depuis hier à JAPAN EXPO. Vous rencontrer m’a permis de réfléchir sur moi-même et sur ce que j’ai réalisé jusqu’à présent. C’est comme un flashback. Cette pause va me servir pour aller de l’avant et me remettre à créer car je me tournerai bientôt vers l’avenir. Cet événement m’apporte beaucoup dans cette optique.
Je joue un concert ce soir à JAPAN EXPO et comme je n’aurai pas vraiment l’occasion de vous parler, à part avec mon instrument, je vous propose de m’interroger durant l’intégralité de cette conférence. Profitez-en pour me poser toutes vos questions.



Public : J’ai été très marqué par Silent Hill 2 qui m’a horrifié. Vous, qu’est-ce qui vous fait peur ?
Akira Yamaoka : C’est une question qu’on me pose assez souvent et je réponds la gent féminine [rires]. Plus généralement, je ne parviens pas toujours à savoir ce que pensent les gens et j’ai peur de ceux que je n’arrive pas à comprendre. Je n’aime pas les méprises, ne pas comprendre ce que veut mon interlocuteur.

Public : Parmi les musiques que vous avez composées pour Silent Hill, quelle est votre préférée ?
Akira Yamaoka :
C’est une question très difficile. J’ai l’impression que beaucoup de monde préfère mon travail sur Silent Hill 2 et le thème de Laura est particulièrement plébiscité. J’ai donc des sentiments particuliers rattachés à cette musique, ce qui fait que je lui accorde une petite préférence.

Public : Le développement du prochain jeu Silent Hill a été confié aux Tchèques de Vatra Games. Que pensez-vous des nouveaux designs graphiques et sonores ? Pensez-vous qu’ils seront fidèles à la série ou êtes-vous plutôt déçu ?
Akira Yamaoka :
C’est une question pour le moins tendancieuse [rires]. Ça fait 13 ou 14 ans que j’accompagne ce titre, et ce changement géographique me rend étranger à son devenir, comme s’il s’agissait d’un tout nouveau jeu. Je le prends comme ça. Si on m’avait confié la responsabilité du sound design, je peux vous garantir que je serai parvenu à émouvoir et à effrayer beaucoup de joueurs.

Public : Pourriez-vous revenir sur la série Silent Hill en sachant que vous êtes, avec le créateur de la série, ceux qui lui ont donné son identité et qui l’ont amenée au succès.
Akira Yamaoka :
Je suis d’accord et je comprends votre remarque. J’aimerais bien faire comme certains groupes musicaux qui se séparent, dont les membres empruntent différents chemins, et qui retrouvent un jour l’envie de se reformer. On a une envie latente, mais jusqu’à présent le problème actuel reste que nous n’avons pas les mêmes aspirations au même moment.

Public : A quel point étiez-vous impliqué dans le premier film Silent Hill ? Participez-vous au second qui est en préparation ?
Akira Yamaoka :
J’avais rencontré le réalisateur français Christophe Gans un bon moment avant le tournage. C’est un grand amoureux des jeux vidéo, très respectueux des œuvres et il en a été de même pour Silent Hill. La conception du premier film fut très longue et cela m’a laissé le temps de m’entretenir confortablement avec Monsieur Gans. On savait tous les deux ce que l’on voulait et on se complétait : monsieur Gans était un vrai réalisateur de cinéma et un pur amateur en conception de jeu vidéo, tandis que je venais du jeu et j’étais totalement novice par rapport au monde du film. Nous nous sommes très bien entendus et nous avons bien travaillé. En ce qui concerne le deuxième film Silent Hill, j’aimerais y participer si l’occasion se présente. Si on vient me solliciter pour ce projet, même s’il n’est pas supervisé par monsieur Gans, j’y mettrai tout mon cœur.



Public : J’ai récemment joué à Shadow of the Damned et j’ai remarqué qu’un sound designer était crédité au générique, alors que vous occupez une autre fonction. Quel était précisément votre rôle dans la création musicale et sonore de Shadow of the Damned ?
Akira Yamaoka :
J’étais sound director. Quand je suis responsable de la musique sur un projet, je vais m’occuper de tous les aspects sonores sauf les voix. Je vais gérer toutes les interactions entre les intervenants qui, la plupart du temps, débutent le travail et seront crédités, naturellement. Dans ce cas précis, j’ai supervisé le tout. Comme je travaille depuis 20 ans, j’ai acquis une touche qui m’est propre et il est difficile de la transmettre. Par conséquent, je suis le seul à superviser le son et à créer la musique. La personne dont vous parlez s’est occupée de la petite partie des bruitages.

Public : Parlez-nous de votre collaboration avec Suda Goichi (Suda51). Est-ce que vous vous êtes découverts des goûts communs en travaillant sur Shadow of the Damned ? Peut-être des goûts musicaux par exemple puisque vous avez l’air un peu punk tous les deux.
Akira Yamaoka :
J’ai une conférence avec lui demain, alors il est préférable de garder cette question pour cette occasion. Ce serait plus pertinent et amusant, mais j’ai déjà une petite idée.

