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JAPAN EXPO 2011 : le dossier Asian Music avec tous les live reports (partie 1 sur 2)

Du 30 juin au 3 juillet 2011, JAPAN EXPO remettait en jeu son titre de plus grand événement musical asiatique de l’année en France, quelques mois après la tragédie sismique qui a frappé l’archipel. Le festival voulait apporter son soutien au peuple japonais et cette nation souhaitait démontrer, en envoyant un grand nombre d’artistes, notamment musicaux, son désir toujours intact de partager sa culture malgré le cataclysme. Survenus en plein préparatifs, le tremblement de terre et le tsunami ont néanmoins affecté l’organisation de cette douzième édition, qui subit en même temps les coups de boutoir d’un autre phénomène également soudain : le raz-de-marée Kpop.

Avec 192.000 visiteurs en quatre jours disséminés sur presque 100.000 m², JAPAN EXPO prolonge en 2011 son hégémonie sur le marché des salons européens à contenus asiatiques. Le festival retrouve même la croissance qui l’avait presque lâché en 2010. Le fort développement du Comic Con’ (salon des univers fantastiques, des séries TV, des jeux vidéo… intégré à JAPAN EXPO) semble toutefois largement responsable de la hausse de fréquentation, la partie japonaise semblant au mieux stagner avec un très bon remplissage tout de même. On nuancera ces chiffres par une chute manifeste des entrées au J.E. Live House, la salle de concert qui intéresse plus particulièrement notre rubrique, et dont nous reparlerons plus en détails ci-dessous.



L’émergence d’un village japonais

Les éditeurs spécialisés manga, animation ou jeux vidéo bataillaient à coups d’invités, de mises en scène et de happenings toujours plus astucieux et originaux pour appâter le chaland. La musique restera évidemment le principal sujet de ce dossier, mais il nous fallait mettre l’accent sur l’émergence d’un village japonais - réellement japonais ! - constitué d’exposants en provenance de l’archipel. Dans une zone assez floue qui aurait mérité un minimum de valorisation, il proposait des activités exotiques et une variété grandissante de produits originaux, présentés par des Japonais, à la japonaise, hôtesses-rabatteuses kawaii incluses. Il était possible de pécher le poisson à l’épuisette comme aux Matsuris, d’écouter du shamisen sur une placette centrale, de flâner au milieu des Gundams customisés, de fouiner chez BOOKOFF et d’acheter des cartables traditionnels (tellement chers qu’il ne s’en est peut-être pas vendu un seul), de bavarder avec des ikemen tokyoïtes… Tout cela dans une atmosphère certes mouvementée, mais plus zen et atypique que l’autre grande partie du salon, où se situent les boutiques françaises dans une ambiance de supermarché un jour de soldes.



JAPAN EXPO a réussi un tour de force : éradiquer la contrefaçon de CD et DVD musicaux. Le pari avait déjà été gagné (durant un an seulement) à Chibi Japan Expo, et les organisateurs voulaient certainement en faire de même à la grande édition estivale, LA véritable vitrine auprès des Japonais. En 2011, nous n’avons pas débusqué un seul pirate durant notre unique tournée d’inspection ! Même si des visiteurs rapportent en avoir aperçus, et bien que tout reste à faire du côté des produits dérivés, le nettoyage de l’offre CD/DVD n’en était pas moins réussi et la prise de contrôle si efficace que la kärchérisation a aussi décapé l’offre légale…

