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Festival Korean Connection 2011 : reportage et vidéo, le 8 mai à Paris, Espace Champerret

Un mois avant le double concert SMTOWN au ZENITH, la vague sud-coréenne éclaboussait déjà Paris le 8 mai 2011. Korean Connection, premier festival indépendant entièrement consacré à la Corée et à sa culture, accueillait ses premiers visiteurs à l’Espace Champerret. Organisé par la jeune association éponyme, Korean Connection rappelle indubitablement les balbutiements de JAPAN EXPO. Au début du millénaire, ce salon qui frôlerait les 200.000 entrées en 2011 grandissait avec insouciance et bonne humeur, avec le même statut associatif et dans le même Espace Champerret. En tassant 4 à 5.000 festivaliers dans un hall de 3.000 places, la première édition de Korean Connection, qui a failli se tenir à guichet fermé, préfigure un développement exponentiel dans les toutes prochaines années, en parallèle à l’explosion mondiale de la Kpop et des produits technologiques coréens.

Une communauté hyperactive pour un nouvel univers idyllique

En reconnaissance sur les lieux, la direction de JAPAN EXPO et son webmagazine Manga World n’ont rien loupé du succès de Korean Connection, rythmé par la Kpop omniprésente. L’un des dirigeants de J.E. nous confiait sentir la larmichette poindre au coin de l’œil ; un sentiment que l’on pouvait aisément comprendre, même sans avoir participé de l’intérieur à la croissance du salon japonais. On retrouvait à Korean Connection toute l’effervescence, la joie et l’excitation des premières JAPAN EXPO, jusqu’à son triomphe au CNIT. Bien que le contenu et la superficie du salon coréen soient inférieurs à ceux du MANGA PARTY FESTIVAL, événement conspué en avril, le taux de satisfaction atteignait des sommets, révélé par les sourires, les cris et les rires des jeunes visiteurs, des adolescents ou plutôt des adolescentes en écrasante majorité. Une seule explication à ce phénomène : un état d’esprit et une dynamique radicalement différents à tous niveaux. Cette communauté passionnée est animée de valeurs ultra-positives et ne se contente pas de vivre le développement international de ses idoles, elle y participe très activement avec la promesse de grands concerts en Europe dans un avenir proche. En effet, si le manga, l’animation et les jeux vidéo constituent les fers de lance de la culture japonaise, la Corée est actuellement propulsée par la musique pop et les séries télévisées.



Face à l’affluence et à la chaleur suffocante, les organisateurs ont dû s’approprier la place extérieure de l’Espace Champerret, transformée en cours de récréation. Difficile de circuler à l’intérieur, on étouffait dans les allées bondées et non climatisées. Dès l’ouverture, les boutiques spécialisées "musique" furent assaillies par des hordes de clientes enfiévrées de "consumérite" aigue. Presque impossible d’accéder aux dizaines de CD/DVD (100% originaux et abordables financièrement) ainsi qu’aux tonnes de goodies Kpop incluant une cargaison de lightsticks et divers fan-packs de survie spécialement commandés pour l’imminent SMTOWN. Un mur humain de deux mètres d’épaisseur encerclait les vendeurs, évidemment ravis malgré la raréfaction de l’air ; des vendeurs à tendance SM selon toute vraisemblance…




Juste en face, entre l’espace maquillage, le stand drama, les costumes traditionnels et les DDR (mais où sont les jeux coréens !? Où est PUMP IT UP ?), des démonstrations d’arts martiaux alternaient sur le tatami avec des quizz et des cours de danse dédiés aux tubes du moment, comme MR.TAXI de GIRLS’ GENERATION, enseignés par des associations. Plus tôt, en fin de matinée, le groupe de percussionnistes traditionnels Olsou déambulait entre les stands pour faire découvrir le poungmoul et le samulnori, comme un spectacle de rue qui apporte un vent de fraîcheur, une part d’improvisation et d’authenticité dans les allées. Hormis la programmation de la scène principale sur laquelle nous allons revenir, ce sera à peu près tout pour le contenu musical. Aucune projection de clips ou de concerts et pas le moindre espace d’écoute ne permettra la découverte de nouveaux artistes ou l’ouverture à des genres moins exposés. C’est hélas là où on s’attendait aux crises d’hystérie et aux pires embouteillages que Korean Connection a étonnamment failli. Les fans vont cependant se réapproprier l’univers Kpop sur la scène du festival, et devenir les stars de la journée.




