Orient-Extrême, le magazine des cultures asiatiques
Actu ZIQ
Critiques
Personnalités/Evénements

 
Facebook MySpace YouTube Orient-Extrême YouTube Orient-Extrême
Nosphere Capsule Tokyo MANGA PARTY FESTIVAL TAIYOU mikan music network HIGASHI MUSICa Fly in ParisSOUNDLICIOUS YESSTYLE agence ACPP Cap CoréeHAN’Seu Festival Jpopdb YESASIA
Nos partenaires

X JAPAN en concert au ZENITH de Paris le 1er juillet 2011 : reportage et vidéo

Le 1er juillet 2011 se tenait un événement exceptionnel au ZENITH de Paris, grande salle de concert perchée au milieu d’un secteur où l’on n’a généralement aucune raison de traîner - nos excuses à l’allée du Belvédère et ses trois hêtres se battant en duel. Cet événement, c’était la première prestation française du cultissime groupe de glam metal X JAPAN, fondé en 82 dans la frénésie du rock alternatif, séparé en 97 pour raisons existentielles, déclaré mort avant l’arrivée à l’hôpital à la fin de la même année pour cause médicale, reformé dix ans plus tard parce qu’il s’ennuyait. Passées les 72 annulations de concert parisien sur une période de 36 mois, la 73ème devait être la bonne (chiffres approximatifs), c’était écrit dans les astres. Et ça l’était bien, nous y étions, dans l’expectative d’un show à la hauteur de ces légendes vivantes, et des espoirs que les hallucinantes images des concerts de 2008 nourrissaient en nous. Il fallait bien ça : la campagne autour de cet événement était quasi-nulle cette année.

Au fond du bucolique Parc de la Villette, loin du tumulte de JAPAN EXPO où le groupe s’est livré à une ubuesque conférence promotionnelle la veille, la queue était longue, mais il fallait bien ça, car la taille fait toute la différence ; YOSHIKI, leader, batteur, pianiste et compositeur du groupe, le savait, ça, avec son Tokyo Dome et ses perruques de trente kilos. C’était la première tournée européenne de X JAPAN, la première date française, promise depuis trois ans, à faire passer le panda impérial du zoo d’Ueno pour une attraction de Foire du Trône. Il fallait en être ! Le ZENITH ouvrait ses portes, et X devait y offrir un show comme la plupart d’entre nous n’en avions vu qu’en VHS ou DVD commandé sur le World Wide Web. Amen.

La salle se laissa docilement investir par un flot ininterrompu de spectateurs, produisant la première bonne impression d’une soirée qui pouvait déjà être perçue comme un succès, la plus grande affluence J-Music de l’année, presque à la hauteur de L’Arc~en~Ciel en 2008, et quasiment sans publicité ! Bien sûr, le groupe ambitionnait Bercy il n’y a pas si longtemps, et jouer ce soir dans une arène deux à trois fois plus petite sans la remplir, alors que des girlsbands et boysbands sud-coréens l’avaient remplie deux fois en un mouvement du bassin bien minuté… c’était mieux avant, pour sûr, mais c’était l’amour qui nous intéressait, juste l’amour. En spectateur, on se demandait déjà pourquoi nous avions choisi la fosse plutôt que les confortables sièges rouges à vue panoramique ; nous ne réaliserions la bonne idée que ce fût qu’en fin de concert, une fois épuisée la moindre chance d’entendre les meilleures ballades du groupe. Oui, ce concert du 1er juillet allait être bruyant, rutilant, à 100%, même pour ceux qui ne voulaient pas, hop, comme sur Omaha Beach en juin 44.



Ce concert de rock japonais changeant des habituels shows de groupes goths ou visu, davantage confidentiels, nous ne pouvions que déplorer l’absence de cohérence vestimentaire au sein du public, incapable de se concerter d’avance. Exit donc le consensus par la sape sobre, place à un auditoire schizo : d’un côté, vous aviez une bonne grosse plâtrée d’amateurs réjouis, lookés Intervilles (ok, on écrira "samedi soir à la télé" pour ceux qui ont moins de 25 ans), jean-t-shirt-baskets et air hawaïen du geek fidèle à ses premières amours. De l’autre, le camp des fans hardcore, sanglés, cloutés, métaleux parfois jusqu’à la barbe généreuse, comme si le cast de Sons of Anarchy s’était rameuté pour gueuler « We Are X ! ». Puis au milieu, une minorité (très) visible de groupies psychopathes dont les cris hystériques, les gesticulations démoniaques et les yeux fous, couplés aux jeux de lumière du show, allaient inspirer à votre serviteur des figures cauchemardesques bonnes à remplir ses prochaines nuits. La figure de la harpie peut être ici exploitée, ces gens-là étant souvent des filles de sexe féminin. Heureusement qu’au milieu d’elles se trouvait un jouvenceau tout de cuir vêtu, quota bienvenu de délicatesse dans ces bandes sauvages, et ça tombait bien, il pesait moins que ses copines ; il avait des airs de petit transsexuel philippin, mais n’était peut-être qu’un garçon trop émotif. Il y avait de quoi : il allait voir son groupe préféré dans la ville des lumières. Enfin, bien, bien au nord-est, et sans les lumières, mais techniquement, il y était.