L’offre de CD et DVD J-Music s’étiole d’année en année à JAPAN EXPO, mais la fonte est dramatique en 2011. Il serait pourtant très réducteur d’expliquer le désintérêt J-Musical par la simple éradication des contrefaçons (bien qu’elles permettent des découvertes, ceci étant un autre débat…). La production japonaise tourne en rond, le renouvellement des popstars n’est pas assuré, le marché européen est ligoté depuis plusieurs années par les ayant-droits, les fans et associations n’ont plus la possibilité de s’exprimer et de partager publiquement leurs coups de cœur en convention, des media spécialisés découragés par l’immobilisme nippon jettent l’éponge, et les plus influents restants mettraient presque des œillères à leur public pour le maintenir dans le droit chemin - celui des rares licences officiellement autorisées. A l’arrivée, les labels européens ne fanfaronnaient pas avec leurs éditions localisées, parfois abandonnées dans un coin négligé des stands (sur une étagère un peu poussiéreuse comme chez Bishi-Bishi / Ankama) et qui étaient dans presque tous les cas en décalage avec la demande. Les fans qui font l’effort de s’informer se raréfient et se tournent vers l’importation directe par Internet. CDJapan, la boîte la plus connue sur ce créneau, ne s’est même pas déplacée en 2011 suite au cuisant échec de l’expérience 2010. Le constat dans les boutiques françaises d’import était désespérant à JAPAN EXPO 2011 : le visual kei et les Jpopqueens se classaient "espèces en voie de disparition", les bastions Johnny’s et idols (promues sur Nolife) étaient les seuls à résister avec quelques groupes de rock comme L’Arc~en~Ciel et SCANDAL. En dehors de ça, le choix est devenu misérable, pour ne pas dire inexistant… A contrario, les jeunes (au moins dans leur tête) fans de pop coréenne n’ont jamais été à pareille fête.

Il se vend deux fois plus de Kpop que de J-Music à JAPAN EXPO en 2011

Forte d’un engouement qui n’a cessé de croître de manière exponentielle ces dernières années, propagée par les réseaux sociaux et les sites de partage vidéo, la musique pop coréenne a réussi une incursion fulgurante sur le marché européen quelques semaines avant JAPAN EXPO. Depuis la flashmob géante devant la Pyramide du Louvre et le double concert SMTOWN complet au ZENITH de Paris, la Kpop est dans tous les esprits et a envahi les media, des spécialistes du Japon aux plus généralistes comme TF1, Canal+, M6, France Télévision, Le Monde, Le Courier International… ou BE. Closer, c’est peut-être pour demain, ou après le MUSIC BANK à Bercy ? Sur Orient-Extrême entre janvier et juin 2011, les publications consacrées au SMTOWN ont facilement généré 15 fois plus d’audience que celles dédiées à JAPAN EXPO, frappé d’un impressionnant désintérêt. Invité au festival pour faire la promotion de son premier concert français, le mythique groupe de rock japonais X JAPAN fut quasiment et tristement éclipsé par ce phénomène, dont le développement est laissé (pour le moment) aux mains des fans ; tout le contraire de la J-Music aujourd’hui.



Dans les allées du festival résonnaient le plus souvent non pas les derniers tubes de KODA KUMI ou de Perfume, mais de la Kpop, des groupes comme BEAST, BIGBANG, SUPER JUNIOR et 2NE1. Les drapeaux les plus fréquemment accrochés dans les stands des boutiques ? Ceux de la Corée du Sud ! Pour la première fois chez les importateurs, la superficie de linéaires allouée aux produits musicaux coréens égalait, voire dépassait celle réservée au Japon. Les vendeurs rapportaient que le chiffre d’affaire de la Kpop était maintenant au minimum au niveau de la J-Music. En considérant qu’un CD ou DVD coréen est quasiment deux fois moins cher qu’un japonais, on en déduit sans trop se tromper qu’il se vend deux fois plus de Kpop que de J-Music à JAPAN EXPO en 2011. Les produits des artistes en concert au festival, vendus aux points J.E. SHOP, tempèrent éventuellement un peu ce bilan, mais la sirène d’alarme résonne jusqu’au J.E. Live House.