Korean Connection, un festival 2.0

Comme le web dit 2.0, surexploité par le jeune public, Korean Connection fait activement participer sa communauté pour créer le contenu du festival. Les ados ont ainsi investi la scène, plus proche d’un podium de kermesse que du Live House de JAPAN EXPO. Les démonstrations et concours de chant et de danse se sont succédés, non sans une part d’improvisation vis-à-vis du programme, dans une ambiance de folie où la moindre note d’un tube de BIGBANG ou 2NE1 créaient l’hystérie. Invraisemblable. Les stars de la Kpop n’étaient évidemment pas de la partie, mais dans la petite salle surchauffée et remplie à craquer, une vraie fournaise, le public s’enflammait sur des reprises. De simples reprises de chorégraphies certes (mieux vaut zapper rapidement le chant…), mais pas par-dessus la jambe ! Entre les longs mixes préparés par les associations officiellement invitées (SMAK, Afrikazian, Kamap Puissang… de jeunes adultes qui s’illustrent dans les concours en ligne ou donnent des cours de danse) et les prestations des anonymes à peine sortis du collège ou du lycée, on était souvent surpris par leur synchronisme, leurs acrobaties, la justesse des mouvements, des poses et des attitudes, ou simplement leur extrême générosité. A chaque signature-move ses cris et sursauts dans le public. Il reprenait les refrains en chœur, agitant éventuellement un lightstick ou une pancarte, histoire de mieux montrer son dévouement à l’artiste imité. On pense alors aux conventions consacrées à la culture japonaise où les vrais groupes et chanteurs spécialement invités ne reçoivent souvent pas la moitié de cet enthousiasme en retour… Un décalage saisissant.




Le comble de cet incroyable engouement, même pas refroidi par les multiples petits retards et déprogrammations, allait survenir en fin d’après-midi pendant le discours de Mo Chul-Min, vice-ministre de la culture de Corée du Sud. Les centaines de spectatrices, encore excitées par les shows précédents, ont acclamé le politique comme une star. Choe Junho, directeur du Centre Culturel Coréen, fut ensuite accueilli comme le messie en confirmant le second concert SMTOWN, récemment réclamé par des flashmobs un peu partout en Europe ; avant que Maxime Paquet, président ému de Korean Konnection, ait droit à son tour à une ovation.

Le showcase hip-hop/R&B de Baby Jin et Mellow:D

Pour le final de sa première édition, le festival s’est associé à KBM Entertainment et a invité deux artistes hip-hop/R&B de la petite agence sud-coréenne Star Village : le producteur-rappeur Baby Jin et sa chanteuse Mellow:D (qui a bien fait de torpiller son ancien nom de scène, Amy Boat). Non référencé dans les charts et absent des plateaux TV, Baby Jin, de son vrai nom Yun Jin Hyuk, n’était pourtant plus un parfait inconnu pour les quelques visiteurs qui l’avait croisé à JAPAN EXPO 2010. Il y avait donné (peut-être sur un malentendu quant à sa nationalité ?) un petit showcase prometteur sur la scène principale, malheureusement bridé par la froide ambiance du grand hall qui contraint les spectateurs à rester assis loin de la scène.