Bas les spots, balance la sauce, 10.000 yeux se braquèrent vers la scène dans un seul et même mouvement symbiotique, du moins c’est comme ça qu’on l’imagine, et bang, premier coup de bambou : quand la lumière se ralluma, elle était froide et cinglante, et Dieu vit qu’elle était bonne, et des chants grégoriens en playback envahirent la salle, jouèrent au ping-pong contre ses parois, et rebondirent de toutes parts dans les oreilles pétrifiées des 5.000 âmes présentes… Traduction : dans sa coutumière poussée d’égocentrisme, et un délire sanctificateur décuplé par le souvenir de son guitariste mort, YOSHIKI nous (re)faisait le coup de Moïse traversant la Mer Rouge. Ce n’est pas comme si X JAPAN était novice dans ce genre de grandiloquence, mais c’était toujours aussi gros. Détail ? Le Diable est dans les détails. C’était un signe.



Nous ne décortiquerons pas scientifiquement la prestation de deux heures (et vingt minutes de pause gratis) offerte lors de cette funeste soirée du 1er juillet 2011. Pas besoin. Si jamais l’un d’entre vous doute du patriotisme de l’auteur de ces lignes, ce dernier vous invite à lire le Manuscrit de la Mer Morte qu’il a consacré au triple-concert tokyoïte du printemps 2008, pour le meilleur et pour le pire. Il y a couché tout ce qu’il avait à dire sur X JAPAN à l’époque ; et comme ce concert parisien n’apporta quasiment rien de neuf, nous en sommes de fait au même point, c’est le cycle infernal, le serpent qui se suce la queue. En parlant de ça (une nouvelle fois, décidément, Freud se régalerait), vous n’aurez donc droit à aucun commentaire sur l’imagerie homo déployée habituellement par l’éphèbe tête pensante de X au côté de son vocaliste au poitrail romantique, TOSHI ; ils étaient de toute façon très tempérés, ce soir-là, devaient avoir pris du bromure ou une autre saloperie du même genre. YOSHIKI se contenta juste d’imiter le hamster, répétant à qui voulait l’entendre qu’il vous aime, à prononcer en ayant bien en tête que vous désirez à tout prix vous faire adopter par une famille américaine.
Mais nous nous égarons. Le signe venait de passer, subrepticement, dans les airs, et YOSHIKI apparut au sommet du Mont Sinaï, dans sa sortie de bain Dolce&Gabbana. Il était en forme, reconnaissons-le. La performance à laquelle il se livra ce soir-là ne laissa aucun doute quant à son talent et ses compétences, de la même manière qu’elle ne gomma aucune de ses excentricités et jérémiades habituelles (nous vient en premier sa manie de rouler sur ou sous le piano comme un footballeur prenant l’arbitre pour un con). Et les hommes du président firent à leur tour leur entrée en scène, HEATH, PATA, le désormais "vieux nouveau" SUGIZO ("prêté" par LUNA SEA depuis plus de trois ans déjà !), et bien sûr, TOSHI. Eux aussi nous montrèrent très tôt de quoi ils étaient capables. Depuis la résurrection de 2008, la mécanique s’était dérouillée, le chanteur avait reconquis son timbre de voix unique et son onde cuivrée, celui qui fait oublier dans la seconde un accent anglais qu’il n’aura jamais vraiment maîtrisé. Le guitariste PATA et le bassiste HEATH avaient même retrouvé leur tempo, tout était là, sauf les spots en option, sûrement trop chers à la location puisque les grâteux noyés dans l’inexistant décor en furent privés toute la soirée.