Le Live House s’essouffle malgré une programmation toujours intéressante

Au printemps, pendant la propagation du buzz Kpop et les semaines qui ont précédé le festival, les organisateurs confrontés à de multiples annulations devaient colmater les brèches indirectement provoquées par le tremblement de terre, et  n’ont certainement pas pu livrer le programme espéré. Le plateau musical, révélé en bloc sans jouer sur le suspens et l’excitation, comme dans un élan de désolation, a déçu au moment de sa publication. On dénombrait tout de même près d’une vingtaine d’invités : X JAPAN en conférence, de multiples apparitions de PASSPO - un nouveau groupe d’idols qui monte -, la chanteuse May’n, GOLDEN BOMBER qui parodie le visual kei, Akira Yamaoka… JAPAN EXPO était donc au rendez-vous sur trois points cruciaux qui font sa force et son attrait depuis plusieurs années : la quantité, la diversité, et la promesse de découvrir des talents insoupçonnés. C’est aussi le seul endroit où l’on peut rencontrer autant d’artistes en conférence et en dédicaces. Cependant, ceux-ci étaient moins nombreux qu’en 2010, moins prestigieux, moins populaires, déjà vus pour moitié, et donc moins attirants. Parmi les showcases à l’affiche du J.E. Live House, grande salle bien équipée et bien sonorisée pouvant accueillir des milliers de spectateurs, on déplorait aussi davantage de doublons sur l’ensemble du week-end. Plus symbolique, le grand concert du samedi soir, instauré l’an passé avec le groupe culte Morning Musume., a disparu.

Comme vous pourrez le comprendre ci-dessous en lisant notre compte-rendu détaillé de chaque showcase, JAPAN EXPO a néanmoins offert des heures de live pour la plupart de qualité, dans des genres variés - pop, rock, électro, traditionnel… -, et ceci durant les quatre jours d’ouverture. Bien que les tarifs augmentent régulièrement, le forfait journalier jugé exorbitant pour un visiteur exclusivement venu faire ses courses, free-hugger ou papoter, apparaît toujours correct pour celui qui prépare son "séjour" et profite des spectacles. Cela n’empêche pas le Live House d’enregistrer une baisse importante de son audience, que l’on évalue de visu à un quart voire un tiers par rapport à 2009/2010. Aucun artiste n’a rempli autant qu’AKB48, YOSHIKI & TOSHI et Kanon Wakeshima les années précédentes. La formule reconduite à chaque édition, aussi efficace soit-elle, manque de surprise et finit peut-être par lasser. A l’avenir, la programmation de noms plus prestigieux s’impose et, éventuellement, pourquoi ne pas tester une formule à deux scènes - dont une petite - dans la même salle, pour la dynamiser ?



La J-Music dans la tourmente

Une offre et des ventes qui s’effondrent, un Live House en perte d’audience, des invités moins prestigieux… On aimerait croire les optimistes qui affirment que la J-Music se porte bien en France. Il est vrai que les professionnels qui se réfugient dans les idols et le visual kei, dernières valeurs sûres typiquement japonaises, parviennent à tirer leur épingle du jeu. Une dernière tendance observée à JAPAN EXPO accentue pourtant nos inquiétudes : l’implication japonaise et le sérieux du label "made in Japan" sont remis en question. Les artistes, et plus généralement l’industrie musicale nipponne, ont besoin de visibilité, et donc de communiquer ; alors que penser de X JAPAN et GOLDEN BOMBER qui annulent leur conférence de presse sans prévenir, laissant tous les journalistes sur le carreau ? Que penser aussi des multiples confusions et approximations entourant presque tous les événements Hello!Project ? Les deux projections Dream Morning Musume. n’ont jamais eu lieu (elles n’avaient jamais été validées selon le représentant d’UP-FRONT), impossible de discerner les images de concert exclusives sur l’écran pendant la conférence publique Dream Morning Musume. (contre-jour et puissance lumineuse très insuffisante), pagaille invraisemblable lors du petit showcase pop-rock de HANGRY&ANGRY (le staff s’est même involontairement donné des coups lors de l’invasion des abords de la scène en tentant d’interdire toute présence d’appareils photo, presse incluse, alors que le représentant d’UP-FRONT nous affirmait ensuite que consigne était donnée d’autoriser les media), etc. Comme d’habitude, probablement pire cette fois puisque dans des proportions aberrantes, le Hello!Project suicide sa promotion et ses chances d’élargir son public en imposant des règles d’un autre âge, tellement lourdes et compliquées que leur application en Europe tourne au chaos. Toujours au rayon des lamentables confusions, Akira Yamaoka a démenti dès son arrivée en conférence publique sa demande d’interdiction de prise d’images. Le mal était fait, plusieurs media n’ont pas couvert sa présence à cause de cette énième indication erronée…

Réputés très carrés et fiables, les Japonais perdent ces qualités appréciées dans un vrai début de débandade, heureusement pas encore généralisé. Les retours du TIMM, grand rassemblement professionnel fin 2011 à Tôkyô, n’ont fait état d’aucune autocritique ni changement d’attitude face à ces problématiques. Si la Corée fait peur, c’est l’immobilisme qui prédomine dans l’archipel.