Public : Vous avez travaillé sur des projets très différents : DDR, Silent Hill… Est-ce que cela implique des façons différentes de travailler ? Si oui, quelles sont ces différences ?
Akira Yamaoka :
Je pense que je vis grâce au jeu vidéo. Il est vrai que ces derniers ont parfois des styles très différents, mais je ne me considère pas vraiment comme quelqu’un qui va simplement faire de la musique pour accompagner un jeu vidéo. Je me vois davantage comme un créateur musical qui va donner du plaisir dans le jeu vidéo, apporter plus de sensation, un supplément indéniable qui transcendera l’expérience. C’est ma responsabilité. Je suis plutôt un pourvoyeur de plaisir à travers la musique, pour le jeu vidéo. La façon de travailler peut être différente mais le but reste le même : créer du plaisir.

Public : Quelles sont vos inspirations ?
Akira Yamaoka :
J’essaie d’avoir le moins d’inspirations possibles, de ne pas être troublé par des éléments extérieurs afin de faire ressortir le plus de choses possibles de mon intérieur. Je dois m’imprégner de la matière fournie et la retranscrire à ma manière. Pour y parvenir, il faut bloquer au maximum les influences extérieures qui pourraient dénaturer mon travail.



Public : Pourquoi avez-vous quitté Konami vers 2009 ? Pourriez-vous tout de même retravailler sur la série Beatmania ?
Akira Yamaoka, qui esquive la première question :
J’aimerais vraiment. J’ai eu la possibilité de travailler sur des jeux musicaux assez populaires à travers le monde alors que ce n’est pas forcément le cas au Japon. Ce sont des événements comme JAPAN EXPO qui me donnent cette impression et qui témoignent de l’engouement du public pour ces jeux. J’en prends conscience. Si j’ai l’occasion, j’accepterai de m’y remettre !

Public : En parallèle aux jeux vidéo, avez-vous des projets plus personnels comme un nouvel album solo ? Vous en aviez déjà sorti un, iFuturlist en 2006.
Akira Yamaoka :
Je suis très content que vous me posiez cette question. Elle revient souvent. En effet, je vais encore travailler sur un jeu vidéo, mais il y a aussi un projet collaboratif international avec d’autres personnes non-issues du jeu vidéo. Mon concert de ce soir est un bon exemple de projet de ce genre car il fait intervenir un groupe d’Américains et de Français spécialement créé pour l’occasion. Ils ne sortent pas du monde du jeu vidéo mais je prends plaisir à jouer avec eux.

Public : Parlez-nous de votre collaboration avec Mary Elisabeth McGlynn et de cette tradition de faire des titres chantées avec elle. Comment est née cette association ?
Akira Yamaoka :
A l’origine, je cherchais une voix anglaise et j’ai fait de nombreux tests. Rien ne me plaisait et ne correspondait à mes attentes. Un jour, je suis tombé par hasard sur un CD de Mary Elisabeth McGlynn. Je suis allé à un concert et c’était ça que je voulais ! Elle me paraissait très naturelle, c’est ainsi que s’est faite la rencontre.

Public : En dehors du jeu vidéo, vous avez également composé une musique de générique pour la chaîne Nolife. Qu’est-ce qui vous a amené à travailler avec leur équipe et comment s’est passée la création ?
Akira Yamaoka :
On voit bien que nous sommes en France avec cette excellente question. Vous connaissez certainement tous Suzuka de Nolife qui est l’idole de tous les Français. Je l’ai rencontrée il y a une dizaine d’années lors d’une interview à propos de Silent Hill. Plus tard, j’étais de retour à Paris pour le travail et je l’ai revue, puis j’ai sympathisé avec le staff de Nolife lors d’un autre retour… Ils se sont toujours bien occupés de moi et je me suis dit "il faut que je leur fasse un truc". Ce fut l’occasion.

Public : Une question vient rapidement à l’esprit tel qu’on vous voit, surtout aujourd’hui : quel rapport entretenez-vous avec l’univers de la mode ?
Akira Yamaoka :
En ce qui concerne la mode et en particulier mes goûts vestimentaires, je pense que tout a un lien avec les jeux vidéo, les deux sont indissociables. C’est un ensemble. Aujourd’hui, à la conférence et au concert, je porte les vêtements du héros de Shadow of the Damned. C’est moi qui les ai conçus.
Akira Yamaoka se lève et l’interprète détaille le costume : la veste à tête de mort, la ceinture "Kill Me", la chaîne, la bague… et les chaussures qui ont été spécialement créées pour l’occasion.






Akira Yamaoka : Je vous remercie très sincèrement d’être venus aussi nombreux à cette conférence. Aujourd’hui, j’ai un interprète qui me permet de discuter avec vous ; mais à mon prochain retour, je ferai de mon mieux pour ne pas avoir besoin de lui et discuter directement avec vous, en français, car je suis un amoureux de la France. Je suis passionné par votre pays, j’adore Paris, j’y suis venu de nombreuses fois et j’espère vraiment pouvoir profiter au maximum de votre culture, de cette culture de la musique. Je ne peux pas m’adresser directement à vous par la parole mais je le pourrai, ce soir au showcase, par la musique. Venez donc "discuter" avec moi ce soir à la salle de concerts. "Merci beaucoup".



Photos et adaptation par Eric Oudelet et Pierre-Yves Tonin d’après la traduction d’Emmanuel Bochew.
Remerciements : JAPAN EXPO et Akira Yamaoka qui a permis la prise d’images
Reproduction/réutilisation des photos et/ou du compte-rendu strictement interdite.

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