Nous ne nous escrimerons pas non plus à narrer en détails l’improbable champ de bataille que constituèrent le son et ses niveaux, tellement mal branlés que leur rendu varia d’un point à un autre du ZENITH, avec des basses si ronflantes et saturées qu’on croyait entendre le Titanic prévenir de son accostage au canal Saint-Martin. Il conviendrait par conséquent de requérir la sentence maximale autorisée à la cour du Tribunal Pénal International pour l’ingénieur son et son équipe, soit la peine capitale par Jonas Brothers… à moins que ce ne fût la faute des divas, débarquées avec quelques heures de décalage, comme l’heure et demi de retard infligée au public le laissa penser. Quant à l’éclairage de la scène, hormis un projo "poursuite" braqué sur le Shah d’Iran, et un sur TOSHI, c’était à peu près tout. Les plus tolérants pourront toujours invoquer un parti-pris artistique faisant des autres membres du groupe des soldats de l’ombre, etc., sauf que non. Pour redorer cette mise en scène aussi flamboyante que celle de DIR EN GREY (sic), pas même un écran géant. Enfin, nous ne nous étalerons pas davantage sur la relative mollesse du public… authentiquement ému par l’événement, cela ne fait aucun doute, mais la fatigue tirée de longues années d’attentes déçues, sans négliger les énièmes retards de la conférence la veille et du concert le soir même, n’avait pas besoin de se faire prier. Encore que sur ce dernier point, YOSHIKI & Cie auraient pu y changer quelque chose, à n’importe quel moment.



Le problème, et c’est le seul point sur lequel nous nous arrêterons vraiment, c'est la paresse congénitale qui caractérisa ce concert du 1er juillet 2011. Le triplé de 2008, bien qu’imparfait techniquement, était porté jusqu’aux cimes du rock'n’roll par l’énergie assoiffée d’artistes se découvrant toujours capables, par cette transe partagée de tous les côtés, et par la bruyante jouissance de cette immense foule. Elle avait, cette fois-ci, su attendre toutes ces années. À Tôkyô, devant 50.000 croyants, X JAPAN n’était pas seulement vivant, lâché dans un gigantesque dôme avec ses rampes et autres manèges : il avait la gnak (désolé), transcendé dans son revival par de spectaculaires guitar-hero américains.

En 2011 à Paris, ces jokers de luxe brillaient par leur absence, et la promotion des concerts annulés avait déjà dû consumer une bonne part du budget. YOSHIKI donna l’impression d’être à une répète entre potes après une soirée arrosée, à tripoter les ustensiles de cuisine, avec en bruit de fond quelques 5.000 braves bêtes à qui ils feront deux-trois signes de la main par charité bouddhique. Les maths sont simples. Contentez-vous d’une petite dizaine de morceaux, dont un Silent Jealousy amoché à l’acoustique et un Kurenai sous respiration artificielle. Limitez les nouveautés à deux morceaux, dont un Born to be free accablant de banalité, que vous étirerez sur dix bonnes minutes, "histoire de". Négligez les ballades, soit ce qui faisait une bonne partie de la force du monumental Last Live de 97, en sucrant des titres phares comme Tears, Say Anything, ou la plus belle nouveauté du triplé 2008, Without you. Concentrez-vous plutôt sur le bourrinage, histoire de bien profiter du son dégueulasse pour faire perdre 14 points d’écoute à votre public de martyrs. Livrez une exécution d’I.V. à mille lieues de celle du Tokyo Dome, sans aucune participation du public. Traînez une demi-heure avec le gimmickesque X, qu’aucun fan ne peut critiquer sous peine de fatwa, mais qui n’en demeure pas moins répétitif et doctrinaire. Profitez de l’Encore pour massacrer le monumental Art of Life, soit un véritable acte de barbarie, et achevez les victimes d’un coup de Forever Love en playback (oui, en playback !!). Secouez bien. Si vous en étiez, comparez aux performances d’un certain SMTOWN (au hasard), ou, plus "sobrement", d’un L’Arc~en~Ciel



Bon. Au rayon avaries, vous avez une petite idée de la catastrophe. Qu’en est-il des compartiments encore étanches ? Il y eut bien l’inévitable Rusty Nail, à l’épreuve des pires conditions de vol, et le délicieux cauchemar Drain, lui non plus pas trop amoché, deux vieilles branches qui firent de leur mieux pour maintenir la barque à flots et laissèrent espérer le meilleur dans le premier tiers du spectacle. Il y eut bien l’autre tête de l’hydre Nouveauté, Jade, long et ample morceau de 6 minutes, à mi-chemin entre le métal sauvageon des eighties et le romantisme panoramique des nineties. La mauvaise qualité du son ne nous empêcha pas d’apprécier les nuances de cette micro-œuvre-somme (on a même le droit à un "art of life" niché dans les paroles…), dont les textes relèvent de l’enfumage romantique habituel, mais dont la mélodie d’une beauté saisissante ressuscite le YOSHIKI-sme des grandes heures. Cette vraie réussite, et la qualité d’I.V., donnent une idée de la gueule qu’aurait un sixième album - fin 2011, a précisé le leader-batteur à la conférence donnée la veille. Juré ?