JAPAN EXPO, la force tranquille

Solidement ancré au début de l’été, JAPAN EXPO reste une valeur sûre, à la fois pour les amoureux de J-Music qui trouveront certainement toujours quelques artistes à leur goût, et aussi pour les curieux qui pourront découvrir des genres et des styles typiquement nippons. Le festival reste celui des surprises, le seul où on puisse apprécier autant de talents "cachés", comme TarO&JirO, GOLDEN BOMBER, LIGHTNING, 1000say… Toutefois, le géant perd de sa superbe : ses concerts sont moins attrayants, les stars se raréfient, l’offre CD/DVD/merchandising se désagrège, les espaces "découverte" ont presque disparu et les problèmes d’organisation (les Japonais ont une grosse part de responsabilité) se multiplient dans les événements annexes comme les projections et conférences. Pour toutes ces raisons, JAPAN EXPO cède son titre d’événement Asian Music de l’année 2011 au concert SMTOWN, un double show époustouflant dont l’impact se vérifie encore en 2012. Compte tenu des dommages collatéraux du tsunami, il convient d’être indulgent, mais on reste dans l’expectative pour la prochaine édition. Japan Expo Sud a lieu dans un mois et HITT serait le seul artiste J-Music prévu alors que JapaNîmes annonce SCREW, TOTALFAT et Gacharic Spin en juin. Quant à la grande JAPAN EXPO de juillet, la forte augmentation des tarifs (+35% pour les Platinum) a soufflé un vent glacial, alors que les premiers invités potentiels ne présagent rien de révolutionnaire. Sur Facebook, les organisateurs assurent qu’aucun festivalier ne sera déçu en 2012, rendez-vous du 5 au 8 juillet au Parc des Expositions Paris-Nord Villepinte pour vérifier !


Eric Oudelet







LA GRANDE REVUE DES SHOWCASES - PARTIE 1 SUR 2


TarO&JirO


De très bons échos circulaient depuis Japan Expo Sud où les deux frères guitaristes et chanteurs avaient joué en février 2011. Malgré un apriori positif, la surprise fut de taille à JAPAN EXPO cet été, nous ne nous attendions pas à une prestation aussi percutante, stylée et maîtrisée en ouverture du Live House.

Entre Red Hot Chili Peppers, Yuzu et MIYAVI, TarO&JirO s’est forgé un style pop-rock très personnel, emprunt de musicalité gitane, hispanique, très proche du flamenco, avec un flow légèrement rappé dans les couplets de certains titres. L’ambiance exotique et chaleureuse a rapidement réveillé le public, toujours frileux en début de festival. Révélateur d’un show de qualité : les centaines de curieux qui s’aventuraient dans la salle étaient irrésistiblement happés par la rythmique et les mélodies épicées, qui devenaient presque tactiles grâce au slapping de l’un des frères, une technique caractéristique du guitariste MIYAVI. L’autre, dans un style plus classique, assurait davantage le spectacle par sa gestuelle et ses poses. Ajoutez une pincée d’humour et de malice à cet étourdissant cocktail et vous obtenez l’une des révélations de JAPAN EXPO 2011.


LAZYgunsBRISKY


On reste dans le rock pour le second showcase du J.E. Live House, cette fois dans un style plus traditionnel, le "bon vieux rock" des années 60 et70 !

LAZYgunsBRISKY s’est sauvagement emparé de la scène pour un set agressif de trente minutes (reprogrammé le samedi), passant du garage au punk sous le signe du girl power. Les tigresses peroxydées (à l’exception de l’intrigante guitariste cachée derrière sa tignasse brune, d’apparence masculine et assez réservée) ont déployé tous leurs charmes pour faire rugir le public de plaisir. La prestation mouvementée et bien balancée ne restera pas dans les annales, mais s’avérait d’une efficacité amplement suffisante pour passer un bon moment, avec une petite résurgence bonus de YUKI époque JUDY AND MARY dans la voix (mais sans le timbre "canard") et les mimiques de la chanteuse Lucy, l’espace d’un instant.