Dans la petite salle de spectacles bondée de Korean Connection, propice à la promiscuité, le gros bébé coréen a connu son petit quart d’heure de gloire. Baby Jin - ou son staff - eurent l’idée lumineuse de troquer son costume dandy-clownesque de JAPAN EXPO pour un ensemble streetwear "Yo! 21 JUMPSTREET des années 90" avec, détail qui tue car top-tendance à Séoul, de fausses lunettes. Sa dégaine de grand frimeur paradoxalement timide et crispé émoustillait les jeunes filles, mais on appréciait aussi et surtout son flow efficace dans les parties rapées. Mellow:D, mini Dame Ginette sponsorisée par Adidas, s’en tirait plus difficilement. Elle devenait déjà presque aphone en interprétant son deuxième titre… Après l’intro qui avait dû être bricolée dans l’avion entre deux siestes, le début du showcase fut donc un chemin de croix. Heureusement, on savait depuis JAPAN EXPO que Baby Jin disposait de deux ou trois bons titres en réserve et il n’a pas tardé à enchaîner Party Time (rap) et Magic Girl (rap/R&B). Avec le renfort des associations improvisées back-dancers, et les couleurs des spots de plus en plus vives grâce au couché du soleil, c’est un tout autre show qui démarrait. Matt Pokora n’aurait pas mieux fait. Comme en boite de nuit, les corps pouvaient enfin se laisser aller… mais les bonnes vibrations furent de courte durée. Le pataud Ya my star, très light en BPM, mettait déjà un point final à la fête, à peine lancée sur de bons rails. Vingt minutes en tout et pour tout, c'était trop court ! Pour ce retour du producteur coréen, on espérait vibrer sur quelques inédits. En considérant aussi la performance de sa chanteuse, on ne peut dissimuler une certaine déception ; bien que l’excellente ambiance et la clémence du jeune public poussent à l’optimisme quant aux futurs concerts que l’on imagine plus ambitieux lors des prochaines Korean Connection. Rappelons aussi qu’il s’agissait d’une première et d’un festival amateur ; d’autres n’ont pas eu la chance de réceptionner des invités en live pour leur baptême.



Le fantastique état d’esprit qui animait cette Korean Connection fut une vraie cure de jouvence. Durant cette journée, nous avons retrouvé la ferveur, la passion et le dynamisme des premiers événements dédiés à la pop-culture japonaise, quand ils n’étaient pas encore exagérément modelés et formatés par les business-plan des industriels du divertissement, et quand le public pouvait encore partager et offrir librement du contenu. Il manquait beaucoup de choses : un espace projection/écoute musical, du manwha pourtant promu avec de gros moyens à JAPAN EXPO, de vrais jeux vidéo coréens, de véritables créations coréennes au défilé de mode, etc. Les professionnels, les éditeurs et les entreprises comme Samsung (partenaire officiel) ont certainement hésité à participer à cette première aventure, et se sont contentés d’observer. Même les sympathiques Baby Jin et Mellow:D ont en partie déçu dans leur trop rapide contribution à la fête. Pourtant, Korean Connection fut un vrai rayon de soleil. On retient son ambiance, les sourires omniprésents, les excellentes performances des associations et des jeunes visiteurs durant les concours de danse… et le jackpot à la billetterie, indispensable pour pérenniser et développer le projet. Une nouvelle édition a d’ailleurs été confirmée cet été. Korean Connection 2012 passe à une formule 2 jours (les 21 et 22 avril) et promet d’enrichir son contenu. Le succès de 2011 devrait motiver de nombreux participants… et pourquoi pas attiser l’envie ou la convoitise des stratèges de JAPAN EXPO ! Le poulpe géant qui absorbe ses concurrents les uns après les autres et qui étend désormais ses tentacules jusqu’en Belgique pourrait lorgner sur ce nouveau marché, ou éventuellement courtiser Korean Connection. Il pourrait aussi lancer à son tour un grand festival dédié à la pop-culture coréenne. Cependant, la situation deviendrait tendue pour J.E. : fricoter avec la Corée quand on fait la promotion du Japon depuis plus de dix ans reviendrait à pactiser avec le diable, surtout par les temps qui courent. Bref, tout est possible et le drama ne fait que commencer. La suite au prochain épisode ! Forte de cette nouvelle expérience aux frontières du monde professionnel, l'équipe de Korean Connection a toutes les cartes en main pour réussir et combler les fans.

Eric Oudelet









A lire également :
- l'interview de Baby Jin et Mellow:D à Korean Connection 2011
-
l'interview du président de Korean Connection le 9 janvier 2011
Le site officiel de Korean Connection : www.koreanconnection.org

Photos : Camille Poulain et Eric Oudelet
Remerciements : Korean Connection
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