Il y eut bien le show son et lumières du gourou, à la batterie puis au piano, routinier mais toujours aussi efficace - ne pas oublier qu’ils ont la cinquantaine, toutefois trahie par le statisme des trois membres historiques de gauche. Puis enfin, sur la droite, il y eut bien SUGIZO, turbulent jeune corbeau de la bande, d’une forme égale à celle de son premier concert. Dans la pénombre, le guitariste tira son épingle du jeu en virevoltant et posant ça et là comme une rockstar digne de ce nom, assurant le spectacle à lui tout seul pour les chanceux des premiers rangs. Le groupe eut l’excellente idée de lui accorder son moment de gloire, en plein milieu du concert, qu’il sut exploiter dans un remarquable solo de violon, ajoutant sa caisse de résonance à l’éclectique édifice X JAPAN. Ce solo était la moindre des choses, le concert n’ayant pas brillé par ses performances chorales.

C’est pour ces quelques moments remarquables que nous ne regrettons pas d’avoir vécu en temps réel la déception du tout. Pour ces moments, et non pour les lancés de bouteilles d’eau minérale (mention à la pogne de SUGIZO, ceci dit). La bouteille d’eau dans la gueule, c’est le petit plus. Pour en profiter, il faut qu’à côté, ça assure. Et là, ça n’a pas vraiment, pas assez. Comment ça, vous avez compris le message depuis trois paragraphes ?



Si vous avez lu cette plainte jusqu’ici, cela veut dire que vous avez, ou aviez besoin de vous sentir moins seul dans l’accablement. C’est humain. Tout comme l’erreur est humaine, donc pardonnable. Après tant de promesses, de teasing, d’apparitions promotionnelles et de mésaventures rocambolesques, X JAPAN devait produire un concert d’exception, à la hauteur de son histoire, de sa renommée ; un show de prestige au moins comparable à celui de L’Arc~en~Ciel. C’était LE point culminant de la tournée européenne et, juste après la démonstration coréenne du SMTOWN, c’était presque une question d’honneur pour l’industrie musicale japonaise. Las, nous en étions loin. Allez, ne vendons pas la peau du panda chancelant avant qu’il n’ait poussé son dernier râle : la déconvenue du 1er juillet 2011 sera pardonnée lorsque X JAPAN aura chiadé son deuxième concert parisien. Parce que c’est ça, être fan, va-t-on dire. Et parce qu’il y arrivera, espère-t-on. Bien sûr, la question est de savoir si le public pardonnera. La réponse fût déjà négative dans le cas de l’ami Gackt, qui, après avoir donné un concert véritablement désastreux en 2010, fût blacklisté par les plus fidèles et les amateurs éclairés. Rayeront-ils également X de la liste d’artistes présumés inaccessibles à voir une fois - pour la culture… - dans leur vie ? Avec la performance du 1er juillet – connu sous le nom de Black Friday -, YOSHIKI et ses camarades ont dansé avec la mort. À présent, s’ils veulent à nouveau épater la galerie, il leur faudra revenir intacts ou presque, un peu cramés sur les bords, comme tout baroudeur qui chaque jour rappelle pourquoi personne ne touche à son steak. C’est ça, le rock n’roll, YOSHIKI ! YOSHIKIIIIII !!!!!!!!!!!

Alexandre Martinazzo









Setlist :
Intro (S.E)
01 - Jade
02 - Rusty Nail (Japanese ver.)
03 - Silent Jealousy
04 - DRAIN
SUGIZO solo de violon
05 - Kurenai (English & Japanese ver.)
06 - Born To Be Free
YOSHIKI solo de batterie et de piano
07 - I.V.
08 - X
-Rappels-
09 - ENDLESS RAIN
SUGIZO Violin
10 - Art Of Life (2nd movement)
Forever Love (S.E)


Photos : Eric Oudelet et Angela Azzarone
Vidéo : Eric Oudelet
Remerciements : Nous Productions
Reproduction/réutilisation totale ou partielle des photos et/ou du live report strictement interdite.



Orient-Extrême TV : les vidéos produites par Orient-Extrême