SHANTI


Pour ceux qu'ils l'auraient manquée en concert à la Maison de la Culture du Japon ou en showcase gratuit à la Fnac, le grand festival annuel de la culture japonaise organisait une session de rattrapage. SHANTI était l’une des "nouveautés" du plateau de JAPAN EXPO 2011, une artiste à la voix douce et mélodieuse, comme son prénom.

Connue en tant que fille de Tommy Snyder (batteur du groupe de rock Godiego), SHANTI a gagné une véritable reconnaissance personnelle grâce à ses talents de chanteuse (et musicienne). Sa voix fut remarquée par la célèbre compositrice Yôko Kanno qui lui a confié l’interprétation de Sora dans l’anime culte Escaflowne. Depuis ses débuts solo en 2008, SHANTI possède à son actif quatre albums, le dernier datant de juillet 2011.

Bien que catégorisée jazz, la chanteuse aux origines japonaise et américaine a mélangé divers styles avec ses musiciens (dont son père) : pop, folk, jazz, et un peu de bossa-nova. Le public de tout âge était assez réceptif à cette session lounge, principalement composée de ballades, calmes ou plus enjouées (comme l’un des derniers titres, dans un style pop-rock mainstream qui rappelait un peu Torn de Natalie Imbruglia), chantés en anglais, en japonais, avec parfois de petites phrases en français bien prononcées. Par deux fois, SHANTI s’est saisie d’une guitare pour varier les plaisirs. Quelques minutes magiques pour les fans d’Escaflowne au milieu du set : ils ont pu frissonner sur une magnifique interprétation épurée de la délicate et cristalline Sora. Décidément, c’était vraiment l’une des plus belles voix entendues dans cette salle.

Il ne fallait évidemment pas s'attendre à plein de folie, à du mouvement… Une telle prestation s’apprécie par la simple écoute, en se relaxant de préférence assis, et il ne manquait en ce sens que des chaises au Live House. Agréable moment reposant, ce concert jazzy a parfaitement éviter l’écueil des mélodies répétitives que l’on aurait pu craindre, et a soufflé un petit vent frais sur la scène de JAPAN EXPO, un peu trop grande peut-être pour un genre qui se veut intimiste.


Présentation et démonstration de Vocaloïd


Personnifié par la star virtuelle Hatsune Miku, le Vocaloïd est très en vogue au Japon, en particulier chez les otakus. Derrière ce nom énigmatique se cache un logiciel de synthèse vocale principalement développé par Hideki Kenmochi pour le compte de Yamaha. Il permet de générer un chant à partir d’un texte et d’une séquence musicale. En d’autres termes, il fait chanter un ordinateur avec le timbre de son choix, ou presque.

JAPAN EXPO a permis à Yamaha de présenter son produit aux festivaliers, et le Live House a muté en salle de cours magistral, durant lequel était diffusé le (dis)cours audio du créateur, absent et laissant la scène désespérément vide. L’intérêt de la présentation technique n’était pas à remettre en cause, il était même plus facile de l’écouter dans cette salle de concert isolée plutôt que dans les espaces de conférence écrasés sous le vacarme ambiant des halls, mais la prestation ne collait pas du tout à l’attente du public, demandeur de spectacle en ce lieu.

Le J.E. Live House s’est donc presque totalement vidé, et seuls quelques dizaines de fans ont applaudi les amateurs japonais du groupe Yuuhei Satellite et leur chanteuse Senya, à qui Yamaha a confié le soin de produire une démonstration. On terminait donc ce jeudi sur du Jordy électro-pop au féminin, piaillé faux par la mystérieuse Senya masquée d’un loup - sage précaution pour qui veut préserver sa réputation ou son image. Ici, il aurait fallu sortir les fusils pour protéger nos tympans de ce carnage sonore. Etait-il possible de faire pire que HITT l’an dernier ? Senya nous incite à répondre par l’affirmative.


1000say


Chaque année, JAPAN EXPO programme bon nombre d’artistes inconnus qu’il est toujours intéressant de découvrir. Le quatuor électro mixte 1000say fait partie de ces bonnes surprises en associant les classiques instruments rock (le trio guitare / basse / batterie), à la chiptune pour un joyeux background musical, sur lesquels se greffe une foultitude d’effets sonores, en particulier les distorsions, pour enrichir le rendu de leurs compositions. Il en ressort diverses mélodies plus ou moins pop, rock ou électro aux refrains souvent prenants, entre √thumm et 80kidz pour le registre.

La production reste marquée du sceau "made in Japan" grâce au chant à double voix stylé canard/ornithorynque, celle d’API rappellant parfois YUKI ou Hysteric Blue pour le bonheur des fans nostalgiques. Toujours à la limite du déraillement vocal, 1000say compense cette faiblesse dans les déclinaisons de son univers musical bien dans l’air du temps, abandonnant à l’occasion les instruments à cordes pour une séquence vocodée vraiment sympa, chargée en ondes positives et qui nous envoie planer chez Genki Rockets.

Cristina Cordula aurait dû intervenir sur le chanteur et guitariste MAN avant sa montée sur scène, la performance vocale du groupe était branlante et le set assez inégal… mais 1000say a offert tellement de bonnes sensations, de mélodies prenantes et d’expériences sonores amusantes en 45 minutes qu’on leur pardonne tout pour n’en retenir que le meilleur.


PASSPO 


Arrivées tardivement sur le marché européen de la J-Music, les idols - typiques du Japon - sont devenues une valeur refuge, une garantie de bonnes audiences, surtout à JAPAN EXPO. PASSPO est l’un de ces nouveaux girlsbands composés d’adolescentes ou de très jeunes adultes qui envahissent la vie des habitants de l’archipel. Il est aussi l’un des plus prometteurs commercialement puisqu’il surplombe la vague géante créée par AKB48, la troupe-phénomène qui a renversé ARASHI, EXILE et tous les autres boysbands en deux ans.

Sur le thème du voyage en avion, les jeunes hôtesses de PASSPO ont voulu faire grimper les festivaliers au septième ciel en enchaînant dans la bonne humeur, presque sans coupure et en faisant tourner des serviettes, leurs meilleurs titres pop sur des chorégraphies dynamiques. ViVi Natsu, Go On A Highway, Shôjo ikô, ou encore Let it go!! sont autant de petites réussites accrocheuses aux refrains entêtants, et le rythme n’a pas faibli durant 45 minutes, vierges de ballade ou de discours trop longuet. Contrairement au concert des Morning Musume. en 2010, il était impossible de s’endormir, et les quelques fans japonais auraient réveillé la moindre victime de somnolence : ils hurlaient à la mort, les yeux exorbités, et bondissaient malgré leurs 30 ou 40 ans d’âge dans une transe assez effrayante en scandant le nom de leurs petites chanteuses chéries.

Les chorégraphies, pas toujours synchrones et trop dispersées pour bénéficier d’un effet de masse, restaient un ou deux crans sous celles d’AKB48, des Morning Musume., et des groupes Kpop qui déferlent en ce moment sur le monde. Les fans d’idols "japoniaises" furent néanmoins gâtés par ce show visuellement et musicalement efficace grâce au play-back.

PASSPO a offert au Live House son meilleur remplissage de 2011. Le public masculin - et plus âgé que d’habitude - a répondu à l’appel de la jupette et s’est particulièrement mobilisé en brandissant tout un arsenal de bâtons et bracelets lumineux, mais l’audience reste bien inférieure à celle d’AKB48, YOSHIKI & TOSHI ou Kanon Wakeshima les années précédentes. Les fans n’ont pas loupé les multiples réapparition des idols aux quatre coins du festival : elles ont participé à des dédicaces, au défilé de mode CONOMi et ont donné un petit showcase supplémentaire avec NEEKO (qui animait aussi Japan in Motion sur Nolife) samedi 2 juillet.


MEG


Après un court showcase à JAPAN EXPO en 2009, un concert à Chibi Japan Expo en 2010 et un autre à PARIS MANGA en février 2011, on ne présente plus MEG. La chanteuse électro-pop rêve de poursuivre sa carrière en France et sort une série de singles digitaux exclusifs. Elle était au rendez-vous de JAPAN EXPO en 2011, au risque de lasser par sa présence récurrente...

Ce nouveau showcase ressemblait d’ailleurs beaucoup aux autres, jusqu’au costume de scène. On a connu démarche plus créative de la part d’une artiste-styliste. Aux productions de Yasutaka Nakata déjà entendues à Chibi se sont ajoutés quelques-uns des nouveaux singles spécialement composés pour la France, incluant une surprise de taille, la reprise de Ma Mélissa des Minikeums chantée en français ! Tout le monde se demandait "pourquoi !?" et la réponse se trouverait dans un festival français où MEG serait tombée amoureuse de cette chanson, entendue par hasard. Avec cette reprise entraînante et trop kawaii, MEG ne pouvait qu'attirer la curiosité et provoquer un mini-buzz.

Que retenir du showcase en dehors de Ma Mélissa ? En premier, les multiples va-et-vient sur scène d’une chanteuse sur rails, dont le manque de profondeur et d’inventivité dans la gestuelle apparaît de plus en plus flagrant à chaque réapparition. Rajoutez du playback à peine dissimulé et on arrive à une paresse généralisée peu encline à nous faire apprécier ce live qui porte mal son nom. Pourtant, on ne pourra pas retirer à MEG l'énergie qu'elle dépense sur scène et son envie d'être proche du public, de partager avec lui. Il a repris en cœur Ma Mélissa en levant les bras dans une ambiance bon enfant.

Pour ceux qui découvraient MEG, sa musique électro-pop vocalement retouchée et un peu criarde reste très accessible et amusante. La plupart des spectateurs, plutôt nombreux, n’en étaient certainement pas à leur première puisqu’ils n’ont pas réclamé de rab. Il a fallu que la chanteuse propose elle-même un rappel pour revenir et réinterpréter son nouveau hit Ma Mélissa. C’est bien pour cette fois, mais il va falloir se retrousser un peu plus les manches pour la prochaine, mademoiselle !


HANGRY&ANGRY


Pendant qu’Akira Yamaoka donnait son premier mini-concert français au Live House, HANGRY&ANGRY apportait la touche finale du défilé de mode h.NAOTO sur la scène principale de JAPAN EXPO le 1er juillet, en fin de journée. En France, le duo composé de Hitomi Yoshizawa et Rika Ishikawa, deux célèbres ex-Morning-Musume., s’est vite constitué une fidèle fanbase rassemblant les fans d’idols et de mode/musique punk-lolita. Le concept bankable deux-en-un de HANGRY&ANGRY était voué au succès auprès du public ciblé, et s’est vérifié à Chibi Japan Expo 3.

Déjà vu, comme MEG, Keisho OHNO, Les Romanesques ou LAZYgunsBRISKY, HANGRY&ANGRY n’en reste pas moins efficace à chaque apparition, et le duo a eu le professionnalisme d’interpréter des inédits, prouvant au passage que le projet n’est pas aussi éphémère qu’il le laissait présager. Le mélange de pop, de rock et même de metal pour la reprise aux instrus musclés du hit The Peace a enflammé le public pendant 30 minutes, deux fois plus longtemps que MIYAVI ou Nana Kitade aux défilés des années antérieures. On ne criera jamais au génie musicalement, et encore moins vocalement, mais l’efficacité de certains titres est assez remarquable, surtout en live avec deux chanteuses aussi stylées qui se démènent sous nos yeux. Les costumes blancs conçus par h.NAOTO étaient tout simplement éblouissants et c’en devient criminel d’interdire aux media d’en faire profiter leur lecteurs et spectateurs, tant le rendu visuel était impactant. L’autisme promotionnel japonais et l’interdiction photo ont encore frappé… Nous avons tout de même tiré partie de l’arrivée des filles en fin de défilé pour vous capturer quelques images avant le couperet fatal.





>> Voir la deuxième et dernière partie de notre dossier J-Music à JAPAN EXPO 2011

>> Voir le dossier ASIAN MUSIC à JAPAN EXPO 2010



Dossier et photos réalisés par Eric Oudelet, Camille Poulain et Pierre-Yves Tonin.
Remerciements : SEFA / JAPAN EXPO
Reproduction du reportage et/ou des photos strictement interdite.









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